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jeudi 25 août 2011

Aux armes, etc.

Au moment où la France essaye de se refaire une virginité en Afrique du Nord, en nommant un étrange ministre des affaires étrangères, et en gardant un diplomate en Tunisie discutable et critiqué, un livre fait le bilan cruel et précis des petits arrangements avec la morale de nos gouvernements successifs.

Il faut, pour bien comprendre, faire un bond d’un demi-siècle en arrière et s’inviter en Libye au moment ou Kadhafi vient de s’accaparer du pouvoir.

« L’argent n’a pas d’odeur », dit le proverbe, pourtant certaines odeurs devraient tout de même décourager le commerce des armes, et les seules armes que nous pourrions défendre ne devraient-elles pas être celles évoquées par la merveilleuse chanteuse Melissmell dans cette vidéo ?

Kadhafi, ce petit colonel déjanté, ne manque pas des moyens financiers que lui permet tout son pétrole.

Alors, en novembre 1973 Georges Pompidou l’invite officiellement à Paris, et Kadhafi va lui acheter des « Mirages », pendant que dans le même temps, la France soutient François Tombalbaye, le président tchadien, en lutte avec la Libye. lien

Il n’y a pas de petits profits…

Au début des années 80, avec Bob Denard et ses mercenaires, et la complicité de la DGSE, la France mène une offensive contre la Libye. lien

Puis, de 1983 à 1984, le gouvernement Mitterrand lance l’opération « Manta », afin de protéger le président Tchadien Hissen Habré contre Goukouni Weddeye, soutenu par Kadhafi. lien

Après l’attentat libyen dans une boite de nuit berlinoise qui, en 1986, tue 2 soldats américains et en blesse 63 autres, Reagan lance une opération militaire contre Kadhafi et pourtant Mitterrand, et son premier ministre Chirac s’opposent au survol de la France par les bombardiers américains.

On se souvient de l’attentat libyen de 1988 de Lockerbie qui fera 243 victimes, et celui du 19 septembre 1989 au Sahara dans lequel 170 personnes, en majorité françaises, trouveront la mort. lien

A la suite de l’attentat, Abdallah Senoussi, chef des services secrets libyens (et beau frère de Kadhafi) sera condamné par contumace en mars 1999 à la prison à vie. lien

Et pourtant, malgré l’embargo qui frappe la Libye, Bernard Cheynel, un agent français, soutenu par de grands industriels, convaincra Lionel Jospin de recommencer le commerce avec la Libye, permettant à Eurocopter, Dassault, et Thales (dont un des cadres s’appelle Guillaume Giscard d’Estaing) d’écouler leurs « marchandises ».

C’est l’époque ou Dassault essaye désespérément de vendre ses « Rafales » (sans succès à ce jour) ;

Devant la contestation des anglais de Thales, coproducteurs des Mirages, qui préfèrent une « mise à niveau électronique » de ceux-ci, la France s’incline, et en 2004, les négociations franco-libyennes reprennent de plus belle.

Mais américains et anglais tirent les marrons du feu, et la France devra attendre 2005 pour que la ministre de la défense, une certaine Alliot-Marie, ne réussisse à signer un accord avec le dictateur libyen, consistant à une remise en état des moteurs, et de l’électronique des Mirages. lien

A ce stade des négociations apparait Ziad Takieddine, tristement célèbre pour son implication dans la vente des sous-marins français au Pakistan. lien

C’est à l’été 2007, avec la libération des « infirmières bulgares » que la situation va se dénouer.

Elles sont emprisonnées accusées d’avoir inoculé le sida à des enfants, lien

L’Elysée affirme qu’il n’y a pas eu la moindre contrepartie, mais qui peut le croire ? lien

En effet, des le lendemain de cette libération, Sarközi se rend en Libye et signe deux protocoles d’accord, l’un « dans le domaine militaire », et l’autre sur la fourniture d’un réacteur nucléaire « civil » pour soi-disant « dessaler l’eau de mer ».

Il doit falloir pas mal de naïveté, connaissant les penchants guerriers du dictateur libyen, pour croire que ce réacteur nucléaire sera utilisé pour dessaler l’eau de mer.

Quelques jours après, à Nice, Seif el-Islam Kadhafi propose une interview au « Monde » à qui il dévoile qu’il y a eu un contrat de 300 millions d’euros entre la France et la Libye portant sur des ventes de missiles Milan et de la technologie militaire. lien

(Ce sont probablement ces missiles que le dictateur libyen vient d’utiliser pour tirer sur son peuple)

L’Elysée va démentir avec la plus grande fermeté.

Après des atermoiements divers, on apprendra que ce que visait le gouvernement Sarközi c’était avant tout la vente des Rafales, dont on sait maintenant l’échec, malgré les tapis rouges déployés et les humiliations consenties.

Vendre des armes, c’est devenu l’un des objectifs de la France de Sarközi, même à ceux qui ne souhaitent pas commercer avec elle.

Pour arriver à ses fins, le chef de l’état va même par aider les Saoudiens à se débarrasser de la rébellion Chiite en leur procurant des images satellites (que les américains ont refusé de leur donner) et qui leur permettront de mater la révolte.

Tout cela est raconté, avec beaucoup plus de détails, par Jean Guisnel, dans son livre « armes de corruption massive » aux éditions « la découverte », dont Mediapart à proposé des extraits. lien

Aujourd’hui, la vente d’arme revient occuper le devant de la scène.

Le 1 mars 2011, le Senat n’a occupé que 2 petites heures pour traiter ce sujet crucial :

La libéralisation du commerce des armes.

Explication officielle : « Le gouvernement répond à la demande des industriels d’alléger les procédures de contrôle des exportations. »

On peut découvrir la totalité des délibérations sur ce lien.

Patric Bouveret, directeur de l’observatoire des armements s’indigne : « en éloignant d’autant plus la perspective d’un contrôle démocratique via le parlement, ce projet de loi augure une libéralisation en marche forcée du commerce des armes ».

S’indigner est nécessaire, mais est-ce suffisant ?

Car comme dit mon vieil ami africain, en évoquant le dernier remaniement ministériel :

« On a beau se débarrasser des boulets, tant qu’il reste le canon… »

Aux armes, de Melissmell par AgoraVoxFrance

L’image illustrant l’article provient de « carnetsdenuit.typepad.com »

par olivier cabanel (son site)

mercredi 24 août 2011

Les "sept millions mystérieux" de la campagne d'Edouard Balladur, en 1995

Le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995, apparaît de plus en plus suspect. C'est en tout cas ce qui ressort de l'audition de l'ancien député et maire RPR du 15e arrondissement de Paris, René Galy-Dejean, entendu le 15 février, comme témoin assisté, par le juge du pôle financier Renaud Van Ruymbeke.

M. Galy-Dejean, âgé aujourd'hui de 79 ans, était le trésorier de la campagne de M. Balladur. Il ne s'explique pas le versement, en espèces, sur le compte de campagne de l'ancien premier ministre, d'une mystérieuse somme de 7 millions de francs (un peu plus d'un million d'euros) qu'il assure n'avoir jamais déposée, le 26 avril 1995. " Je n'ai déposé que les 3 millions de francs", assure M. Galy-Dejean au magistrat. "Je suis incapable de vous dire d'où vient cet argent que je n'ai pas déposé", précise-t-il.

Le Conseil constitutionnel avait validé, en octobre 1995, les comptes de M. Balladur, contre l'avis des rapporteurs qui mettaient en relief, eux aussi, le dépôt d'une importante somme non justifiée.

ME MORICE COMPTE DEMANDER L'AUDITION DE M. LONGUET

Du coup, le juge Van Ruymbeke, qui enquête depuis le 14 décembre 2010, en marge des investigations liées directement à l'attentat de Karachi, sur des faits d'abus de biens sociaux apparus lors de la passation en 1994 des contrats d'armement Agosta et Sawari II, a obtenu, à la mi-février, que soit versée au dossier d'instruction la procédure dite du "Fondo", une affaire mettant en cause, en 1996, le financement du Parti républicain (PR), proche soutien de M. Balladur.

Les enquêteurs avaient cherché la provenance d'une somme de 5 millions de francs versée pour l'achat du siège du parti présidé, jusqu'en 1995, par Gérard Longuet, aujourd'hui ministre de la défense, sans jamais trouver de réponse satisfaisante.

Le juge Van Ruymbeke semble établir un lien entre ces deux affaires, il estime que des rétrocommissions ont pu être versées, en marge des contrats d'armement, à des décideurs politiques français proches du camp Balladur, et que cet argent a pu nourrir la campagne présidentielle du rival de Jacques Chirac.

L'avocat de plusieurs parties civiles, Me Olivier Morice, compte demander l'audition de M. Longuet, qui avait, par ailleurs été, poursuivi dans une affaire distincte de financement du PR, avant de bénéficier d'un non lieu, en 2010.

Gérard Davet

mardi 23 août 2011

"En dix ans, le débat sur l'islam s'est substitué au débat sur l'immigration"

Saïd 75007 : Quels sont les thèmes du débat sur l'islam et les objectifs visés (explicitement et implicitement) ?

Stéphanie Le Bars : A l'origine, le président de la République a souhaité un débat sur la laïcité et l'exercice des cultes et la présence de l'islam en France.

Ce débat est censé être animé par l'UMP qui doit tenir une convention sur ce sujet le 5 avril. Selon M. Copé, secrétaire général de l'UMP, ce débat vise à faire le point sur les pratiques musulmanes de même que sur la formation des imams, le financement des lieux de culte, la prise en compte en général de l'islam dans la société.

En réalité l'ouverture de ce débat fait suite aux polémiques relancées par la présidente du Front national, Marine Le Pen, sur les prières de rue et "l'islamisation" de la société française.

Et l'UMP n'a pas voulu laisser le Front national seul sur ce terrain.

Maycne : Depuis quand parle-t-on d'un "problème musulman" en France ? Savez-vous ce qui en a été l'origine ?

Il apparait que les débats autour de l'islam se sont substitués au fil des années aux débats sur l'immigration, notamment à droite, depuis une dizaine d'années.

Cela a correspondu à la fois au traumatisme post-11-Septembre et à l'émergence et l'installation dans les sociétés européenne de populations de confession et de culture musulmanes.

En France, l'islam est désormais la deuxième religion. Les polémiques qui y sont liées sont récurrentes (voile islamique, principe de mixité...), elles ont atteint leur paroxysme lors du débat sur le port du voile intégral et sur l'identité nationale en 2009-2010.

Lamine : L'un des problèmes souvent cités pour justifier la nécessité du débat sur l'islam sont les prières de rue. Selon vous, sont-elles organisées pour revendiquer des lieux de culte ou encore pour provoquer l'Etat ? Quelle est l'ampleur du phénomène et son évolution ? Est-ce à relativiser ?

Ce problème mis récemment en exergue par Marine Le Pen n'est pas nouveau. Chaque vendredi ,plusieurs centaines de musulmans prient effectivement sur la voie publique. Depuis des années, ils bénéficient pour cela de la tolérance des pouvoirs publics locaux (Paris, région parisienne, Marseille, etc.). On estime généralement qu'une trentaine de lieux de culte sont concernés. On peut dire qu'en grande partie, cela correspond à un réel manque de locaux même si une petite minorité peut vouloir maintenir cette "manifestation religieuse" pour des raisons plus politiques.

Le manque de lieux de culte est une réalité, notamment dans certaines grandes villes et les projets en cours ne répondent pas toujours aux réels besoins des fidèles. Des mosquées de grande taille sont parfois construites en périphérie des centre-ville, alors que de plus en plus de jeunes pratiquants urbains salariés auraient besoin d'accéder à des lieux de prière de proximité.

Curieux : Pourquoi nier que l'islam pose problème, qu'il n'y a pas séparation entre la sphère public et la sphère privée, et qu'il porte une vision politique ?

Certaines pratiques peuvent effectivement poser problème dans des sociétés non-majoritairement musulmanes. L'islam est en effet une religion très ritualisée dans laquelle les codes alimentaires, vestimentaires, les obligations religieuses sont importantes. Cela peut heurter le tissu social français, plus habitué à une pratique religieuse limitée à la sphère privée.

D'une manière générale, l'islam tel qu'il se pratique en France ne porte pas une vision politique comme on peut l'entendre dans certains pays majoritairement musulmans. On assiste ici d'avantage à des revendications d'ordre religieux qui encore une fois peuvent apparaitre en contradiction avec le principe de laïcité.

Guest : Pourquoi doit-on financer les édifices religieux par de l'argent public ?

La loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat prévoit précisément une interdiction de financement des cultes par les pouvoirs publics. C'est ce que prévoit l'article 2 de la loi qui précise : "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte."

Cela dit, l'histoire et l'évolution de la loi ont donné la possibilité aux collectivités publiques de participer à l'entretien et à la réparation des lieux de culte, de leur ouvrir l'accès à des baux emphytéotiques (loyers à somme modique), de garantir les emprunts souscrits par les associations cultuelles et de financer la partie culturelle des lieux de culte.

En dehors de ces possibilités, les lieux de culte, la rémunération des ministres du culte et leur éventuelle formation sont pris en charge par les fidèles.

Mohamed : Est-il pertinent d'opposer, comme le fait le chef de l'Etat, l'islam en France et l'islam de France ?

Il est vrai que Nicolas Sarkozy, à partir de 2003 lorsqu'il était ministre de l'intérieur, a souhaité conceptualiser un "islam de France". Il a pour ce fait créé le Conseil français du culte musulman (CFCM). Le paradoxe est qu'il a organisé l'institutionnalisation de l'islam de France avec des mouvements et des représentants musulmans liés à leur pays d'origine (Maghreb, Turquie...).

Aujourd'hui, cet islam "officiel" est en décalage avec l'islam vécu et pratiqué par les nouvelles générations. Mais il est vrai qu'on peut malgré tout parler d'un islam de France dans la mesure où certains fidèles vivent leur religion dans la société française, adaptant quand ils le jugent justifié et possible leurs pratiques religieuses.

XXX : Des statistiques un peu sérieuses existent-elles sur le nombre de pratiquants en France ? Ou bien doit-on se contenter du chiffre de "5 millions" dont personne ne sait d'ou il sort ni ce qu'il contient ?

Ce chiffre est fondé sur une extrapolation de la population issue de l'immigration de pays musulmans, mais il est vrai que ce chiffre pose de réelles questions car il recouvre à la fois des pratiquants, des non-pratiquants, des gens qui peuvent revendiquer une culture musulmane tout en étant athées ou agnostiques et ne prend sans doute pas en compte les milliers de Français convertis à l'islam.

Un sondage de 2009 rappelait néanmoins qu'environ un tiers des personnes se reconnaissant de culture et de confession musulmanes se disaient croyants et pratiquants. Quant à la prière du vendredi à la mosquée, ce même sondage IFOP estime à 22 % le nombre de fidèles concernés.

Stéphanie Le Bars, journaliste au "Monde" spécialiste des questions de religion

samedi 20 août 2011

Les banques renouent avec des bénéfices juteux

Les cinq grands réseaux français (BNP, Société générale, Crédit agricole, BPCE, Crédit mutuel) ont dépassé les 20 milliards de profit net.

Infographie : Ouest-France

Leur retour en forme a permis d'effacer les prêts de l'État pour passer la crise, de consolider les fonds propres pour atténuer les risques. Et de cimenter l'emploi, en version CDI.

C'est reparti comme en 2007

Les grandes banques ont presque toutes rendu leur copie et c'est quasi magique. En cumulé, les cinq grands réseaux français (BNP, Société générale, Crédit agricole, BPCE, Crédit mutuel) ont dépassé les 20 milliards de profit net.

Ainsi, après avoir côtoyé le précipice et dû tendre la sébile aux guichets de l'État pour franchir la mauvaise passe, elles affichent toutes des profits plutôt impressionnants, comparables aux scores d'avant la crise. Médaille d'or pour la BNP Paribas (7,8 milliards) ; d'argent pour la Société générale (3,9) et de bronze pour le Crédit Agricole et BPCE (3,6 milliards chacun).

Même les canards boiteux, sauf Dexia, se sont refait une santé. Après avoir pris des risques spéculatifs inconsidérés, Natixis, (groupe BPCE) est revenu à une gestion plus sage et des bénéfices conséquents (1,7 milliard).

Rembourser l'État, consolider les fonds

Cette manne va évidemment servir à investir, à rétribuer les actionnaires et maintenir somme toute de solides bonus maison (3 milliards au titre de 2009). Elle va aussi permettre aux grands groupes de régler une fois pour toutes leur dette envers l'État.

Fin 2008, ils avaient bénéficié de 77 milliards de prêts garantis et de 20,7 milliards d'apports en fonds propres. D'ici à fin mars, la BPCE, le plus gros bénéficiaire du soutien étatique (7 milliards), aura à son tour fini de tout rembourser. Il ne restera plus que la franco-belge Dexia sous la tutelle de Bercy.

Le retour à bonne fortune va, enfin, aider les banques à renforcer leurs fonds propres pour obéir aux nouvelles règles internationales et rompre peut-être avec les comportements suicidaires d'avant crise...

20 000 embauches ?

Les banques brandissent des plans d'embauches massifs, mais rechignent à dévoiler le solde net entre emplois créés et disparus. Quoi qu'il en soit, le secteur bancaire assure bon an mal an la stabilité des effectifs, autour de 380 000 salariés.

Quelques bons élèves se distinguent et font mieux que les guichets voisins. La BNP Paribas a sensiblement accru ses effectifs en net ces dernières années : plus 10 000 sur cinq ans. Elle prévoit encore 4 000 recrutements en CDI cette année : 40 % de jeunes diplômés, 60 % de profils expérimentés.

L'objectif de la Société générale est très voisin : 4 000 embauches CDI. Même scénario pour le Crédit Agricole : plus 3 500. Grosso modo il devrait y avoir autour de 20 000 embauches dans le secteur.

Paul BUREL.

vendredi 19 août 2011

France:les plus riches totalisent 2,8mds€

Les 100 Français les plus riches se sont partagés en 2008 un revenu fiscal de 2,8 milliards d'euros, constitué à 94% de revenus du capital, a indiqué lundi le site internet de Marianne, citant une note de Bercy. Selon cette note transmise à vingt parlementaires de la majorité, les 100 plus gros revenus français ont tiré l'essentiel de ce revenu - 28,7 millions d'euros en moyenne - de leur capital. Il provient pour 91% des plus-values mobilières (actions, obligations), pour 3% des revenus fonciers et immobiliers, pour 2% des revenus commerciaux, et pour 4% seulement des salaires, pensions et retraites.

A l'inverse, le revenu fiscal de référence moyen de l'ensemble des contribuables français, qui s'établissait en 2008 à 22.202 euros par an, est tiré à 85% des salaires, pensions et retraites. Selon Marianne, qui cite la note de Bercy, les 100 plus gros patrimoines taxés à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) gagnent beaucoup moins que les 100 plus gros contribuables, ce qui pourrait peser en faveur d'une suppression de cet impôt.

La réforme de la fiscalité du patrimoine, qui devrait aboutir au printemps à la suppression du bouclier fiscal et peut-être de l'ISF, devrait être esquissée dès jeudi à l'occasion d'un colloque à Bercy.

jeudi 18 août 2011

« Pourquoi les pauvres votent-ils à Droite ? » Mais parce qu’ils y trouvent un intérêt !

Lors d’une interview mouvementée par Nicolas Demorand sur Europe 1, le 5 janvier 2011, Jean-Luc Mélanchon a dû répondre à la question « Pourquoi les pauvres votent-ils à Droite ? ». On ne peut reprocher au journaliste de lui l’avoir posée. N’est-ce pas la question essentielle après un siècle et demi de suffrage universel pour les hommes et un demi-siècle pour les femmes en France ?

Or, J.-L. Mélenchon n’a trouvé pour toute réponse que la ritournelle habituelle : « Il y a un appareil idéologique dominant, s’est-il écrié, vous, les radios, les télés, les journaux. Mais oui, c’est de votre faute ! ». N. Demorand a eu beau jeu de lui rétorquer : « C’est un peu court, jeune homme ! » (2)

Oui, expliquer le vote à Droite des « pauvres » par l’emprise d’un appareil idéologique dominant, c’est un peu court ! Non que cet appareil idéologique - qui, outre les médias, comprend principalement l’École, la Justice et la Religion - ne joue pas un rôle. Mais pour avoir son importance, ce rôle demeure auxiliaire. Du moins est-ce l’hypothèse que l’on propose. On est au contraire tenté de répondre que les pauvres votent à Droite parce qu’il y trouvent un intérêt !

1- La thèse obsolète de « l’aliénation »

Sans doute cela peut-il paraître odieux, voire insensé de soutenir pareille hypothèse. Mais un siècle et demi a ruiné l’explication classique marxisante de la théorie de « l’aliénation ». On sait que, selon cette analyse, il faudrait imputer le vote à Droite des « pauvres » à une conscience immature de leurs intérêts entretenue justement par cet appareil idéologique évoqué par lequel ils se laisseraient abuser. Il en était déduit que l’éducation des masses par des partis et des syndicats d’avant-garde leur dessillerait les yeux.

Avant de conduire cette expérience d’éducation, le diagnostic et la thérapie paraissaient raisonnables. Mais après un siècle et demi de mise à l’épreuve, il n’est plus possible de se contenter de cette hypothèse de « l’aliénation ». Dans son sens politique, bien proche du sens psychiatrique, ce terme définit la condition d’une personne qui, sous la pression de divers facteurs, en particulier socio-économiques, devient étrangère à elle-même au point de prendre ou de se laisser dicter des décisions nuisibles à ses intérêts. Dans de tels cas individuels de déficience mentale diagnostiquée par le psychiatre, le Droit prévoit d’ailleurs des mesures de sauvegarde, la curatelle et la mise sous tutelle, qui confient à des degrés divers l’administration des biens de la personne protégée à des assistants.

Or, ce n’est pas la situation des « salariés modestes » – de préférence au mot « pauvres » - quand il votent à Droite. Ils le font en toute conscience. Et ce sont les tenants de « l’aliénation » qui souffrent peut-être eux-mêmes de ce qu’ils leur reprochent.

Droite et Gauche, les deux groupes rivaux pour l’exercice du pouvoir

Droite et Gauche sont des appellations sommaires en usage depuis 1789 pour désigner, depuis un vote fondateur où les députés se sont répartis de part et d’autre du président de l’Assemblée, les deux groupes rivaux qui dans la société française se disputent l’exercice du pouvoir :

- d’un côté, à Droite, les détenteurs d’un patrimoine qui entendent le conserver voire l’accroître

- et, de l’autre, à Gauche, ceux qui n’en ont pas et souhaitent en acquérir un.

1- Les conservateurs

Les conservateurs, en minorité, - la Droite - occupent une position dominante et favorable. Même si la nature des biens à défendre, immobiliers, mobiliers et financiers les fait entrer en concurrence, ils bénéficient d’un grand avantage : un objectif certain, présent et tangible les mobilise et les unit, la protection de leurs biens et leur accroissement. On n’est conservateur que parce qu’on a des biens à conserver par tous les moyens.

2- Les salariés modestes

En face d’eux, les salariés modestes qui ne détiennent pas de patrimoine et n’ont que leur travail comme moyen de subsistance, sont certes majoritaires mais cet avantage est aussi un inconvénient.

- L’avantage est de pouvoir, s’ils s’unissent dans une action collective, imposer leur point de vue par leur nombre.

- L’inconvénient est que leur nombre multiplie les points de vue et donc les risques de divisions qui provoquent leur faiblesse.

Sans doute leur est-il possible de s’accorder sur un objectif : mais il est incertain puisque futur. Et des divergences en plus surgissent dès qu’il s’agit de choisir les moyens de l’atteindre : les uns, cupides, peuvent ne vouloir que prendre la place des possédants, tandis que les autres, idéalistes, aspireraient plutôt à une répartition des richesses équitable et à une société fondée sur la réciprocité de la solidarité, refusée par les détenteurs de patrimoine. Entre ces deux lignes politiques, se partagent divers courants intermédiaires qui empruntent à l’une et à l’autre des idées à des degrés variables.

La recherche d’une clientèle d’un côté et la recherche de la faveur de l’autre

Une fois ces deux groupes rivaux bien identifiés, tout se complique. Les stratégies de chacun d’eux interfèrent et brouillent les cartes. L’offre des conservateurs rencontre pour partie, en effet, la demande des salariés modestes.

1- Le clientélisme, politique de sauvegarde des conservateurs

Les conservateurs ont beau imposer un ordre social et juridique qui leur est favorable : ils savent que leur position dominante reste minoritaire et qu’elle n’est tenable que s’ils divisent leurs adversaires. Et la première méthode pour y parvenir est aussi celle qui leur assure train de vie et protection par la constitution et l’entretien d’une vaste clientèle dévouée en échange de faveurs. Aristocrates sur leurs propriétés et grands bourgeois dans leurs demeures ont besoin d’une abondante domesticité ; les grands entrepreneurs, eux, recherchent des gérants et des agents de maîtrise pour organiser travail et production. Les administrations en font autant. Des postes avantageux sont ainsi offerts en nombre à ceux qui sont dépourvus de patrimoine.

2- La faveur préférée au Droit par les salariés modestes

On pourrait penser que pour les salariés modestes, la progression d’un État de Droit les conduirait à y voir la promesse d’une promotion sociale puisque le Droit paraît avoir peu à peu remplacé « le Bon Plaisir » de l’autorité et ouvert à chacun selon ses compétences et ses droits un accès égal aux même fonctions. On aurait pu croire aussi que les violations répétées du Droit par les passe-droits privilégiant par exemple l’origine familiale « du fils ou de la fille de… » au détriment d’un(e) concurrent(e) de compétences égales ou supérieures, auraient galvanisé les énergies pour y mettre fin.

Le groupe majoritaire des salariés modestes se heurte, en fait, à un mur ou une coupole qui lui bouche l’horizon d’une promotion, celui de la courbe de Gauss en cloche qui répartit statistiquement de façon invariable un grand nombre d’individus en trois groupes : entre deux minorités extrêmes, les très mauvais et les excellents, s’insère une masse de moyens, plus ou moins bons ou mauvais. La terrible conséquence est que l’obtention d’une promotion par le seul Droit et ses mérites devient illusoire. En revanche, par la faveur de l’autorité, elle est toujours possible indépendamment du Droit et des mérites. Ainsi, le grand nombre est-il tenté de rechercher par la faveur ce qui lui sera refusé par le Droit de la société rêvée. Qui dans son entreprise ou son administration n’a pas observé cet appétit général pour la faveur de l’autorité qui accorde, selon son bon vouloir plus ou moins travesti sous des procédures trompeuses, promotions, primes, postes réservés, augmentations de salaire ? Les syndicalistes permanents éloignés à jamais de l’entreprise ne donnent-ils pas l’exemple eux-mêmes ? Les conservateurs qui détiennent les postes de décision, tiennent là un levier de rêve pour étendre leur clientèle et défendre leur position dominante.

Le rôle purement auxiliaire de l’appareil idéologique

L’appareil idéologique dont parle M. Mélenchon, joue ici son rôle pour dévaloriser le Droit par exemple : il suffit de voir les atteintes constantes à la présomption d’innocence par les médias, suivant l’exemple du président de la République quand il parle d’un suspect comme du « présumé coupable ». Le récent mouvement de révolte des magistrats, pourtant attachés au respect de la leur, ne s’en est pas davantage ému quand il s'agit de celle du simple citoyen (1).

Surtout, les médias usent et abusent de deux grands leurres étudiés en laboratoire par Solomon Asch et Stanley Milgram pour paralyser la raison de la majorité des gens :

1- l’un est le leurre d’appel conformiste qui stimule la soumission de l’individu à la pression du groupe : le rôle des sondages est par exemple de placer l’individu devant le point de vue d’une majorité. Or, Asch a montré que plus d’un tiers des personnes l’adopte, fût-il absurde !

2- L’autre est le leurre d’appel autoritarien qui stimule la soumission aveugle à l’autorité chez tous ceux qui ne trouvent leur équilibre psychologique que dans une adhésion totale à l’autorité : or, Milgram a observé que près des deux tiers des personnes se conduisent ainsi !

On est loin de la théorie obsolète de « l’aliénation » et du rôle exclusif attribué à « un appareil idéologique dominant » pour expliquer pourquoi les salariés modestes votent à Droite. La promotion par le Droit que les salariés sans patrimoine pourraient dans une société nouvelle vouloir opposer à la promotion par la faveur dans la société que défendent les conservateurs, s’avère illusoire pour le grand nombre. Autrement plus tentante apparaît la recherche de la faveur, même si, comme au Loto, il y a peu d’élus. Mais, à l’instar d’une publicité de La Française des Jeux : « tous les gagnants ont tenté leur chance ». Nombre de salariés modestes tentent donc la leur dans une chasse à la faveur auprès de l’autorité en votant à Droite, pensant pouvoir « travailler plus pour gagner plus ». C’est ainsi que la société régie par le Droit peut apparaître moins souhaitable que celle qui l’est par la faveur. Les salariés modestes le vivent tous les jours : une « promotion canapé » n’est-elle pas plus sûre que celle attendue d’un travail irréprochable guidé par la seule conscience professionnelle donnant droit à une addition de points aléatoire dont l’autorité peut toujours ne tenir aucun compte ? Dans ce contexte, le rôle de l’École, des médias et de la Justice n’est qu’auxiliaire. Leur fonction est de discréditer à l’occasion le Droit pour que les salariés modestes continuent à lui préférer toujours la faveur. En somme, si « les pauvres votent à Droite », c’est qu’ils y trouvent malheureusement intérêt : la quête de la faveur leur paraît plus efficace que le respect du Droit pour obtenir ce à quoi par leurs seuls mérites ils n’auraient pas droit ! Paul Villach


(1) Paul Villach, « L’indignation sélective des magistrats : quel crédit leur accorder ? », AgoraVox, 11 février 2011.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-indignation-selective-des-88686

(2) Extraits de l’interview de M. Jean-Luc Mélenchon sur Europe 1, le 5 janvier 2011
http://www.dailymotion.com/video/xgfjx2_melenchon-vs-demorand-demeurant-ou-demeure_news

« - Nicolas Demorand .- (…) « Pourquoi les pauvres votent à Droite ? » est le titre d’un livre publié aux éditions Agone d’un américain Thomas Frank qui essaie de comprendre aux Etats-Unis
- Jean-Luc Mélenchon .- Il n’ y a pas de parti de Gauche là-bas !
- ND .- Pourquoi un parti comme le vôtre n’est pas au pinacle ?
JLM .- C’est la longue histoire du mouvement ouvrier. Comment se fait-il que la classe ouvrière, les salariés, les ouvriers , les employés, étant ultra majoritaires dans la société. Le salariat, c’est 90 %. Je ne parle que des salariés ouvriers et employés, ils représentent 53 % de la population. Il n’y a pas de classe sociale plus nombreuse. Comment se fait-il que le pouvoir ne soit pas à Gauche depuis le début de la société industrielle ? Je vais vous expliquer ce mystère.
Il y a un appareil idéologique dominant, vous, les radios, les télés, les journaux. Mais oui, c’est de votre faute
ND .- C’est un peu court, jeune homme !
JLM .- D’abord, ne m’appelez pas jeune homme ! Je suis plus âgé que vous ! Non, non, ce n’est pas un peu court. S’il n’y avait pas eu un appareil idéologique pour contrôler et organiser, mais depuis toujours, les travailleurs auraient emporté leur cause ! C’est depuis toujours que c’est comme ça !
ND .- Vous prenez les électeurs pour des idiots, s’il sont si facilement influençable que ça
JLM .- Vous avez vu les moyens qui sont en mouvement ? C’est considérable ! Et puis les gens se disent : est-ce que peut-être que c’est vrai qu’on ne peut rien faire d’autre, d’autant qu’ils l’ont dit à la télé, ils l’ont dit à la radio, c’est écrit dans le journal. Et chaque fois qu’on entend quelqu’un parler, on entend : on ne peut rien faire ! La mondialisation ! Tout ce qu’on fait ne sert à rien.
Moi je passe mon temps à expliquer : non la France est puissante, nous pouvons faire autre chose. Il n’y a pas de raison que ça aille de mal en pis ! (…) »

mardi 16 août 2011

Le Ghana, poubelle de nos vieux écrans

Ils sont près de 6 000 enfants, entre 5 et 18 ans, à fouiller la décharge.

Des milliers d'enfants récupèrent à mains nues le cuivreou l'acier des ordinateurs et téléviseurs des pays développés.
Ghana. De notre correspondante



Courbé sur le sol noir et brûlant de la décharge d'Agbobloshie, à Accra, un enfant se sert d'un vieux baffle comme aimant, espérant ramasser un peu de cuivre, très demandé sur le marché mondial. Plus loin, un autre fourre dans son sac des câbles électriques. Le plastique sera brûlé, pour en extraire le cuivre. Des colonnes de fumées noires et toxiques s'élèvent ainsi continuellement dans le ciel.

Difficultés respiratoires et retards de croissance

Ils sont près de 6 000, entre 5 et 18 ans, à fouiller la décharge. Selon l'Agence ghanéenne pour la protection de l'environnement (GEPA), environ 13 000 tonnes de déchets transitent chaque année dans le pays, venant principalement de l'Europe de l'Ouest. « Au port, ils sont annoncés comme des produits de seconde main et non pas comme des déchets. Donc, nous ne pouvons pas renvoyer les conteneurs », explique John Pwamang, du GEPA.

Par terre, on trouve ainsi un vieux fax de l'ancien ministère français des PTT, datant de 1992. Métaux lourds et fumées toxiques provoquent à long terme des difficultés respiratoires, des retards de croissance, ou encore des dommages sur les systèmes nerveux et sanguin. « J'ai souvent mal au ventre, à la tête, parfois au coeur. Quand je cours, je suis fatigué », raconte Ata Kossi, 14 ans. Il semble en avoir 9.

La rivière qui coule au milieu de la décharge est noire et épaisse, comme recouverte de pétrole. « La décharge est souvent inondée après de fortes pluies, contaminant le lagon et les rivières alentours », souligne une étude de Greenpeace réalisé en 2008.

Autour s'étend un grand marché de fruits, légumes et poissons. Certaines vendeuses ne peuvent pas rester toute la journée, l'air y étant difficilement respirable à certains moments.


Aurélie FONTAINE.

samedi 13 août 2011

Pourquoi l'Occident ne vole pas au secours des Libyens

Depuis lundi, une avalanche de condamnations officielles s'abat sur le régime libyen. Pourtant, les puissances occidentales n'ont aucune emprise sur le cours des événements. Et ne cherchent pas forcément à en avoir.

Selon Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cernam) à Genève et spécialiste de la Libye, certains actes commis par le régime ces derniers jours peuvent pourtant être qualifiés de crimes de guerre.

Au moins cinq éléments expliquent les atermoiements des pays occidentaux.
1La rente pétrolière a muselé les pays importateurs

La Libye, quatrième producteur en Afrique, dispose des plus importantes réserves de pétrole du continent. Elle exporte 85% de son or noir vers l'Europe occidentale. Premier client, l'Italie, dont 22% de ses importations proviennent du pays nord-africain.

Selon Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales et professeur à Sciences-Po, cette forte dépendance explique l'inertie des puissances occidentales :

« Le marché pétrolier est extrêmement tendu actuellement. La situation est suffisamment critique pour que les Etats exercent eux-mêmes une autocensure sans que Kadhafi ne les menace de fermer le robinet de brut. »

Depuis la fin de l'embargo sur la Libye déclaré en 1999, Kadhafi a attisé la compétition entre les puissances occidentales gourmandes en pétrole. Le Guide a abandonné ses habits de terroriste et ouvert ses exploitations pétrolières aux pays étrangers. Le régime est alors devenu fréquentable aux yeux des Occidentaux. L'Italie, la France, l'Allemagne et surtout la Grande-Bretagne ont sauté sur l'occasion.

Le régime jouit ainsi d'une manne financière colossale. Il encaisse chaque année 35 milliards de dollars. Une opulence dont s'est servi Kadhafi pour asservir la communauté internationale, selon Hasni Abidi :

« Il a mis en place une politique d'arrosage visant à faire taire toute contestation au niveau national, mais aussi international : il a financé des groupes d'amitié franco-libyens par exemple.

L'Italie et l'Allemagne forment la police libyenne, car le régime paye cash. Les pays étrangers se retrouvent prisonniers de cette relation avec le pouvoir. »

Selon Bertrand Badie, la situation libyenne actuelle montre que la mondialisation a permis à n'importe quel pays de se doter de moyens de pression :

« Dans un contexte d'interdépendance croissante, les puissances sont condamnées à la prudence : chaque Etat a une influence grâce à sa capacité de déstabilisation. »

2La Libye, un verrou contre l'immigration…

Depuis plusieurs années, la Libye a été érigée en rempart contre les flux migratoires. Elle empêche les centaines de milliers de migrants d'Afrique sub-saharienne de rejoindre les côtes européennes de la Méditerranée. Bertrand Badie précise :

« La possibilité que le verrou libyen saute est une grande angoisse, quasiment obsessionnelle, de l'Occident. »

Cela inquiète particulièrement l'Italie : le pays craint un nouvel afflux massif d'immigrés, après l'arrivée à Lampedusa de plusieurs milliers de Tunisiens suite à la chute de Ben Ali.
3
… et contre l'islamisme

Autre peur : l'islamisme. Les puissances étrangères se sont aussi accommodées d'une dictature ferme envers ses partisans, très présents dans le Sahel et à l'Ouest de la Libye. Elles ménagent ainsi un régime qui a maté la contestation islamiste.
4
Instabilité tribale et absence d'opposition

Dans son discours-fleuve prononcé mardi, Kadhafi a brandi la menace tribale :

« Aucune tribu ne peut en dominer une autre et nous plongerons dans la guerre civile. »

L'organisation particulière de la Libye, structurée autour de grandes tribus alliées à Kadhafi, est également prise en compte par les puissances étrangères. Certaines viennent de prendre leurs distances avec le régime. La Warfalla, allié historique de Kadhafi et pilier du régime, a ainsi condamné lundi la répression.

Contrairement aux autres pays arabes, comme la Tunisie ou l'Algérie, le pays n'a pas de mouvements d'opposition, de diaspora active constituant un contre-pouvoir indirect. Hasni Abidi regrette :

« La Libye est le seul pays qui n'a de compte à rendre à personne. »

Dans ce contexte, les pays étrangers observent prudemment l'évolution des alliances tribales. Une source diplomatique française détaille :

« Les Occidentaux maîtrisent très peu la structure et les rapports inter-tribus. Ils attendent d'en savoir un peu plus avant d'agir, car ils ne connaissent pas vraiment les forces en présence.

Sur qui exactement s'appuyer en Libye ? Est-ce une révolution contre Kadhafi ou le fait d'une tribu qui cherche à s'imposer sur les autres ? Si oui, laquelle et quel est son projet politique ? »

5Les expatriés pris au piège

Kadhafi a choisi de combattre les protestataires « jusqu'à la dernière goutte de sang ». Des paroles qui obligent les pays étrangers à la plus grande prudence.

Selon notre source diplomatique, la France ne tentera rien tant que ses 750 ressortissants présents sur le sol libyen n'auront pas été évacués. L'imprévisibilité de Kadhafi, son passé terroriste et les menaces brandies lors de son discours inquiètent :

« En cas d'agression, on ne sait pas de quoi Khadafi est capable, ni quelles sont exactement ses capacités militaires ou ses alliances dans la région. Dans la mesure où il est prêt à sacrifier son propre peuple, on ne sait pas jusqu'où il peut aller et ce n'est pas pour rassurer les Occidentaux. »

Les pays limitrophes, cantonnés dans un rôle inférieur par Kadhafi, s'inquiètent aussi du sort de leurs ressortissants en cas d'intervention étrangère. D'après les sources officielles de chaque pays, il y aurait entre 50 000 et 80 000 Tunisiens et environ 1,5 million d'Egyptiens en Libye.

Et les Tunisiens ont été formellement accusés par le régime de fournir de la drogue aux contestataires. La Tunisie essaye donc de faire comprendre à la France qu'elle ne souhaite pas d'intervention qui risquerait de mettre en danger ses citoyens.

Avec l'exemple libyen, un constat s'impose. La diplomatie des droits de l'homme, qui a eu le vent en poupe après la chute du mur de Berlin, est aujourd'hui délaissée. Les interventions humanitaires et le rétablissement des droits de l'homme en cas d'agression sont aujourd'hui des actions qui ne mobilisent plus la communauté internationale. Bertrand Badie conclut :

« Ce type de diplomatie n'est utilisé que quand ça nous arrange et il a en plus montré ses faiblesses. Aujourd'hui, plus personne ne croit sincèrement en elle. »

Par Marie Kostrz

jeudi 11 août 2011

Des collèges qui ont trop de redoublants sanctionnés

Dans le Calvados, les établissements les moins performants pourraient perdre des crédits d'heures.

À Caen

«Dans le département d'Ille-et-Vilaine, où j'étais auparavant en poste, à peine 2% des collégiens redoublent. Dans le Calvados, le taux de redoublement en 6e atteint 10% au sein de certains établissements», regrette Jean-Charles Huchet, 61 ans, inspecteur d'académie à Caen depuis octobre.

Fort de ce constat, il a décidé pour la rentrée 2011 de réduire les moyens (cours, heures de soutien) des établissements présentant un taux de redoublement supérieur à 2,5%.

Pour 31 collèges, la réduction annuelle peut aller d'une heure de cours jusqu'à 10 heures. «Il s'agit d'éviter que les collèges qui font peu ou pas redoubler paient les moyens des autres, moins vertueux.» Les établissements «vertueux» pourront se voir accorder jusqu'à six heures supplémentaires. Ce nouveau système va à l'encontre de ce qui se pratiquait jusqu'alors: un collège avec un fort taux de redoublement affichait un nombre d'élèves plus important et recevait davantage de moyens.

Cette nouvelle pratique doit, selon l'inspecteur d'académie, aller de pair avec la «recherche par les équipes pédagogiques de nouvelles solutions afin d'éviter les redoublements. En particulier, évaluer les élèves à partir de ce qu'ils savent et non de ce qu'ils ne savent pas.» L'inspection académique souhaite «encourager les établissements qui ont trouvé des pédagogies innovantes», «des moyens autres» pour lutter contre l'échec.

Des enseignants ont d'ores et déjà dénoncé cette réduction-augmentation d'horaires qualifiée de «bonus-malus»: «Les établissements sensibles et les élèves en difficulté se trouvent encore plus pénalisés.» Des parents d'élèves redoutent que l'on se montre «moins exigeant sur le risque de faire plonger le niveau général». À ceux qui évoquent une logique purement comptable en vue de supprimer des postes, Jean-Charles Huchet réplique que ce système ne «touche au final que 176 heures sur les 30.000 allouées chaque année aux collèges du Calvados». Au-delà de cette mesure prévue pour la rentrée 2011 dans le Calvados, Jean-Charles Huchet pose la question du principe même du redoublement:

«Dans 99,5 % des cas, il ne sert à rien. Si ce n'est à démotiver ou même à exclure les élèves.» Selon lui, les redoublements coûteraient 170 postes dans le seul département du Calvados.

Le redoublement coûte cher, ne sert pas à grand-chose et ses bénéfices supposés relèveraient de la «croyance» ou de la «conviction», telle est la conclusion de l'étude Eurydice commandée par la Commission européenne au sujet du redoublement.

La France championne en la matière

Que ce soit à l'école ou au collège, la France est championne en la matière. Au niveau de l'école primaire, la France affiche 17,8 % de taux de redoublement quand la Grèce est à 2 % ou l'Autriche à 4,9 %. De même, au niveau du collège, les taux de redoublement vont de 0,5 % en Finlande à 31,9 % en Espagne, quand il est de 23,5 % en France.

Pour la Commission européenne, «si certains redoublants rattrapent leur retard, la grande majorité d'entre eux ne le font pas. Les taux sont nettement plus élevés parmi les enfants issus de groupes socio-économiques moins favorisés et les résultats à long terme des redoublants sont souvent inférieurs à ceux des élèves faibles n'ayant pas redoublé».

Par Louis Laroque

mercredi 10 août 2011

Un quart des pharmacies seraient proches de la faillite

Selon une enquête du Parisien, un quart des pharmacies françaises seraient menacées par la faillite. Une situation qui dure depuis 2006.

126 officines de pharmacies ont fermé l’an dernier, 101 l’année en 2009, soit 2 pharmacies sur 100. Entre 2006 et 2010, les dépôts de bilan se sont multipliés par trois. Et l’hémorragie n’est pas prête de s’arrêter en 2011 : selon la Coface (société spécialisée dans l’assurance crédit et l’information aux entreprises), 24% des officines françaises ont « un fort risque » de faillite cette année.

Les réductions des dépenses de santé menées depuis 2005 précipitent les comptes des pharmacies dans le rouge. En outre, l’arrivée des médicaments génériques a fait baisser les marges, tandis que les officines subissent de plein fouet la concurrence exacerbée des parapharmacies et probablement celle, future, des grands distributeurs, comme Leclerc. Des causes structurelles auxquelles il faut ajouter la perte de confiance des Français dans les médicaments, due aux récents scandales, selon un blog spécialisé.
Une crise qui touche notamment la région parisienne, le Finistère et la Haute-Garonne. A Tarbes, par exemple, le problème n’est pas nouveau. Une véritable saignée pour un secteur qui compte 5,3 emplois par officine et qui représente 21,5 millions d’euros de chiffre d’affaire, en recule de 0,3% l’an passé. Un problème qui n’est peut-être pas prêt de se résorber au vu de l’engouement des étudiants pour la profession.

Certains pharmaciens remettent en cause l’implantation des pharmacies, soumise à la loi des quotas (soit une pharmacie pour 2849 habitants), et celle des médecins généralistes. Ils s’entendent en tout cas sur la nécessité d’une action politique pour sauver une « activité vitale » pour le territoire. Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a commandé une enquête à l’Igas (l’Inspection générale des affaires sociales) à paraître avant le 30 avril prochain.

Jérémie Maire, SudOuest.fr

lundi 8 août 2011

Les révoltes arabes sont-elles des "révolutions 2.0" ?

LeCaire, envoyé spécial - Ils sont en train de changer le monde. Les internautes et blogueurs, adeptes de Facebook, Twitter et YouTube, ont déclenché une mobilisation populaire qui s'étend à presque tous les pays arabes. L'icône de cette génération s'appelle Wael Ghonim, et il est égyptien.

Agé de 30 ans, chef du marketing de Google pour le Moyen-Orient, vivant à Dubaï avec sa femme américaine et leurs deux enfants, il a reconnu, après être venu au Caire pour participer à la manifestation du 25 janvier et avoir été détenu douze jours par les forces de sécurité, être le créateur de la page Facebook "We are all Khaled Said". Baptisée du nom d'un jeune homme torturé et battu à mort par des policiers à Alexandrie le 6 juin 2010, la page a été au cœur de la prise de conscience par les jeunes Egyptiens des abus de la police et du pouvoir, et fut la clé, avec d'autres pages contrôlées par d'autres mouvements de jeunesse, de la mobilisation du 25 janvier.

UN OUTIL DE MOBILISATION

"Internet est l'espace de liberté du peuple, l'espace où chacun peut s'informer et communiquer, et “We are all Khaled Said” a joué un rôle crucial", témoigne l'avocat Gamal Eid, du Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'homme. "Ghonim n'a pas d'idéologie. C'est ce qui fait sa force, estime la militante Mona Seif. Il a réussi à mobiliser des gens comme lui, qu'on ne voyait jamais s'engager en politique. Il a parlé à tous." Wael Ghonim, qui a galvanisé le peuple égyptien à sa sortie de prison, lors d'un entretien à Dream TV puis d'un discours place Tahrir, fait référence à une "Révolution 2.0". Un point de vue qui ne fait pas l'unanimité.

Le blogueur Ramy Raoof tweete que "la révolution 2.0, la révolution Facebook, la révolution Twitter sont des expressions dénuées de sens". De son côté, le journal Al-Ahram révèle qu'un certain Jamal Ibrahim, de la région d'Ibrahimya, cherchant à rendre hommage aux révolutionnaires, a baptisé sa fille née cette semaine "Facebook".

"La révolution n'aurait peut-être pas eu lieu sans ces outils, car il aurait été difficile de mobiliser les gens, croit Mona Seif. En revanche, à partir de la manifestation du 25 janvier, Facebook et Twitter n'ont joué qu'un rôle marginal. Ce ne fut pas une révolution 2.0, ce fut une révolution de rue. Les gens seraient de toute façon restés place Tahrir jusqu'à la chute de Moubarak." La révolution égyptienne, ce furent aussi des discours enflammés, des prières, des combats, du sang versé. "Il est possible de déclencher une révolution en quelques clics, mais ensuite, c'est le peuple qui fait la révolution", estime la militante Gigi Ibrahim.

UN FACTEUR PARMI D'AUTRES

Le journaliste Issandr El-Amrani, qui tient le blog "The Arabist", revient sur la genèse de la révolte. "Les Egyptiens étaient désabusés, par les richesses non partagées, par la corruption, par les tortures, par les scandales électoraux. La page “We are all Khaled Said” a joué un rôle important, ainsi que d'autres militants sur Facebook et Twitter, mais il y a eu aussi la force de la révolution en Tunisie, la tuerie des coptes, la première manifestation le 25 janvier, la répression sanglante le 28janvier. C'est là, pour toutes ces raisons, que le mouvement est devenu si fort. Et il y a eu l'intelligence des leaders du mouvement, qui ont fait passer un message clair et net, et il y a eu le soutien des médias." Tous ces ingrédients ont abouti, selon M.El-Amrani, à une rare combinaison de facteurs différents entraînant un résultat inattendu.

La coupure d'Internet et des téléphones mobiles durant quelques jours n'a donc pas eu l'effet escompté par le pouvoir, la mobilisation étant déjà forte. "Une fois que les Egyptiens avaient décidé de descendre dans la rue, c'était bon, témoigne le blogueur Wael Abbas. En revanche, Internet nous a permis de les amener dans la rue, de diffuser des informations politiques et des détails logistiques. Je crois qu'aucun d'entre nous, militants, ne s'attendait à voir autant de gens rassemblés." Les initiateurs des appels à la révolution ont été dépassés par la puissance de leurs outils, avant d'être surpris par la détermination et le courage des Egyptiens.

UNE COMMUNAUTÉ DE MILITANTS

Le pays de 80 millions d'habitants compte, selon Gamal Eid, 24 millions de personnes connectées à Internet, dont près de 5,45 millions de comptes Facebook, 300 000 comptes Twitter et 250 000 blogs. C'est suffisant pour relayer efficacement des informations. "Chaque famille a au moins un membre connecté, via un ordinateur ou un smartphone", remarque Wael Abbas. Tous admettent aussi la puissance de la télévision, et le rôle important qu'a joué la chaîne qatarie Al-Jazira par son soutien affiché aux protestataires.

La communauté des militants numériques d'Egypte, qui se comptent dorénavant par centaines ou par milliers, tant l'intelligence politique d'un Wael Ghonim ou la force du témoignage d'une Gigi Ibrahim ont séduit leurs compatriotes, est déterminée à accompagner le pays vers la démocratie. "On ignore si Wael Ghonim, par exemple, a envie de faire de la politique. Les leaders de la révolution sur Facebook ne seront pas forcément les leaders de l'Egypte de demain, pense Issandr El-Amrani. Mais ils auront un rôle important à jouer dans la mobilisation de la jeunesse en vue des élections."

Wael Abbas s'aperçoit que "désormais, tout le monde reste connecté. C'est donc la meilleure façon d'exercer des pressions sur l'armée, de rester vigilants." Les partis traditionnels d'opposition, qui n'ont joué presque aucun rôle dans la révolution, vont tenter d'attirer à eux ces incroyables militants. Dans un pays où 65 % de la population a moins de 30 ans, ceux-ci pourraient être la clé de l'avenir politique de l'Egypte.

Rémy Ourdan

samedi 6 août 2011

Électricité : la facture pourrait grimper de 5% par an

La Centrale nucléaire de Saint Laurent des Eaux . Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro
L'opérateur historique d'électricité EDF, désormais tenu de vendre 25% de sa production nucléaire à ses concurrents, pourra la céder au tarif de 39 euros le megawattheure, selon un rapport dévoilé par le Journal du Dimanche .

Le prix de rachat devait être fixé en avril, et le rapport préconisant le «juste prix concurrentiel» connu avant la mi-mars. Selon le Journal de Dimanche (JDD), les conclusions de ce rapport, commandé à l'ancien directeur général de l'Insee Paul Champsaur, «sont prêtes et recommandent le prix de 39 euros par megawattheure (MWh)».

La nouvelle loi sur l'organisation du marché de l'électricité (nome), qui doit entrer en vigueur au 1er juillet prochain, prévoit en effet que EDF, l'opérateur historique d'électricité, devra céder à ses concurrents - GDF Suez, Direct Energie et autre Powéo - jusqu'à 25% de l'électricité produite dans les centrales nucléaires. Le prix de vente doit être fixé par arrêté ministériel. Ce nouveau mécanisme est censé doper la concurrence dans un secteur ultra-dominé par EDF. Plus de trois ans après l'ouverture du marché à la concurrence, les Français sont en effet restés majoritairement fidèles aux tarifs réglementés.

Reflet des coûts de production

EDF s'était prononcé pour un tarif fixé à 42 euros par MWh, Henri Proglio, pdg du groupe, estimant que vendre en deçà de cette limite reviendrait à du «pillage». Les fournisseurs alternatifs, notamment GDF Suez, espéraient un prix plus proche de 35 euros par MWh.

Pour fixer le tarif de gros à 39 euros, les experts se sont intéressés à l'impact qu'aurait le prix sur la facture des ménages. La hausse, pour le public, atteindrait au moins 35% sur cinq ans, avec le prix de gros de 42 euros demandé par EDF. Elle serait de 30% au prix de 39 euros, un niveau jugé plus raisonnable par le rapport Champsaur, selon le JDD, soit 5% par an d'ici à 2015.Difficile d'aller en deçà cependant, d'après le rapport. «Si le gouvernement ne veut pas augmenter trop les tarifs pour les particuliers, il ne doit pas fixer un prix trop élevé pour les industriels», explique un proche de Paul Champsaur cité par le JDD. La loi Nome précise en effet que ce prix doit refléter les «conditions économiques de production» des centrales nucléaires et qu'il devra être «en cohérence» avec un tarif spécifique aux entreprises, le Tartam (Tarif Réglementé Transitoire d'Ajustement au Marché).

Vendredi, le ministre de l'Energie Eric Besson avait déclaré à l'AFP que «rien n'était arbitré» et que la concertation «se poursuivait». Il avait précisé que ce prix serait fixé «par un arrêté signé en avril, après un arbitrage du président de la République et du premier ministre».

(Avec AFP)

Par lefigaro.fr

mercredi 3 août 2011

Mystérieuse ascension du titre EuroDisney à la Bourse de Paris

L'évolution du titre Euro Disney, dont le cours à la Bourse de Paris a plus que doublé (+ 105 %) en seulement deux semaines, avec chaque jour des centaines de milliers voire des millions de titres échangés, n'en finit plus d'intriguer les analystes, aucune raison particulière n'expliquant cette hausse.

Quelques jours avant la publication de ses résultats le 8 février, la valeur avait entamé une progression qui s'est s'amplifiée avec l'annonce d'une activité en hausse au premier trimestre grâce à des visiteurs plus nombreux et plus dépensiers dans ses parcs et surtout ses hôtels. Depuis l'envolée n'a pas cessé avec des hausses toujours plus spectaculaires : + 17 % le 8 février, de nouveau + 17 % le 15 février et + 24 % le 16 février. Le prix de l'action a renoué avec ses niveaux de juin 2008 passant de 4,36 euros au 1er février à 9,15 euros vendredi.

Conséquence de cette envolée : l'Autorité des marchés financiers (AMF) a placé mercredi le titre sous surveillance. Une mesure prise "à chaque fois que des mouvements inhabituels sont détectés, c'est très courant", précise un porte-parole de l'Autorité.

DES VOLUMES DE TITRES ÉCHANGÉS "FARAMINEUX"

Le groupe affirme lui aussi n'avoir trouvé aucune explication concrète à une telle hausse. "Euro Disney n'a pas connaissance d'éléments nouveaux susceptibles d'expliquer la récente évolution de son cours de Bourse", indique un porte-parole du groupe.

De leurs côtés, les analystes sont formels: ce bond de géant n'a pas d'explications réalistes. "Cette hausse ne peut pas être expliquée par les résultats du groupe, certes bons mais pas si spectaculaires", juge un spécialiste parisien du secteur sous couvert d'anonymat. "Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu une telle hausse à la Bourse de Paris et c'est d'autant plus exceptionnel qu'en terme de ratios financiers cette valeur est chère et ne gagne pas d'argent", s'étonne Arnaud de Champvallier, directeur général de Turgot Asset Management.

Cette affaire intrigue la place boursière de Paris d'autant plus que les volumes de titres échangés sont "faramineux" : jeudi 5,1 millions de titres ont changé de main, ce qui représente plus de 13% du capital de la société. Avant l'envolée, la moyenne se situait autour de 30.000 actions par séance.

lundi 1 août 2011

Les prix alimentaires proches de «la cote d'alerte»

Un champ de céréales en région parisienne. Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro

La flambée des prix alimentaires est en train d'atteindre la cote d'alerte et accroît l'instabilité politique, a averti samedi à Paris le président de la Banque mondiale , en marge d'une réunion des ministres des Finances du G20.

Robert Zoellick a appelé les dirigeants du G20 à «considérer l'alimentation comme une priorité numéro un en 2011». La hausse des prix des produits alimentaires va encourager une hausse de l'offre agricole, mais dans les deux prochaines années «il pourrait aussi y avoir une masse de troubles, les gouvernements pourraient tomber et les sociétés basculer dans le désordre», a -t-il affirmé. La hausse continue des prix des denrées alimentaires, nourrie par la flambée des cours des matières premières agricoles, est une des causes des bouleversements en cours au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, estime-t-il.

Comme l'avait révél l'institution il y a quelques jours la hausse des prix alimentaires a fait tomber entre juin et décembre 44 millions de personnes dans le monde sous le seuil de l'extrême pauvreté. Cette estimation a été réalisée grâce à des statistiques sur les revenus et dépenses des ménages réalisées dans les pays à revenus bas à moyens. Le seuil de l'extrême pauvreté est défini par des dépenses de 1,25 dollar par jour et par personne.

«Les prix de l'alimentation continuent à augmenter dans le monde. L'indice des prix alimentaires de la Banque mondiale a augmenté de 15% entre octobre 2010 et janvier 2011, et n'est que 3% en dessous de son pic de 2008», a indiqué l'institution dans un communiqué.

«Les pressions inflationnistes provoquées par les prix du pétrole, de l'énergie et des matières premières doivent être prises au sérieux», a affirmé de son côté le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, lors d'une conférence de presse, à l'issue du G20 Finances.

Robert Zoellick a également assuré que les ministres du G20 s'étaient montrés réceptifs à son discours et que ce groupe de pays industrialisés et émergents était prêt à agir. «Le meilleur moyen de contrer les critiques de ceux qui disent que le G20 n'est qu'un forum de discussions est de lancer de véritables actions, et des actions en faveur des plus démunis est ce qu'on peut faire de mieux», a-t-il déclaré. La France, qui préside actuellement le G20, a fait de la sécurité alimentaire et de la réduction de la volatilité des prix alimentaires une de ses priorités.

(Avec AFP)

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