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vendredi 30 septembre 2011

Karachigate : une enquête qui protège Hortefeux ?

L’ex-ministre de l’Intérieur a prévenu son ami Thierry Gaubert que sa femme avait témoigné contre lui dans l’affaire de Karachi. Une enquête préliminaire a été ouverte pour savoir d’où venaient ces fuites. Mais cette procédure semble n’être qu’un prétexte.

Brice Hortefeux est décidément peu prudent. Le Monde a récemment révélé le contenu de plusieurs écoutes téléphoniques le concernant. Dans l’une d’elle, datant du 14 septembre dernier, il appelle son ami Thierry Gaubert, actuellement mis en examen dans le volet financier de l’affaire de Karachi : « Elle balance beaucoup apparemment, Hélène ».

Hélène, c’est Hélène de Yougoslavie, la femme de Gaubert. Entendue le 8 septembre par la Division nationale d'investigations financières et fiscales, qui dépend de la Direction centrale de la police judiciaire, elle a raconté les voyages en Suisse en 94-95 de son époux en compagnie de Ziad Takkeddine pour revenir en France avec des valises de billets à destination de Nicolas Bazire, également mis en examen, alors directeur de campagne d’Edouard Balladur.

Mais comment Hortefeux, ex-ministre de l’Intérieur, a-t-il été au courant du contenu de l'audition d’Hélène de Yougoslavie ? Le 14 septembre, son témoignage n’était pas enregistré dans le dossier du juge Van Ruymbeke, en charge de l’affaire, un des rares au courant avec la police judiciaire du contenu de l’interrogatoire. Suite aux révélations du Monde, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « violation du secret professionnel et recel de ce délit ». Contacté, le parquet précise que c'est bien « Brice Hortefeux qui est visé » par cette enquête et qu'elle ne concerne « absolument pas les journalistes » ayant publié ces écoutes, au nom du principe de « la protection des sources ».

Une enquête aux mains du pouvoir ?

Pour sa défense, l'ex-ministre, qui souhaite être « entendu par la justice », a prétendu tenir ses informations de la presse et non de réseaux policiers ou judiciaire : « J'ai eu des rumeurs d'origine journalistiques indirectes disant que sa femme l'attaquait durement. Des informations totalement publiées par Le Nouvel Observateur ». Il a également parlé de « conversations entre amis après avoir eu vent de ces rumeurs ».

Sauf que le Nouvel Observateur n’évoquera le nom d’Hélène de Yougoslavie que le 22 septembre. De son côté, Médiapart avait bien évoqué un témoignage sur les voyages de Gaubert, dès le 13 septembre, mais sans que soit indiqué le nom de la princesse. Mais le fait est que l'audition d'Hélène de Yougoslavie a bel et bien fuité et que Brice Hortefeux est le premier à en faire état à Gaubert, sa défense consistant à dire qu'il n'a fait qu'arriver après la rumeur est donc peu crédible.

Il fallait donc que le parquet réagisse. Après les affaires d’espionnage du Monde, la justice ne pouvait se montrer plus clémente avec les ex-ministres qu’avec les journalistes sur la question du secret de l’instruction. Publier les conversations téléphoniques de la fille Gaubert par amour du scoop est une chose, aider un ami mis en cause dans une affaire en est une autre.

Sauf que l’enquête ouverte par le parquet de Paris semble plus relever de l’alibi que d’un réel souci de justice. L’enquête préliminaire, réalisée sous le contrôle du parquet, lui-même soumis au politique, est une procédure souvent utilisée par le pouvoir pour garder la main sur les affaires sensibles en retardant le plus possible la désignation d’un juge indépendant.

Le patron de la PJ enquête sur la PJ
Et, pour l’instant, Brice Hortefeux a encore des cartes en main. D’une part, l’enquête a été confiée par le parquet de Paris au…. directeur central de la police judiciaire Christian Lothion (nommé par Nicolas Sarkozy accessoirement). Un choix bizarre vu que ce sont les services de Lothion qui ont interrogé Hélène de Yougoslavie et qui étaient donc les premiers à avoir eu en main l’audition. Et au moment du coup de fil d’Hortefeux le nombre de personnes ayant connaissance de son contenu était très limitée. De plus, une enquête pour « violation du secret professionnel » vise, en premier lieu, des fonctionnaires ayant eu connaissance des actes de l'instruction.

Alors pourquoi avoir confié l’enquête au chef des fonctionnaires en première ligne et non à une autre unité notamment l’IGPN, la police des polices ? C’est un peu comme si on confiait à Martine Aubry, une enquête interne sur les pratiques de Guérini. Pour le parquet, « peut-être que l'enquête va amener à la saisine de l'IGS », mais pour l'heure, « il est incongru » de confier de suite la procédure à la police des polices.

Inertie de la PJ ?
Mais quand la justice et la police ont-ils été mis au courant de la fuite vers Hortefeux ?. Mis en garde à vue le 20 septembre par la police judiciaire, Thierry Gaubert est interrogé sur ce coup de fil de l'ex-ministre. « C'est par Brice Hortefeux que j'ai eu la confirmation que le témoin anonyme était ma femme Hélène », admet alors Gaubert, selon le compte-rendu dévoilé par Le Monde.

A ce moment là (et un peu avant on peut imaginer), la police sait donc que Brice Hortefeux sait des choses qu’il ne devrait pas savoir. De son côté, le parquet dit avoir été mis au courant de l'audition de Gaubert et des écoutes qu'à l'issue de la garde à vue de l'intéressé le 21 septembre. Et il faut attendre le 23 septembre au soir après la parution le scoop du Monde pour qu'une enquête soit ouverte par le parquet. Au vu de la pression médiatique et politique, on ne pouvait faire autrement.

Tefy Andriamanana

jeudi 29 septembre 2011

La France va émettre des Bons du Trésor pour 7,5 milliards d'euros

Selon un communiqué publié jeudi 10 mars, l'Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette française, procédera lundi 14 mars à une adjudication de bons du Trésor à taux fixe et intérêts précomptés (BTF) sur des échéances à 12, 25 et 51 semaines. Ces émissions devraient représenter un montant total de 7,5 milliards d'euros.

Sur la ligne de BTF à 12 semaines, échéance le 9 juin, l'AFT proposera 4 milliards d'euros. Lors de la dernière adjudication comparable, qui s'est déroulée lundi dernier, le taux moyen de rendement s'était établi à 0,773 %. Sur la ligne de BTF à 25 semaines, à échéance le 8 septembre, l'AFT proposera 1,5 milliard d'euros, avec un taux proche de 0,97 % , si l'on se base sur la dernière adjudication. Enfin, sur la ligne de BTF à 51 semaines, à échéance le 8 mars 2012, l'AFT proposera 2 milliards d'euros. Lundi, le taux moyen pondéré s'était établi à 1,316 % lors de la dernière opération comparable.

UN DÉFICIT EN HAUSSE SUR UN AN

Le règlement de ces trois lignes interviendra le 17 mars. L'adjudication des bons du Trésor se fait généralement sans problème sur les marchés, et ce malgré le montant de la dette française (1 233 milliards d'euros au 31 janvier 2011), la France étant considérée comme un émetteur fiable, bénéficiant de la plus haute note attribuée par les agences de notation financière.

Mercredi, le ministère du budget a annoncé un déficit de l'Etat en nette hausse sur un an, à 13,4 milliards d'euros contre 9,1 l'année précédente, un creusement dû en partie au déblocage d'une tranche de prêt pour la Grèce.

mercredi 28 septembre 2011

Blog de Boris Rannou: Questions à Bruno Fay, auteur du livre "Complocratie"

Blog de Boris Rannou: Questions à Bruno Fay, auteur du livre "Complocratie"

Questions à Bruno Fay, auteur du livre "Complocratie"

Le 24 février dernier, le journaliste indépendant Bruno Fay publiait le livre : "Complocratie : Enquête aux sources du nouveau conspirationnisme". Si le 11-Septembre n'est pas le sujet central du livre, M. Fay nous explique qu'il "cristallise ce nouveau conspirationnisme" dont il nous parle avec ses raisons (parfois d'État) et ses déraisons. Mais loin de voir uniquement dans la controverse du 11-Septembre des fous d'un côté et des vendus de l'autre, l'auteur tente d'apporter les bases d'un débat plus constructif et serein, pour ceux qui le souhaitent vraiment. Pour cela, il invite chaque camp au respect et à l'introspection sans faire de favoritisme, si ce n'est que celui accordé aux faits.

La tentative de Bruno Fay de contacter notre association lors de la préparation de son livre n'ayant pas eu d'issue heureuse, à nos regrets partagés, nous avons décidé de rectifier cela en lui proposant de répondre à quelques questions. Nous le remercions d'avoir accepté chaleureusement.

Questions à Bruno Fay, auteur du livre "Complocratie"

propos rapportés par Arnaud pour ReOpenNews



1. En tant que journaliste, que pensez-vous du traitement médiatique sur le 11/9 ?

Je consacre justement un long chapitre dans mon livre au traitement médiatique des attentats du 11 septembre 2001 qui illustre, à mon sens, l'impossible débat entre « croyants » et « non croyants ». Depuis le passage de Thierry Meyssan en 2002 chez Ardisson jusqu’aux déclarations de Marion Cotillard dans une émission de Paris Première, en passant par les propos de Roland Dumas en décembre dernier, toutes les personnalités qui osent contester la version officielle du 11 Septembre sont disqualifiées, voire insultées séance tenante. Ceux qui remettent en question la version officielle des attentats sont, au mieux, considérés comme de doux dingues, au pire qualifiés d'extrémistes ou d'antisémites. Pour ne prendre que l'exemple de Roland Dumas, les réactions à son égard incarnent ce dialogue impossible autour du 11 Septembre. Qu'il ait raison ou qu'il ait tort de s'interroger sur la version officielle, peut-on vraiment qualifier de « théoricien du complot » quelqu’un qui revendique uniquement le droit de douter et qui suggère simplement la création d’une commission d’enquête internationale indépendante pour faire toute la lumière sur les attentats de 2001 ?

Les excès de Thierry Meyssan et de quelques autres ont sans doute beaucoup nuit à la sérénité du débat. Aujourd'hui, les médias n'osent plus parler du 11 Septembre de peur d'être aussitôt disqualifiés. Du coup, en refusant le débat, ils nourrissent malgré eux un climat de suspicion généralisée. Il existe de nombreuses théories autour du 11 Septembre, dont bon nombre d'entre elles sont totalement farfelues. La version officielle comporte elle aussi un bon nombre d'incohérences et de zones d'ombre. Le 27 juillet 2003, sur la chaîne de télévision NBC, le néoconservateur Paul Wolfowitz déclarait lui-même que « Les rapports des services de renseignement consacrés à la menace terroriste contiennent des informations opaques par nature ». C'est d'ailleurs un principe de bon sens qui peut aussi s’appliquer aux travaux de toute commission d’enquête officielle touchant des enjeux politiques et militaires. Et c'est même normal, ne serait-ce que pour éviter de diffuser des informations confidentielles touchant à la raison d'Etat. Plutôt que de s'attaquer aux personnes, d'un côté comme de l'autre, le meilleur moyen de s'approcher de la vérité serait que les médias acceptent de confronter sereinement les arguments des uns et des autres. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Au-delà du seul cas du 11 Septembre, cette nouvelle forme de conspirationnisme ordinaire qui gagne aujourd'hui toute les couches de la société se nourrit de ces non-dits et de cette absence de débat. Frédéric Taddéï et Eric Laurent, que j'ai longuement interrogés dans mon livre, en parlent tous les deux très bien.

Pour autant, les médias ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Dans le cas du 11 Septembre, les responsabilités sont, je crois, partagées. De nombreux militants du mouvement pour la vérité sont aujourd'hui si méfiants qu'ils refusent tout contact avec les journalistes traditionnels. Il suffit de lire les commentaires de certains membres de ReOpen911 ou de NWO à mon égard pour mesurer le degré de suspicion... C'est une attitude qui ne contribue pas non plus à engager un débat serein. Le respect doit être réciproque. La grande majorité des personnes qui doutent de la version officielle ne sont pas des illuminés, tout comme la majorité des journalistes ne sont pas aux ordres de la Maison blanche. Il faut sortir des fantasmes.

2. En quoi a consisté votre enquête sur le 11/9 ?

Mon livre Complocratie ne porte pas seulement sur le 11 Septembre. Il s'agit d'une analyse plus globale sur les raisons qui poussent les citoyens à douter des versions officielles et à imaginer des complots, vrais ou faux (Grippe A, Karachi, Clearstream, etc.). Le 11 Septembre n'est qu'une illustration de ce phénomène que je qualifie de conspirationnisme ordinaire, sans connotation péjorative. L'ambition de mon livre n'était donc pas de mener une contre-enquête sur les attentats du 11 Septembre mais plutôt de dénoncer les amalgames lancés par les uns et les autres et d'engager ce débat impossible, sans préjugés. J'ai évidemment lu et vu beaucoup de choses sur les attentats du 11 Septembre avant d'écrire mon livre. Dont, bien sûr, le jeudi noir de l'information. J'ai également rencontré beaucoup de monde.

Sur le fond, dix ans après, les attentats du 11 Septembre relèvent désormais du débat d'experts. Une fois encore, on ne peut que regretter l’absence de débats contradictoires qui permettraient sans doute de trancher nombre de questions techniques de manière définitive. Dans mon enquête, je n’aborde pas tous les points avancés par les défenseurs de la théorie du complot intérieur. La tâche est tout simplement impossible, chaque réponse apportant sans fin son lot de nouvelles questions. En revanche, j'essaie de confronter les arguments des uns et des autres et de m'en tenir aux éléments factuels. Opposer les hypothèses me paraît un débat stérile où les croyances l'emporteront toujours sur la raison. Pour tendre vers la vérité, il faut s'en tenir aux éléments de preuves. C'est ce que j'ai essayé de faire en me concentrant surtout sur deux questions, sans doute les plus emblématiques de l’affrontement entre « croyants » et « non-croyants » : l’effondrement des tours jumelles et le vol United 93. J'ai aussi essayé d'apporter quelques éléments nouveaux sur le rôle du PNAC...

3. Pouvez-vous nous donner votre définition du conspirationnisme ? Est-ce que ce terme a une connotation péjorative pour vous ?

Dans Complocratie, je parle d'un conspirationnisme ordinaire. Et je dis même que nous sommes tous conspirationnistes d'une manière ou d'une autre en remettant de plus en plus en question la parole officielle. Que ce soit sur le 11 Septembre, la Grippe A, le changement climatique, le nucléaire, etc. Je ne mets donc rien de péjoratif derrière cette expression. Au contraire, j'explique que le conspirationnisme est légitime face aux mensonges et aux manipulations avérés que je révèle dans mon livre (Rainbow Warrior, Clearstream, Opus Dei, etc.). D'ailleurs, dans mon livre, lorsque je parle de ReOpen911, je prends toujours soin de parler des « militants du mouvement pour la vérité », justement pour éviter d'utiliser le terme "conspirationniste" qui a été à mon sens, comme je l'analyse, galvaudé.

4. Votre regard a-t-il évolué sur le sujet global que vous avez traité au cours de vos recherches, et si oui de quelle manière ?

Mon enquête a surtout renforcé mon sentiment qu'il est urgent de mettre un terme à certaines dérives de la société. Au nom de la raison d'Etat, les autorités se permettent de s'affranchir des règles les plus élémentaires en démocratie. Je ne crois pas qu'il faille aller vers une transparence totale. Un Etat ne peut pas tout dire, c'est bien normal. En revanche, je pense que nous sommes allés trop loin. Je ne pointe pas seulement le rôle des autorités politiques. Le monde économique baigne lui aussi dans les manipulations et les mensonges au quotidien. Il suffit de prendre l'exemple récent de l'accusation d'espionnage chez Renault pour mesurer à quel point nous baignons dans la manipulation de l'information. Dans Complocratie, j'évoque longuement, à travers des exemples précis et inédits, la montée en puissance de la guerre économique et des coups tordus.

5. A-t-il aussi évolué de la même manière quant au sujet du 11 Septembre ou est-ce un sujet à part ?

Le 11 septembre n'est pas un sujet à part. Il cristallise ce nouveau conspirationnisme qui se développe dans tous les domaines. J'écris que nous vivons en psychocratie. Mon entretien inédit avec le « patron » du groupe Bilderberg illustre cette situation. La plupart des décisions se prennent désormais en coulisses, à l’abri des regards, sans qu’il soit nécessaire aux décideurs de se réunir dans une cave avec des cagoules sur la tête. Il n’y a pas de maîtres du monde tapis dans l’ombre. Les sociétés secrètes et les réseaux d’influence existent depuis toujours. Les conspirationnistes ont tort de craindre l’instauration d’un nouvel ordre mondial. Nous y sommes déjà. Ce monde ne ressemble pas à ce qu’ils imaginent. Il n’existe pas de gouvernement mondial. Ce serait trop simple. La réalité est bien plus complexe. Nous vivons dans un monde qui nous file entre les doigts. Les repères disparaissent les uns après les autres. Il n’y a pas un pouvoir, mais des pouvoirs qui s’affrontent quotidiennement en s’affranchissant des règles démocratiques élémentaires. Les stratégies d’influence, les manipulations de l’information, le travail permanent des lobbies ou la guerre économique, plus forte que jamais, contribuent dangereusement à confondre fantasmes et réalité, démocratie et « psychocratie ».

6. Vous dénoncez les amalgames faits par certains journalistes entre le fait de douter de la version officielle sur les attentats du 11/9 et l'antisémitisme. Est ce que vous avez pu rencontrer certains d'entre eux pour avoir leur point de vue ?

On en revient à l'impossible débat. Tout le monde se méfie de tout le monde. Du coup, j'ai eu autant de mal à rencontrer des partisans du complot intérieur sur le 11 Septembre que de partisans de la version officielle. J'ai essuyé des refus de témoigner de part et d'autre : Jean-Marie Bigard ou Matthieu Kassovitz n'ont pas plus accepté de me rencontrer que Daniel Leconte, Guillaume Durand ou Thierry Ardisson. C'est dommage.

7. Que pensez-vous de la demande d'une nouvelle enquête soutenue par de nombreuses associations professionnelles ou citoyennes comme la nôtre ?

Les conclusions de la commission d'enquête officielle comportent de nombreuses zones d'ombre et certaines incohérences. Je pense en particulier à l'analyse du crash du vol UA93, que je développe longuement dans mon livre, qui donne des raisons de douter de la version officielle. Malheureusement, je doute qu'une nouvelle commission d'enquête permette d'y voir plus clair. Paul Wolfowitz reconnaît lui-même que « les rapports des services de renseignement consacrés à la menace terroriste contiennent des informations opaques par nature ». Dans mon livre, Michel Rocard ne dit d'ailleurs pas autre chose en évoquant la raison d'Etat. En d'autres termes, il y a des choses que les États ne peuvent pas dire. Aucune commission d'enquête n'est jamais objective.

8. Comment voyez-vous l'évolution du sujet dans les médias et la société, en particulier à l'approche du 10ème anniversaire des événements ?

Je crois que je réponds à cette question dans mon livre, en particulier dans le chapitre intitulé « L'impossible débat ». Les choses évoluent peu. Il est toujours aussi difficile d'organiser un débat serein sur la question et de sortir des anathèmes que se renvoie chaque camp.

9. Que souhaiteriez-vous à notre association ? Plutôt de voir un psy ou de continuer à chercher ?

Il est toujours sain de douter et de s'interroger. Il y a bien sûr des extrémistes dans chaque camp, des illuminés, mais ce n'est pas l'essentiel. En tant que journaliste, je ne peux que me réjouir que des citoyens décident de s'organiser pour mener l'enquête, que ce soit sur le 11 Septembre, sur les attentats de Karachi ou sur n'importe quel autre sujet. Ce qui manque aujourd'hui, c'est l'étape suivante, la confrontation des opinions et des travaux d'enquête respectifs. Je souhaite surtout à ReOpen911 de ne pas s'enfermer dans une opposition stérile et dans une méfiance systématique à l'égard des médias traditionnels. De même que je conseille aux journalistes traditionnels de sortir de leurs préjugés et de ne pas être aussi arrogants et méprisants à l'égard des mouvements citoyens comme le vôtre. Sur le 11 Septembre, les insultes fusent un peu trop rapidement, d'un côté comme de l'autre.

10. Que pensez-vous de l'association ReOpen911, de ses objectifs, son travail, son rôle ? Que pensez-vous de ses détracteurs et de leurs accusations ?

Je réponds là encore à cette question dans mon livre. Il est tout aussi idiot de stigmatiser par principe les citoyens qui ne croient pas à la version officielle, que d'affirmer détenir la vérité. J'ajouterai également qu'il est essentiel de s'en tenir aux éléments de preuves et d'éviter de formuler des hypothèses. Dire par exemple que certains éléments de la version officielle sont contestables est une chose. En conclure qu'il s'agit d'un « inside job » en est une autre.



Note de rédaction :


Présentation de l'éditeur

Dix ans après la tragédie du 11 Septembre, les théories du complot n'ont jamais fait autant recette. La pandémie de grippe A serait une invention des laboratoires pharmaceutiques et de l'OMS, les attentats contre le World Trade Center auraient été organisés par la Maison Blanche, les Illuminati oeuvreraient en secret pour établir un Nouvel Ordre mondial...

Si le mythe du grand complot juif ou franc-maçon persiste, des centaines de théories, dont le succès manifeste un conspirationnisme nouveau, presque ordinaire, touchent toutes les catégories de la population. Les mensonges au sommet, les barbouzeries, les affaires politico-financières donnent au citoyen des raisons de douter, de croire que la vérité est ailleurs.

Grâce à une longue enquête de terrain et de nombreux entretiens, Bruno Fay remonte aux sources de ce phénomène troublant. Ainsi, Michel Rocard lève le voile sur plusieurs scandales en les justifiant par la raison d'État. Des professionnels de la communication confirment qu ils manipulent l'information pour le compte d entreprises privées ou de partis politiques. Étienne Davignon, à la tête du groupe Bilderberg, accepte de parler pour la première fois de cette organisation puissante et mystérieuse nichée au coeur du pouvoir.

Alors, tous paranos ? Vivons-nous déjà en Complocratie ? Ce document passionnant aborde de front un enjeu vital pour nos sociétés.

Biographie de l'auteur

Bruno Fay, journaliste indépendant, est l'auteur de plusieurs enquêtes sur la corruption politique, l'influence des lobbies et les nouvelles technologies de surveillance. Il a signé en 2009, avec Stéphane Reynaud, un livre féroce sur les coulisses de l'économie à bas coût (No Low Cost, Editions du Moment).

mardi 27 septembre 2011

EDF propose une hausse des prix de 30% en 5 ans

Cela marque une nette rupture avec les hausses des dernières années, comprises entre 1 et 3% par an. Le ministre de l'Énergie Éric Besson a,lui, annoncé une «légère hausse» des tarifs cet été, mais pas de 5%.

La hausse des prix de l'énergie pourrait encore s'accélérer. EDF, contrôlé à près de 85% par l'État, aurait proposé aux pouvoirs publics de répercuter la hausse des prix de l'énergie sur la facture du particulier. L'augmentation du prix de l'électricité serait comprise entre 5,1% et 6,5% par an jusqu'en 2015, inflation comprise, rapporte Les Echos. Chez EDF on indique ce matin n'avoir pas demandé formellement au gouvernement une augmentation des tarifs. Du côté du gouvernement, on dément également l'information.

Le ministre de l'Énergie, Éric Besson annonce en effet une «légère augmentation» des tarifs de l'électricité cet été. Devant l'Assemblée nationale, il a ajouté que le gouvernement n'étudiait «aucune hausse importante» de ces prix, soulignant ainsi qu'«EDF n'a pas transmis de demande d'augmentation des tarifs correspondant aux fourchettes citées». Il avait précisé ce matin : «en toute hypothèse, un document qui émanerait d'EDF ne saurait engager le gouvernement». Selon Éric Besson, «les décisions tarifaires à venir seront prises avec le souci de protéger le pouvoir d'achat des Français qui doivent continuer à bénéficier d'une électricité 40% moins chère que dans la moyenne des autres pays européens, grâce au parc nucléaire».

Hausse entre 28% et 37% en cinq ans

Le ministre avait toutefois déclaré en février que l'augmentation des prix de l'électricité était «inéluctable» en France afin de financer les investissements dans le parc nucléaire et le développement des énergies renouvelables. Et cette hausse devrait atteindre entre 28% et 37% en cinq ans, indique Les Echos.

L'augmentation des prix de l'électricité dépendra du prix de l'Arenh (Accès Régulé à l'électricité nucléaire historique). Dans le cadre de la libéralisation de l'électricité en Europe, loi Nome, EDF est contraint de revendre jusqu'à 25% de sa production d'énergie nucléaire à ses concurrents au prix de l'Arenh. Ce tarif n'a pas encore été fixé et continue de faire fait débat. GDF Suez milite pour un niveau de 35 euros par mégawattheure (MWh), là où le groupe présidé par Henri Proglio revendique 42 euros dès 2011 puis des hausses régulières pour arriver à 46 euros en 2015. Pour l'heure, la commission de régulation de l'énergie préconise un prix de rachat de 37,20 euros et le rapport Champsaur privilégie lui un prix de 39 euros.

Deux scénarios proposés

A terme,la loi Nome prévoit que le coût du nucléaire dans les tarifs converge vers le prix de l'Arenh d'ici 2015. Or le coût du mégawattheure est estimé à 35 euros aujourd'hui. Ainsi, pour atténuer la hausse des prix de l'électricité sur la facture du particulier, EDF a échafaudé plusieurs scénarios, rapporte Les Echos. L'électricien tricolore estime que la hausse peut atteindre 4,7% par an hors inflation et 6,5% en incluant l'inflation. Toutefois, si le gouvernement accepte une modification de certaines taxes, notamment celle permettant de financer les énergies renouvelables, la hausse annuelle des tarifs pourrait se limiter à 3,3% hors inflation et 5,1% avec l'inflation.

A l'heure des débats sur la sureté nucléaire et où les besoins d'investissement dans le nucléaire semblent s'imposer après la catastrophe de Fukushima, les appels à une hausse des prix de l'énergie pourraient être entendus. Reste que le contexte est déjà bien chargé pour les Français qui doivent avec les hausses de carburant et du gaz. Ces hausses éventuelles pourraient bien nourrir une nouvelle polémique et ce à quatorze mois d'une élection présidentielle.

Crédits photo : © STR New / Reuters/REUTERS

Par Mathilde Golla

lundi 26 septembre 2011

Comment Hulot, Greenpeace et WWF ont « tué l'écologie »

Dans « Qui a tué l'écologie ? », Fabrice Nicolino raconte la descente aux enfers des associations embarquées dans « l'entourloupe » du Grenelle de l'environnement – avec humour pour rendre la pilule moins amère. Y compris pour lui, l'écologiste de la première heure révulsé par les écolos officiels.

Son livre, plein de révélations détonnantes, se lit comme un polar. Suspense : que peut-on encore apprendre du bilan du Grenelle de l'environnement, maintes fois tiré ? « Qui a tué l'écologie ? », publié le 16 mars au éditions Les Liens qui libèrent, conte l'histoire d'un banquet républicain et mondain, qui est en fait une grande farce.

Un constat pour commencer :

« Quarante ans après la naissance de ces associations, la destruction de la planète n'a pas reculé, au contraire. »

En s'engageant dans la co-gestion avec l'Etat, les ONG sont complices de ce – piteux – bilan.

Les zooms sur les principaux acteurs sont autant de flèches cruelles. Dans sa ligne de mire, les ministres Borloo, Jouanno, Kosciusko-Morizet, et les quatre ONG que sont Greenpeace, WWF, la Fondation Nicolas Hulot et France nature environnement devenues des « appendices de l'appareil d'Etat et de cette vaste machine industrielle qui détruit le monde à sa racine ».

L'auteur de « Bidoche » se dit « triste – qu'on le croie ou non – d'avoir à moquer des gens pour qui, au fond, [il a] de l'estime ». (Cliquez sur le titre)


Le journaliste indépendant, très mobilisé contre les gaz de schiste, regrette aussi l'absence notable de ces grandes associations dans cette lutte qui a pris son essor de façon spontanée, comme dans le Larzac.
« Ce Grenelle a été une entourloupe »

Quand on lui demande si le Grenelle de l'environnement, sur le principe, n'a pas des raisons d'être défendu, Fabrice Nicolino est radical :

« Le Grenelle est absurde parce que franchouillard. D'emblée, la bande des quatre a accepté que l'Etat et les intérêts industriels qui lui sont liés dictent le cadre même du Grenelle.

Les questions cruciales ont été effacées de l'ordre du jour : le nucléaire (logique, Sarkozy était alors en train de vendre des centrales au Libyen Kadhafi), les biocarburants, l'eau, les OGM, les nanotechnologies, les téléphones portables… Tout ça est de la frime, du faux-semblant, vise à enfumer l'opinion publique. Ce Grenelle a été une entourloupe. »

Quant au CV des ministres, le journaliste nous rappelle que NKM est surtout mue par son ambition de devenir un jour chef de l'Etat, ce qui lui a valu de faire censurer le livre de son mari, jugé « subversif ».

« Nul besoin d'être cruel après tant d'autoflagellation », écrit-il à propos de Chantal Jouanno, qui en avril 2007, au QG de Nicolas Sarkozy candidat à l'élection présidentielle, présentait son champ d'action.

Comme l'explique ici la future secrétaire d'Etat à l'Ecologie, son truc, c'est « tous les publics qui comptent et qui ont des préoccupations spécifiques [chasseurs, boulangers, pharmaciens, etc. ndlr] ». (Cliquez sur le titre. « Défense de rire », prévient le journaliste)


WWF a flirté avec l'apartheid

On apprend dans ce livre que l'association World Wildlife Fund (Fonds mondial pour la nature, WWF), née en 1961, a été « créée par des notables britanniques dont la motivation était de pouvoir continuer à chasser le grand gibier sauvage en Afrique ». Et surtout que son mode de financement a été monté par Anton Rupert, un des hommes clés du système de l'apartheid en Afrique du Sud. Découvrir cela fut le plus grand choc de cette enquête. (cliquez sur le titre)


Ce péché originel pourrait être éventuellement oublié. Mais, aujourd'hui encore :

« Le WWF est si proche des intérêts des transnationales qu'il a accepté de siéger dans des tables rondes avec les industries les pires de la planète pour créer des labels industriels soutenables, sur le soja, les biocarburants ou encore l'huile de palme. »

Greenpeace « à la mode Staline »

Greenpeace, l'ONG du Rainbow Warrior est devenue « une petite entreprise capitaliste comme une autre ». Son directeur général, Pascal Husting, se vante officiellement dans un article du Nouvel Economiste d'avoir mis à la porte la moitié des salariés et qu'aucun n'ait gagné son procès aux prud'hommes.

Chez Greenpeace, les campagnes sont décidées au niveau international, au nom d'une sorte de « centralisme démocratique à la mode Staline ».

Nicolino souligne en passant que l'association a servi de tremplin aux ambitieux qui visaient un siège de député européen. Comme Robert Lion, ancien directeur de la Caisse des dépôts et consignations, devenu président de Greenpeace, avant de se faire élire sur les listes d'Europe Ecologie aux élections régionales de 2009.
Nicolas Hulot ? « Un boy-scout qui nous fait perdre du temps »

Après avoir vanté la « sincérité » de cet homme qu'il a longtemps défendu dans ces milieux de gauche ou écolo, alors qu'il était moqué comme le personnage de TF1 et de Rhône-Poulenc, le journaliste dresse un bilan réaliste.

Des dizaines et dizaines de tête à tête qu'il a eus avec Jacques Chirac, il n'est strictement rien sorti

« C'est un boy-scout. Il a parrainé le Grenelle et dit qu'il serait jugé à l'aune d'une mesure essentielle qui serait la taxe carbone, et il a osé prétendre que le Grenelle était un succès.

Il y a quelque chose de pathétique à voir un homme sincère dire que les choses vont très mal, mais faire comme si on avait 500 ans pour régler les problèmes. »

Pour Fabrice Nicolino, « il y a plus de chance qu'Hulot se présente [aux primaires d'Europe Ecologie, et à la présidentielle, ndlr] que le contraire », mais peu importe puisque cet homme « nous fait perdre du temps ». Par exemple, en n'étant pas mobilisé contre les gaz de schiste.
FNE, des « fonctionnaires bénévoles »

France nature environnement (FNE), fédération de 3 000 associations de défense de la nature spécialiste des inventaires de la faune et de la flore, a surtout un penchant pour les Légions d'honneur, note l'auteur :

« Les militants se sont fait fonctionnaires bénévoles. Serviteurs de l'Etat sans toucher le moindre salaire. Ils ont commencé à siéger dans une infinité de commissions locales ès qualité. Commissions départementales des Carrières, de l'hygiène, de l'urbanisme, des déchets, des sites, etc.

Ils y sont encore, sacrifiant nombre de soirées à ce qui ressemble furieusement à de pures et simples chambres d'enregistrement. »

Sans compter que le financement de FNE, public à 65%, n'a rien pour assurer son indépendance.

« Qui a tué l'écologie ? » laissera sans aucun doute quelques traces dans le monde écolo. Comme l'écrit David Naulin sur le blog CDurable :

« Votre nouveau livre brise surtout toutes mes certitudes et je gage qu'il va provoquer le même électrochoc auprès d'un certain nombre de mes lecteurs. »

Par Sophie Verney-Caillat

samedi 24 septembre 2011

Tibet : "une montée générale des tensions et des préoccupations est probable"

Après l'immolation par le feu d'un jeune moine bouddhiste mercredi 16 mars à Ngaba (province du Sichuan), Robert Barnett, directeur du programme d'études tibétaines modernes à l'Université de Columbia à New York, décrypte la campagne de propagande chinoise après la décision du dalaï-lama de prendre sa retraite.

Pensez-vous que la décision du dalaï-lama de prendre sa retraite risque de provoquer une incertitude accrue parmi les Tibétains de Chine, notamment s'ils la comprennent mal en raison du manque d'informations fiables et de la censure ?

Robert Barnett : J'ai le sentiment que la manière dont la décision du dalaï-lama sera accueillie au Tibet dépend de la tournure que va prendre la campagne de propagande chinoise. Si celle-ci présente le choix du dalaï-lama comme une décision d'abandonner les Tibétains, cela pourrait poser des problèmes – du moins dans les villes, où les programmes en tibétain de Voice of America et Radio Free Asia [qui diffusent le point de vue du gouvernement tibétain en exil] sont brouillés.

Mais pour l'instant, j'ai lu un article du Quotidien du Tibet, en tibétain, qui attesterait d'une stratégie entièrement différente : l'article s'intitule "Les inepties au sujet de sa 'retraite' montrent le vrai visage du politicien qu'est le dalaï-lama". L'idée générale qu'on en tire à sa lecture, c'est que la propagande chinoise reconnaît qu'il s'agit bien d'un départ à la retraite. Il donne un certain nombre de détails, et dénonce le tout comme une tentative dissimulée de séparatisme.

En lisant cela, les Tibétains vont en réalité se faire une idée assez précise de la situation. Ils ne croiront naturellement pas les opinions diffusés par les médias chinois, mais ils pourront toutefois se faire une idée des faits. A partir de là, la question qui se pose est la suivante : les Tibétains ne vont-ils pas en déduire que leur dirigeant en exil promet la démocratie à ses partisans et la leur apporte réellement, alors que leurs dirigeants actuels [les Chinois] leur promettent toujours une forme de démocratie, sans jamais l'accorder ?

Si c'est le cas, on peut aussi en tirer la conclusion que le soutien et l'admiration à l'égard du dalaï-lama a toutes les chances de croître, ce qui poussera les Chinois à se mettre sur la défensive, comme ils l'ont toujours fait. Mais bon, tout cela reste à voir.

Doit-on craindre des manifestations dans d'autres régions du Tibet ?

La mort du moine du monastère de Kirti est un incident très sérieux, mais je pense que ce genre d'information va être difficile à obtenir à Lhassa et dans bien d'autres villes. Par contre, dans les zones rurales, notamment dans les régions à l'Est du Tibet [les préfectures tibétaines du Sichuan, du Gansu, etc.], où les gens écoutent beaucoup Voice of America et Radio Free Asia, ils seront au courant.

Cela ne veut pas forcément dire que cela provoquera d'autres protestations dans d'autres endroits, mais il est probable que cela conduise à une montée générale des tensions et des préoccupations. Je pense que les gens seront choqués d'apprendre que ce jeune moine a considéré qu'il était nécessaire pour lui de se livrer un acte aussi radical, au point de passer outre ses vœux afin de protester contre les conditions de vie à Ngaba.
Propos recueillis par Brice Pedroletti

Robert Barnett

vendredi 23 septembre 2011

Retraites complémentaires : ce qui vous attend

Le projet d'accord a été finalisé hier dans la douleur, les syndicats n'obtenant pas du patronat une hausse des cotisations.

Le dernier accord sur les retraites complémentaires Arrco (tous salariés du privé) et Agirc (cadres) avait été signé par tous les syndicats, CGT exceptée, en 2009. Une certitude, à l'issue de la dernière négociation qui, hier, a duré une douzaine d'heures : les nouvelles règles du jeu proposées par le patronat ne recueilleront pas le même consensus. Les conditions pour qu'elles entrent en vigueur (au moins une signature syndicale et pas plus de trois opposants) ont néanmoins de bonnes chances d'être réunies. In extremis.

La CFDT - même si elle s'est gardée d'annoncer une décision avant de soumettre le texte à ses instances internes - se montre plutôt partante mais préférerait éviter de signer seule. Elle apprécie notamment, comme FO, que le projet d'accord assure la reconduction des régimes complémentaires jusque fin 2018 - les renouvellements ne dépassent pas deux ans d'habitude. En outre, les nouveautés intégrées hier au texte effacent une dizaine de milliards d'économies sur vingt ans, envisagées il y a une semaine encore ! Le déficit de l'Agirc-Arrco, cumulé de 2011 à 2030, aurait dû atteindre 117 milliards d'euros sans la réforme des retraites. Avec le recul de l'âge légal à 62 ans et du taux plein à 67 ans, le « trou» est réduit à 43,6 milliards. L'application du projet élaboré hier aboutirait sensiblement au même résultat.

Conséquence, les réserves seront consommées vers 2030. D'où l'exigence de la plupart des syndicats de relever les cotisations. « C'était notre seul préalable», a souligné la CFTC, tout en reconnaissant avoir obtenu en partie satisfaction sur les majorations pour enfants. Le patronat ne voulait pas en entendre parler, il a tenu bon, acceptant tout juste dans la dernière ligne droite d'examiner « d'éventuelles ressources» supplémentaires en... 2015, en cas de comptes très dégradés. « Laurence Parisot passe son temps à demander au gouvernement de ne pas augmenter les cotisations, elle ne peut pas signer elle-même une hausse, décrypte un négociateur syndical. Le Medef sait que, du coup les comptes ne seront pas équilibrés, sauf si l'âge légal est à nouveau relevé en 2018, à l'issue de la réforme actuelle. C'est son pari». Un cadre de l'organisation patronale tenait effectivement ce raisonnement à demi-mot, il y a quelques jours...

La CFE-CGC figure parmi les syndicats plus virulents. Le syndicat des cadres reproche au patronat... et à la CFDT leur « égalitarisme obessionnel», au sujet de l'alignement des rendements entre cadres et non-cadres (lire ci-dessous). La CFDT rétorque qu'il ne s'agit pas « de défendre un syndicat ou une institution» (sous-entendu la CFE-CGC et l'Agirc) «mais les salariés». Elle retient plutôt l'arrêt, pour quatre ans, de l'érosion des rendements.

Sans surprise, la CGT ne signera « probablement pas». « Des engagements pas financés, ce sont des promesses qui ne seront pas tenues», avertit le syndicat, dont le chef de file n'exclut pas de faire jouer son droit d'opposition.

Le Figaro.fr

jeudi 22 septembre 2011

Le Conseil constitutionnel recadre les fichiers de police

Le Conseil constitutionnel a demandé à ce que les enquêtes informatiques ne soient pas conservées au-delà de trois ans après leur enregistrement. Crédits photo : JEFF PACHOUD/AFP
Policiers et gendarmes voulaient désigner des suspects à la chaîne en faisant tourner leurs ordinateurs afin d'élucider un maximum de petits délits. Mais les Sages y ont mis un frein.

La désignation des suspects par ordinateur inquiète visiblement le Conseil constitutionnel. Dans sa décision du 10 mars dernier sur la loi d'orientation pour la sécurité, dite Loppsi 2, il a, en tout cas, mis un frein au développement des fichiers d'analyse sérielle appliqués à la délinquance de masse. En clair: l'utilisation intensive des croisements de fichiers informatiques pour résoudre les cambriolages, les vols à l'arraché ou les dégradations de véhicules.

Des outils de rapprochements criminels, les autorités en utilisent depuis longtemps pour résoudre les crimes les plus graves. Ils ont pour nom Salvac (Système d'analyse des liens de la violence associée aux crimes), à la PJ, ou Anacrim, dans la gendarmerie. Et ceux-là ne posent pas de problèmes. Leur caractère intrusif pour la vie privée se justifie par l'impérieuse nécessité de mettre hors d'état de nuire des individus dangereux, en cas de viol, de meurtre ou de toute infraction passible de cinq ans de prison au minimum.

Mouliner des milliers de données

Mais les fichiers qui fâchent aujourd'hui obéissent à une autre démarche. Ils visent à débusquer les petits délinquants d'habitude. Avec peut-être une chance d'isoler dans le lot de grands délinquants bien cachés. Comment? En puisant, sur une simple requête, dans toute la mémoire informatisée des services, qu'il s'agisse des fichiers d'antécédents criminels ou même des simples notes inscrites en procédure. Ces supermoteurs de recherche fonctionneraient pour tous les types de délits, y compris un simple vol d'autoradio. Ils iraient même jusqu'à puiser dans les informations disponibles sur Internet et ses réseaux sociaux.

La gendarmerie a ainsi développé en toute discrétion le système Périclès («L'Illustre», en grec), rebaptisé dans l'urgence par l'acronyme imprononçable d'AJDRCDS (Application judiciaire dédiée à la révélation des crimes et délits en série), après la polémique sur le malchanceux fichier Edvige. D'un clic, avec ce programme, l'enquêteur allait, de sa propre initiative, pouvoir comparer, par exemple, tous les numéros mobiles ayant activé un relais de téléphone, avec tous les numéros de carte bancaire utilisés lors d'opérations de retrait d'espèce dans ce périmètre. Et croiser l'ensemble avec des témoignages, des dépositions, des rapports. Et pourquoi pas vérifier, par la même occasion, de possibles corrélations avec les signalements de plaques d'immatriculation? Tout allait devenir possible. La gendarmerie espérait ainsi mouliner des milliers de données, voire des millions, pour que certaines se singularisent et conduisent, aux contacts d'autres, vers des suspects tout désignés. Il s'agissait en somme de faire émerger des séries de coïncidences troublantes pour qu'elles deviennent autant d'éléments à charge.

Mais voilà: les Sages se sont méfiés. Plutôt que de partir d'un tumulte, mêlant inévitablement des noms de personnes victimes du hasard, pour faire surgir des suspects, ils préfèrent nettement un système qui parte de faits établis dans le cadre d'une enquête précise. Pour eux, on ne cherche pas des séries dans le vague. On part d'une série déterminée que l'on s'attache à décortiquer sous le contrôle des magistrats. «Ces logiciels ne pourront conduire qu'à la mise en œuvre, autorisée (par le juge d'instruction ou le procureur), de traitements de données à caractère personnel particuliers, dans le cadre d'une enquête ou d'une procédure déterminée portant sur une série de faits et pour les seuls besoins de ces investigations», préviennent-ils.

Difficile d'être plus clair: pour autoriser une intrusion numérique dans la vie privée, il faut que le jeu en vaille la chandelle. Les Sages ne s'arrêtent d'ailleurs pas là. Pour être bien sûr que la police et la gendarmerie ne conservent pas dans leurs mémoires numériques des suspects virtuels plus longtemps que de raison, ils ont demandé à ce que les résultats de ces enquêtes informatiques ne soient pas conservés au-delà de trois ans après leur enregistrement. L'Intérieur réclamait trois ans après «le dernier acte d'enregistrement». Pour relancer sans cesse le délai? «Inconstitutionnalité partielle», a tranché le juge suprême. L'administration devra se mettre en conformité.

Par Jean-Marc Leclerc

lundi 19 septembre 2011

Paris accusé d'avoir livré un véhicule permettant à Kadhafi de fuir

Une société française a fourni en 2008 au régime libyen, avec l'accord de l'Elysée, un véhicule 4×4 furtif ultrasécurisé pour assurer la protection des déplacements de son dirigeant, Mouammar Kadhafi, aujourd'hui en fuite, affirme le site Mediapart.

Ce 4×4 a été fabriqué par la société française Amesys (ex-I2E), filiale de Bull, et a été fourni à Tripoli par l'intermédiaire du Franco-Libanais Ziad Takkieddine, par ailleurs inculpé dans le cadre d'une affaire liée aux attentats de Karachi, au Pakistan, écrit Mediapart. "La vente de ce matériel a bénéficié, dès 2007, de l'appui du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy [aujourd'hui président], et de son directeur de cabinet d'alors, Claude Guéant [actuel ministre de l'intérieur]. L'engin a finalement été livré à partir de 2008, avec le feu vert, cette fois, de l'Elysée", selon le site d'information.

La présidence française a indiqué qu'elle ne souhaitait pas faire de commentaire. Le président Sarkozy a été le fer de lance de l'opération internationale en Libye menée depuis mars dernier. Mediapart détaille, documents à l'appui, les spécifications techniques de ce véhicule "livré aux Libyens, pour la somme de 4 millions d'euros". "Il s'agit d'un 4×4 ML blindé de chez Mercedes équipé d'une cage de Faraday — qui protège les occupants des champs électriques extérieurs — et d'un dispositif électronique de brouillage capable de neutraliser toutes les fréquences radio dans un rayon de cent mètres autour du véhicule."

La vente de ce 4×4 a été, selon Mediapart, un des volets d'un contrat de sécurisation du régime libyen baptisé "Homeland Security Program", comprenant aussi des équipements de cryptage des communications du régime et d'espionnage d'Internet, signé en 2007 pour 26,5 millions d'euros et conclu par Bull-Amesys "grâce aux bons soins de M. Takieddine". L'ONG Sherpa a déposé la semaine passée une plainte visant Amesys, qu'elle soupçonne d'avoir vendu à la Libye en 2007 un système de surveillance à distance destiné à "traquer les forces rebelles".

LEMONDE.FR avec AFP

vendredi 16 septembre 2011

La France ennemie d’Internet ? Non, mais pays à surveiller selon RSF

Législation - En raison du vote des lois Hadopi, Loppsi 2 (filtrage, surveillance…) et des attaques verbales du gouvernement à l’encontre de sites d’information en ligne et de WikiLeaks, Reporters sans Frontières craint des dérives et des atteintes à la liberté d’expression en France.

Comme chaque année, l’association Reporters sans Frontières (RSF) a décerné le prix du Net-citoyen. En 2011, il revient à Riadh Guerfali, co-fondateur du blog tunisien Nawaat. Mais l’ONG a également actualisé sa liste des pays qui, en raison de leur politique répressive sur Internet, sont classés comme ennemis d’Internet.

A ces dix Etats (Chine, Arabie Saoudite, …), RSF ajoute 16 autres pays dits sous surveillance et qui pourraient présenter des risques d’atteinte à la liberté d’expression. C’est désormais le cas de la France, qui rejoint ainsi l’Australie présente dans cette liste depuis son projet de loi sur le filtrage d’Internet.

Sécuritaire et droits d'auteur au détriment de la liberté d'expression

Cette peu valorisante distinction décernée à la France par RSF n’est pas une surprise. L’ONG s’était à plusieurs reprises inquiétée des projets de loi du gouvernement, en particulier la Loppsi 2 et Hadopi. Or ces deux textes ont été votés.

« Le gouvernement français semble privilégier une approche avant tout sécuritaire et liée à la protection des droits d’auteur, et au détriment de la liberté d’expression et de l’accès à l’information »explique RSF pour justifier cette vigilance à l’égard de la France.

L’association reproche notamment au pouvoir politique une implication présumée dans des vols d’ordinateurs appartenant à des groupes de presse en ligne et les déclarations de certains membres de l’exécutif.

En 2010, Mediapart a par exemple été accusé par Xavier Bertrand d’utiliser des méthodes « fascistes ». Nadine Morano et Christian Estrosi avaient surenchéri…

Mais le gouvernement est également critiqué pour ses positions à l’égard de WikiLeaks, dont la volonté déclarée d’Eric Besson de faire interdire l’hébergement du site en France. L’ancien ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, avait lui qualifié l’action du site de « totalitariste.»

La Loppsi pour préparer une extension du filtrage à d'autres domaines

Les évolutions législatives en France sont également jugées inquiétantes par RSF. L’association dénonce plusieurs dispositions de la loi Hadopi, dont l’application est susceptible de se traduire par une coupure d’Internet.

Or pour l’ONG, « l’intervention du juge ne fournit pas suffisamment de garanties judiciaires » et l’internaute est présumé coupable, introduisant ainsi une inversion de la charge de la preuve. Est aussi pointé du doigt le vote le 2 février 2011 d’un amendement à Hadopi et permettant « le financement d’entreprises privées pour des actions de surveillance et de filtrage. »

Mais RSF estime que la liberté d’expression est victime du débat sécuritaire, qui s’est traduit par le vote de la Loppsi 2. Est dénoncée la possibilité pour une autorité administrative d’imposer le filtrage de contenus sur Internet.

2011, une opération politique de séduction, sans réel changement de cap

Si la mesure doit s'appliquer exclusivement à la lutte contre la pédophilie, l’association estime qu’elle « donne la possibilité de censurer des contenus considérés comme gênants ». Un risque renforcé par le « caractère arbitraire et opaque de la procédure choisie, qui exclut tout contrôle par un juge indépendant. »

Mais RSF craint également, comme d’autres organismes, qu’une « fois passé le cap psychologique » le filtrage soit étendu à d’autres domaines : lutte contre la contrefaçon, la diffamation, l’offense au chef de l’Etat, etc.

Le gouvernement entend-t-il corriger le tir en 2011 ? RSF reste sceptique, et voit dans les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy (Hadopi 3, Conseil national du numérique) avant tout une stratégie de séduction dans la perspective des présidentielles de 2012.

Une stratégie peu compatible selon l’ONG avec les positions défendues par Eric Besson et le gouvernement à l’égard de la neutralité du Net et du projet PS dans ce domaine, ou encore la volonté renouvelée de Nicolas Sarkozy d’associer « Internet civilisé » à la politique française en matière de numérique et de promotion de la liberté d’expression en ligne.

par Christophe Auffray,

jeudi 15 septembre 2011

Les déserteurs fiscaux sont-ils Français ?

Qu'est-ce qu'être Français ? Telle est la question que tout le monde doit absolument se poser en France depuis que cela a été décidé unilatéralement par l'UMP de Copé et de Jacob, et bien sûr par l'Elysée.

Même si cette question m'indiffère au plus haut point, car est-ce vraiment le sujet aujourd'hui alors que la classe ouvrière souffre de plus en plus, je la trouve cependant pertinente, car elle semble s'adresser tout particulièrement aux déserteurs dont je parle dans ce papier.

Le pays les a élevés ces déserteurs fiscaux, les a torchés, biberonnés, vaccinés, nourris, éduqués, formés, soignés, décorés, honorés, respectés et surtout enrichis et médiatiquement respectabilisés, eux, qui souvent au départ n'avaient rien.

Alors :

- que Jean Reno, ami intime de Nicolas Sarkozy, président du pays, aurait envisagé dit-on de déserter le fisc de la France pour se réfugier chez un autre plus attractif que celui de sa mère patrie,
- que le pays va très mal,
- que les caisses de l'Etat manquent d'argent,

Faut-il encore accepter que tous les exilés, fuyards et autres évadés fiscaux soient considérés comme de bons, voire même souvent comme d'excellents Français ?

Qui sont-ils ces Français honorés par tous les médias du pays : Aznavour, Delon, Johnny, Forget, Loeb, Prost, Tsonga et bien d'autres par centaines (lien)… qui ont tous grandi grâce à la soupe française achetée avec les impôts des Français, dont je fais partie à mon petit niveau, quand eux n'en payé pas, car ils étaient trop pauvres à une certaine époque ?

Beaucoup d'entre eux parmi ces centaines d'exilés fiscaux, à de rares exceptions près, se sont nourris sur la bête pendant de nombreuses années. Puis, quand ils n'ont plus eu besoin d'elle s'en sont enfuient, à l'image des rats qui quittent un bateau en perdition prenant leur courage à deux mains, mais laissant leur honneur au fond de la soute.

Quelle honte de voir sur nos médias, ces gens-là se pavaner comme des bons Français vainqueurs d'une guerre et surtout revendiquer continuellement la nationalité qui est la nôtre mais plus vraiment la leur !

Oublient-ils qu'une fois retournés en Suisse, pour la plupart, ils diront sur les médias helvétiques qu'ils sont Suisses ! Exit alors le beau pays de France !

Eh oui, pour eux être Français, c'est d'abord être Suisses ! Et bien sûr, comme tous les Suisses, payer normalement ses impôts en Suisse.

Voilà la réponse qu'ils font au gouvernement de Nicolas Sarkozy qui leur pose la question, devenue absurde par la force des choses : "qu'est-ce qu'être Français pour vous qui êtes Suisses ?".

Oubliée la France ! De vrais caméléons. Suisses un jour. Français le lendemain.

Alors, je comprendrais qu'un pauvre, parti de rien pour arriver pauvre encore aujourd'hui, quitte la France, car le maigre impôt qu'il paie est encore trop lourd pour lui. Mais un pauvre devenu riche grâce à nos propres impôts, quelle infamie !

Je comprendrais qu'on fuie le pays en cas de guerre pour sauver sa pauvre loque de carcasse peureuse même de sa propre ombre, mais pour sauver 2 ou 3 millions, parfois beaucoup moins, alors qu'on en a plusieurs dizaines, quelle drôle de façon de se déclarer Homme d'honneur !

Alors, au lieu de s'occuper de l'identité française pour chasser en réalité le Musulman ou le Rom, l'ami intime de Jean Reno devrait plutôt s'occuper de tous ces présumés coupables qui continuent insidieusement de tuer notre fisc à petit feu.

Alors, face à cette couardise, je pense que nous pourrions voter des lois qui s'intéressent à ces gens-là. Il y a tant de lois dérogatoires fiscalement, pourquoi ne pas en avoir quelques-unes de très simples, pour punir ces comportements antifiscaux et par nature antifrançais :

- mettre un ISF dès 50 000 euros sur tout ce que possède un déserteur fiscal en France : logements, villas, comptes bancaires, chevaux, tableaux, etc.,
- ne plus admettre qu'il se présente comme Français sur nos médias, alors qu'il est d'abord Suisse,
- ne plus permettre qu'il puisse être entraineur d'une équipe de France,
- ne plus faire retentir la Marseillaise quand il gagne quelque chose,
- ne plus pouvoir le décorer d'une médaille jadis réservée aux Grands Français,
- ne plus l'inviter à des galas et autres fêtes payés par le contribuable de France,
- etc.

Cela n'est bien sûr pas exhaustif, mais montre bien qu'il y a des choses à faire si on en a la volonté politique.

Aujourd'hui, il n'est plus tenable de présenter encore nos déserteurs fiscaux comme de bons Français ! Plus tenable non plus, que nos politiques continent à les chouchouter et nous les montrer comme des exemples à suivre en matière de réussite sociale, à nous qui payons nos impôts, en France bien sûr et jusqu'au plus petit centime !

Alors, être Français, c'est d'abord payer ses impôts en France !

jeudi 8 septembre 2011

Le communautarisme, ce « gros concept » de classes

« Les valeurs de l'identité nationale sont-elles compatibles avec le communautarisme ? » : ainsi se déclinait une des 200 questions du débat français sur l'identité nationale en 2009.

La routinisation du terme « communautarisme » est devenue telle qu'aucune définition ne semble désormais nécessaire, et qu'en outre on puisse évoquer « le » communautarisme sans pointer une communauté en particulier, même s'il est clair que derrière la critique « du » communautarisme en général ce sont les musulmans qui apparaissent les premiers visés.

D'ailleurs, ce terme est sans doute le seul à faire florès à travers l'échiquier politique français, de l'extrême droite à l'extrême gauche. Cela va jusqu'à inclure des musulmans eux-mêmes, qui s'infligent une forme de violence symbolique par le recours à un mot dont l'usage vise principalement à disqualifier, en la rendant suspecte, tout ou partie de leur communauté.

La logique d'ensemble est ici la même que lorsque des élus syndicaux français déplorent publiquement « le dégraissage » dans certaines entreprises, anticipant « une forte grogne » parmi les employés.
Les logique capitalistes du marché immobilier

On peut essayer d'éclairer ce « gros concept » en effectuant un détour par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Outre-Manche, une violente critique du « communautarisme » existe également, même si la langue anglaise (cela vaut aussi outre-Atlantique) ne possède pas de mot unique à la puissance d'évocation aussi forte que celui de « communautarisme », notamment car le terme « communauté » (community) qui en constitue la racine est généralement connoté très positivement, malgré son caractère flou.

Historiquement, cette perception d'un communautarisme parmi les minorités visibles précède en réalité la constitution de quartiers estampillés « ethniques », comme le fit remarquer la sociologue Ruth Glass dès 1961. A l'époque, on déplorait que les Caribéens demeurent entre eux, ne se mélangent pas, alors même qu'ils étaient largement éparpillés dans différentes grandes villes, avant que s'affirme la forte concentration ethnique à Brixton (Londres) ou Handsworth (Birmingham).

Cette concentration résidentielle est d'ailleurs au moins autant le signe d'une volonté de demeurer entre immigrés, chez les Pakistanais de Birmingham ou Bradford par exemple, que la résultante concrète des logiques capitalistes d'un marché immobilier où, avec l'arrivée d'immigrés de couleur, des ouvriers blancs prennent peur pour la valeur de leur propriété chèrement acquise, vendent très vite, ce qui fait baisser les prix, donc attire davantage d'immigrés pauvres, et ainsi de suite.
L'Irak, revendication de l'attentat de Londres

Aujourd'hui, de Gordon Brown à David Cameron, on corrèle volontiers extrémisme (et même terrorisme) à ce que l'on voit comme le communautarisme résidentiel des musulmans. Dans la réalité pourtant, les rares données disponibles semblent indiquer que les personnes arrêtées par Scotland Yard sont loin de tous être issus de supposés « ghettos » musulmans.

En fait, pointer « l'auto-ségrégation » des musulmans comme la cause du terrorisme permet surtout d'occulter des choix de politique étrangère désastreux. Comme l'atteste la vidéo postée par Muhamad Sidique Khan, le chef des kamikazes anglais lors des attentats de Londres, c'est l'Irak qui a été la première cause des attaques terroristes. (Voir la vidéo)


C'est également le cas pour des attentats ou tentatives d'attentats commis, depuis 2004, à Madrid, au Caire, Sharm-El-Sheikh, Amsterdam, Chicago, Odense, Glasgow.
La faute au communautarisme… des Blancs

Aux Etats-Unis également, il est de bon ton de pointer le communautarisme des Noirs, qui aiment à rester entre eux, et celui des Latinos, qui s'obstinent à utiliser la langue espagnole.

Eduardo Bonilla-Silva évoque plutôt un communautarisme ethnique et social des Blancs qui serait la cause elle-même d'une perception, chez ces derniers, d'un communautarisme au sein des minorités. Il s'agit selon lui d'une projection classiquement freudienne : ainsi, habitants des beaux quartiers de Londres, New York ou Paris symboles d'un entre-soi de classe liraient dans The Spectator, L'Express ou Newsweek des articles pointant avec angoisse la dérive communautariste de minorités, notamment musulmanes.

Rien de bien original ou de nouveau à travers ce schéma : dans l'étude classique de Norbert Elias sur les structures de l'exclusion sociale, on découvre les antagonismes entre habitants respectables d'un « village », et ceux d'une zone de relégation appelée le « lotissement ». Au détour d'une analyse portant sur la fonction des commérages, on y découvre que le groupe installé frappe d'ostracisme les marginaux du lotissement en les empêchant, à coup de potins dépréciatifs, de prendre leur part à la vie de la communauté. Sans oublier que les « villageois » font ensuite grief aux gens du lotissement de cultiver le repli sur soi.
Qui, à la CIA, connaît les différences entre islam chiite et sunnite ?

On peut de façon simplement démographique retourner l'argument du communautarisme contre les majorités des pays ici considérés : en effet, dans les liens de socialisation quotidiens, au travail, dans la rue, dans les transports en commun, les minorités ethniques quelles qu'elles soient ont, par leur simple statut de minorités, beaucoup plus de chance d'interagir avec des membres de la minorité blanche que l'inverse.

Ainsi, en Angleterre, une vaste étude du Citizenship Survey montre que plus de 50% des Blancs déclarent ne pas avoir d'amis non-Blancs, tandis que 20% des minorités ethniques en moyenne (cela inclut les Pakistanais et Bangladais) déclarent n'avoir que des amis au sein de leur minorité.

A un niveau plus strictement religieux, un musulman pratiquant a davantage de chances d'être familiarisé avec la religion chrétienne que l'inverse. Il y a une raison simplement historique à cela : l'islam est né plusieurs siècles après le christianisme dont il s'inspire.

La conséquence est simple : de nombreux musulmans sont pleinement conscients de tout ce qui les unit avec les chrétiens, si l'on pense à leur connaissance de récits comme celui d'Adam et Eve, de l'Arche de Noé, des Dix commandements, de David et Salomon, etc.

A l'inverse, combien de chrétiens pratiquants ou non ont conscience des préceptes les plus simples de l'islam ? Parmi les directeurs de la CIA, tous passés par les meilleurs campus américains, presque personne ne connaissait les distinctions les plus simples entre islam chiite et islam sunnite ni en 2000, ni en 2005.

De façon plus générale, les opinions publiques occidentales se sont trouvées dans une situation où, avant la révolution iranienne et l'émergence d'un nouvel ennemi international à l'issue de la guerre froide, elles ignoraient tout ou presque de l'islam et où, depuis lors, elle sont abreuvées de termes interprétés de façon strictement monovalente et systématiquement négative, qu'elles pensent peut-être connaître (par simple familiarité phonétique) mais qu'elles ne connaissent pas : imam, madrasa sans oublier bien sûr jihad, fatwa, charia.
Moins racistes, moins sexistes, plus élitistes

En fin de compte, et au-delà de tout débat sérieux touchant au repli sur soi de certains membres des minorités ethniques, l'antienne sur le communautarisme permet d'occulter les référents de classe, à l'instar d'ailleurs du concept de « diversité », introduit aux Etats-Unis dès 1978 et en vogue en France depuis quelques années. Tous deux s'apparentent à des slogans politiques ou des « gros concepts » qui, selon Deleuze, au lieu d'aider à penser les situations empêchent précisément de les penser.

Le « communautarisme » est un spectre hideux et vague, la « diversité » un terme très positif et qui peut rapporter gros à certaines entreprises, pas seulement parce qu'elle euphémise une discrimination raciale et de classe bien réelle.

Walter Benn Michaels avance que les universités américaines sont « moins racistes et sexistes qu'elles ne l'étaient il y a quarante ans et dans le même temps plus élitistes. L'un sert d'alibi à l'autre : quand on demande à ces universités plus d'égalité, elles répondent avec plus de diversité ».

Dans les campus londoniens, cette « diversité » peut être représentée par des étudiants indiens ou chinois fils de grands patrons, qui paient des frais d'inscription dix, vingt, trente fois supérieurs aux autres.

Pareille célébration d'une diversité dont on a quelques exemples en France (Rama Yade fille d'un professeur et diplomate proche de Senghor, Nicolas Sarkozy fils de riches immigrés hongrois) rappelle, indirectement, que si un communautarisme est nocif pour l'ensemble de nos sociétés, alors c'est bien un communautarisme de classe.

Photo : dans le ghetto noir de Chicago, en 1974 (John H. White/Archives nationales/Wikimedia Commons).

Par Olivier Esteves

mardi 6 septembre 2011

Télévision : pour qui meurent les soldats ?

Il faudra veiller tard, mais tous ceux qui regarderont La guerre en face de Patrick Barbéris, le 3 mars à 23 h 05 sur France 2 ne le regretteront pas. Très au fait des problématiques entourant la guerre et les guerriers (voir sa Trahison des médias sur le conflit du Vietnam), le réalisateur s'interroge sur la relation entre les soldats français et la nation dont ils portent les armes. La thèse du film est sans appel : les militaires tués à la guerre ont perdu leur statut de combattant. C'est ainsi expliqué en voix off : "Pour la majorité de l'opinion publique, un soldat qui meurt est une victime. Victime d'un accident, victime d'un attentat ou d'une faute de commandement." Le capitaine Frédéric Bellanger s'interroge : "Ça veut dire quoi, mourir pour son pays ?" La réponse ne vient pas d'un politique, mais d'un médecin militaire, le psychiatre Patrick Clairvoy : "Un militaire accepte (la) mort si on maintient qu'elle a servi, qu'il y a eu bénéfice pour tous du sacrifice de l'individu."

Souvent très émouvants, les témoignages, recueillis pour la plupart auprès d'officiers et de sous-officiers du 3e RIMa de Vannes, tournent donc autour de la valeur du sacrifice - méprisé par les concitoyens -, de la reconnaissance - insuffisante de la part du politique -, de l'incompréhension, en général, qui entoure les soldats. Même son de cloche chez le général Bruno Dary, gouverneur militaire de Paris et ancien officier de la Légion. Il admet qu'on "honore nos soldats étrangers, qu'ils soient slovaques, chinois", mais déplore que la France envoie plus facilement ces légionnaires que les jeunes Gaulois au casse-pipe. Ce n'est plus exact, mais la question n'est pas là... Depuis le début des années quatre-vingt, les militaires français ont plus que jamais guerroyé dans des guerres éclatées, diffuses, ont été mis à contribution dans des guerres qui n'en ont pas le nom, qu'on appelle des "crises" pour ne pas faire peur : les missions d'interposition, de maintien de la paix, sont de celles où l'on prend des coups sans les rendre. À Beyrouth, en Bosnie, les appelés ont payé leur tribut. En Arabie saoudite dans le passé, en Afghanistan et de nouveau au Liban aujourd'hui, les soldats sont tous des professionnels. Est-ce une raison pour que leur pays les soutienne moins que les appelés ? Non, bien sûr...

Rémy Porte, colonel au Centre de doctrine d'emploi des forces, explique sereinement que "l'image du soldat se dilue entre celui qui vient en aide aux populations, celui qui fait de l'interposition, celui qui fait de la super-police et celui qui va faire usage de son arme sur un abcès de fixation." En revenant longuement sur l'assaut donné au pont de Vrbanja, à Sarajevo, le 27 mai 1995, le film ne dit pas assez qu'il a fait basculer la guerre en Bosnie, conduit à la riposte vigoureuse - enfin - contre les Serbes, donc aux accords de Dayton et, à terme, à la fin de ce conflit européen. Devant les cercueils des deux soldats tués dans cet assaut, Marcel Amaru et Jacky Humblot, évoqués par leur commandant de compagnie, le colonel (alors capitaine) François Lecointre avec une saisissante intensité, le général Hervé Gobilliard explique : "Les démocraties modernes se construisent parce que leurs enfants sont capables de mourir pour la liberté, pour l'honneur, pour la paix." Rien de plus exact que ces paroles. Mais qui le comprend encore, par les temps qui courent ?

La guerre en face. Que sont nos soldats devenus ? Un film de Patrick Barbéris, France 2, le 3 mars à 23 h 05.

Par Jean Guisnel

Des soldats français entrainent l'armée afghane © Set Ahmet / Sipa

lundi 5 septembre 2011

Les Ordres privilégiés de la République

La France d’en-Haut aurait pu assurer sa pérennité si son arrogance ne l’avait pas rendue si oublieuse de son histoire.

En effet, cette France d’en-Haut, comme elle se nomme, n’a en définitive de “haut” que sa présomption.

Par le choix de cet épithète, cette France des 3000 qui nous assujettit au lieu de nous gouverner, comme sous l’Ancien Régime, nous fait la confidence, l’aveu, qu’elle n’est plus qu’une oligarchie toute accaparée à la seule gestion de ses carrières professionnelles, à la reconduite sans fin de ses privilèges.

Elle ne passe plus son temps, en fait de gouverner, qu’à assurer l’hérédité de ses trônes à leurs “princes Jean”, pourtant le plus souvent monuments de fatuité, en plus d’être parfois la risée du monde.

De ce constat de la dégénérescence de notre vie politique, nos pères de la Révolution en avaient déduit que le noblesse et le clergé étaient les sources de tous leurs maux, et certains d’entre nous, à leur tour, déduisirent que la France d’en-Haut n’était qu’un ramassis de “tous pourris” selon le refrain un peu rapide de M. Poujade.

Mais, ce faisant, à force de nous complaire dans la confusion des personnes et des fonctions, nous ne sommes pas tellement plus intelligents ni tellement mieux avertis que nos pères, et d’ailleurs plutôt moins.

La fonction de gouvernance

Dans tout Gouvernement, il y a toujours eu une “noblesse” et “un clergé”, de tout temps, car quels que soient les noms que nous leur donnerons, les fonctions inhérentes à la gouvernance persisteront.

Ce pourquoi, à la différence de Poujade et de quelques autres, il est de notre intérêt pour la compréhension de notre malheur et l’efficacité consécutive de notre combat de toujours plus délaisser le discours sur les personnes, sauf pour en rire, pour ne s’attacher qu’à l’étude des fonctions et leurs mécanismes, pour ne plus avoir à les subir.

De tout temps, donc, il n’est que deux ordres gouvernants dans toute société : la noblesse et le clergé.

Le Tiers-état n’est pas un ordre à proprement parler mais la somme de tous les ordres mineurs non gouvernants, une apparente salade niçoise de la politique, la récapitulation de toutes les minorités nationales du territoire ; soit le peuple en ses entiers. Car, circonstance qu’oublie trop souvent nos ordres privilégiés, si le Tiers-état ne gouverne pas à raison de son hétérogénéité il contrôle ….et sait très bien sanctionner, tirant de son hétérogénéité même l’essentiel de sa puissance.

Si donc la fonction du peuple est de contrôler et la sottise des gouvernants d’imaginer qu’ils pourraient durablement les en empêcher, quelles sont les fonctions de la noblesse et du clergé, et sous ce terme de nos jours, que faut-il entendre ?

La noblesse dit le droit.

Le clergé dit la morale.

Tous les deux participent du pouvoir, l’un soutenant l’autre.

D’un côté les trois pouvoirs qui “disent le droit”, l’exécutif, le législatif, le judiciaire, avec leurs acolytes, haute fonction publique et système des partis politiques. C’est tout l’appareil d’État de gouvernement ET son opposition dont la fonction n’est pas “d’empêcher” mais “de compenser” pour assurer la continuité et la pérennité du système. L’alternance elle-même obéit à cette règle. C’est la noblesse.

De l’autre côté, le clergé, ordre unique aux multiples facettes des groupes de pression, syndicats, médias de toutes sortes, universités, nébuleuse des écoles et chapelles, toujours dans le système, le confortant et le justifiant, chargé de “dire la morale”, de ce qu’il est convenable de penser et de ce qu’il est préférable de taire, jusqu’à la manière de le penser et la façon de le taire.

Normalement, le premier groupe est dans l’action, exécutive, législative, judiciaire, chargé d’apporter des solutions concrètes de gouvernement aux problèmes qui lui sont posés ; la gestion et la guerre sont ses métiers alors que le second groupe est par nature dans la réflexion, le débat, la messe, le sermon, et la confession.

Aux premiers la gloire et les honneurs, aux seconds l’intelligence.

Normalement encore, la séparation entre les ordres est une nécessité primordiale pour la quiétude et l’efficacité de la gouvernance. On ne pourrait accepter sans risque le mélange des genres, que ceux qui sont dans l’action se croient intelligents ou inventeurs, ou que ceux qui sont dans la réflexion se croient capables ou courageux. Le transfuge est normalement interdit ou lorsqu’il est exceptionnellement permis sans possibilité de retour aucune : Charles Quint est rentré terminer ses jours dans un monastère pour ne plus en sortir. Et avant qu’il n’y rentre, on exigea de lui son abdication définitive.

D’ailleurs, cette porosité entre les ordres est la marque la plus éloquente de la fin d’un régime ; en quelque sorte, nous avons initié la révolution française lorsque nous avons cru devoir retenir les offres de service du cardinal de Richelieu. A moins de considérer qu’il ne fut, comme Talleyrand, qu’un faux clerc mais un vrai ministre.

Et dans le même ordre d’idées, nous commettrions peut-être une autre erreur en retenant la candidature toute cléricale du président du F.M.I. pour la gouvernance de la France ; ce puissant abbé de la finance internationale a définitivement quitté la galaxie de la noblesse, à supposer qu’il y fût jamais rentré, lorsqu’il prit son poste à Washington. A moins de considérer que le F.M.I. est un ordre d’action et non de réflexion sous prétexte que l’argent est tout alors que nous savons bien que si l’argent est tout, il est tout sauf la politique, un simple moyen et non une fin.

L’exemple le plus célèbre des conséquences néfastes de la violation de la séparation entre l’ordre de l’action et l’ordre de la réflexion est celui du Frère dominicain Savonarole qui crut indispensable de sortir de son monastère pour instituer la république théocratique de Florence de 1494 a 1498 ce qui lui valut, en vertu du pouvoir de contrôle du Tiers-état, de terminer sur le bûcher en paiement de ses excès …. concernant sa police de la pensée.

Comme quoi les vraies constantes en politique sont plus intéressantes que les faux changements.

Et à bon entendeur, salut.

Celui qui est dans l’action ne devrait donc pas être dans la réflexion et inversement. Il faut s’en tenir à cette règle ou renoncer à gouverner ; cette règle qui n’est que l’application intégrale de la séparation nécessaire des pouvoirs plaidée tant par Montesquieu (De l’Esprit des Lois), que Tocqueville (De la Démocratie en Amérique) ou Robert de Jouvenel (La République des Camarades). Mais avant même qu’elle soit exposée ou plaidée par ces brillants auteurs, de tout temps cette règle séparative fut instinctivement appliquée puisque toute l’histoire des États se réduit à leurs efforts ininterrompus visant à consacrer l’instauration de cette loi dans leur pays : celui qui parle est interdit d’action. C’est donc en construisant un pouvoir en tranches séparées que l’on a construit la démocratie.

Évidemment, vu ainsi, certains seraient sans doute mieux inspirés de “se taire” s’ils envisagent de nous gouverner un jour.

Mais, la boutade mise à part, la summa divisio du pouvoir entre ordre de réflexion et ordre d’action produit des conséquences inattendues : il n’appartient pas à un ministre de dire la morale en mettant sur un fait divers qui lui déplait des accents circonflexes sur toutes les nombreuses voyelles de son indignation. Car ce faisant, il mélange les genres : la voyelle et son accent circonflexe sont les privilèges de l’ordre de la réflexion. De même, il n’appartient pas au clergé de la République, en plus de proposer une réforme qu’elle pense juste ou nécessaire, de dicter à l’exécutif la manière de la mettre en œuvre.

Me direz-vous, ces distinctions de prérogatives sentent la naphtaline, le rétablissement d’une étiquette de Cour révolue.

Mais je ne le pense pas, surtout si nous acceptons d’appliquer plus l’esprit que la lettre de cette règle immuable et inhérente à toute gouvernance : le pape Urbain II appelle toute l’Europe chrétienne à la première croisade mais ne se déplace pas à Jérusalem pour autant. Allez comprendre… Et pourtant c’était en 1095, c’est tout dire de la constance de la règle.

En quelque sorte, pour la civilité des rapports entre noblesse et clergé, il faut leur imposer de rester polis et respectueux de leurs prérogatives respectives en les cloisonnant….. ce qui devrait nous permettre à nous, Tiers -état, d’encore mieux les contrôler.

Enfin, pourquoi nous cacher plus longtemps que cet enseignement sur les deux fonctions en politique en cache un autre : la loi de 1905 n’est au fond que l’application cultuelle de cette règle intangible, laquelle est elle-même le fondement organisationnel de notre démocratie…. (attention j’ai peur que certains s’étranglent) …depuis Clovis…. (attention à la syncope)… à cause de l’adhésion du pays au modèle chrétien qui est, outre le négatif actuel le plus intransigeant de la théocratie, l’inventeur le plus passionné de la laïcité et plus généralement de la séparation absolue entre le spirituel et le temporel, le religieux et le profane, l’action et la réflexion ? Et si les ministres du culte catholique ont été par le passé les plus piètres serviteurs de ce modèle pourtant rappelé tout au long du Nouveau Testament, cela ne retire rien à la pertinence du message : c’est le christianisme qui a été historiquement l’inventeur de la démocratie.

Personne ne nous demande de croire ; pas même les chrétiens.Tant mieux. Mais ne soyons pas christophobes au point de nous priver d’une des clés de compréhension de notre vie politique et au delà de l’organisation et de l’efficacité de nos gouvernances temporelles. Nous ne sommes plus au temps de la république des trois Jules et il serait donc temps de prendre un peu de recul sur la question cléricale, c’est-à-dire un peu plus de science et de réflexion et un peu moins de militantisme partisan d’instituteur primaire ou de curé paranoïaque.

Cette question de la séparation de tous les pouvoirs entre eux, pierre angulaire de la démocratie, introduit tout à fait à propos la double question du serment et de la mission des ordres de gouvernance.

Au fond, dire que la gouvernance de toute société se répartit en deux fonctions d’action et de réflexion est un truisme.

De même relever que la pierre angulaire de la démocratie est justement la séparation des pouvoirs non seulement à l’intérieur de la fonction nobiliaire en pouvoir exécutif, législatif et judiciaire mais encore plus nécessairement entre la fonction d’action et la fonction de réflexion est une quasi lapalissade : nous ne pourrions pas soutenir, sans nous contredire, que la théorie des trois pouvoirs de Montesquieu est un axiome démocratique tout en renonçant à une stricte séparation entre l’ordre de la réflexion et celui de l’action.

En réalité, il nous faut donc aller plus loin.

Car toutes ces belles observations, si elles nous disent bien qui est qui et qui fait quoi, ne nous disent pas comment ils le font.

C’est le serment et la mission qui répondent à ces questions.

Le serment.

Les ordres de gouvernance ont besoin d’un serment préalable auquel se référer pour exercer leur mission, soit dans l’action, soit dans la réflexion.

Chaque société a son serment mais aucune société ne pourrait en changer sans prendre le risque d’en mourir et, encore plus sûrement, se suiciderait en maintenant en son sein un double serment incompatible. Le changement de serment est un abandon, un reniement. La coexistence d’un double serment est un mensonge continué, une trahison.

L’Empire de Rome doit sa perte d’être né avec les dieux de l’Olympe tout en s’étant converti au Dieu des chrétiens. Elle est morte d’avoir cultivé un double serment antinomique en son sein pour faire ensuite le choix d’abandonner celui de ses pères pour adopter celui des chrétiens.

Et toutes les sociétés qui, comme Rome, ont cru pouvoir changer de serment ou cultiver une polygamie du serment, comme Rome, en sont mortes.

Le serment est invariable, immuable, il est l’acte constitutionnel de la constitution, la cellule A.D.N du groupe. Vous pouvez changer de constitution, de régime, renverser des rois et même changer de religion ou de chapelle mais vous ne pourriez pas changer de serment.

Dans l’ordre normatif, il est au faîte du bloc de constitutionnalité c’est-à-dire à la tête de la tête de toutes nos normes juridiques. Tout notre système normatif ne découle que de lui, source première de toutes les causes et cause unique de toutes les conséquences. Le posséder c’est tout comprendre de nos 1500 ans d’histoire ; l’ignorer ou se méprendre sur son contenu c’est se condamner aux contre sens.

Le serment n’est pas toujours écrit, d’ailleurs rarement. Mais, étant immuable et constitutif du groupe, il est toujours originaire ; et c’est donc toujours dans les origines du groupe qu’on le découvre et dans sa résurgence actuelle qu’on le vérifie.

Il faut donc (re)découvrir ce qu’il y a de commun entre Clovis et De gaulle, leur loi fondatrice à laquelle ils ont prêté serment et juré fidélité et derrière eux et avec eux tous “les Francs” sans interruption depuis Clovis jusqu’à De Gaulle.

Pour nous, Français, cet exercice n’est pas si difficile car nous avons la chance… d’avoir écrit notre serment ! Mais bien après son adoption par Clovis.

Ce serment est celui dit du décret salique. En voici le texte :

« La nation des Francs, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, libre d’hérésie. Elle était encore sous une croyance barbare. Mais avec l’inspiration de Dieu, elle recherchait la clé de la science, selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant la piété. Alors la loi Salique fut dictée par les chefs de cette nation qui en ce temps commandaient chez elle … Puis lorsqu’avec l’aide de Dieu, Clovis le chevelu, le beau, l’illustre roi des Francs eut reçu le premier le baptême catholique, tout ce qui dans ce pacte était jugé peu convenable fût amendé avec clarté par les illustres rois Clovis, Childebert et Clotaire.

Et ainsi fût dressé ce décret : Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu’Il garde leur royaume et remplisse leurs chefs des lumières de sa grâce ! Qu’Il protège l’armée ! Qu’Il leur accorde des signes qui attestent leur foi, leur joie, la paix, la félicité ! Que le Seigneur Jésus Christ dirige dans le chemin de la piété ceux qui gouvernent !

Car cette nation est celle qui, petite en nombre, mais brave et forte, secoua de sa tête le dur joug des Romains et qui, après avoir reconnu la sainteté du baptême, orna somptueusement les corps des saints martyrs que les Romains avaient consumés par le feu, mutilés par le fer, ou fait déchirer par les bêtes … »

(Traduction de l’abbé Lemann d’après les Leges Salicae illustratae de Godefroy Wandelin. Anvers 1649)

En préliminaire du commentaire de ce texte, il faut clairement préciser, contrairement à ses apparences, qu’il n’est pas un texte religieux ; il n’est pas l’apologie de la théocratie mais son très exact inverse.

La partie la plus importante du décret est certainement le dernier paragraphe : “Car cette nation…” Que la nation soit brave illustre et courageuse devant les Romains, c’est bien. Mais toutes les nations se prétendent telles. Qu’elle ait reconnue la “sainteté du baptême” est déjà plus intéressant. Qu’elle ait cru en conséquence nécessaire de faire des martyrs romains ses héros change tout.

La sainteté du baptême : dans la Tradition chrétienne il y a les baptisés dans l’eau (les chrétiens normalement gentils) et les baptisés circoncis de cœur (les idolâtres païens ou athées néanmoins gentils).Puisqu’ils sont tous gentils, il iront tous un jour au paradis. Reconnaitre la sainteté du baptême revient à dire deux choses 1/ que tout démocrate est français de cœur ou de naissance quelle que soit sa religion pourvu qu’il soit gentil-démocrate .et 2/ puisque le baptême est saint, tous les hommes sont fils de Dieu et en cette qualité tous libres et égaux dans la dignité la plus haute quel que soit leur degré de démocratie.

Les martyrs décorés : ce sont des supers Français. Puisqu’ils sont morts pour la loi précédente (tous libres et égaux dans la dignité la plus haute), engagement prouvé qui, vous en conviendrez, a une autre tenue que les vociférations indignées mais sans risques de certains, donc, puisqu’ils sont morts pour la reconnaissance de la liberté et de l’égalité de TOUS, quoique de nationalité étrangère, ils sont Primus inter pares des Français. C’est-à-dire premier dans la dignité la plus haute du peuple le plus illustre. Faisant ainsi de l’engagement, en même temps que la conséquence nécessaire du serment, le devoir le plus absolu du Français. Mademoiselle FOUREST, Monsieur SOPO, depuis 1500 ans, en France, la Foi sans les actes est morte !

Le serment s’impose alors de lui-même :

Tout Français travaille à ce que Tous les hommes soient toujours plus libres et égaux dans la dignité la plus haute et regarde cet engagement comme le devoir le plus absolu de son appartenance.

Qu’il croit ou non.

Le nombre de Français vient donc sur l’instant de…. légèrement diminuer…

Et force est de constater que nos Français ne se sont pas toujours trouvé là où on les attendait ni là où on les espérait…

Comme le disait si bien Bernanos : “Être français n’est pas un droit mais une responsabilité”.



La mission

Le serment est intangible, la mission est contingente. Elle varie en fonction de son temps. C’est l’application de la feuille de route du serment aux contingences du temps par les deux ordres de gouvernance, la noblesse et le clergé.

La difficulté de la démonstration provient essentiellement de la séquence retenue : nous prenons moins de risque de nous tromper en définissant une mission sur une période historique longue que sur une période d’actualité plus courte. Il faut choisir entre la clarté synthétique fausse et l’exposé exhaustif inutilisable.

Sur une séquence par grande périodes de 4/5 siècles cela donne ceci :

500-987 : l’œuvre mérovingienne puis carolingienne a été de donner la Pax Christi et le serment que nous venons de voir aux territoires européens (le Saint Empire). L’œuvre a commencé avec Clovis qui réalise l’unité de son royaume franc en 510 et s’achève avec le couronnement de Carolus magnus en 800 sous le titre d’Empereur très chrétien d’Occident. Cinq siècles pour nos fonts baptismaux.

987-1515 : l’œuvre capétienne (Hugues Capet est élu roi en 987) puis Valoisienne a été de donner un État à la France c’est-à-dire une sécurité juridique aux Français, un état de droit. C’est très important : à partir de 987 tout Français est une personne titulaire de droits et d’obligations et ne peut avoir d’obligations qu’en contrepartie de ses droits. L’État français est un État de droit en plus d’être traditionnellement humaniste à cause de l’éclairage de son serment. Sur ce sujet de l’humanisme, ce n’est pas l’État de France. C’est l’État des Français. Le Christ qui est leur Roi est Roi des Français. Il n’est pas Roi de France. Le roi de France c’est Capet, Valois, Bourbon. Ces rois là s’écrivent avec un “r” minuscule. Français et rois de France ont fait, convaincus d’être sous la protection de leur Christ-Roi, Roi des rois et Roi des Français, en ce compris le roi, plus que construire un modèle, ils l’ont offert, enseigné à l’Europe. En vertu du serment. Ce pourquoi le droit anglais de la common law… n’est autre que du droit français de Saint Louis ! Il ne s’agit pas non plus, contrairement à ce qu’a soutenu la propagande anticléricale, d’être papiste, lèche cul de Rome : c’est tout l’inverse. En vertu du serment, nos rois avec l’aide des Français, nous ont préconstruit la laïcité. Car, pour ceux qui ont un peu ouvert les Évangiles, le premier à avoir inventé et proposé le concept de la laïcité est précisément le Christ. Et personne d’autre ni mieux que Lui depuis.

1515-2015 : à partir de la Renaissance, États, état de droit et territoires sont pratiquement installés. On se disputera encore mais ce sera du peaufinage ou de la convoitise. Définitivement, Valmy est une bataille inutile, une de plus. L’enjeu (en vertu du serment) est ailleurs : la construction de la démocratie représentative. Nous devons cette nécessité autant à la suite du raisonnement des siècles qu’à l’invention de Gutemberg. La logique de l’Histoire tend vers ce résultat. Mais l’imprimerie rend ce résultat urgent. Cette révolution technologique a accéléré et bouleversé le monde encore plus sûrement que la découverte des Amériques.Toute l’histoire des temps modernes n’est que celle de la construction de la démocratie représentative et son perfectionnement par l’instauration des libertés publiques. La monarchie française est morte de ne pas avoir su accompagner ce mouvement. Et de n’avoir pas su l’accompagner que pour avoir oublié son serment. Si Louis XVI, dans un sursaut de lucidité, avait imposé le vote par voix et non par ordre aux États Généraux, nous serions encore en monarchie. Et nous ne lui avons coupé la tête que sur ce quiproquo : son attitude nous avait persuadés qu’il était contre le serment (un dommage collatéral de la fonction de contrôle).

Nous vivons une époque difficile, nous fermons notre époque : fin de siècle, fin de période, fin de millénaire.

Nous entamons une époque formidable, nous ouvrons une ère nouvelle : nouveau siècle, nouvelle période, nouveau millénaire.

Le serment immuable reste inchangé, quelle sera la mission ?

Si l’internet fait pendant à Gutemberg, alors la mission qui s’ouvre sur la nouvelle période n’est pas celle de la démocratie représentative continuée mais celle de la démocratie directe initiée, qui deviendra bientôt une démocratie directe permanente c’est-à-dire une démocratie directe en permanence, couronnement de la démocratie tout court, elle même résultat ultime du serment : le tiers État va gouverner en permanence et non plus seulement ses représentants en son nom !

Si le serment reste immuable, la construction d’un État impersonnel unique au dessus des nations en substitution de la souveraineté des états nationaux procède d’une dyslexie suicidaire : aux dimensions de l’Europe, puisque c’est de cela dont il s’agit, pour respecter le serment, puisqu’il ne peut s’agir que de cela, nous ne devrions pas construire un État a-national désincarné au dessus des états nationaux historiques mais son exact inverse ; non UN État européen ; ni même les États-Unis d’Europe ; mais les Nations-Unies d’Europe. Soit la version réactualisée du Saint empire, bien connu de nos cousins allemands, nos frères francs d’outre Rhin.

Que fait notre classe politique, noblesse et clergé confondus ?

Le contraire de ce programme.

Elle nous fait rentrer dans le siècle et le millénaire à reculons. D’ailleurs, elle ne conjugue plus ses discours qu’à l’imparfait.

Sur la démocratie directe, même les partis non gouvernementaux comme le F.N rejettent l’option : nous ne serions pas prêts (…)

Sur la construction des Nations Unies d’Europe, et non d’un État unique impersonnel supranational en substitution des États nations, nous leur avons dit tout le mal que nous pensions de leur mauvaise copie lors du référendum sur la constitution européenne mais ils sont passés outre nos volontés avec le traité de Lisbonne.

Que pensez-vous qu’il adviendra devant un tel mur d’arrogance et d’archaïsme ?

Faites-leur donc cette dernière charité de leur demander d’ouvrir leur livre d’histoire à la page du 21 janvier 1793.

Avant que nous ne fermions le siècle et le millénaire.

Sans eux.

François DESVIGNES

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