Depuis le 15 décembre, les détenus des cinq prisons locales du comté de Riverside, à l'est de Los Angeles, en Californie, sont censés payer leur séjour derrière les barreaux... à condition d'en avoir les moyens. L'ordonnance numéro 914 relative au " remboursement des frais d'incarcération " avait été adoptée à l'unanimité un mois plus tôt. Le texte a fixé le tarif à 142 dollars la nuit (110 euros environ), à peine moins cher qu'une nuitée dans un hôtel chic du coin (145 euros). Sachant que les condamnés qui purgent leur peine dans une county jail, moins violents que ceux qui sont envoyés dans une prison d'Etat, passent en moyenne deux années sous les verrous, le prix du séjour pourrait s'élever à plus de 100 000 dollars au total (plus de 77 000 euros). La faute à la starlette alcoolisée Lindsay Lohan, dont les frasques ont fini par coûter cher aux contribuables et par exaspérer les autorités : elle a été condamnée à la prison à deux reprises. " Il y a des gens qui ont les moyens et qui ne respectent pas la loi. Pourquoi les citoyens de ce comté devraient-ils payer pour ça ? Les Lindsay Lohan du monde peuvent payer elles-mêmes ", a déclaré l'un des responsables du comté, Jeff Stone. Qu'importe si la jeune actrice de 25 ans n'a fait qu'un passage éclair en cellule, son cas sert d'exemple.
D'autres municipalités, comme Beverly Hills, ont déjà mis en place des programmes " Pay-to-stay " (payer pour rester). Dans la ville des stars, les condamnés non violents fortunés peuvent éviter la prison et purger leur peine au chaud, dans les locaux du département de la police, à condition de payer 110 dollars par nuit.
Criblé de dettes, le comté de Riverside, tout comme l'Etat de Californie, est au bord de la fail-lite et cherche par tous les moyens à réduire son déficit qui s'élève à 80 millions de dollars. Et de-puis que la Cour suprême des Etats-Unis a, en mai dernier, ordonné le transfert de 30 000 détenus des prisons d'Etat vers des prisons locales au cours des deux prochaines années, la population carcérale ne cesse d'augmenter : les county jails atteignent désormais 93 % de leur capacité, contre 85 % en octobre. Cette décision, motivée par des conditions de détention jugées inhumaines, doit pallier la surpopulation carcérale des prisons d'Etat : en Californie, 156 000 prisonniers sont répartis dans 33 établissements prévus pour en accueillir 80 000 seulement.
Pour l'instant, aucun prisonnier n'a encore mis au pot, le temps de régler les modalités d'application. Les autorités de Riverside estiment que 25 % des détenus seront en mesure de payer, et évaluent à 6 millions de dollars le gain annuel. Encore faudra-t-il déterminer si les condamnés ont les ressources nécessaires. Des vérifications qui, selon certains, pourraient coûter plus cher que ce que les notes d'hôtel-prison vont rapporter.
Louise Couvelaire
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