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mercredi 30 novembre 2011

Le régime syrien mise tout sur la répression

A Homs, dans le quartier de Khalidiya, la peur des habitants après l'explosion d'une bombe, le 28 octobre. Aucun adulte ne souhaite que son visage n'apparaisse sur la photo, par peur des représailles. MANI / ZEPPELINNETWORK/DEAL TEAM

Le 12 janvier, deux jours avant la chute à Tunis du régime de Zine El-Abidine Ben Ali, le président syrien, Bachar Al-Assad, pouvait penser qu'il avait opéré un rétablissement complet. La démission à Beyrouth du premier ministre Saad Hariri, qui l'avait accusé d'avoir fait assassiner son père Rafic, ancien premier ministre du pays du Cèdre, en 2005, refermait à ses yeux une parenthèse de près de six ans.

Longtemps isolé, le président Bachar Al-Assad avait renoué successivement, en 2008 et en 2009, avec deux de ses adversaires, la France et l'Arabie saoudite, alors que l'administration Obama, tout en maintenant des sanctions unilatérales contre le régime, s'était à son tour résignée, en 2010, à dépêcher un ambassadeur à Damas, à un poste laissé longtemps sans titulaire. Sans revenir sur son alliance historique et stratégique avec l'Iran, M. Assad avait également approfondi les relations avec son puissant voisin du Nord, la Turquie.

Dix mois plus tard, le président syrien est pourtant affaibli comme jamais. Après la Tunisie, le Yémen, l'Egypte, la Libye et Bahreïn, où elle a été brisée, la vague des "printemps arabes" a fini par toucher la Syrie, le 15 mars, à Damas. Extrêmement marginale initialement, la contestation s'est enflammée deux jours plus tard après la répression brutale des manifestants de la ville de Deraa, frontalière de la Jordanie, avant d'essaimer dans de nombreuses cités moyennes du pays, les grandes métropoles de Damas et d'Alep étant relativement peu touchées. La répression extrêmement violente de ce soulèvement, décidée par le régime, a été sans effet, sinon de générer, à partir de l'été, un début de militarisation, puisque c'est pour éviter d'avoir à tirer sur les foules que des soldats ont commencé à faire défection, puis à organiser des embuscades pour contrarier le déploiement des troupes.

L'incapacité du régime à étouffer la contestation ne l'a pas cependant privé de tous ses atouts. Contrairement au cas tunisien, il continue d'avoir à sa disposition un appareil militaro-sécuritaire qui a résisté jusqu'à présent à l'épreuve que constitue pour lui un soulèvement diffus, coordonné sur le terrain, comme ailleurs dans le monde arabe en proie aux "printemps", par des militants spontanés, généralement sans passé politique et donc difficilement identifiables. Contrairement aussi à l'Egypte, l'extrême verticalité du pouvoir a préservé jusqu'à présent ce dernier d'un "coup de palais" semblable à celui qui a permis au Conseil suprême des forces armées (CSFA) d'écarter le président Hosni Moubarak pour tenter de préserver les prérogatives de l'armée égyptienne.

A la différence de la Libye, le régime syrien a pu conserver, à la condition de déployer ses troupes, le contrôle du terrain. Aucune portion du territoire, qu'il s'agisse des zones frontalières avec la Turquie ou avec la Jordanie, n'a pu être sanctuarisée par l'opposition comme ce fut le cas d'une bonne partie de la Cyrénaïque libyenne dès le début du soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi.

Le régime syrien, contrairement à la Libye, se sait par ailleurs protégé de toute forme d'intervention étrangère autre que l'adoption de mesures de sanctions aggravées, la réponse privilégiée pour l'instant par les Etats-Unis et l'Union européenne (UE). Le président Assad peut compter sur un soutien russe qui ne s'est pas démenti jusqu'à présent, bien au contraire, et qui empêche de fait l'adoption, au Conseil de sécurité des Nations unies, d'une résolution qui légitimerait le principe d'une ingérence internationale au nom de la protection des civils, intervention qu'une partie de l'opposition commence à réclamer après y avoir été hostile.

Le régime syrien peut enfin jouer, comme lorsqu'il fut fragilisé après l'assassinat de Rafic Hariri, du repoussoir irakien, le chaos interconfessionnel qui s'est installé dans le pays après l'invasion américaine de 2003 étant un élément en mesure de dissuader la majorité silencieuse syrienne de rejoindre massivement la contestation. Il s'appuie, pourtant, sur les mêmes réflexes communautaires pour tenter de regrouper autour de lui la majorité des alaouites, cette dissidence ancienne du chiisme dont est issu le clan des Assad, ainsi que les différentes chapelles des chrétiens syriens. Ces divers groupes s'ajoutent à la bourgeoisie de Damas et d'Alep, les deux grandes métropoles syriennes qui n'ont d'ailleurs pas connu de manifestations massives depuis le début du soulèvement.

Il n'est cependant pas sûr que ces atouts puissent faire effet durablement. D'une part, parce que le soulèvement syrien n'est pas un phénomène isolé mais s'inscrit dans un mouvement régional qui n'a connu jusqu'à présent qu'un seul revers, à Bahreïn. A ce titre, le parallèle explicite établi par le régime avec les années 1979-1982 et le soulèvement armé provoqué alors par une dissidence radicale de la confrérie des Frères musulmans, écrasée à Hama au prix de milliers de morts n'est guère pertinent.

Depuis le 12 novembre, d'autre part, la Syrie se retrouve mise au ban de la Ligue arabe après le refus d'un plan de sortie de crise qui prévoyait, notamment, l'envoi d'observateurs, le retour de l'armée dans les casernes et l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition. Même si le poids de l'institution panarabe ne doit pas être surestimé, ce lâchage, obtenu à une large majorité (18 pays sur 22), est coûteux pour un régime prompt à se présenter comme le symbole d'une résistance arabe vis-à-vis d'Israël et des Occidentaux. L'assistance qu'apporte la Turquie aux dissidents syriens, l'alignement d'Ankara sur les positions de la Ligue arabe font que Damas ne peut plus compter que sur le soutien d'un axe Téhéran-Bagdad-Hezbollah, dont il est aujourd'hui le maillon le plus fragile.

La solidité de l'assabiya, de la communauté alaouite, autour de la personne du président syrien n'est pas non plus assurée à terme, compte tenu de la prédation dont le premier cercle du régime s'est rendu coupable au cours des dernières années. Cette dérive patrimoniale n'a d'ailleurs pas été pour rien dans la contagion à la Syrie des "printemps arabes".

La violence, qui constitue jusqu'à présent la seule réponse du régime au soulèvement, peut enfin s'avérer un piège si elle n'est pas relayée par des dispositions politiques ou sociales. Or l'économie du pays, qui ne peut plus compter sur les revenus tirés du tourisme et qui a du mal désormais à exporter sa modeste production pétrolière, en voie d'épuisement, est fragile.

Les moyens du régime, qui a engagé tardivement une libéralisation circonscrite à des activités de services, sont limités. Des sanctions internationales renforcées pourraient retirer au pouvoir syrien toute marge de manoeuvre sur ce point.
Gilles Paris
Le photographe

Pour pouvoir réaliser ce reportage en Syrie,"Photos cladestines d'un massacre à huis clos", publié par Le Monde et Le Monde.fr, Mani a dû prendre de nombreuses précautions. Durant son séjour, du 13 octobre au 20 novembre, ce photojournaliste français a sans cesse changé de nom d'emprunt, travaillant le visage dissimulé par un keffieh pour ne pas se faire photographier par les forces gouvernementales et dormant rarement plus d'une nuit dans le même lieu.

Mani a travaillé sans fixeur (un assistant et traducteur local), "ces gens ne sont pas assez sûrs", explique-t-il. Il a maintenu un contact permanent avec les opposants locaux, ce qui lui a évité d'être pris pour un informateur de police et lynché par la foule. Ses connexions sur Internet étaient cryptées et les lieux de rendez-vous fixés sur Skype, tandis que les horaires étaient convenus par téléphone.

Article paru dans l'édition du 23.11.11

lundi 28 novembre 2011

L'Allemagne, un modèle imparfait

L'Allemagne fait figure de modèle pour les dirigeants politiques. Pourtant la vérité économique est parfois très différente des discours officiels. Tour d'horizon de quelques contre-vérités sur l'Allemagne.

•«Je pense que nous, Français, nous ferions bien de nous inspirer du modèle allemand en termes de croissance économique» - Jean-François Copé, 30 avril 2010 sur France 24


La croissance allemande n'est pas garantie et montre des signes de faiblesses. «La croissance de l'Allemagne ne peut venir que des exportations, dont 60% vont vers les autres pays européens. Une crise économique durable des partenaires économiques conduirait à une situation très difficile en Allemagne aussi, ce qui est le scénario le plus probable et qu'annoncent les derniers indicateurs», explique Patrick Artus chez Natixis. La croissance ralentit outre-Rhin avec une progression du PIB de seulement 0,5 % au troisième trimestre et il n'est pas exclu que le PIB recule au quatrième trimestre. En France, la croissance devrait être nulle au quatrième trimestre, selon la Banque de France.

•«Il faut aller vers la convergence fiscale franco-allemande» - François Fillon, 22 septembre 2011

La convergence fiscale vers l'Allemagne est le leitmotiv des dirigeants français. Pourtant, la situation fiscale allemande n'est pas très différente de celle de la France. L'imposition sur les sociétés est de 33% en France, de 29,83% outre-Rhin. En 2009, le taux d'imposition des sociétés était encore de 39%, c'est-à-dire le taux le plus élevé d'Europe. En ce qui concerne les PME, le taux d'imposition est de 15% en France, contre 20% en Allemagne. Pour les particuliers, le taux d'imposition maximum atteignait les 42% en Allemagne, un taux qui va baisser avec l'allègement fiscal de 6 milliards votés il y a un mois.

•«Les Allemands sont traumatisés par l'hyperinflation»


L'explication classique donnée à la crainte des Allemands de voir le retour de l'inflation est «le traumatisme de l'hyperinflation» de 1923. Ce refus de l'inflation est pourtant pragmatique. Les ménages allemands épargnent plus que les ménages français, 17,4% de leurs revenus contre 15,26%. Outre-Rhin, la retraite privée par capitalisation est soutenue par l'état, et garantit une rente aux retraités. L'État ne finance que la retraite des plus pauvres. Les Allemands vieillissants sont encouragés à épargner pour les aider lorsqu'ils seront dépendants. C'est pour protéger cette épargne que Berlin a peur de l'inflation, qui obèrerait le pouvoir d'achat des épargnants. Sur les six derniers mois, l'inflation en Allemagne a dépassé les 2,4%, atteignant même 2,6% en septembre sur un an.

•«Tous les moyens sont prioritaires pour réduire la dette et se tenir aux limites imposées par les traités» - Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemands, janvier 2010

La dette allemande est la plus élevée de tous les pays européens. Avec 1700 milliards d'euros, elle représentait 83,2% du PIB début 2011, plus que les 60% autorisés par le traité de Maastricht. Même si les recettes fiscales ont augmenté plus vite que prévu et que le déficit public est maîtrisé, les perspectives d'évolution du poids de la dette ne sont pas bonnes : «Un taux d'endettement public supérieur à 60% du PIB pendant de nombreuses années» se profile , et ce même sans une aggravation de la crise de la dette publique en zone euro, s'inquiétait la Bundesbank. L'Allemagne n'est pas le modèle qu'elle clame être, soulignait le magazine allemand Spiegel : «Les Pays-Bas (64,2%) ou la Finlande (49%) ont plus le droit à se présenter comme le champion de discipline.» En 2012, l'Allemagne fera 26 milliards de nouvelles dettes, a annoncé le ministre des Finances. Le montant de la dette allemande inquiète le président de l'Eurozone Jean-Claude Juncker : «L'endettement de l'Allemagne est plus élevé que celui de l'Espagne (69,6%). Seulement, ici personne ne veut le savoir», a-t-il déclaré à Berlin le 16 novembre.

•«En Allemagne, tous les étudiants font un apprentissage» - Valérie Pécresse, le 21 novembre sur RTL

L'apprentissage est un des piliers de l'enseignement supérieur outre-Rhin. Mais seuls 2/3 des adolescents sont concernés : ceux qui choisissent l'Université ne font pas d'apprentissage. Parmi ceux qui sont dans la filière professionnelle, 54% trouvent une place en entreprise comme apprenti. 16% décident de reprendre des études, 5% commencent un emploi non qualifié. 18% d'entre eux sortent de tout système scolaire entre l'âge de 16 et 18 ans. Ces jeunes adultes n'ont qu'un équivalent brevet. C'est un paradoxe : les entreprises, confrontées au vieillissement rapide de la population, cherchent des apprentis, mais ces jeunes, mal formés dans les collèges professionnels où ils ont été orientés à l'âge de 11 ans, ne correspondent pas aux critères des recruteurs. Les apprentis constituent une catégorie d'employés sous-payée : une apprentie coiffeuse gagne moins de 300 euros par mois. Le salaire moyen d'un apprenti allemand est de 600 euros par mois. En France, le salaire d'un apprenti varie de 341,25 euros (la première année de formation pour les moins de 18 ans) à 1064,70 euros (troisième année pour les plus de 21 ans).

•«Il est clair que l'Allemagne a accompli un excellent travail au cours des dix dernières années, améliorant sa compétitivité, exerçant une forte pression sur ses coûts de main-d'œuvre.» - Christine Lagarde, ministre de l'Économie française, 15 mars 2010

Le chômage allemand a baissé en Allemagne, revenant de 9,5% en 2005 à 6,5%. Si la croissance a aidé à la création d'emploi, ce taux de chômage cache aussi un système qui a recours au travail à temps partiel et aux «mini-jobs». «Le rebond de l'emploi a été accompagné par un accroissement du poids des services, qui utilise plus de temps partiel et payent ses employés moins que le secteur industriel», analyse la BNP. L'absence de salaires minimum dans le secteur des services permet aux employeurs de payer les travailleurs moins de 5 euros de l'heure. Selon l'institut du travail de Duisbourg, l'Allemagne compte 6,5 millions de salariés pauvres, qui touchent moins de 10 euros de l'heure. Deux millions de personnes perçoivent un salaire inférieur à 4 euros de l'heure, soit 720 euros par mois pour un emploi à temps plein.

Par Caroline Bruneau

dimanche 27 novembre 2011

En Égypte, les affrontements s'intensifient place Tahrir

Les annonces du chef de l'armée n'ont pas satisfait les manifestants qui réclament désormais son départ immédiat. Certaines informations font état de tirs à balle réelle.

• Les manifestants veulent le départ du maréchal Tantaoui

La tentative de l'armée pour apaiser les manifestants est un échec. Mardi soir, le maréchal Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige actuellement le pays, a annoncé l'organisation de l'élection présidentielle dès la mi-juin, et non plus fin 2012, ainsi que la création d'un nouveau gouvernement de «salut national».

Deux revendications qui avaient été formulées par le peuple égyptien mais qui arrivent trop tard. Les contestataires demandent désormais le départ «immédiat» du maréchal Tantaoui et un transfert du pouvoir à une autorité civile. La proposition d'organiser derechef un référendum pour transférer le pouvoir «si le peuple le demande» est vue par les manifestants comme une manœuvre pour les déstabiliser et les décrédibiliser.

Les contestataires redoutent de plus en plus que l'armée, dernière entité nationale encore en place, tente de conserver tous les privilèges qu'elle avait sous l'ancien régime d'Hosni Moubarak, tombé le 11 février dernier.

• Les violences s'intensifient, des tirs à balles réelles

Après l'intervention télévisée de l'armée, mardi soir, les affrontements entre habitants et policiers se sont intensifiés au Caire, mais aussi dans d'autres villes comme à Alexandrie et à Suez.

Des médecins font état de décès par balles réelles parmi les trois nouvelles victimes recensées mercredi matin. «Il s'agissait sûrement de balles réelles, mais je n'ai pas pu les examiner avant qu'ils ne soient envoyés dans des hôpitaux. L'un d'entre eux avait le crâne écrasé», a précisé à l'AFP Chadi al-Naggar, médecin à l'hôpital de campagne installé dans la mosquée Omar Makram sur la place Tahrir.» Un autre homme a été tué cette nuit à Alexandrie. Le dernier bilan du ministère de la Santé faisait état de 31 morts sur cinq jours mais il est probable qu'il soit plus élevé. Les blessés, eux, se comptent par milliers.

Certains militants égyptiens dénoncent des policiers «arracheurs d'yeux», qui viseraient délibérément les yeux des protestataires avec leurs fusils qui tirent des balles en caoutchouc. D'autres médecins, contactés par France Inter, ont constaté que les Égyptiens trop exposés aux gaz lacrymogènes utilisés par la police étaient pris de crise de tremblements aux origines inconnues. Ils n'écartent pas l'hypothèse que des armes chimiques soient utilisées contre les manifestants.

• L'ONU veut une enquête sur les tueries

Navi Pillay, le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, a pressé ce mercredi les autorités égyptiennes à «mettre fin à l'utilisation manifestement excessive de la force contre les manifestants.» Elle a ajouté «qu'il devrait y avoir une enquête rapide, impartiale et indépendante» à ce sujet, et qu'il faut «s'assurer que des comptes soient demandés aux responsables de ces abus».

William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, a demandé de cesser le recours à «une violence inacceptable et disproportionnée». «Je suis particulièrement inquiet à la suite des informations sur l'utilisation de gaz dangereux contre les manifestants, de même que de tirs à balles réelles», a-t-il ajouté.

De son côté, Ekmeleddin Ihsanoglu, le secrétaire général de l'Organisation de coopération islamique (OCI) exhorte les Égyptiens «à préserver les acquis de la révolution en réalisant les aspirations du peuple à un État démocratique, un État des institutions et de droit». Il espère aussi que les élections parlementaires, qui doivent débuter le 28 novembre, se déroulent comme prévu.

Les affrontements perdurent depuis samedi, place Tahrir et dans les rues alentours. Crédits photo : AHMED JADALLAH/REUTERS

Par Jérémy MACCAUD

vendredi 25 novembre 2011

La concentration des richesses s'est accrue depuis 2004

En matière de patrimoine, la France fait le grand écart. Dans une étude publiée mercredi, l'Insee confirme que la richesse est très concentrée. Début 2010, la moitié des ménages vivant en France déclarent posséder plus de 150.200 euros de patrimoine. Ils détiennent ainsi 93% des avoirs (financiers, immobiliers et professionnels, bijoux, œuvres d'art, etc.).

Parmi eux, les 10% de ménages les mieux dotés possédaient au minimum 552.300 euros d'actifs, alors que les 10% les plus modestes se contentent au maximum de 2700 euros - soit 205 fois moins. «Entre 2004 et 2010, les inégalités de patrimoine se sont accrues, le rapport entre le patrimoine moyen des 10% de ménages les mieux dotés et celui des 50% les moins dotés ayant augmenté de près de 10%», constate l'Insee.

En 2010, le patrimoine des ménages est principalement constitué de biens immobiliers (62%), souligne l'étude de l'Insee. En France, six ménages sur dix sont propriétaires de leur résidence principale ou accédants à la propriété. Mais, là encore, les inégalités sont importantes: seuls 22% des ménages, au sein de la moitié des Français les moins riches, sont propriétaires de leur logement, contre la quasi-totalité des 10% des ménages les mieux dotés. À une nuance près: un tiers des ménages propriétaires doivent encore rembourser des emprunts. Si l'on tient compte des sommes que les Français doivent rembourser (pour obtenir le patrimoine net), les inégalités entre propriétaires et non-propriétaires se réduisent, mais chez les jeunes uniquement - les plus âgés ayant terminé de rembourser.
Les indépendants épargnent plus

De manière générale, d'ailleurs, le montant du patrimoine détenu par les ménages «croît avec l'âge de la personne de référence jusqu'à 70 ans, puis décroît ensuite», relève l'Insee. La courbe est flagrante: le patrimoine net moyen passe de 32.700 euros pour les familles dont la personne de référence a moins de 30 ans à 345.500 pour les ménages dont la personne de référence a entre 60 et 69 ans. Il retombe ensuite à 259.800 euros pour les ménages les plus âgés. On passe d'une «logique d'accumulation à une logique de désaccumulation», indique l'étude.

Au-delà des effets d'âge et de revenus, les logiques patrimoniales et les motifs d'épargne «diffèrent nettement entre salariés et non-salariés». Les indépendants (agriculteurs, commerçants…) possèdent bien plus que le reste de la population. Par exemple, la moitié des ménages d'agriculteurs détient plus de 642.100 euros. La raison: 45% de leur patrimoine est composé d'actifs professionnels, «pour la plupart directement en lien avec leur activité, et dont ils se défont au moment du passage à la retraite» . Ils sont en outre plus enclins à épargner, à la fois pour pallier à d'éventuelles fluctuations de revenus ou coups durs et pour préparer leur retraite. Chez les salariés, les inégalités sont, sans surprise, importantes entre les cadres et les ouvriers.

Par Marie Visot

jeudi 24 novembre 2011

L'activité chinoise ralentie pèse sur les marchés d'Asie

L'activité manufacturière en Chine a encaissé en novembre sa plus forte chute depuis mars 2009. Hong Kong et Shanghai reculent et entraînent toutes les autres places d'Asie dans leur sillage. Tokyo est fermée.

L'Asie boursière recule à nouveau ce mercredi. Sans le Nikkei japonais, fermé pour cause de jour férié dédié à la Fête du Travail, ce sont les Bourses chinoises qui donnent le ton. Le Hang Seng abandonne 1,85% à 17.913 points et le Shanghai Composite lâche 0,42% à 2402 points vers 6h50.

Dans leur sillage, le Kospi coréen dévisse de 2,35% à 1783 points, le S&P australien de 1,98% à 4051 points et le Sensex indien de 1,56% à 15.815 points.

Le PMI manufacturier chinois inquiète

La cause principale de cette nouvelle journée dans le rouge est la publication d'un indice PMI de l'activité manufacturière en Chine au plus bas depuis 32 mois. Selon une première estimation de la banque HSBC, cet indice a atteint 48 en novembre, contre 51 en octobre (et 50,1 attendu par les analystes). Or un chiffre inférieur à 50 signifie une contraction de l'activité.

Selon les économistes de la banque, la Chine, très dépendante des exportations, commence à ressentir les effets négatifs des ralentissements économiques en Europe et aux Etats-Unis. En octobre, les exportations chinoises vers l'Union européenne ont reculé à 28,74 milliards de dollars, contre 31,61 milliards en septembre, tandis que celles vers les Etats-Unis ont chuté à 28,6 milliards de dollars contre 30,11 milliards de dollars en septembre. Dans cette optique, HSBC revoit à la baisse la prévision de production industrielle à 11% ou 12% sur un an dans les mois à venir (contre 13,2% en octobre). La croissance du PIB est déjà passée de 10,4% l'an dernier à 9,1% au troisième trimestre 2011.

Cette mauvaise nouvelle vient se greffer à l'annonce, hier, d'une croissance américaine revue à la baisse pour le troisième trimestre. Sans oublier la pression de la crise de la dette en zone euro avec les blocages persistants entre la France et l'Allemagne sur le rôle de la Banque centrale européenne. Les deux pays se sont toutefois mis d'accord sur la présentation des propositions sur une réforme des traités européens. Le sujet de la crise de la dette en Europe sera à nouveau à l'ordre du jour demain à Strasbourg, lors de la rencontre tripartite entre le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel et le nouveau président du Conseil italien, Mario Monti.

Les matières premières en souffrance

Le pétrole se repliait mercredi matin dans un marché déprimé par les chiffres revus en baisse de la croissance américaine et la crise de la dette dans la zone euro. Le baril de «light sweet crude» pour livraison en janvier perdait 53 cents à 97,48 dollars dans les premiers échanges électroniques, à Singapour. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier reculait de 26 cents à 108,77 dollars.

Le secteur des matières premières est d'ailleurs malmené à Hong Kong, comme le montre la baisse de Cnooc (-3,06%) et Aluminum Corp of China (-3,85%).

Même chose en Australie où Rio Tinto (-2,94%) et BHP Billiton (-3,06%) dévissent.

Par Hayat Gazzane

mercredi 23 novembre 2011

Coppé sur France 2 : arnaque à l'audimat

Et oui ! Nous assistons en ce moment à une véritable curie , un haro féroce sur les précieuses secondes d'antenne.
Je regardais en effet , l'autre soir , M. Coppé en pré-campagne présidentielle, fier comme un coq, donnant leçon de réalisme politique sur leçon de réalisme politique à tous ses contradicteurs.
En vérité j'attendais beaucoup du débat avec Mélenchon: enfin ,l'abominable capitaliste Coppé allait être mis au banc de ses inepties et confronté à sa vérité politique...

Le débat de France 2

Que nenni ! Le débat plutôt cordial entre les deux hommes , m'as paru loin des joutes verbales promises, et surtout de la confrontation des idées. Mélenchon, plutôt mou, ne rentrait pas dans le lard de cet autochtone gouvernementale , et le laissait dérouler ses arguments , en prenant bien soin de ne pas répondre directement aux questions , mais surtout d'amener les siennes...

C'est ce qui s'appelle de la langue de bois ! Il n'est plus nécessaire de réagir, il faut juste placer son texte, dire ce que l'on a à dire , et presque peu importe ce que réponds l'autre en face. Et même, pour ainsi dire , dans ce mou-débat , la bascule s'est opéré lorsque Mélenchon fut comparé à Marchais , et que ce fut perçu comme un signe de ringardise évident... Jean-Luc aurais dus alors mettre Coppé en miroir de Pierre Poujade , et 1-0 , balle au centre... mais non.

Mais ce qui m'as le plus agacé dans ce débat, et il fallait l'observer, c'était en arrière plan : des sbires acquis à la cause libéral se gaussait à chaque blague du président de l'UMP, et allongait une tête de trois mètres de long aux boutades de Mélenchon... insupportable ! Tout acquis à sa cause , la salle non-objective portait le débat des candidats en arrière plan, et rendait ainsi le représentant du Front de Gauche, bien ridicule.

Qui est Jean François Coppé ?

A vrai dire, il suffit de savoir qu'il a réussi à cumuler les mandats pour être élu de multiples façon :député, maire, président du groupe UMP à l'assemblée Nationale... et mis en cause en 2005 par le canard enchainé :

En 2005, il est mis en cause, notamment par Le Canard enchaîné27 car il occupait un logement de fonction. Ayant acquis quelques semaines plus tôt un appartement à Paris 16e, près du Trocadéro (logement un temps occupé par son collaborateur de l'époque, Bastien Millot28), Jean-François Copé contrevenait donc à la règle selon laquelle un ministre disposant d'un appartement privé à Paris ne peut disposer d'un logement de fonction. L'appartement de fonction, loué 5 500 €, était également plus grand (230 m²) que ce qu'autorisent les consignes ministérielles (120 à 140 m² au maximum dans sa situation d'alors)28. Jean-François Copé s'est, partiellement, justifié par le fait qu'il faisait réaliser un certain nombre de travaux dans cet appartement, et qu'il y emménagerait après que son épouse, alors enceinte, aurait accouché. Cette polémique éclate en même temps que l'affaire Gaymard27, qui conduira le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin à instaurer de nouvelles règles en la matière.

Sa bio complète ici

Mais enfin ce qui est pénible chez lui , c'est cette façon d'imaginer un monde binaire, ou le libéralisme peut triompher et le capitalisme s'épanouir... Divergence d'opinion à ne pas oublier pour le vote final , en mai prochain...

Révolutionnairement Vôtre :

Boris Rannou.

lundi 21 novembre 2011

Saïf Al-Islam Kadhafi a été arrêté dans le sud de la Libye

Saïf Al-Islam Kadhafi, capturé samedi dans le sud de la Libye, sera jugé dans son pays pour des crimes graves passibles de la peine de mort, a déclaré le ministre libyen de la justice Mohammed al Alagy. Seif Al-Islam était le dernier fils encore en cavale de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi, tué le 20 octobre.

>> Eclairage : "Que sont devenus les enfants de Kadhafi ?"

"Il a incité à tuer, il a détourné des fonds publics, a menacé, comploté et même pris part au recrutement et à l'acheminement de mercenaires", a poursuivi le ministre. Prié de dire s'il encourait la peine capitale, Mohammed al Alagy a répondu par l'affirmative : "C'est Kadhafi qui l'a créée", a-t-il souligné.

Saïf al Islam a été inculpé de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne d'avoir pris une part active à la répression du soulèvement contre le régime de son père. Mais le gouvernement libyen de transition souhaite qu'il soit jugé dans son pays et pas seulement pour les faits récents. La CPI ne peut prononcer la peine de mort.

"Nous sommes prêts à juger Saïf al Islam. Nous avons procédé à des réformes légales et judiciaires suffisantes pour lui garantir un procès équitable", assure Mohammed al Alagy, qui ne devrait pas conserver son portefeuille dans le gouvernement en cours de formation. "Nous avons aboli tous les tribunaux d'exception et séparé les pouvoirs judiciaire et politique. Nous invitons les organisations internationales et locales à assister au procès de Saïf al Islam. Nous allons le juger conformément aux normes internationales", a-t-il ajouté.

LA CPI DEMANDE SON TRANSFERT

Quelques heures après l'annonce de l'arrestation du fils du défunt "Guide", la CPI a déclaré que Tripoli avait "l'obligation" de coopérer avec La Haye. La Cour n'a cependant pas exclue que le procès de l'héritier politique de son père se tienne an Libye.

"Un mandat d'arrêt a été lancé par la CPI. Les autorités libyennes ont donc l'obligation de coopérer avec la cour", a déclaré le porte-parole de la CPI, Fadi El-Abdallah. "Si les autorités libyennes estiment qu'un procès au niveau national est une meilleure solution, ils devront alors demander à la CPI que l'affaire ne soit pas recevable à La Haye, selon le principe de complémentarité." Le procureur de la CPI doit se rendre en Libye la semaine prochaine.

Saïf Al-Islam avait fui Tripoli avec son père et son frère Mouatassim. Accusé d'avoir joué un "rôle-clé dans la mise en œuvre d'un plan" conçu par son père pour "réprimer par tous les moyens" le soulèvement populaire, il s'était réfugié à Syrte et avait réussi à échapper aux troupes du Conseil national de transition qui ont tués l'ancien leader libyen et Mouatassim.

Dans l'imméadiat, Saïf al Islam, qui a été capturé dans le sud du pays, près d'Obari, une localité située au sud-ouest de l'oasis de Sebha, sera transféré à Zenten , à 170 km au sud-ouest de Tripoli, a précisé le chef "des opérations des thowar (révolutionnaires) de Zenten". A l'annonce de sa capture, des coups de klaxons et des tirs de joie ont retenti dans la capitale libyenne pour célébrer la nouvelle.

Le fils de Kadhafi a déclaré à une journaliste de Reuters, présente à bord de l'avion cargo de fabrication soviétique qui le conduisait à Zenten, qu'il était bien portant, et que les blessures à sa main droite étaient dues à un raid aérien de l'Otan remontant à un mois.

SAÏF AL-ISLAM NÉGOCIAIT SA REDDITION AVEC LA CPI

Le 2 novembre, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, avait déclaré devant le Conseil de sécurité de l'ONU avoir eu des contacts informels avec Saïf Al-Islam et avoir reçu des questions "sur les conditions légales relatives à sa possible reddition".

D'après un haut responsable militaire du Conseil national de transition (CNT), Saïf Al-Islam aurait proposé fin octobre de se rendre à la CPI, en compagnie de l'ancien chef des services du renseignement du régime déchu, Abdoullah Al-Senoussi, lui aussi en fuite. Les deux hommes cherchaient vraisemblablement à passer un accord avec La Haye par le truchement d'un pays voisin.

Saïf Al-Islam Kadhafi et Abdoullah Al-Senoussi auraient en effet conclu qu'ils n'étaient plus en sécurité en Libye et qu'ils ne le seraient pas plus en Algérie ou au Niger. "Ils pensent qu'il n'est pas sûr pour eux de rester là où ils sont ou d'aller où que ce soit", avait expliqué le responsable du CNT, précisant que le Niger réclamait une trop forte somme d'argent.

Selon des sources sécuritaires nigérienne et malienne, l'ancien chef des services de renseignements libyens se serait réfugié au Mali fin octobre. Les autres enfants de l'ancien dirigeant ont trouvé refuge dans des pays voisins, Mohamed, Hannibal et Aïcha en Algérie avec Safiya, la veuve de Kadhafi, et Saadi au Niger.

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters

dimanche 20 novembre 2011

Même en France, la publicité s'introduit à l'école

Des écoles de l'État américain du Colorado vendent depuis peu de la publicité sur leurs bulletins scolaires. Sans arriver à de tels excès marketing, en France aussi la publicité s'introduit dans les écoles.

Pour boucler les fins de mois difficiles, des écoles de l'État américain du Colorado ont pris une initiative originale: vendre de la publicité sur leurs bulletins scolaires. La publicité vante sur les bulletins des 91 écoles élémentaires d'un comté les mérites d'un plan destiné à épargner pour payer l'université.

La somme gagnée n'est qu'une goutte dans l'océan des dépenses scolaires locales, qui se sont élevées l'an dernier à 40 millions de dollars mais «on cherche évidemment des sources de revenus et on les prend où on peut», a indiqué cette semaine Melissa Reeves, porte-parole du conseil d'administration.

Officiellement, en France, la publicité est interdite dans l'enceinte de l'école contrairement aux États-Unis dont les excès du marketing scolaire sont régulièrement dénoncés dans les médias. Cet exemple peut paraître surréaliste aux yeux des Français et pourtant… Selon la chercheuse Angélique Rodhain, auteur d'un article sur le sujet dans Petit bréviaire des idées reçues en management aux éditions La Découverte, la réalité française est loin d'être aussi simple : Qui n'a pas un jour participé à l'école à un concours de rédaction organisé par une banque, assisté à un exposé sur le petit-déjeuner organisé par une entreprise agroalimentaire ou appris les gestes de l'hygiène bucco-dentaire via des représentants d'une marque de dentifrice ?
Un marketing scolaire à la française

Elle énumère le marketing scolaire à la française: l'affichage publicitaire pour le cinéma dans les établissements, moyennant 150 euros par an, l'envoi de produits dans les cantines, les jeux concours, l'insertion de marques dans les manuels scolaires (la présence de 139 d'entre elles a été comptabilisée dans une étude sur les manuels utilisés au collège). Posters, cahiers pour enfants, autocollants, la publicité est présente de façon plus ou moins subreptice. C'est par le biais d'associations antipub très vigilantes sur le sujet, qu'un jeu boursier lancé par la banque CIC a été interdit de séjour dans des lycées par un tribunal administratif.

Même si «officiellement la publicité est interdite dans l'enceinte de l'école», les exemples de communications commerciales «affluent». La réglementation est bien plus sévère en France que dans les pays anglo-saxons. Mais «l'éducation nationale, souffre, semble-t-il, d'une certaine impuissance à faire respecter la règle de la neutralité», écrit-elle. De fait, aucune sanction ne punit l'établissement qui viendrait à manquer au règlement. Depuis 2001, date à laquelle un code de bonnes conduites a été édicté par le ministère, «l'hypocrisie» serait «patente».

Les «partenariats» avec les entreprises sont désormais autorisés. C'est à l'enseignant de juger du caractère commercial des documents apportés par l'entreprise. Certes, rappelle la chercheuse, l'Éducation nationale sait interdire. En 2005, elle a ainsi fait retirer tous les distributeurs automatiques en milieu scolaire. «Mais pour le marketing scolaire, il en va autrement (…) Pourtant le parrainage est une méthode de communication comme une autre. Renault rassure sur la sécurité routière, Total sur les marées noires, EDF sur l'énergie nucléaire». À terme, selon Angélique Rodhain, les frontières étant aujourd'hui de plus en plus floues, la publicité devrait progressivement mais sûrement s'implanter davantage dans l'école française.

Par Marie-Estelle Pech

samedi 19 novembre 2011

Les bénéficiaires du RSA vont devoir travailler 7 heures par semaine

SOCIAL - Lors de cette journée consacrée aux fraudes sociales par le gouvernement, le président et ses ministres ont annoncé plusieurs mesures. «20 Minutes» fait le point...
Les bénéficiaires du RSA vont être mis au travail

C’est la principale annonce du discours de Bordeaux: les bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) vont devoir travailler à raison de sept heures hebdomadaires en contrepartie de l’aide qui leur est versée. «Pas pour punir, mais pour respecter et ramener la dignité», a justifié Nicolas Sarkozy, qui a voulu que le RSA ne s’apparente plus à une simple «aumône». «On ne peut pas être digne» quand on ne fait que «tendre la main».
Un jour de carence en plus pour tous les salariés

L’annonce de cette mesure a été faite en parallèle du déplacement en Gironde du chef de l’Etat. Le gouvernement français a décidé d'ajouter une journée de carence dans le privé pour les arrêts maladie (soit quatre jours de congé maladie non-remboursés pour les salariés du privé) et d'en instaurer une chez les fonctionnaires, qui n'y étaient pas soumis jusqu'à présent. Cette mesure, qui fait bondir les syndicats et les partis de gauche, vise à réduire les dépenses de santé: un peu plus de 200 millions d’euros devraient être économisés, selon le gouvernement.
Plus de sévérité contre la fraude

Un décret obligera un salarié ayant bénéficié d'un arrêt de travail abusif à rembourser les sommes perçues, a déclaré le ministre du Travail Xavier Bertrand lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale. Environ 20 milliards d’euros seraient perdus à cause de la fraude sociale, à laquelle le gouvernement souhaite s’attaquer, notamment grâce au projet d’interconnexion des fichiers des différentes administrations.
Redéfinir le financement du modèle social français

Seconde véritable annonce du discours du chef de l’Etat à Bordeaux, la création d’un Haut conseil du financement de la protection sociale doit avoir lieu avant la fin de l’année. Il appartiendra cette instance, à laquelle les partenaires sociaux seront associés, de réfléchir «avec de la sérénité, du sérieux et de l'objectivité» à des questions comme l'élargissement des ressources de la sécurité sociale à d'autres impôts.

Nicolas Bégasse avec Reuters

Le président de la République Nicolas Sarkozy, à Bordeaux, le 15 novembre 2011. R. Duvignau/REUTERS

jeudi 17 novembre 2011

Pour Shimon Pérès, une attaque contre l'Iran est de plus en plus vraisemblable

Le président israélien Shimon Pérès a indiqué, samedi, qu'une attaque était "de plus en plus vraisemblable" contre l'Iran. "Les services de renseignements des divers pays qui surveillent [l'Iran] s'inquiètent et pressent leurs dirigeants d'avertir que l'Iran est prêt à obtenir l'arme atomique", a affirmé M. Pérès à la seconde chaîne privée de la télévision israélienne. "Il faut se tourner vers ces pays pour qu'ils remplissent leurs engagements […]. Ce qui doit être fait, et il y a une longue liste d'options", a-t-il encore dit. M. Pérès a tenu ces propos alors que l'AIEA doit publier le 8 novembre un rapport sur le programme nucléaire de l'Iran, que les experts israéliens jugent "alarmant".

DÉSTABILISATION DE LA RÉGION, SELON ALAIN JUPPÉ

Une telle intervention serait "totalement déstabilisatrice" pour la région, a estimé dimanche le ministre des affaires étrangères français, qui juge nécessaire de durcir les sanctions. "On peut encore les durcir pour faire pression sur l'Iran et nous allons continuer dans cette voie", a déclaré Alain Juppé sur Europe 1 et I-Télé. "Une intervention militaire pourrait créer une situation totalement déstabilisatrice dans la région, il faut tout faire pour éviter l'irréparable", a-t-il souligné. "Je souhaite que nous n'en arrivions pas là", a ajouté le chef de la diplomatie française.

Selon le quotidien israélien Haaretz, le rapport de l'AIEA aura "une influence décisive" sur le gouvernement israélien. Selon Haaretz, la majorité des 15 membres du cabinet israélien de sécurité est pour l'heure opposée à une attaque contre l'Iran. Seule cette instance peut arrêter une décision aussi grave.

ACCORD AMÉRICAIN NÉCESSAIRE

Nombre de responsables israéliens soulignent qu'Israël n'est pas en mesure de lancer une telle opération sans la coordonner préalablement avec les Etats-Unis et sans le feu vert de ces derniers. Haaretz indique dimanche que lors de la dernière visite en Israël, le 3 octobre, du secrétaire d'Etat américain à la défense Leon Panetta, MM. Nétanyahou et Barak s'étaient contentés de répondre "en termes vagues" lorsque ce dernier leur a demandé de s'engager à coordonner avec Washington toute action contre l'Iran.

L'hypothèse d'une frappe préventive d'Israël contre les installations nucléaires de l'Iran a repris corps ces derniers jours, à la faveur de fuites organisées vers les médias d'un débat qui divise les membres du cabinet de M. Bényamin Nétanyahou. L'opinion israélienne est divisée pratiquement à égalité entre partisans (41 %) et opposants (39 %) d'une attaque contre les installations nucléaires iraniennes, selon un sondage.

TÉHÉRAN DÉMENT

"La propagande [occidentale] commence à dire que le prochain rapport de l'AIEA va présenter des documents sur une activité de l'Iran en matière de missiles, mais l'agence l'a déjà dit auparavant en présentant de tels documents et nous y avons répondu", a déclaré le ministre des affaires étrangères iranien Ali Akbar Salehi selon l'agence ISNA. "Nous estimons que ces documents sont des faux et nous avons répété qu'ils sont sans fondement", a ajouté le ministre qui s'exprimait en marge d'une rencontre samedi avec son homologue du Burundi. "Mais si [l'AIEA] persiste à vouloir les utiliser, nous sommes prêts à y faire face une fois pour toutes", a ajouté M. Salehi.

Par : LEMONDE.FR avec AFP et Reuters

mercredi 16 novembre 2011

Les diamants du sang à nouveau autorisés à la vente ?

Le Processus de Kimberley, régulateur mondial chargé de ne pas mettre sur le marché les diamants dont la vente sert à financer des guerres civiles, a autorisé la commercialisation des pierres des mines de Marange, dans l'est du Zimbabwe. Le pays devrait pouvoir en tirer 2 milliards de dollars par an. Mais cette décision est loin de faire l'unanimité.

Considérées comme les plus riches découvertes en Afrique depuis des décennies, les mines de diamants de Marange au Zimbabwe ont été envahies en 2008 par l'armée zimbabwéenne, qui en a expulsé des milliers de mineurs, avant de forcer des civils à les remplacer. Diverses organisations de défense des droits de l'homme avaient alors dénoncé les massacres et viols perpétrés par l'armée conduisant à la signature du Processus de Kimberley et engageant ses membres à suspendre les exportations de ces diamants du sang.

Depuis 2002, le dirigeant zimbabwéen, Robert Mugabe, et ses proches sont interdits de voyage et leurs avoirs ont été gelés par l'Union européenne et les Etats-Unis, en raison de violations répétées des droits de l'Homme et des libertés fondamentales par son régime.

Seulement voilà, mardi, le Processus de Kimberley a donné son feu vert à la mise sur le marché avec "effet immédiat" des diamants provenant de deux sites des domaines de Marange. De quoi assurer des milliards de dollars au pays et à son président, Robert Mugabe ; 2 milliards de dollars par an minimum, estime le ministre zimbabwéen des Mines, Obert Mpofu, proche du chef de l'Etat.

Soutiens de l'Inde et de la Chine, abstention américaine et vigilance européenne

Sur fonds d'informations faisant état de nouveaux abus dans la région, cette décision intervient après de longs mois de négociations, voire le risque de voir le Processus de Kimberley exploser en vol.

Le Zimbabwe a bénéficié du soutien de l'Inde et de la Chine, de pouvoir reprendre la vente de ces diamants à travers deux entreprises zimbabwéennes.

Le département d'Etat américain a indiqué que Washington s'était abstenu afin de sortir le Processus d'une "impasse". Nous sommes toujours préoccupés par la situation à Marange", a précisé Elizabeth Trudeau, porte-parole de l'ambassade américaine à Pretoria.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a jugé "positif" l'accord sur la reprise de la commercialisation des diamants provenant des mines de Marange au Zimbabwe, suspendues après la révélation de violations de droits de l'Homme, mais a averti qu'elle resterait vigilante. L'Union européenne salue "en particulier" l'engagement renouvelé du Zimbabwe de résoudre les problèmes de non-conformité aux standards du processus de Kimberley dans l'ensemble de la région de Marange, ainsi que la mise en place "d'un mécanisme de suivi crédible" et l'implication de la société civile pour améliorer la transparence.

Dans un communiqué, le président du Conseil mondial du diamant, Eli Izhakoff, qui a assisté à la plénière, a salué la signature et souligné entre autres le "rôle déterminant" de l'Union européenne qui a proposé l'accord entériné après "plus de deux ans" de négociations entre les parties. "J'espère ardemment qu'il nous permettra de faire aller de l'avant le processus de Kimberley et l'industrie" diamantifère, a-t-il ajouté.

"C'est vraiment une parodie, qui remet en question l'avenir du Processus de Kimberley et ses références en tant que système qui garantit aux consommateurs que leurs diamants ne sont pas tachés de sang", a réagi Mike Davis, du groupe de défense des droits de l'homme Global Witness. Faisant allusion aux méthodes du président Mugabe, Mike Davis insiste sur le fait que "les principaux bénéficiaires pourraient bien être particulièrement douteux, et, pour certains, des personnages violents de l'establishment politique du Zimbabwe qui cherchent comment financer leurs exactions et intimidations des campagnes électorales".

Le Mouvement pour un changement démocratique (MDC) du Premier ministre Morgan Tsvangirai, adversaire de Mugabe, bien qu'associé à lui dans un fragile gouvernement d'union nationale, ainsi que des groupes de défense des droits de l'Homme accusent le camp du président de détourner les bénéfices tirés des diamants à son propre profit, alors que des élections sont envisagées l'an prochain.

Pour Morgan Tsvangirai, la reprise des ventes n'est envisageable qu'à condition que les revenus aillent dans les caisses de l'Etat et non dans celles de son adversaire politique. "J'espère que ce feu vert du Processus de Kimberley permettra au gouvernement de contrôler les ressources de Marange d'une manière transparente et ouverte", a insisté le Premier ministre.

Une équipe de contrôle du processus de Kimberley visitera avant la fin du mois la puissante société minière chinoise Anjin, qui opère à Marange, et les nouvelles mines "dans les quatorze jours suivant la date d'invitation", est-il précisé. "Dès vérification de la conformité, les exportations pourront démarrer immédiatement", a-t-il également été décidé.

Retour des violences politiques

La décision intervient en outre alors que les violences politiques semblent reprendre dans le pays, selon Morgan Tsvangirai qui n'hésite pas à désigner les partisans du président Mugabe et les forces de sécurité du Zimbabwe comme responsables. Mardi, dans le centre de Harare, la police anti-émeutes a condamné les locaux du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), et a tiré des gaz lacrymogènes à l'intérieur du bâtiment ainsi qu'en direction des passants.

"Les éléments de la sécurité d'Etat ont initié un coup d'Etat contre l'autorité civile, et se trouvent désormais au-dessus des lois, au point de pouvoir perturber les actions gouvernementales et d'agresser des civils en toute impunité", a-t-il déclaré.

Par : La Tribune

Photo Par : Copyright Reuters

mardi 15 novembre 2011

BNP Paribas: chute du bénéfice net


La banque française BNP Paribas a enregistré au troisième trimestre un bénéfice net en repli de 71%, à 541 millions d'euros, marqué notamment par une dépréciation très importante de ses titres d'Etat grecs, selon un communiqué publié jeudi.

La décote passée sur les obligations grecques va même au-delà de ce qui est prévu par l'accord européen du 27 octobre, pour atteindre 60% sur l'ensemble des titres. Les dépréciations enregistrées dans ce cadre au troisième trimestre se montent à 2,25 milliards d'euros. A ce titre, au micro de BFM Business, Baudouin Prot, directeur général de la banque, a affirmé que la décôte de 50% sur la dette grecque concédée par les banques dans le cadre de l'accord du 27 octobre est "le dernier exercice volontaire" auquel se livrerait BNP Paribas.

Réduction de l'exposition à l'Italie

Le groupe a également annoncé une perte de 362 millions d'euros liée à d'importantes cessions de titres d'Etat sur la période. Notamment

Ces deux effets défavorables pour le résultat n'étaient pas, ou pas complètement anticipés par le marché, ce qui explique que le bénéfice net publié soit assez sensiblement inférieur aux attentes des analystes. Ils tablaient, en moyenne, sur des profits nettement supérieurs au milliard d'euros, selon les prévisions consultées par l'AFP.

Les éléments exceptionnels pèsent

Hors provisionnement des titres grecs, le résultat ressort à 1,952 milliard d'euros, en légère hausse de 2,4%. D'autres éléments exceptionnels ont joué sur le résultat, principalement une nouvelle dépréciation de 299 millions d'euros sur la valeur des titres de l'assureur Axa, dont BNP Paribas est actionnaire à hauteur de 5,2%, ainsi qu'une réévaluation de la dette propre.

Cette réévaluation est un mécanisme comptable lié aux évolutions de marché et qui a notamment dopé les résultats de la plupart des grandes banques américaines au troisième trimestre. Concrètement, depuis début août, les marchés se sont dégradés et la valeur de la dette de BNP Paribas a baissé, ce qui lui permet d'enregistrer un gain comptable de 786 millions d'euros.

Plan social en vue

En outre, le directeur général de la banque a affirmé ce matin que le groupe va réduire ses effectifs. Baudouin Prot a ainsi dit que "des centaines de postes" sont concernés. Le dirigeant a toutefois affirmé que le plan social sera dévoilé le 15 novembre prochain.

lundi 14 novembre 2011

La France, quatrième exportateur d'armes

Le ministère de la Défense a présenté, ce mercredi, son "rapport au Parlement sur les exportations d'armement de la France en 2010". Mais l'Etat ne dit pas tout sur le commerce des armes, s'insurgent certaines ONG.

La France exporte des armes et tient à le faire savoir. Fort de ses 5,12 milliards d'euros de prise de commandes, soit près de 6% du marché mondial, le pays se maintient à la 4e place des exportateurs, derrière les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, et juste devant Israël.

Ce secteur économique, soutenu par l'Etat qui joue le rôle de "facilitateur" des contrats commerciaux, crée environ 330 000 emplois directs et indirects dans l'Hexagone. Et le marché de l'export représente près de 32% de l'activité des entreprises basées en France.

Qui sont les clients de la France?

En 2010, les plus gros clients étaient le Brésil, l'Inde, la Malaisie, les Emirats arabes unis et l'Arabie Saoudite. Sur la période 2006-2010, le Moyen-Orient (27%) demeure la première destination des équipements français. L'Amérique latine (25%) et l'Asie (18%) se hissent sur les marches du podium. L'Europe, elle, représente 17 % de ces exportations, grâce, entre autres, aux contrats signés par l'Albanie.
De quelles armes parle-t-on?
La France tente de vendre ses avions Rafale (fabriqués par Dassault aviation) notamment au Brésil et aux Emirats arabes unis. A vendre aussi: des hélicoptères comme le Tigre (fabriqués par Eurocopter) et le NH-90 (construits par NHindustries, une firme européenne). Des canons Caesar (fabriqués par Nexter, une filiale du groupe industriel Giat entreprises) ont été commandés par l'Arabie Saoudite. Des sous-marins Scorpène (conçus par le groupe d'armement naval DCNS, en collaboration avec l'industriel espagnol Navantia) ont aussi été achetés par le Chili et la Malaisie.

Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, la France voudrait vendre entre deux et quatre frégates à la marine grecque et permettre au pays endetté d'en repousser le paiement, d'un montant de 300 millions d'euros, à cinq ans. "Je démens formellement cette information", soupire Philippe Pontiès, porte-parole adjoint du ministère de la Défense. "Aucune proposition commerciale de la sorte n'a été faite, confie-t-il. Mais il est vrai que, pour une vente, la solvabilité de l'acheteur entre en ligne de mire."

En Libye, par exemple, 90 millions de livraisons de matériels français ont été enregistrés l'an dernier et, en janvier 2011, soit un mois avant le début de la révolution contre le régime de Mouammar Kadhafi, celui-ci a reçu, en janvier 2011, un lot de 1000 missiles du groupe industriel d'aéronautique et de défense MBDA.

Fin 2012, nous saurons combien d'armes ont réellement été vendues en 2011 aux pays touchés par les révolutions arabes

Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, la France a interrompu les autorisations des ventes d'armes aux pays concernés par le printemps arabe. "Sur la Syrie et le Yémen, tout est fermé", insiste-t-il. Cette réponse ne satisfait pourtant pas certaines organisations non-gouvernementales.

"Ce n'est qu'à la fin de 2012 que nous saurons combien d'armes ont réellement été vendues en 2011 aux pays touchés par les révolutions arabes [qui ne sont pas les plus gros clients de la France]", s'insurge Zobel Behalal, chargé du plaidoyer "paix et conflit" au sein de l'ONG Comité contre la faim et pour le développement -Terre Solidaire. Le rapport sur les exportations d'armes, présenté à la presse, ne passe en revue que les exportations en 2010.

"S'inspirer de nos voisins"

"Nous devrions nous inspirer de nos voisins européens, propose Zobel Behalal. La Grande-Bretagne, par exemple, publie tous les trimestres des informations sur ses ventes d'armes avec un maximum de détails, et tout le monde peut savoir à quels pays elle a refusé la signature d'un contrat."

L'ONG CCFD-Terre Solidaire se défend d'être hostile au commerce des armes mais prône la mise en place de débats plus réguliers au Parlement, ainsi qu'une plus grande transparence et un contrôle accru des exportations. "Ces mesures sont malheureusement rejetées par les parlementaires qui estiment que trop de transparence tue la transparence. Selon eux, la mise en place de telles règles serait néfaste pour l'industrie de l'Hexagone. On m'a même dit, conclut Zobel Behalal, que la France était championne de la transparence."

Ecrit par : Philippe Lesaffre

Photo par : Jean-Paul Pelissier/REUTERS

dimanche 13 novembre 2011

Après les empreintes, va-t-on ficher les visages?

Les braqueurs de banques seront-ils bientôt scientifiquement confondus par leur image captée par une caméra? C'est l'idée du "fichier visage" proposé dans un Livre blanc rendu public ce mercredi.

Cette "base nationale de photographies" serait donc un troisième grand fichier technique à disposition des enquêteurs avec ceux des empreintes génétiques (FNAEG) et digitales (FNAED).
Après l'empreinte ou la goutte de sang laissée sur les lieux de leurs méfaits, les braqueurs vont-ils être confondus par leur image?

Après l'empreinte ou la goutte de sang laissée sur les lieux de leurs méfaits, les braqueurs vont-ils être confondus par leur image?

Flick'r/Fazen

Un des buts affichés par les auteurs du Livre Blanc serait d'"accélérer la résolution des enquêtes judiciaires disposant d'indices tirés de la vidéoprotection" et de "développer le recours aux logiciels de reconnaissance automatisée par l'image".

"Grâce à l'évolution rapide des algorithmes de rapprochement, il est souhaitable de rendre les techniques d'identification encore plus précises et réactives, notamment en situation de mobilité, en développant les nouvelles biométries, en particulier au niveau du visage", explique le document.

Un système de rapprochement des photographies

De la sorte, "le système de traitement des procédures judiciaires (TPJ) serait ainsi complété par un outil de rapprochement des photographies, notamment dans le système Canonge".

Ce dernier, légalisé par la loi du 12 décembre 2005, permet aux services de police judiciaire de classer par caractéristiques les personnes ayant déjà été interpellées.

"D'importantes retombées pratiques en sont attendues", estiment les rédacteurs du livre blanc, notant qu'il sera "également possible de travailler sur d'autres particularités morphologiques et physiques, tels les tatouages". "A l'inverse, ajoutent-ils, cette évolution limitera l'emploi, voire permettra de l'abandonner à terme, des caractéristiques descriptives des personnes utiles aux enquêtes, mais de plus en plus archaïques et en décalage avec la réalité sociale".

Cette proposition fait suite "au livre blanc sur la Défense", relève Alain Bauer, président de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), co-président du comité de pilotage de celui sur la sécurité publique avec le préfet de police Michel Gaudin.

Ce "fichier image", ajoute Alain Bauer, permet de "sortir de l'ethno-racial du Canonge et revient à une anthropométrie dynamique moderne", souligne-t-il. Ce serait une sorte de "Bertillon 2.0", conclut-il en allusion à Alphonse Bertillon, le criminologue de l'avant Première guerre mondiale, père de l'anthropométrie judiciaire française.

samedi 12 novembre 2011

Les arrêtés anti-mendicité se multiplient dans les villes

Lundi 17 octobre, jour de solidarité mondiale décrété par les Nations unies pour le refus de la misère, la mairie de Marseille s'illustrait en publiant un arrêté anti-mendicité. Il porte sur la quasi-totalité de son centre-ville, du Stade Vélodrome à la gare Saint-Charles en passant par le Vieux-Port, dès lundi et sans limite de temps.

Cet arrêté fait suite à l'interdiction de mendier sur les Champs-Elysées décrétée par la préfecture de police de Paris le 14 septembre dernier, à la demande du ministre de l'intérieur Claude Guéant, ainsi qu'à des arrêtés du même type publiés récemment par les maires de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) et de La Madeleine (Nord).

Les associations de lutte contre la pauvreté dénoncent unanimement "l'inutilité" de ces mesures qui visent à "déplacer la misère, à l'expulser du centre-ville" selon les mots d'Alexandre Le Clève, directeur des programmes nationaux de la Cimade. Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, parle d'"effets de communication" pour décrire cette nouvelle vague d'arrêtés municipaux, qui souvent "ne franchissent pas les barrières de la presse, et pour d'autres sont vite retirées quand nous montrons les dents". La Ligue a ainsi annoncé mardi qu'elle dénoncerait l'arrêté de Marseille devant le tribunal administratif de la ville. Elle l'a déjà fait début octobre dans le cas de La Madeleine.

"MENDICITÉ AGRESSIVE"

Pourtant, les associations sont loin d'obtenir systématiquement gain de cause face à ces arrêtés qui simplifient l'évacuation des mendiants. Plusieurs municipalités, comme Nice, Montpellier et Chartres, appliquent régulièrement avec succès, durant la période estivale, ce type d'arrêtés. Ils leur permettent d'infliger aux mendiants de simples amendes (38 euros en général, soit le montant maximal d'une amende de première catégorie), plutôt que d'engager des poursuites pour délit de "mendicité agressive", passible de six mois d'emprisonnement et d'une amende de 3 750 euros. La procédure est lourde et le chef d'accusation "relativement vague et difficile à prouver devant un juge", note Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature.

A Marseille, la mairie fait valoir que son arrêté ne vise pas directement la mendicité, mais cherche plus largement à "réprimer le vagabondage". Lundi, l'adjointe en charge de la sécurité de la ville, Caroline Pozmentier, déclarait vouloir "restaurer un sentiment de sécurité chez les Marseillais". David-Olivier Reverdy, secrétaire régional du syndicat de police Alliance, s'est félicité de cette disposition. Il estime qu'elle "facilite la tâche des patrouilles de gardiens de la paix et ne peut que renforcer la lutte contre le sentiment d'insécurité qui gagne l'opinion publique".

Cet objectif très général, appliqué à la quasi-totalité du centre-ville, pourrait s'avérer problématique devant la justice. Selon Axel Barlerin, président de l'Union syndicale des magistrats administratifs, les juges peuvent en effet invalider ces décrets s'ils sont "trop généraux, s'ils s'appliquent à des zones trop vastes ou ne sont pas suffisamment limités dans le temps".

À "94% D'ORIGINE ROUMAINE"

A Paris, l'interdiction de mendier est plus localisée : elle se limite à la place Charles-de-Gaulle-Etoile, ainsi qu'à l'avenue et au rond-point des Champs-Elysées, entre 10 heures à 22 heures. Fin septembre, Jean-Yves Adam, contrôleur général et commissaire central du VIIIe arrondissement, dénombrait, dans le quotidien Metro, 77 verbalisations réalisées en quinze jours. Il précisait que ces personnes étaient pour "94 % d'origine roumaine". L'arrêté s'inscrit dans le cadre d'une vaste offensive contre la "délinquance roumaine" décrétée le 12 septembre par le ministère de l'intérieur.

A Nogent, le maire UMP de la ville s'était exposé à de vives critiques des associations début octobre, en interdisant la fouille des poubelles dans sa commune, au nom de "la tranquillité publique". Il imitait en cela le maire UMP de La Madeleine, commune résidentielle de la banlieue de Lille, qui avait fait traduire en août sa propre interdiction de glanage et un arrêté anti-mendicité en roumain et en bulgare. La Cimade dénonce dans cette série de mesures une "chasse aux Roms".

Avec la Ligue des droits de l'homme, d'autres associations comme le Droit au logement et la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale se sont régulièrement essayées à faire annuler ces mesures au milieu des années 1990 puis en 2002 et 2003, avec plus ou moins de succès, en tentant de contrer des vagues d'arrêtés anti-mendicité pris, souvent sans réelle préparation, par les maires.

ALCOOL, CHIENS ET OCCUPATION ABUSIVE DE L'ESPACE

Au milieu des années 1990, peu avant la révision du code pénal de 1994 qui cessait d'assimiler la mendicité à un délit, de nombreuses communes de droite comme de gauche s'étaient tournées vers cette méthode pour "nettoyer" leur centre-ville. En 1996, la ville de Nice déclenchait une vaste polémique en faisant déplacer par la police municipale des SDF du centre-ville vers les collines qui enserrent la ville.

Depuis, la loi sur la sécurité intérieure de mars 2003 a fait à nouveau de la mendicité un délit, si elle est effectuée "sur la voie publique", "en réunion et de manière agressive" et "sous la menace d'un animal dangereux". Depuis septembre, elle peut également justifier une expulsion du territoire, mesure qui, selon les associations, cible très spécifiquement les Roms.

Pour élargir ce cadre, des municipalités continuent de cibler, dans leurs arrêtés, de petites infractions comme "l'occupation abusive" de l'espace public par des mendiants, la consommation d'alcool sur la voie publique ou les regroupements de chiens.

Louis Imbert

vendredi 11 novembre 2011

EDF jugé pour l'espionnage de Greenpeace

Quatre personnes comparaissent à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

EDF comparaît à partir de lundi matin devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour avoir espionné, en 2006, un ordinateur de l'organisation antinucléaire Greenpeace. L'électricien, en tant que personne morale, ainsi que le responsable de son service de sécurité à l'époque, Pascal Durieux, 64 ans, et son adjoint Pierre-Paul François, 63 ans, sont poursuivis pour complicité d'«atteinte à un système de traitement automatisé de données». Autrement dit pour piratage informatique.

EDF n'a pas directement piraté le disque dur de Yannick Jadot, alors directeur de campagne de Greenpeace. L'entreprise avait fait appel à une société d'intelligence économique, Kargus Consultants, dirigée par Thierry Lohro. Lequel avait sollicité un hacker autodidacte de sa connaissance, Alain Quiros. Le pirate ne fut pas assez furtif puisque les traces qu'il a laissées sur l'ordinateur d'une autre victime ont permis à la justice de remonter jusqu'au dossier Greenpeace.

Thierry Lohro est un ex-agent de la DGSE. Alain Quiros travaillait ponctuellement pour la société Atlantic Intelligence, fondée par l'ex-patron du GIGN Philippe Legorjus. Côté EDF, Pascal Durieux est un ancien contre-amiral et son adjoint Pierre-Paul François fut policier.

Opportune tribune pour Greenpeace

Face au juge d'instruction Thomas Cassuto, les deux responsables d'EDF - relevés de leurs fonctions en avril 2009 - ont nié avoir eu connaissance du moyen illégal employé pour recueillir des informations sur Greenpeace. Quant au CD-Rom retrouvé dans le coffre-fort de Pierre-Paul François chez EDF contenant 1420 fichiers piratés sur l'ordinateur de Yannick Jadot, MM. Durieux et François n'auraient pas pris la peine d'en regarder le contenu, selon leurs dépositions. Pierre-Paul François ne nie cependant pas avoir été présenté au hacker Quiros par Thierry Lohro dans un café proche du Cercle militaire quelques mois avant le piratage. Par ailleurs, EDF avait établi deux contrats avec Kargus Consultants, un premier en 2004 d'un montant de 10.000 euros par mois, le second en novembre 2006 prévoyant une rémunération de 4664,40 euros par mois pendant un an. Aux policiers, Thierry Lohro a affirmé que ce contrat rémunérait a posteriori l'opération de piratage.

Yannick Jadot, cible du piratage, est devenu député européen et porte-parole d'Eva Joly, candidate des Verts à la présidentielle : ce procès offre une opportune tribune médiatique à Greenpeace. Et l'occasion de prouver rien moins que « le nucléaire est incompatible avec les règles de la démocratie française ». L'organisation réclame 8,3 millions d'euros de dommages et intérêts à EDF. De son côté, l'avocat du géant de l'énergie, Me Alexis Gublin, soulèvera, selon l'AFP, une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) portant sur une application rétroactive de la loi. Selon l'appréciation de la présidente de la 15e chambre correctionnelle, Isabelle Prévost-Desprez, le procès pourrait être renvoyé, ou se dérouler sur dix jours d'audience.

Du dopage dans le vélo au piratage informatique

L'enquête qui a abouti à la mise en examen d'EDF pour avoir piraté un ordinateur de Greenpeace a pour origine une affaire en apparence éloignée : le dopage du coureur cycliste américain Floyd Landis, vainqueur - déclassé - du Tour de France 2006. Le 14 septembre 2006, le service informatique du Laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD) de Châtenay-Malabry découvre une intrusion sur l'un de ses ordinateurs. L'enquête policière menée à la suite du dépôt de plainte du laboratoire établit une chaîne de liens - laquelle passe par la célèbre agence américaine de détectives Pinkerton - entre Arnie Baker, l'entraîneur du cycliste, et un certain Alain Quiros, pirate informatique à ses heures. L'entourage du maillot jaune dopé cherchait a discréditer le LNDD pour renforcer sa défense. Le matériel informatique saisi chez Alain Quiros, exilé au Maroc depuis l'automne 2006, mettra les enquêteurs sur la piste des autres victimes du hacker. Parmi elles, l'association des petits porteurs de Vivendi et Yannick Jadot, directeur de campagne de Greenpeace.

Par Fabrice Nodé-Langlois

jeudi 10 novembre 2011

Fitch place la BNP et le Crédit agricole sous surveillance

L'agence de notation Fitch a placé jeudi sous surveillance négative les notes à long terme de BNP Paribas (AA-) et du Crédit Agricole (AA-) dans le cadre de son évaluation périodique des établissements européens.

La note de crédit à long terme du Crédit Mutuel (AA-) a également été placée sous surveillance négative, mais celle de la Société Générale (A+) a été confirmée.

Les notes de viabilité ("viability rating") de BNP Paribas (AA-), du Crédit Agricole (AA-) et de la Société Générale (A+) sont également placées sous surveillance négative.

Fitch précise que la phase de surveillance négative devrait être de courte durée, et que si des abaissements de note de long terme étaient décidés, ils ne pourraient excéder un cran, le niveau minimal des grandes banques françaises étant de "A+".

Dans le cas de la Société Générale et de la BNP, Fitch souligne que le modèle commercial de banque universelle mondiale qu'elles ont choisi semble "particulièrement sensible aux défis accrus auxquels les marchés financiers sont confrontés".

"Ces défis résultent d'une myriade de changements dans la régulation ainsi que des développements économiques, en particulier dans la zone euro", ajoute Fitch.

Toujours dans le cadre de son examen des banques, Fitch a par ailleurs abaissé la note de la banque suisse UBS de "A+" à "A".

Celles de Barclays, Crédit Suisse, Deutsche Bank sont également placées sous surveillance négative, tout comme, aux Etats-Unis, celle de Bank of America, Morgan Stanley et Goldman Sachs.

Herb Lash avec Lauren Tara LaCapra; Gregory Schwartz pour le service français

mercredi 9 novembre 2011

La démondialisation pour les nuls

Gérard Longuet trouve le concept "ringard et irresponsable", Pascal Lamy "réactionnaire" et Attac "superficiel et simpliste". Quel est donc ce concept qui fâche aussi bien les altermondialistes que les chantres du néolibéralisme? La démondialisation bien sûr. Et ils n'ont pas fini d'être fâchés. Le mot a été propulsé sur le devant la scène médiatique et politique: Arnaud Montebourg récemment, mais aussi Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, les partisans de la relocalisation de l'économie sont dispersés sur l'ensemble du paysage politique. Les clés d'un débat qui promet de marquer l'élection présidentielle de 2012.

La mondialisation a-t-elle échoué ?


Pour ses adversaires, la mondialisation a trouvé sa limite avec la crise financière de 2008: la déréglementation généralisée des échanges est en effet responsable, selon eux, de la délocalisation, de la désindustrialisation et donc de la précarisation des salariés des pays développés mis en concurrence avec ceux des pays en développement. Précarisation qui a conduit à l'endettement dans les pays développés, ce qui a débouché sur le cataclysme des subprimes aux Etats-Unis et le déclenchement d'une crise financière mondiale.

Si les adeptes du libre échange ne nient pas que les inégalités aient augmenté ces dernières décennies, ils affirment que la mondialisation a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Jean-Marc Vittori rappelle dans les Echos que "tous les pays qui ont émergé ces dernières décennies ont fait jouer le levier de la mondialisation, de la Corée du Sud au Brésil en passant par la Chine. (...) Et dans les pays émergents, même si les inégalités explosent, le pouvoir d'achat d'une large partie de la population augmente."

Un argument que réfute le candidat aux primaires PS Arnaud Montebourg, auteur de "Votez pour la démondialisation". Il estime dans un entretien à Libération que "la lutte contre la pauvreté par rapport aux milliards d'euros accumulés par la puissance chinoise n'est pas à la hauteur des espérances".

Certains économistes libéraux reconnaissent les failles de l'ouverture des marchés, mais jurent que ce n'est vraiment pas le moment d'interrompre le mouvement. "Nous avons payé le coût de cette mondialisation. Maintenant, nous allons en tirer les bénéfices, prévoit dans le quotidien La Croix Patrick Artus, économiste en chef de la banque Natixis. Les consommateurs émergents seront nos vrais clients de demain. L'avantage compétitif des usines chinoises sera nul dans six ans, car, chaque année, le coût salarial augmente de 8% et la monnaie chinoise s'apprécie de 5%."

Que signifie "démondialiser" ?

Démondialiser c'est d'abord limiter le libre échange, à travers la relocalisation de la production et des emplois et le retour à un protectionnisme ciblé via des droits de douanes. L'objectif est aussi écologique: "produire à 20 000 kilomètres n'a aucun sens à un moment où l'atteinte à l'environnement est devenue un problème pour chacun des habitants de la planète", ajoute Arnaud Montebourg.

Démondialiser implique ensuite de définanciariser l'économie mondiale via la re-régulation de la sphère financière et la réintroduction de contrôles de capitaux.

Contrairement à ce que ses détracteurs prétendent, démondialiser ne signifie donc pas mettre fin au commerce mondial et vivre en autarcie. Ni limiter la libre circulation des idées, des artistes, des étudiants et des chercheurs...
A quel niveau démondialiser ?

C'est la question centrale qui oppose les démondialisateurs. Pour Montebourg, "le niveau pertinent pour combattre cette mondialisation, c'est clairement celui de l'Europe". Le Parti de Gauche propose quant à lui une "nouvelle zone monétaire limitée aux seuls pays disposés à engager la refondation d'une union monétaire démocratique et progressiste". Mais d'autres, plus radicaux, ne croient pas qu'il soit possible d'appliquer des règles à l'échelle européenne. Pour Jacques Sapir, auteur de "La démondialisation", "il n'y aura pas de coopération entre les 27 pays de l'Union européenne, si ce n'est autour du plus petit dénominateur commun qu'est la déréglementation dans le domaine des marchandises, des capitaux et des lois sociales, écrit-il sur Médiapart. Un processus de coordination, fondé sur des politiques nationales, apparaît comme une perspective bien plus réaliste." C'est pourquoi il est prêt à envisager une sortie de la zone euro. Redonner du pouvoir à l'Etat, c'est lui donner la possibilité de lancer un plan de relance ou de réguler la sphère financière, sans avoir à attendre que le reste du monde s'accorde pour le faire. Une thèse reprise par le Front National qui, outre la sortie de la zone euro, défend un protectionnisme aux frontières de la France afin de réindustrialiser le pays.

La Suite...->

Le député PS Arnaud Montebourg
Reuters / Jacky Naegelen

Par Laura Raim

mardi 8 novembre 2011

Le mouvement Occupy Wall Street s'étend aux Etats-Unis

Les manifestants qui s'élèvent contre le système financier américain et les inégalités économiques sous le nom Occupy Wall Street ont gagné du terrain, jeudi 6 octobre, aux Etats-Unis et ont trouvé des soutiens au sommet même de l'Etat. "Ces manifestants expriment une suspicion plus largement partagée envers la manière dont fonctionne notre système financier", a déclaré, jeudi 6 octobre, le président américain, Barack Obama. Pour le vice-président Joe Biden, "les Américains ne pensent pas que le système est juste".

Depuis le rassemblement initial des "indignés" de Wall Street le 17 septembre, les protestations se multiplient dans les villes américaines. Des rassemblements ont eu lieu à Tampa, Trenton, Jersey city, Philadelphie, Norfolk, Chicago, Saint Louis, Houston, San Antonio, Austin, Nashville, Portland, Seattle et Los Angeles.

Lors de la manifestation de mercredi à New York, des syndicats ont rallié les rangs du cortège, ce qui laisse à penser que le mouvement pourrait encore prendre de l'ampleur. Près de 5 000 personnes ont formé le cortège, ce qui en fait le défilé le plus important depuis le début du mouvement.

"Ce n'est que le début, prédit à Philadelphie un cadre dans une société de transport. Les camionneurs vont apporter leur soutien de ville en ville." Dans la ville, un millier de personnes ont arboré des pancartes où l'on pouvait lire sur l'une d'entre elles "Je ne pensais pas que 'par le peuple, pour le peuple' représentait 1 % [de la population]".

A Los Angeles, une centaine de protestataires se sont réunis devant la Bank of America dans le centre-ville, tandis que d'autres ont essayé de monter une tente. Onze personnes ont été arrêtées après avoir refusé de démonter ce qu'ils avaient pu assembler.

LEMONDE.FR avec Reuters

lundi 7 novembre 2011

Liu Xiaobo, le Nobel oublié

Un an après la très médiatique attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois emprisonné, les appels lancés à la Chine pour qu'elle le libère se font de plus en plus discrets.

Il y a un an, l'attribution à Liu Xiaobo du prix Nobel de la paix avait fait grand bruit. Aujourd'hui, un épais silence entoure le dissident chinois, qui, prix prestigieux ou pas, reste emprisonné.

Ancienne figure de proue du mouvement pour la démocratie de Tiananmen en 1989, ce professeur de littérature, emprisonné à de multiples reprises, a été de nouveau condamné le jour de Noël 2009 à 11 ans de prison pour «subversion» après avoir corédigé la «Charte 08». Le texte, paraphé par 300 personnes, réclamait une Chine démocratique qui respecte la liberté d'opinion et organise des élections multipartites. C'est donc depuis sa cellule que Liu Xiaobo avait appris que le Comité Nobel lui avait attribué, le 8 octobre 2010, la plus prestigieuse des récompenses, déposée symboliquement à Oslo sur une chaise vide. C'est aussi de sa cellule qu'il avait dédié son prix aux morts de Tiananmen. Furieuses, les autorités chinoises avaient alors fustigé une «mentalité de guerre froide».

Depuis, aucun message de l'intellectuel n'a franchi les murs de la prison du Liaoning où il purge sa peine. Les autorités «ont placé sa femme en résidence surveillée, restreint la liberté des membres de sa famille, empêché son avocat d'aller le voir en prison, rejeté les demandes de transfèrement vers une prison proche de Pékin, refusé les requêtes de visite de diplomates et l'empêchent d'écrire des lettres», égrène Nicholas Bequelin, chez Human Rights Watch (HRW).
De rares fuites orchestrées par Pékin

Liu Xiaobo a seulement pu recevoir la visite de son épouse Liu Xia en août dans sa prison, de ses frères en septembre, et être exceptionnellement autorisé à sortir pour la mort de son père, a annoncé son frère Xiaoxuan. Mais «c'est un geste calculé» de la Chine qui a voulu «faire passer des informations sur des visites (...) à quelques jours de l'anniversaire du Nobel, alors que Liu Xiaobo n'avait reçu aucune visite en huit mois», note Wang Songlian. Il s'agit «simplement de montrer (...) que ses conditions de détention ne sont pas atroces» et de faire preuve «d'un peu d'humanisme avant l'attribution du nouveau Prix Nobel» vendredi, estime Jean-Philippe Béja, du Ceri-Sciences-Po.

«Un humanisme (qui) n'empêche pas que l'on continue à se complaire dans l'illégalité», dit-il en référence à la privation de visites mensuelles au prisonnier et à l'assignation à résidence à Pékin, depuis un an, de Liu Xia, contre laquelle ne pèse aucune charge. «Elle ne peut absolument pas sortir, sauf une fois par semaine, pour rencontrer sa mère», dit Jean-Philippe Béja, proche du couple, «elle ne peut recevoir personne depuis un an».
L'unique lauréat emprisonné dans le monde

Aujourd'hui «il n'y a absolument aucun signe que Liu Xiaobo puisse être libéré avant la fin de sa peine», estime Nicolas Bequelin. «C'est essentiellement la pression internationale» et «la gêne qu'aura la Chine à être le seul pays à détenir un lauréat du Nobel en prison qui feront que les prochains dirigeants (après le Congrès de 2012) envisageront ou non de (le) libérer», dit-il.

Beaucoup espèrent que Liu Xiaobo n'effectuera pas la totalité de sa lourde peine. «Jusqu'au congrès, il est difficile d'imaginer une mesure d'élargissement, mais on ne sait jamais, parce qu'il y a des bagarres au sommet», explique Jean-Philippe Béja, en référence à la grand'messe du PCC qui verra, à l'automne 2012, un renouvellement des instances dirigeantes chinoises.

Liu, 55 ans, qui a une hépatite, pourrait aussi être libéré pour raison de santé, comme d'autres dissidents de juin 1989, tel Wang Juntao, avance le chercheur du Ceri.

Son avocat, Shang Baojun, veut croire aussi que «Liu Xiaobo pourra être libéré peut-être à mi-peine» car détenir un lauréat du Nobel «entraîne pour le gouvernement chinois des problèmes dans ses rapports avec l'Occident». Et encore. Depuis un an, les appels lancés de l'étranger à la Chine pour qu'elle le libère se sont faits plus discrets. «Quand on n'a aucune information, les organisations comme la nôtre sont moins capables de maintenir la pression. En conséquence, la pression générée par les gouvernements étrangers (sur la Chine) diminue aussi», regrette Wang, de CHRD.

Crédits photo : HO/AFP

Par lefigaro.fr

vendredi 4 novembre 2011

Les Allemands pauvres de plus en plus nombreux

Gabriella Michaelis, 50 ans, et son fils David, 16 ans, dans leur appartement de Leipzig, en ex-RDA. « Avant, je n'avais pas de travail parce que je n'étais pas retenue quand je répondais à une proposition. Maintenant, je ne reçois même plus d'offres ! »

L'Europe, pour être franc, Gabriella Michaelis s'en fiche. « Au temps de la RDA, je travaillais comme secrétaire à l'université de Leipzig. J'avais un emploi sûr, on voyageait un peu, en Hongrie, en Tchécoslovaquie... C'était tranquille, je ne faisais pas de souci pour mon avenir », dit cette femme de 50 ans, qui vit seule avec David, son fils de 16 ans.

Quand le mur est tombé, tous ses repères ont vacillé. Elle a perdu son travail à l'université, et n'a jamais réussi à trouver sa place dans la nouvelle société. Aujourd'hui, quand elle regarde derrière elle, ce ne sont qu'échecs et déconvenues. Gabriella a suivi des formations, « quatre au total, en secrétariat, comptabilité, informatique ». Mais aucune n'a débouché sur un emploi.

Ces dix-sept dernières années, son meilleur souvenir professionnel est une place de femme de service dans un centre d'accueil pour jeunes. Elle y est restée six mois. Aurait bien prolongé, « mais ils n'ont plus eu besoin de moi ». Une autre fois, elle a travaillé dans un parc de la ville, à s'occuper du nettoyage. Neuf mois à se peler de froid, car les hivers sont rudes en Saxe. Et là aussi, rien au bout.

Gabriella fait partie des « travailleurs pauvres » dont le nombre a explosé en Allemagne. En 2005, le gouvernement Schröder a fait passer une loi, dite Hartz IV, du nom d'un ancien DRH de Volkswagen devenu conseiller du chancelier social-démocrate. Elle oblige, après un an de chômage, à accepter n'importe quel emploi, sous peine de voir réduite, puis supprimée, l'aide sociale. Il n'existe pas de smic dans le pays le plus riche d'Europe.

« Un Allemand sur sept est en situation de précarité », dit le politologue Henrik Uterwedde. L'idée était de remettre les sans-emploi au boulot. Cela a marché : le taux de chômage est de seulement 7 %. Mais à quel prix !

Gabriella habite le quartier de Grünau, dans la banlieue de Leipzig. Du temps du communisme, vivre ici était un privilège réservé à « l'élite prolétarienne ». Il fallait s'inscrire sur une liste et attendre parfois des années avant d'obtenir un appartement. Mais le jeu en valait la chandelle : chauffage central et eau chaude à gogo. Le nec plus ultra du confort, alors.

« J'ai si peu travaillé ! »

Trente ans plus tard, les barres d'immeubles sont devenues le refuge des laissés pour compte de la réunification. Beaucoup de retraités qui vivotent sur une mince pension. Et des gens qui, comme Gabriella, tentent, vaille que vaille, de s'en sortir.

« Grünau a perdu la moitié de ses habitants. Une partie des appartements est vide. Ici, vous êtes dans la capitale allemande de la pauvreté, assure avec un brin d'exagération Dietmar Pellmann, élu de Die Linke (gauche radicale) au Parlement de Saxe. Un quart de la population est au chômage. Et 27 % des habitants sont en situation de précarité : moins de 1 700 € disponibles par mois pour un couple avec deux enfants. »

Gabriella est de ceux-là : 1 072 € net par mois, toutes aides comprises pour elle et son fils, qui suit une formation de préparateur en pharmacie. « Avant, je n'avais pas de travail parce que je n'étais pas retenue quand je répondais à une proposition. Maintenant, je ne reçois même plus d'offres ! », se désespère-t-elle. En songeant aux dix-sept années qui la séparent de la retraite, l'angoisse monte d'un cran. Et, de toute façon, que touchera-t-elle quand elle y aura droit ? « 500 ou 600 € par mois, pas plus. J'ai si peu travaillé ! »

La crise en Europe, les menaces qui pèsent sur la Grèce et, peut-être demain, sur l'Italie ou l'Espagne, ne l'émeuvent guère. « C'est de la faute des banques, c'est une crise du capitalisme. » Bien sûr, elle trouverait injuste que ce soit les petites gens qui, en Grèce, fassent les frais de la rigueur. Mais de là à ce que l'Allemagne paie leurs dettes. « Si on le fait à chaque fois, cela sera sans fin. » Elle est contre l'euro. Et si la construction européenne est en péril, « ce n'est pas mon problème. Moi, je vivais bien mieux du temps de la RDA ». Quitte à oublier les rationnements, l'absence de liberté, la police politique oppressante...

En bas de l'immeuble, Arnhild Westphal, 79 ans, son mari Werner, et leur amie Rosemarie Tschümichen prennent le soleil. Arnhild est une ancienne institutrice. Werner était portier. Rosemarie fabriquait des hauts parleurs dans une usine. Eux aussi sont des nostalgiques du communisme, « quand il y avait une classe moyenne et pas seulement des pauvres et des riches, comme maintenant ». Ils voudraient revenir au mark, trouvent que l'UE ¯ et Allemagne ¯ donnent trop aux pays pauvres. Qu'il faudrait d'abord s'occuper de ce qui ne va pas chez soi. Ils vivent avec environ 700 € par mois chacun. Aider la Grèce ? « Nein ! »

Marc MAHUZIER.

jeudi 3 novembre 2011

Les Grecs ont à nouveau défilé contre la politique d'austérité

Des dizaines de milliers de fonctionnaires grecs ont manifesté, samedi 5 novembre, à Athènes et à Salonique, deuxième ville du pays, contre les récentes mesures d'austérité et le chômage partiel annoncés par le gouvernement socialiste sous la pression de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Il s'agit de la première grève d'ampleur depuis l'été, d'une durée de vingt-quatre heures, contre le plan de sauvetage mis au point par l'UE et le FMI. Les trafics aérien et ferroviaire ont été perturbés, les écoles fermées, et les hôpitaux fonctionnaient en service réduit. Environ quatre cents vols internationaux et nationaux ont été annulés à l'aéroport d'Athènes.

"NOUS VOULONS DES LIVRES"

Dans le centre d'Athènes, ce sont environ dix-huit mille étudiants, retraités et employés, selon la police, qui se sont rassemblés avant de se rendre place Syntagma, où se trouve le Parlement. "Non au chômage partiel qui égale le licenciement", proclamait la banderole principale du syndicat du public Adedy, en tête de cortège, qui faisait référence au projet de mettre en chômage partiel trente mille salariés du public avant la fin de l'année.

Des milliers de lycéens et d'étudiants scandaient "Nous voulons des livres, des professeurs, des écoles". Plusieurs écoles d'Athènes étaient occupées ces derniers jours, les lycéens protestant surtout contre le manque de livres.

Dans le même temps, la manifestation regroupait environ dix mille personnes à Salonique, toujours selon la police.

Pour Frosso Iliopoulou, employée à l'Organisme national des médicaments, "les fonctionnaires sont sortis dans les rues car ce sont eux qui sont le plus menacés après avoir subi plus de 20 % des coupes de leurs salaires en raison de l'austérité ; et maintenant ils seront placés en chômage partiel".

>> Lire notre décryptage Rester pauvre ou partir, le dilemme des jeunes Grecs

GAZ LACRYMOGÈNES

En marge de la manifestation à Athènes, les forces antiémeutes ont lancé des gaz lacrymogènes contre des dizaines de jeunes cagoulés qui jetaient des bouteilles et des pierres. Au moins quatre personnes, dont deux policiers, ont été blessées ainsi que plusieurs photoreporters, dont une journaliste de l'AFP frappée au visage par un policier, selon son témoignage. Une dizaine d'arrestations ont eu lieu.

Le ministère du travail a été occupé mardi par des manifestants communistes qui refusent les nouveaux efforts demandés par les bailleurs de fonds du pays, notamment un abaissement du salaire minimum. Les actions de protestation contre l'austérité, auxquelles se mêlent étudiants et lycéens opposés à la réforme de l'enseignement supérieur, se multiplient.

>> Lire notre reportage Le "No pasaran" des fonctionnaires grecs

Ailleurs dans Athènes, des blocages se poursuivent devant les ministères, où les inspecteurs de la troïka étaient censés avoir des rendez-vous mercredi pour terminer leur audit des comptes publics. Le grand quotidien grec Ta Néa évoquait la "torture chinoise de la goutte d'eau" utilisée par la troïka sur la Grèce avant de débloquer les 8 milliards d'euros initialement promis en août, en application de l'échéancier du prêt international de 110 milliards sur trois ans accordé en mai 2010, dont la Grèce a reçu 65 milliards à ce jour. Le 19 octobre, l'Adedy et la centrale du privé, la GSEE, prévoient une nouvelle grève générale de vingt-quatre heures.

"NOTRE SITUATION EST ASSEZ DÉSESPÉRÉE"

Si les Grecs manifestent, leurs dirigeants, eux, ne cachent plus leur pessimisme. Le ministre de l'économie, Michalis Chryssohoïdis, s'est exprimé dans l'hebdomadaire allemand Die Zeit, qui a diffusé l'entretien à l'avance.

"Notre situation est assez désespérée, reconnaît-il. Car nous réduisons de manière toujours plus drastique le revenu des gens. Les Grecs vivent la situation présente de manière très douloureuse. Quand verrons-nous la lumière au bout du tunnel ? Nous ne pouvons pas le dire. Le gouvernement [grec] est totalement isolé avec cette politique de réforme. L'opposition assure qu'elle pourrait renégocier nos conditions de crédit. Et la gauche radicale veut quitter l'UE. (…) Nous sommes seuls."

>> Lire notre décryptage Pour les économistes, la Grèce, déjà en récession, ne peut faire plus de rigueur

LE FMI VEUT UN "NOUVEAU PLAN"

Selon le ministre, "notre principal problème est celui de l'insécurité" alimentée par les spéculations incessantes dans le monde entier sur une faillite imminente du pays. "Une faillite d'un pays de la zone euro serait une catastrophe car elle aurait un effet domino. Ne serait-ce que pour cette raison, nous ne pouvons décider seuls d'un défaut de paiement", a dit M. Chryssohoïdis.

Le deuxième plan de sauvetage de la Grèce, décidé en juillet, devrait être réexaminé pour mettre plus l'accent sur la soutenabilité de la dette du pays et sur une relance de la croissance, a pour sa part déclaré, mercredi, le directeur pour l'Europe du Fonds monétaire international, Antonio Borges. "Il faudrait" un nouveau plan qui "se concentre plus sur une dette soutenable" et sur "le redémarrage de la croissance économique", a-t-il déclaré lors d'une conférence à Bruxelles.

La Chancelière allemande, Angela Merkel, a par ailleurs affirmé mercredi que la Grèce "doit continuer à faire partie de la zone euro". "Nous voulons de la croissance, voilà ce que nous voulons", a-t-elle ajouté.

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters

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