Actualités

Loading...

jeudi 28 juillet 2011

La Chine est devenue la deuxième économie mondiale

Le Japon a cédé sa place de deuxième puissance économique mondiale à la Chine en 2010, une année où l'archipel a pourtant vu sa croissance redémarrer en dépit d'une faiblesse de la consommation et des exportations au dernier trimestre. Le produit intérieur brut (PIB) du Japon, en terme nominal, s'est élevé en 2010 à 5 474,2 milliards de dollars, contre 5 878,6 milliards de dollars pour celui de la Chine, selon des statistiques publiées lundi par le gouvernement nippon.

L'archipel a donc perdu sa place de deuxième économie mondiale qu'il occupait depuis 1968, derrière les Etats-Unis que la Chine pourrait même détrôner d'ici à 2025, selon des estimations de la Banque mondiale et de diverses institutions financières. Le PIB par habitant du Japon reste cependant plus de dix fois supérieur à celui d'un Chinois, selon le FMI.

La Chine affiche depuis des années un taux de croissance approchant ou dépassant les 10 %, son PIB ayant encore augmenté de 10,3 % en termes réels 2010. L'économie du Japon s'est de son côté relevée en 2010 d'une sévère récession subie lors de la crise mondiale. Son PIB, qui s'était contracté de 1,2 % en termes réels en 2008 et de 6,3 % en 2009, a crû de 3,9 % en 2010, mais cela n'a pas permis à l'archipel de conserver sa deuxième position. Fin 2010, le PIB du Japon restait inférieur à son niveau d'avant la crise.

L'économie nippone a été tirée lors des neuf premiers mois de l'année par les exportations vers les pays émergents, notamment vers la Chine, son premier partenaire commercial, et par des subventions gouvernementales temporaires qui ont dopé la consommation. Le PIB japonais s'est en revanche contracté de 0,3 % lors du quatrième trimestre par rapport au troisième, soit 1,1% en rythme annualisé. A l'automne, la consommation a pâti de la fin de programmes de soutien. Les autorités ont en effet cessé de soutenir l'acquisition de véhicules "écologiques", puis ont réduit les aides offertes pour l'achat de télévisions, réfrigérateurs et climatiseurs peu gourmands en énergie. Autre frein à la croissance en fin d'année, les autorités publiques ont diminué leurs dépenses d'investissement, alors que le Japon doit se serrer la ceinture pour limiter sa dette colossale estimée à quelque 200% de son PIB.

Facteur de soutien à l'activité jusque-là, les exportations se sont réduites elles-aussi au quatrième trimestre, handicapées par la flambée du yen, qui affleure depuis l'été 2010 son plus haut niveau en quinze ans face au dollar et en neuf ans vis-à-vis de l'euro, nuisant à la compétitivité des firmes japonaises à l'étranger. La croissance nippone devrait reprendre dès le premier trimestre 2011, évitant au Japon de retomber dans la récession, grâce une demande plus forte venant de l'étranger, notamment des Etats-Unis.
L'économie de l'archipel pourrait en outre bénéficier de l'effet de mesures de relance de près de 6 000 milliards de yens (53,5 milliards d'euros) adoptées fin 2010 par la majorité de centre-gauche pour lutter contre la déflation persistante dans l'archipel depuis près de deux ans.

mardi 26 juillet 2011

Les questions "ahurissantes" de l'enquête de l'Insee

Capture d'écran des questions jugées "ahurissantes" par le maire de Deauville.
Insee.fr
L'Insee a distribué un questionnaire "Famille et logements" à 1600 communes. Le maire de Deauville refuse de procéder à cette enquête. Explications.

L'enquête 2011 de l'Insee, intitulée "Famille et logements" et qui accompagne la vague de recensement de cette année, est-elle trop intrusive? Pour le maire de Deauville, Philippe Augier, le questionnaire à destination des habitants de sa commune est "ahurissant" et porte atteinte à la vie privée.

"De quel droit demande-t-on à une femme les raisons de sa rupture avec son compagnon? Si elle a un ami qui vient la voir? Quand? Combien de fois?" confie-t-il à LEXPRESS.fr. L'élu ajoute que l'anonymat des personnes interrogées n'est pas totalement garanti: "Dans les petites communes, les agents recenseurs envoyés pour distribuer et collecter les questionnaires connaissent les sondés...", estime-t-il.

"Les questions sont, certes, d'ordre privé, mais elles permettent, le plus véridiquement possible, de rendre compte des réalités sociales, répond Xavier Niel, chef de la division Enquêtes et études démographiques auprès de l'Insee. De plus, s'il existe un questionnaire "homme" et un questionnaire "femme", les questions ne diffèrent pas de l'un à l'autre." Aucune dissemblance n'est en effet notable entre les deux questionnaires, accessibles sur le site de l'Insee qui précise "selon les zones enquêtées, le questionnaire s'adresse soit aux hommes soit aux femmes, né(e)s avant 1993".

Les mairies ont eu connaissance des grandes lignes sur lesquelles les administrés allaient être interrogés

"L'objectif de cette étude, poursuit le spécialiste, est d'actualiser les données sur l'histoire de la famille: fécondité, l'évolution des structures familiales (familles recomposées, couples pacsés...), les comportements de multirésidence, les proximités géographiques avec les parents proches, les gardes d'enfants..."

Philippe Augier a indiqué son intention de ne pas procéder à cette enquête et a prévenu les autorités de l'Etat. D'après Stéphane Lollivier, directeur des statistiques démographiques et sociales auprès de l'Institut, "en vertu d'une convention passée entre la direction régionale de l'Insee et les communes qui ont été choisies pour procéder à cette enquête, les mairies ont accepté [de participer à l'enquête en amont de l'envoi des questionnaires, ndlr] et elles ont eu connaissance des grandes lignes sur lesquelles les administrés allaient être interrogés".

Le maire de Deauville concède avoir donné son accord pour participer à l'enquête mais dément avoir eu connaissance des questions, même dans les grandes lignes, avant de donner son feu vert. C'est une fois le questionnaire en main, et la machine lancée, qu'il en a constaté le caractère "intrusif". Les 1600 autres communes concernées par l'enquête, dont Gap, Antibes ou encore Charlevilles-Mezières, vont-elles se rétracter? "Contrairement au recensement classique, les administrés n'ont pas l'obligation de répondre aux questionnaires", conclut Stéphane Lollivier.

Par Sarah Ganon, avec Eric Mandonnet

dimanche 24 juillet 2011

La sénatrice qui se trouvait pauvre...

Si, pour François Hollande, on doit être considéré comme riche à 4000 euros par mois, pour la sénatrice Europe-Écologie, Alima Boumediene-Thiery, 10 000 euros par mois ce n'est pas encore assez !

Cette dame a, en effet, écrit le 26 mai 2011 au ministre de l’Education, Luc Chatel, pour lui demander d’intervenir en faveur de son fils dont la demande de placement en internat dans un collège public sur Paris a été rejetée selon des « critères sociaux ».

« Avis négatif de l’assistante sociale » regrette Alima Boumediene-Thiery dans son courrier où elle s’emploie à expliquer qu’une sénatrice, dans sa situation, a besoin de l’aide de l’Etat pour s’en sortir. « Je reverse chaque mois 1200 euros au parti politique auquel j’appartiens, je paie également un crédit immobilier à hauteur de 1500 euros (…) In fine, je dois vivre avec près de 2000 euros ».

En réalité, le salaire net d’un sénateur s’élève à 5400 euros par mois et surtout, Mme Thiery oublie de rappeler qu’elle bénéficie de 6240 euros de frais de mandat non imposables, hors dépenses de taxis prises en charge par le Sénat. Ne reculant devant aucun argument pour convaincre le ministre, elle confie plus loin ne pas être certaine d’être reconduite dans son mandat au mois de septembre et donc de se « retrouver sans revenus ».

Pour mémoire, le salaire moyen en France est légèrement supérieur à 2000 euros nets selon l'INSEE. Quant au salaire median, il est de 1500 euros nets (50% des Français gagnent moins, 50 autres % gagnent plus).

jeudi 21 juillet 2011

GB: 16 mds d'€ de bonus ont été versés

Les entreprises du secteur financier britannique ont versé au total 16 milliards d'euros de primes à leurs employés entre avril 2010 et mars 2011, soit autant qu'en 2009/2010, selon l'Office des statistiques nationales (ONS). Les employés des banques, assureurs et autres établissements financiers britanniques ont reçu en moyenne 12.500 livres (environ 14.300 euros) de bonus sur la période, soit un total de 14 milliards de livres (16 milliards d'euros) pour l'ensemble du secteur.

Ce total est supérieur de 2 milliards de livres aux primes versées en 2008/2009 (au summum de la crise financière), et représente 58% de plus qu'il y a dix ans. Il reste toutefois nettement inférieur au record de 19 milliards de livres atteint en 2006/2007, c'est-à-dire juste avant l'éclatement de la crise du crédit.

Le débat sur les bonus continue d'agiter régulièrement l'opinion

D'après l'ONS, le bonus moyen versé aux employés de la finance a reculé de 100 livres en 2010/2011 par rapport à l'exercice précédent, mais les effectifs du secteur ont augmenté parallèlement, ce qui explique que l'enveloppe globale des primes soit restée inchangée. Parmi les autres données diffusées par l'ONS, les salariés de la finance, qui représentent seulement 4% de la main d'oeuvre nationale, se sont arrogés 40% des primes versées à l'ensemble des Britanniques.

Ces chiffres ont été diffusés alors que le débat sur les bonus continue d'agiter régulièrement l'opinion au Royaume-Uni depuis la crise financière, en dépit de la volonté affichée par le gouvernement de mettre fin aux excès du passé. Au début de l'année, le gouvernement a été critiqué pour avoir passé un accord avec les grandes banques britanniques, dans lequel il a renoncé à plafonner ou surtaxer les bonus qu'elles versent à leurs employés et dirigeants. En échange, celles-ci se sont engagées à faire preuve de "retenue" en matière de rémunérations, et à augmenter leurs crédits aux entreprises. Par ailleurs, elles ont assuré que le montant global des primes accordés à leurs employés cette année serait inférieur à celui de l'an dernier.

mercredi 20 juillet 2011

Karima Delli, eurodéputée pour 8 580 € par mois

La militante associative d'Europe-Ecologie dispose aussi d'une enveloppe de 26 700 € par mois pour ses frais.

Ils sont 736, représentent près de 500 millions de personnes et dans certains domaines comme l'écologie, les mesures qu'ils prennent dictent jusqu'à 80% la législation française. Et pourtant, tout le monde s'en fout. Même Rachida Dati. Ce sont les députés européens.

Dans les couloirs ou sur les sièges du Parlement européen, ces élus par vous et moi contribuent à faire de l'Europe ce qu'elle est. Comment et à quel tarif ? Bonne question.

Karima Delli, 30 ans, a eu le courage de se prêter au jeu. L'une des quatorze députés européens d'Europe Ecologie - Les Verts, élus en juin 2009, n'a pas hésité longtemps avant de me rencontrer. Déjà membre des collectifs Jeudi noir et Sauvons les riches avant de rejoindre le Parlement, pour moi, Karima Delli, c'était ça. (Voir la vidéo satirique de Jeudi noir au sujet de Christine Boutin)


Les vacances de Mme Boutin par jeudinoir

Mais « funky Karima » était en congé le jour où je l'ai rencontrée. Dans le large bureau parisien de la délégation européenne d'EE-LV, Karima Delli m'attend bien sagement devant ses feuilles de notes. Elle a déjà pris le pli de ceux qui pèsent leurs mots avant de distiller un message politique. Dommage.
De Tourcoing à l'Europe, pour « une écologie qui vient d'en bas »

Dans son parcours politique, tout semble s'être enchaîné de manière remarquable. Originaire de Tourcoing (Nord), la jeune femme poursuit des études dans les domaines du commerce et de la science politique. Quant à son engagement politique, on pourrait en trouver le germe dans la présidentielle de 2002 :

« J'avais 22 ans. J'ai été marquée par la campagne et le message de Noël Mamère qui représentait les Verts à l'époque. Cette idée d'une écologie populaire, qui vient d'en bas, dont tout le monde peut bénéficier, surtout les plus pauvres.

Encore maintenant, il faut se battre contre le fait que sont toujours les plus précaires qui doivent habiter au bord des autoroutes, à proximité des sites dangereux comme AZF, ou qui ne peuvent pas avoir accès aux produits bio.

Un peu plus tard, j'ai rencontré la sénatrice Marie-Christine Blandin pour qui j'ai fini par travailler comme assistante parlementaire. »

Karima adhère aux Verts et devient rapidement secrétaire fédérale des jeunes du parti. A l'approche des élections européennes de 2009, c'est un peu comme si on l'avait poussée sur les listes :

« On m'incitait : “Vas-y Karima, va sur la liste.” Je ne savais pas trop quoi faire, mais j'avais envie de m'impliquer concrètement dans la campagne. Parce que quand on est sur la liste, il faut s'engager à fond, faire beaucoup de meetings et de réunions publiques. Alors, je me suis lancée.

Le soir du 7 juin 2009, après l'annonce des premières estimations, on était tous très contents car on croyait avoir trois députés élus.

Je suis partie sur un plateau télé pendant un moment, et quand je suis revenue dans la salle, c'était la folie, l'euphorie. En fait, on avait un quatrième élu : moi. Les gens criaient “ Karima, députée ! ”. Moi je n'y croyais pas trop.

Il m'a fallu quelques jours pour réaliser, et accepter un costume qui m'apparaissait trop grand pour moi. Mais en bossant, je me suis dit que tout irait bien. »

« Vis ma vie » au Parlement européen

Arrivée au Parlement, Karima Delli intègre un des sept groupes politiques présents : les Verts/ALE. Et comme tous les eurodéputés, son agenda mensuel est bien vite ordonné : sur quatre semaines, elle en passe trois à Bruxelles (pour le travail en commissions), une à Strasbourg (pour les assemblées plénières).

« A Bruxelles, il faut aussi compter une semaine consacrée à notre groupe politique, où on prépare nos positions pour la session plénière, ainsi qu'une semaine “verte” durant laquelle tous les députés sont censés aller sur le terrain, dans leur circonscription pour rencontrer des gens.

C'est un problème de fond : il faut que les députés quittent plus souvent Bruxelles pour ne pas se couper du monde. Ils ne doivent pas être nombreux à passer du temps dans les squats comme je le fais. »

Karima Delli dans les bureaux du Parlement européen à Paris, en janvier 2011 (Audrey Cerdan/Rue89)
Pour faire tourner la boutique : 26 700 € mensuels

Dans les sommes liées à Karima Delli, il convient de distinguer clairement ses enveloppes professionnelles, de ses revenus et dépenses personnelles. Comme elle l'avait déjà initié dans le blog qu'elle tient sur le site Libération, voici un détail des budgets mensuels mis à disposition par l'Europe pour la tenue de ses activités :

Frais de transports : 391 euros (4 696 euros par an)

Les frais de transports entre son domicile et le Parlement sont pris en charge par le Parlement. Karima Delli estime qu'en un an, elle a fait 46 allers-retours Paris-Bruxelles en Thalys (première classe) et 12 allers-retours Paris-Strasbourg (deuxième classe) avec la SNCF.

Le Parlement et la société Thalys ayant un accord commercial -38 euros par trajet simple pour les députés européens-, le montant annuel de ces trajets s'élève donc à 3 496 euros. A cela, il faut ajouter le coût des allers-retours Paris-Strasbourg qu'on peut évaluer à 1 200 euros par an (avec un billet aller simple à 50 euros).

Frais généraux : 4 202 euros

Loyer, matériel pour le bureau, connexions Internet, fournitures, appels téléphoniques, envoi d'invitations, déplacements supplémentaires, achat de livres et de documents : voilà à quoi est destiné ce budget.

« Cette somme, je la verse chaque mois sur un compte séparé de mes comptes personnels. Et avec mon équipe, on conserve tous les justificatifs de nos dépenses.

Ce que nous avons prévu avec les autres membres du groupe les Verts/ALE, c'est de reverser l'argent non-utilisé en fin de mandat au Parlement européen. »

Il est intéressant de noter qu'il n'y a pas un contrôle systématique de ces dépenses, même si les députés sont censés conserver tous leurs justificatifs de paiements. A la fin de son mandat, rien n'oblige un eurodéputé à reverser le surplus financier restant, puisqu'il est censé avoir tout dépensé. Un principe de « confiance », certainement.

Activités de communication et d'études : 2 743, 75 euros (32 925 euros par an)

« Cette enveloppe sert à financer des missions à l'étranger, des études, des conférences ou des colloques qui concernent notre groupe politique et les problématiques sur lesquelles on travaille.

Quand il faut faire venir des intervenants d'un autre continent ou inviter 30 visiteurs au Parlement, les sommes grimpent vite. »

Rémunération des assistants : 19 364 euros

« J'ai trois collaborateurs à Bruxelles : ce sont mes oreilles, mes personnes de confiance. Je ne les ai pas choisis en fonction de leurs positions politiques, mais plutôt en fonction de leurs compétences et du partage de certaines valeurs et idées.

Cette somme sert donc à les rémunérer, à payer leurs frais de mission quand ils vont à Strasbourg… Et puis, de ce montant, je reverse 2 500 euros pour payer les collaborateurs communs aux 14 députés d'Europe Ecologie et les stagiaires. »

Revenus personnels : 8 580,33 euros

Salaire net : 6 080,33 euros

Comme tous les députés européens, la rémunération brute de Karima Delli s'élève à 7 807,12 euros par mois. A cela, il faut déduire un impôt communautaire de 1 713,57 euros alloués « au renforcement du budget de l'Europe », ainsi que 13,22 euros de cotisation d'assurance.

« Je gagne très bien ma vie, je n'ai pas à me plaindre. Et je ne verrais pas de problèmes à ce que l'on gagne un peu moins en tant que député européen : entre 3 500 et 4 000 euros. Je serais déjà contente.

Je sais que je suis considérée comme riche, c'est pour ça qu'il y a des combats auxquels je tiens et que je mène au Parlement. Comme ceux de l'établissement d'un revenu maximum ou celui d'un logement décent pour tous. »

Indemnités journalières : 2 500 euros

Pour chaque jour de présence aux réunions du Parlement dont le député est membre, le Parlement lui verse une indemnité journalière de 298 euros. Mais uniquement s'il a signé le registre de présence. Grosso modo, cela représente trois jours par semaine, sauf pour la semaine verte où ces indemnités ne sont pas versées.

« Comme je suis présente 96% du temps à mon poste, le montant mensuel de mes indemnités est assez élevé. Mais je trouve ça choquant que l'on soit payé 300 euros par jour pour faire notre boulot, en plus de notre salaire.

Ce n'est pas la présence qui devrait être encouragée, mais bien l'absence qui devrait être sanctionnée. »

Dépenses fixes : 4 093,90 euros

Contribution à EELV : 1 800 euros

Chaque mois, Karima Delli verse ce montant à Europe Ecologie - Les Verts pour le fonctionnement général du parti.

Loyer : 830 euros

Notre députée a deux logements : un à Bruxelles auquel correspond ce loyer, et un autre à Paris dans lequel elle vit en colocation. Pour ce dernier, elle ne paie que les charges. A part ça, Karima Delli n'est propriétaire de rien, « sauf d'une tente ».

Charges Bruxelles (gaz, eau, électricité) : 150 euros

Eau (Paris) : 100 euros

Electricité (Paris) : 75 euros

Taxe d'habitation : 25 euros (300 euros par an)

« Cette taxe correspond à mon appartement bruxellois. Pour l'appartement de Paris, c'est mon colocataire qui s'en charge. »

Mutuelle : 56 euros

Impôt sur le revenu : 333 euros (4 000 euros par an)

« C'est une estimation. Mais de toute façon, ça va augmenter lors du prochain paiement vu que je n'ai été imposée que sur la moitié d'une année de mandat. La prochaine fois, je débourserai autour de 7 000 euros. »

Transports en commun à Bruxelles : 24,60 euros (deux cartes de 10 trajets)

Pass Navigo mensuel à Paris : 60,40 euros

Frais de portable : 500 euros

Malgré un forfait de 200 euros signé auprès d'un opérateur téléphonique français, elle dépasse largement ce montant tous les mois.

Cela s'explique par le fait qu'il n'existe pas de forfait illimité entre la Belgique et la France. « Tout le monde » conservant son numéro français à Bruxelles, les surcoûts payés pour chaque communication grimpent rapidement.

Abonnement Internet : 19,90 euros

Cet abonnement vaut uniquement pour Paris. A Bruxelles, elle ne paie pas de connexion.

Lentilles : 120 euros (30 euros par semaine)
Dépenses aléatoires : 1 380 euros

Courses : 400 euros

Pour elle et son colocataire.

Déjeuners sur les frais personnels : 280 euros (70 euros par semaine)

« Cette somme de 70 euros par semaine, c'est ce que je débourse avec mes amis, ma famille. Mais c'est vrai que pour les déjeuners, ce n'est pas facile à dire parce que j'ai quand même beaucoup de déjeuners dans le cadre de mes activités.

Quand je suis avec vingt experts que j'ai invités, je fais passer ces dépenses sur mes frais généraux. »

Livres : 400 euros

« J'adore lire, je suis une malade du livre. J'adore la collection de La Pléiade mais ils coûtent chers. Je lis aussi beaucoup de livres politiques. »

Sorties et cinéma : 300 euros

« J'aime beaucoup les films de David Lynch et de François Truffaut. J'ai été voir “Vénus noir”, “Les Petits mouchoirs” et “Potiche” récemment. Je ne l'ai pas aimé celui-là, vraiment pas drôle. »

Dépenses diverses, aide et cadeaux à ses proches : ?

Depuis qu'elle gagne bien sa vie, Karima Delli soutient ses proches. Dans quelle mesure ? Elle tient à garder cette information à sa seule discrétion.
Epargne : 2 500 euros

Chaque mois, Karima Delli met de côté le montant total de ses indemnités journalières.

Allez, en guise de clin d'oeil et de conclusion, voici le dernier clip vidéo de Jeudi Noir où apparaît Karima Delli, tourné à l'occasion de l'ouverture récente d'un squat avec vue sur l'Elysée. (Voir la vidéo)


Jeudi Noir - Quelqu'un m'a dit - Matignon par jeudinoir

Par Sylvain Malcorps

dimanche 17 juillet 2011

Fiscalité : les plus riches paient moins que les plus modestes (proportionnellement)

www.revolution-fiscale.fr. Voilà un site à aller consulter alors que s'engagent les premiers travaux relatifs à la réforme de la fiscalité du patrimoine, annoncée pour le mois de juin par Nicolas Sarkozy; Ce site est directement lié à la publication d'un livre intitulé "Pour une révolution fiscale". Ses auteurs, trois économistes, Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, ont établi un état des lieux du système fiscal français et émettent des propositions pour "une imposition plus juste".

Au rang des constats établis par ces économistes, en voici quelques-uns qui alimenteront le débat qui s'ouvre.

Concentration de la détention du patrimoine

Les 10 % de Français "les plus riches" (disposant d'un revenu brut mensuel individuel supérieur à 5 200 euros) détiennent 62 % du patrimoine total, selon les données des trois auteurs. Ils affichent un patrimoine moyen de 1,12 million d'euros.

Au sein de cette catégorie les "très aisés", soit 1 % des Français (gagnant plus de 14 000 euros), contrôlent près du quart (24 %) du patrimoine, détenant un moyenne un patrimoine de 4,36 millions d'euros.

Dans une étude, publiée en novembre 2010, l'Insee avait indiqué que, début 2010, 94,7 % de l'ensemble des ménages vivant en France possédaient un patrimoine : 92 % détiennent des produits financiers, 61,7 % disposent d'un bien immobilier et 15,7 % ont des actifs professionnels (13 % des ménages possèdent les trois à la fois).

Concentration aussi des revenus tirés du patrimoine

Une autre étude, publiée en avril 2010 par l'Insee et consacrée aux très hauts revenus, indiquait que seules 40 % des personnes en France sont concernées par des revenus du patrimoine.

Elle précisait que les 10 % des Français les plus riches reçoivent près de deux tiers des revenus du patrimoine.

Les très hauts revenus (au-delà de 84 500 euros de revenu déclaré annuel) qui ne constituent que 1 % de la population, représentent quant à eux 32,4 % des revenus du patrimoine.

Taux d'imposition

MM. Landais, Piketty et Saez relèvent par ailleurs que, pour ces mêmes Français les plus riches, les taux des prélèvements obligatoires (impôts, CSG, ISF, cotisations sociales...) auxquels ils sont soumis sont proportionnellement plus faibles que ceux qui s'appliquent aux 50 % de Français "les plus modestes" (disposant d'un revenu brut mensuel individuel de 1 000 à 2 000 euros).

Les taux d'imposition varient entre 41 % et moins de 48 % pour les plus modestes, selon les trois auteurs. Ils baissent pour les 5 % de revenus les plus élevés (gagnant plus de 6 900 euros), passant sous la barre des 40 % pour les 1 % les "très aisés".

"La plupart des hauts revenus et des revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values, loyers) bénéficient d'exemptions et de règles dérogatoires leur permettant d'échapper au barème de l'impôt sur le revenu", rappellent les trois auteurs.

Nouvel impôt

Le livre qu'ils publient est aussi l'occasion pour les trois économistes de proposer la création d'un nouvel impôt sur le revenu, qui remplacerait la contribution sociale généralisée (CSG), l'impôt sur le revenu, le prélèvement libératoire et l'impôt proportionnel à 18% sur les plus-values, la prime pour l'emploi, le bouclier fiscal.

Cet impôt unique serait "payé par tous les Français, prélevé à la source sur les revenus du travail et du capital (comme l'actuelle CSG, avec la même assiette que cette dernière), suivant un barème progressif (comme l'actuel impôt sur le revenu)", indiquent-ils.

Ce barème s'appliquerait à la somme de tous les revenus bruts individuels actuellement soumis à la CSG (salaire, revenu d'activité non salarié, retraite, chômage, revenus du capital, y compris plus values). Le tout rapporterait "environ 147 milliards d'euros".

Si les économistes ont retenu des taux d'imposition allant de 2 % à 60 %, ils proposent également des schémas différents - en conservant ce principe d'un seul impôt, différents barèmes qu'ils qualifient "de droite", "de gauche"... mais qui rapportent tous les mêmes recettes

NB : à noter que le site propose également un simulateur qui permet de modifier le barème de l'impôt sur le revenu, ou le barème et l'assiette de l'impôt sur la fortune (ISF) et de regarder l'impact produit sur le déficit budgétaire et sur les inégalités.

Philippe Le Coeur

mercredi 13 juillet 2011

Des primes au mérite accordées aux préfets

Brice Hortefeux en compagnie du préfet de Corse Stéphane Bouillon, en novembre 2009. Crédits photo : AFP
Depuis 2009, les préfets et les sous-préfets sont récompensés en fonction de leurs résultats par des bonus pouvant atteindre 66.000 euros.

De 14.000 à 66.000 euros. C'est la somme que peuvent toucher chaque année les préfets et sous-préfets en fonction de leurs résultats, selon des chiffres révélés lundi par Le Parisien. Des primes semblables aux bonus alloués aux employés les plus méritants dans certaines entreprises privées. Sobrement intitulées «indemnités de responsabilités», ces gratifications ont été versées pour la première fois fin 2009, suite à un décret publié en novembre 2008.

«Il ne s'agit pas de 'bonus' comparables à ce qui existe dans la finance, car ce ne sont pas des sommes supplémentaires, s'est défendu lundi le ministère de l'Intérieur. Il s'agit de primes déjà existantes, antérieurement attribuées de façon uniforme et désormais réparties en fonction de la manière de servir et des résultats obtenus».

Pour toucher ces primes, les hauts représentants de l'Etat doivent atteindre des objectifs en matière de sécurité publique, de sécurité routière et de nombre de contrats aidés pour le retour à l'emploi. Ces critères d'attribution ont été définis en 2010 par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, responsable de l'évaluation des préfets. Depuis 2009, les services de la place Beauvau suivent donc de très près les «performances» de leurs représentants territoriaux. Interrogée par Le Parisien, la sous-direction du corps préfectoral se défend de fixer des objectifs chiffrés, notamment en matière de délinquance, préférant parler «de critères relatifs» : «on mesure des écarts, des évolutions en tendance par rapport à l'année précédente».

«Un dispositif inégalitaire»

Toujours est-il que ces critères sont déterminants dans l'attribution de sommes importantes, qui varient aussi en fonction de l'expérience du haut fonctionnaire. Jusqu'à 41.000 euros par an pour les sous-préfets et plus de 66.000 euros pour les préfets. Des primes qui viennent s'ajouter au salaire, en moyenne 8.000 euros par mois pour un préfet, et compris entre 3.600 et 7.000 euros pour un sous-préfet selon son ancienneté. Chaque mois, les représentants de l'Etat touchent une avance sur leur prime et perçoivent l'intégralité de la somme en fin d'année si les objectifs fixés sont remplis. Mais pour le ministère de l'Intérieur, «les chiffres cités dans l'article sont des montants maximaux» et «sont bien supérieurs aux primes moyennes effectivement versées». «Les sommes concernées sont, par ailleurs, intégralement soumises à l'impôt sur le revenu», précise le ministère.

Ces indemnités sont loin de faire l'unanimité. Olivier Boisteaux, responsable du syndicat indépendant des commissaires de police, estime qu'il s'agit du «système des bonus bancaires appliqué à la fonction publique». Un «dispositif inégalitaire» qui «pourrait pousser les fonctionnaires à falsifier les statistiques», notamment en matière de délinquance. «Peu importe la manière, seul le résultat compte. C'est une triste vision de notre travail», ajoute-t-il. Des critiques que le ministère de l'Intérieur juge infondées. Mieux, le gouvernement voit dans ce système de primes «un moyen de récompenser ces grands serviteurs de l'Etat» que sont les préfets.

Au sein de la fonction publique, les préfets ne sont pas les seuls à bénéficier d'une prime au mérite. Comme l'avait révélé Le Figaro dès octobre 2008, près de 200.000 fonctionnaires pourront prétendre à terme à cette prime individuelle. Depuis début 2009, une «prime de fonction et de résultat» est accordée à certains fonctionnaires ministériels. Le décret du 9 octobre 2009 a étendu à partir de 2010 le versement de ces indemnités aux «chefs de services, directeurs adjoints, sous-directeurs, experts de haut niveau et directeurs de projet». Et récemment, les directeurs départementaux de l'équipement et de l'agriculture ont aussi été inclus dans le dispositif. L'objectif du gouvernement est d'étendre ces primes au mérite à l'ensemble des attachés de la fonction publique - les «cadres» de l'administration - avant 2012.

Par Jim Jarrassé

mardi 12 juillet 2011

Absentéisme scolaire: l’Assemblée adopte le texte suspendant les allocations

L’Assemblée nationale a adopté ce mardi, en première lecture, une proposition de loi UMP prévoyant la suspension des allocations familiales, après «un premier avertissement», pour lutter contre l’absentéisme scolaire.
Le texte du député Eric Ciotti, adopté par 287 voix contre 216, répond à un voeu plusieurs fois exprimé par Nicolas Sarkozy. Le président de la République a même souhaité, au printemps, l’entrée en vigueur du dispositif à la prochaine rentrée scolaire.

L’opposition a voté contre ce texte, également dénoncé par les principaux syndicats d’enseignants et la première fédération de parents d’élèves, la FCPE.

«Vous faites payer aux plus démunis votre renoncement à l’égalité des chances!», s’est écrié le socialiste Yves Durand. «Vous tapez encore plus fort sur ceux qui sont déjà victimes de votre politique. Ce n’est qu’une nouvelle gesticulation vers la destruction de notre système éducatif», a-t-il ajouté.

Marie-Hélène Amiable (PCF), mettant en avant les 60.000 suppressions de postes dans l’Education nationale depuis 2003, a accusé «la majorité de tout ignorer des causes réelles de l’absentéisme scolaire». «Le remède» préconisé par Eric Ciotti «ne fera que stigmatiser davantage les familles en grande difficulté», a-t-elle dit.
Avertissement

Selon une étude du ministère de l’Education nationale, 7% des élèves des collèges et lycées publics ont été, en 2007-2008, en situation d’absentéisme scolaire. Ce «décrochage» est plus élevé dans les lycées professionnels (15%) que dans les lycées (6%) et les collèges (3%).
La proposition de l’élu niçois prévoit une réponse graduée. Lorsque le chef d’établissement constate l’absentéisme de l’élève - au moins quatre demi-journées d’absence non justifiées en un mois -, il le signale à l’inspecteur d’académie.

Ce dernier adresse alors un avertissement à la famille et «l’oriente vers des dispositifs d’aide». Parallèlement, il saisit le président du conseil général afin que soit mis en place un contrat de «responsabilité parentale».

Si, au cours du mois suivant, l’absentéisme de l’élève est à nouveau constaté, l’inspecteur d’académie a alors «l’obligation» de saisir le directeur de la CAF qui suspendra le versement des allocations familiales.

Si l’enfant retrouve le chemin de l’école et que son «assiduité» est constatée sur une durée d’au moins un mois, le versement des allocations pourra alors être rétabli.
Rapport

La possibilité de suspendre les allocations familiales est déjà inscrite dans la loi du 31 mars 2006 relative à l’égalité des chances, mais, jusqu’à présent, la décision était du seul ressort des présidents de conseils généraux.
Selon Eric Ciotti, qui préside celui des Alpes-Maritimes, très peu de conseils généraux recourent effectivement au dispositif.

Pour lui, il s’agit avant tout de «réhabiliter au coeur de l’Ecole et des familles les notions de responsabilité, de respect de la règle et de l’autorité».

Le Nouveau centre, qui a donné comme consigne à ses troupes de voter le texte, a insisté sur le volet accompagnement des familles. Yvan Lachaud (NC) en particulier a souhaité un développement des politiques de prévention.

Sur leur recommandation, il est ainsi prévu la remise d’un rapport sur l’évaluation des dispositifs de prévention, par le gouvernement, en décembre 2011.

(Source AFP)

vendredi 8 juillet 2011

Le plafonnement du chômage des cadres fait débat

La France est l'un des pays qui offrent les meilleures conditions d'indemnisation aux chômeurs dont les revenus étaient très élevés. Crédits photo : MYCHELE DANIAU/AFP
La CFE-CGC a contesté la proposition de Pierre Méhaignerie de réduire la durée et le montant de leur allocation.

La polémique s'est accentuée vendredi sur le plafonnement des allocations chômage des cadres, une idée lancée jeudi par Pierre Méhaignerie, le président UMP de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale,dans un entretien publié sur lefigaro.fr. La réaction la plus virulente est venue de la CFE-CGC. «Il est hors de question de perdre notre temps avec de fausses bonnes idées qui imaginent de limiter dans le temps, de restreindre ou de plafonner l'indemnisation du chômage sous prétexte que cela favoriserait une réinsertion plus rapide dans l'emploi», a indiqué son président Bernard Van Craeynest. Pour le patron de la centrale des cadres, l'indemnisation du chômage est «un mécanisme assurantiel où chacun cotise en fonction de son salaire et est indemnisé en fonction du préjudice qu'il subit» et pour lequel il est donc inimaginable de plafonner le remboursement des sinistres. Comme «pour une assurance-automobile», précise-t-il.

L'idée de plafonner les allocations des cadres n'est pas nouvelle, car la France est l'un des pays qui offrent les meilleures conditions d'indemnisation aux chômeurs qui touchaient de très hauts revenus. Un cadre de moins de 50 ans, qui a cotisé deux ans dans ses 28 derniers mois d'activité et qui disposait d'un salaire mensuel supérieur à 11.540 euros brut, est ainsi certain de toucher une allocation de 6.764 euros brut par mois pendant deux ans. Soit, après prélèvements sociaux, un chèque de près de 6000 euros tous les mois ! Et s'il a plus de 50 ans - ce qui est souvent le cas à ce niveau de rémunération -, la durée d'indemnisation est portée à trois ans. À titre de comparaison, un chômeur allemand pourra toucher 2215 euros par mois pendant deux ans ou, pire, 1073 euros pendant un an s'il est italien. Rien à voir donc.
Un plafond à 3000 euros

La suggestion du 4e vice-président de l'UMP aura au moins eu le mérite de mettre en lumière cette particularité du régime français. «Pierre Méhaignerie soulève un vrai problème qui pourrait inciter les partenaires sociaux à être plus imaginatifs» lors de la renégociation de la convention d'assurance-chômage qui démarre le 24 janvier , avoue-t-on dans l'entourage du chef de l'État. «L'idée de dégager des moyens supplémentaires en faveur de l'emploi des jeunes n'est pas si saugrenue», abonde un proche de Xavier Bertrand, le ministre du Travail. «Laissez-nous négocier, les partenaires sociaux sont conscients de leurs responsabilités», leur répond Laurent Berger, le chef de file de la délégation CFDT, qui, s'il juge «Pierre Méhaignerie légitime pour parler», demande aux politiques de ne pas empiéter sur leur champ de négociation.

Certains syndicalistes, pourtant, conviennent sous couvert d'anonymat que raboter les allocations des cadres est peut-être une idée à creuser. «Pourquoi pas, si cela permet de créer des nouveaux droits pour les autres chômeurs», juge ainsi un négociateur. Une centrale aurait même demandé à l'Unedic de chiffrer les moyens dégagés si le plafond était abaissé à 3000 et 4000 euros… La raison ? Peu de chômeurs en souffriraient. Mieux, un nombre «symbolique» - l'Unedic refuse de le communiquer - au vu du montant moyen d'indemnisation des chômeurs (1111 euros brut par mois), de leur durée moyenne d'affiliation (10 mois) et aussi du salaire moyen français (1580 euros par mois).

Par Marc Landré

jeudi 7 juillet 2011

Susan George, d'Attac : « Il faut mettre les banques sous tutelle »

Les Sages révoltés de notre République, ce sont ces voix qui nous réveillent parce qu'elles mêlent l'eau et le feu, l'expérience et la passion. Parmi eux Stéphane Hessel, 93 ans, Albert Jacquard, 85 ans, ou Edgar Morin, 89 ans.

Mais aussi Susan George, 75 ans : présidente d'honneur d'Attac, auteure de nombreux livres, la Franco-Américaine se bat depuis des années pour un monde moins injuste vis-à-vis du Sud et contre le système économique néolibéral. Nous l'avons rencontrée chez elle, vendredi, à l'heure du thé.

La conversation a justement commencé sur le succès du petit opuscule d'Hessel, « Indignez-vous ! », un homme qu'elle décrit comme « impeccable du point de vue moral, qui pratique ce qu'il prêche ». Entretien.

Rue89 : Appeler à l'indignation, un terme qui se place sur le terrain moral, est-ce la meilleure approche pour changer les choses ? N'est-il pas plus efficace de dire « raisonnez ! » ou « révoltez-vous ! » ?

Susan George : Hessel est sur le registre des valeurs, pas sur celui de l'analyse des dossiers économiques ou géopolitiques. Il appelle à l'indignation comme prélude à l'action. Il dit : rejoignez quelque chose. Et il s'adresse particulièrement aux jeunes. Fort de son passé, c'est vrai, il ne veut pas se résigner.

Moi, ce que je sens très fort, c'est l'attaque contre les Lumières. Et ça me désole : à la fois sur le plan philosophique et sur le plan de l'action, je trouve que c'est une très grande conquête de l'humanité.

Le libéralisme politique – tel qu'il était entendu au XVIIIe siècle, ce mouvement européen qui commence avec Locke et qui continue avec les encyclopédistes français – est à la base de la constitution américaine, il est à la base des libertés – politiques, religieuses, de la presse, de l'opinion…

Des gens sont morts pour cela, et la démocratie vient de cette époque-là. Eh bien, j'ai l'impression que ces Lumières font aujourd'hui l'objet d'une très grande attaque idéologique.

J'essaye de me placer dans cette tradition-là, qui vaut la peine d'être défendue.

Les jeunes générations se résignent-elles davantage face à cette attaque ?

L'Europe est un peu K.-O. Tout cela est allé très très vite. En 2009, quand j'étais à Londres pour le contre-G20, il y avait une réaction. On était 35 000 à Hyde Park. Les médias, le lendemain, étaient avec nous ; même Gordon Brown, alors premier ministre britannique, s'empressait de dire qu'il était de notre côté. Le monde était alors à un cheveu de la catastrophe.

Le G20 a parlé des paradis fiscaux, de l'emprise des marchés financiers, de l'emploi, de l'environnement, etc. Et puis une fois que les banques ont été sauvées, tout cela a complètement disparu. Le G20 et le G8 bricolent des solutions pour sauver les banques une deuxième fois. Et puis rien.

Pourquoi cette résignation ? Les gens pensent peut-être que leurs dirigeants sont en train de sauver la Grèce ou l'Espagne. C'est complètement faux, ils sont en train de sauver les banques qui ont acheté de la dette grecque ou de la dette espagnole… Il ne s'agit pas de faire quoi que ce soit pour les peuples.

Non seulement on sauve les banques une seconde fois, mais qui le fait ? Ce sont les peuples, par l'amputation de leur retraite, la baisse de leur salaire, la mise à pied de fonctionnaires. Pourquoi les gens aujourd'hui n'arrivent-ils pas à se regrouper ? En France, on est focalisés sur les élections de 2012, qui sont vraiment secondaires.

La crise qu'on vient de vivre n'a-t-elle pas débloqué quelque chose, dans la réflexion sur l'économie ?

Les gens ont vu que cela ne marchait pas, que le néolibéralisme ne fonctionnait pas. Mais ils continuent comme si cela fonctionnait… La mayonnaise de la contestation ne prend pas.

Il faudrait que les gens fassent des alliances, comme nous essayons de le faire à Attac : on a par exemple des partenariats sur les taxes financières avec des syndicats et diverses organisations – Secours catholique, Comité catholique contre la faim et pour le développement, Oxfam, Les Amis de la Terre…

On essaye de fédérer le monde syndical, caritatif, associatif, écologique. C'est la bonne piste, personne n'est en mesure de gagner seul.

Dans un scénario optimiste, le changement que vous souhaitez, par où commencer ?

Apprendre. Il faut commencer par apprendre. Aujourd'hui, la politique est devenue bien plus compliquée. C'est bien de s'indigner, mais il faut d'abord comprendre pourquoi cela ne marche plus.

Quand j'ai commencé à militer, on disait « Les Etats-Unis hors du Vietnam ! » Les gens étaient d'accord ou pas, mais ils comprenaient ce que cela voulait dire. Quand on disait « Arrêtez l'apartheid », on n'avait pas besoin d'un long discours. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.

J'ai fait une longue campagne contre l'AGCS [Accord général sur le commerce des services, ndlr], personne ne savait ce que c'était : une OPA sur les services publics et les services de proximité.

Si on ne sait pas comment ça se passe, ce qui est voté, à quel moment, on ne peut agir. Ça ne sert à rien d'être « contre » si on ne peut ni l'expliquer à d'autres, ni taper au bon endroit. Autant se taper la tête contre les murs. Donc il faut apprendre, aider d'autres à apprendre, organiser, faire des alliances.

Et communiquer : on a de plus en plus besoin de choses visibles, qui intéressent les médias. Et ça, on le fait très mal. Il faut sortir des rituels. Faire une manif, c'est comme si je vous demandais de vous intéresser à la messe de 10 heures. Ça fait des années que je dis qu'avec 30 personnes, on peut faire quelque chose de visible, de drôle, et qui appuie là où ça fait mal.

Je propose ainsi depuis longtemps qu'on fasse non pas des « sit-in », mais des « laugh-in » [to laugh= rire, ndlr] : aller rigoler devant tel ministère, ou devant le Medef… Car ce qu'en France on craint le plus au monde, et surtout chez les hommes politiques, c'est le ridicule.

Il y a eu des initiatives de ce genre, comme Sauvons les riches. Ou l'opération Cantona, pour retirer son argent de la banque le même jour. Qu'en avez-vous pensé ?

C'était amusant, mais aussi une fausse bonne idée. Il ne comprenait pas comment fonctionnent les circuits financiers.

Nous travaillons sur une autre approche : « Pour changer la banque, changez de banque. » Mais nous n'avons pas demandé tout de suite aux gens de le faire, parce que la seule banque vers laquelle on conseillerait d'aller aujourd'hui est la Nef, qui n'a que 60 employés, aucune surface.

Ce ne serait pas sérieux. Mais cela peut changer : la Nef se rapproche aujourd'hui de la Banca Etica [une plus grosse banque en Italie, ndlr] et d'autres banques européennes.

Dans les initiatives à prendre, vous ne parlez pas du vote. Et vous considérez 2012 comme une préoccupation « secondaire ». Pourquoi ?

Pour moi, ces primaires au PS, c'est une énergie politique qui se perd. Je ne comprends pas la notion de primaire pour ce parti. C'est une idée importée des Etats-Unis, qui se comprend là-bas, mais qui n'a pas beaucoup de sens ici.

Mais ne peut-on pas aussi faire pression sur les grands partis à la veille d'une élection importante ? C'est ce qu'a fait Nicolas Hulot en 2007, par exemple…

Je me méfie des ambitions personnelles qui peuvent naître. Au sein des organisations comme Attac, on l'a déjà vu. Mais infléchir les programmes, ça oui, c'est notre vocation. C'est plus facile avec des célébrités comme Hulot… Nous organisons des réunions, en province notamment, dans lesquelles des partis de gauche sont présents.

Pour un pouvoir politique, quelle serait la première décision à prendre ?

Prendre le contrôle des marchés financiers, des banques. Ça crève les yeux. Ils font la pluie et le beau temps : il faut les mettre sous tutelle.

Est-ce réaliste de commencer dans un seul pays ?

[Silence] Question difficile. Je ne l'ai pas creusée, à ma grande honte.

Je laisserais les banques échanger des devises, mais elles seraient taxées sur les transactions. J'interdirais l'accès à la plus grande partie des dérivés, ce marécage. Certains dérivés servent d'assurance, très bien. Mais je suis très hostile aux dérivés « nus », qui permettent de s'assurer pour quelque chose qu'on ne possède pas. C'est un peu comme si je prenais une police d'assurance-incendie sur votre maison. J'aurais alors intérêt à la brûler…

C'est un peu ce qu'a fait Goldman Sachs…

Et d'autres ! Ce marché est colossal. C'est 600 000 milliards par an. L'investissement va dans les produits financiers sans passer par l'économie réelle. Il faut instaurer une loi Glass-Steagall [adoptée aux Etats-Unis après la crise de 1929, ndlr] pour les banques, pour séparer les activités de crédit et d'investissement.

Dans un pays, on peut aussi dire aux banques : « Vous allez prêter en priorité aux PME-PMI, surtout celles qui ont un projet écologique ou social. » C'est un contrôle du crédit, dans le sens où il y aurait des bénéficiaires prioritaires ; mais on ne va pas nationaliser toute l'économie.

Pourquoi encadrer le crédit de façon rigide ? On peut aussi imaginer des bonifications de crédit pour les PME.

Pourquoi pas, il faut étudier les meilleures suggestions, je ne suis pas économiste.

Y a-t-il des solutions internationales ?

Pour les paradis fiscaux, oui. Si on peut interdire à la Société Générale d'y avoir recours dans un seul pays, est-ce qu'en droit, on peut l'obliger à fermer sa succursale de Jersey ? Je ne suis pas sûre.

Je me suis demandé s'il était possible d'interdire aux agences de notation de noter les Etats. Mais aux Etats-Unis, la Cour suprême a estimé que le premier amendement les protégeait, au nom de la liberté d'expression.

Le G20 est-il un espace qui pourrait servir à quelque chose ?

Le G20 est illégitime. Il ne représente que les grands joueurs du système. Où est le G172 ?

Et l'Europe ?

Imposer une solution néolibérale d'une telle ampleur à la Grèce est une faillite politique et morale de l'Europe. On punit le peuple. C'est un sujet d'indignation.

Certains proposent aujourd'hui d'abandonner l'euro.

Il faut garder l'euro mais en le changeant. Je ne prendrai jamais la responsabilité de dire « sortons de l'euro », ce serait une catastrophe. Je crois qu'il faut plus de solidarité. Aujourd'hui, c'est classe contre classe, pas pays contre pays.

Emmanuel Todd défend la solution protectionniste…

Bien sûr qu'il faut du protectionnisme mais au niveau européen, pas au niveau français. Cette doctrine, le libre-échange, a été lancée à une époque où le marché, le territoire, le droit et le capital avaient les mêmes limites. Mais plaquez ce système dans un monde où le capital va à sa propre vitesse et où le droit est inexistant et vous mettez tous les travailleurs en concurrence. Je suis favorable à un protectionnisme raisonné.

Vous vous déclarez hostile aux milliardaires philanthropes….

Ce que fait Bill Gates contre le sida, c'est sans doute très bien, mais sa révolution verte [un programme controversé d'aide aux agriculteurs africains, ndlr] risque d'être une catastrophe en Afrique. Un milliardaire n'a pas à décider ce qu'il y a de mieux pour les peuples.

Si un milliardaire veut faire don de sa fortune, ça doit se faire en concertation avec des spécialistes locaux.

Ces milliardaires – Bill Gates, George Soros, ou Warren Buffet – peuvent-ils avoir un rôle utile dans la société ?

J'ai demandé à un ami américain qui a un pied dans ces milieux-là si lui ou quelqu'un d'autre pouvait enfin dire à Bill Gates que sa révolution verte serait une catastrophe. Il m'a répondu : « Nobody can say anything to Bill Gates » [« Personne ne peut dire quoi que ce soit à Bill Gates », ndlr].

Warren Buffet est un cas à part, il représente la vieille tradition. Dans ma ville, je me souviens que dès 10-12 ans, on devait faire des choses pour la communauté quand on était un privilégié. Aujourd'hui, l'exacerbation de l'intérêt individuel grandit.

J'ai parlé des Lumières justement parce que cet esprit-là se perd. Au sujet de l'importance de la cohésion sociale, le livre de Richard Wilkinson et Kate Pickett montre justement à quel point l'inégalité est mauvaise pour la société, à quelle point elle coûte cher. Les banlieues, les SDF, les gamins qui ne savent pas compter et écrire, ça coûte cher à la société. Il faut s'attaquer aux causes.

Vous proposez un curieux ordre des « chevaliers de l'environnement ».

C'est de la fantaisie. Il y a longtemps que je me demande comment mobiliser les riches pour quelque chose d'utile. Par exemple, on pourrait les encourager à être plus verts que leur voisin, plutôt qu'à se concurrencer sur le montant de leur fortune. Un ordre très fermé, très prestigieux récompenserait le plus vert. Une sorte de Nobel.

J'ai demandé à quelqu'un en Angleterre qui connaît le prince Charles si on pouvait réunir les têtes couronnées, ou leurs enfants, pour se réunir et remettre un prix de ce type-là dans le domaine écologique. Il m'a tout à fait découragée en me répondant que ces gens avaient des calendriers infernaux. C'était une idée comme ça.

Fitzgerald disait : « Les riches ne sont pas comme toi et moi » ; si on ne peut pas les prendre du côté de l'honneur et de la reconnaissance, que pouvons-nous leur donner d'autre ?

Avez-vous l'impression que votre pensée change ?

Je change de sujet mais je travaille toujours sur la même chose, le pouvoir. Ce qui m'a intéressée, au départ, c'est l'expression du pouvoir dans le Nord et ses relations avec le Sud.

J'ai changé de secteur après dix ans sur l'agriculture pour me tourner vers la dette. De fil en aiguille, après les effets du néolibéralisme, j'ai élargi mon centre d'intérêt, jusqu'à travailler sur les causes de cette doctrine complètement folle. C'est une religion, ou plutôt une secte : c'est la scientologie.

Je n'ai pas l'impression de radoter. Parfois, comme les autres, je désespère. Mais il faut agir contre ce sentiment.

Dans votre livre, vous écrivez ne pas croire à la révolution. Vous y avez cru ?

[Silence] Je ne sais pas si j'y ai cru. Autour de moi, on y a cru. En tout cas, j'ai toujours été non-violente. A Gênes et ailleurs, je trouvais que pour les mouvements altermondialistes, il était stratégiquement stupide de se confronter avec l'Etat là où il est le plus fort [lors du sommet de 2001, Carlo Giuliani, un manifestant, avait été tué, ndlr].

Peut-être que la révolution a encore du sens dans les pays où la démocratie n'existe pas. En Tunisie, s'ils arrivent à faire autre chose qu'une révolte, je dis bravo.

Par Zineb Dryef et Pascal Riché

mercredi 6 juillet 2011

A bord du «Dignité», en route pour Gaza

«Les chevilles dans le plastique, ça ne va pas être possible», déclare Olivier Besancenot, en pleine séance de bricolage. 11 heures ce lundi, dans un petit port grec. Le Dignité Al-Kamara, l’un des deux bateaux du comité français pour Gaza, a quitté à l’aube la crique industrielle près de la petite ville de Salamina où il s’était caché depuis trois jours. Dans une autre anse où il a fait une première étape, les passagers — parmi lesquels Besancenot, donc — tentent d’installer l’antenne satellite pour pouvoir communiquer avec le monde extérieur.

3 heures ce matin, Julien Rivoire, membre du NPA et l’un des porte-parole de la campagne appelle: «Réveille le capitaine, nous sommes de retour». Entre eux et la petite annexe qui fait le lien avec le bateau, des chiens de garde du port ou des entreprises adjacentes. Ils aboient violemment dans la nuit. Ils manquent de réveiller tout le quartier. Le Tunisien Omeyyaa Sedic et Julien Rivoire, munis des derniers chargements nécessaires, n’arrivent pas à passer. Dernier épisode d’une série d’événements tragicomiques qui ont rythmé la semaine de la flottille. «Nous, on n’est pas James Bond, on est OSS 117», essaye de s’en amuser Julien Rivoire en montant enfin sur le Dignité.
Plaisance

Dimanche soir, la décision a été prise. Elle fut longue à venir, entrecoupée d’appels vers l’Iniohos Hotel où se trouve le reste de la délégation. Un consensus émerge: le Dignité tentera de partir quoi qu’il arrive. Ce petit yacht de 13 mètres de long, ayant quitté la France dix jours plus tôt, a un statut «plaisance» et n’est théoriquement pas soumis à la même interdiction de départ que les autres embarcations de la délégation.

Vendredi, le bateau américain a tenté un départ seul. Samedi, son capitaine a été incarcéré. Il risquerait plusieurs années de prison pour être parti sans autorisation. Après plusieurs annonces bravaches, pour marquer leur détermination et leur volonté toujours aussi forte d’aller à Gaza pour apporter de l’aide humanitaire, les derniers comités ont fait défection les uns après les autres. Les capitaines des bateaux espagnol puis canadien ont annoncé qu’ils ne souhaitaient pas prendre autant de risques alors qu’ils étaient certains qu’ils ne pourraient pas faire plus de trente mètres. L’ancien président de Greenpeace France, Alain Connan, capitaine du principal bateau français le Louise Michel, après avoir longuement hésité, s’est rangé à cette position, peu attiré par les geôles grecques.

Il est allé demander l’autorisation de départ à la capitainerie. Refusée évidemment. Les passagers ont ensuite organisé une manifestation sur le pont du Louise Michel. Ils ont simulé un départ. Ils doivent tous porter plainte pour entrave à la liberté de circulation dans l’après-midi.
Parano

5 heures ce matin, le Dignité s’élance. Le soleil n’est pas encore levé. Quelques cargos se déplacent au loin. Autour de lui, deux ou trois carcasses qui rouillent depuis trop d’années, des ferrys peut-être prêts à partir mais qui semblent, à l’aube, désespérément immobiles. De douze bateaux, vingt-deux nationalités différentes et plusieurs centaines de passagers annoncés, la flottille est désormais réduite à trois hommes d’équipage, huit militants — outre Olivier Besancenot il y a aussi Nicole Kiil-Nielsen, député europe-écologie, Annick Coupé, porte-parole de l’union syndicale Solidaires, ou Nabil Ennasri, président du Collectif des musulmans de France — et un journaliste, l'auteur de ces lignes.

Le Dignité s’engage dans le chenal. Au loin, des phares, des ombres indistinctes, mais aucun garde-côte. Grande surprise chez les passagers. Ils étaient persuadés qu’ils étaient repérés et qu’une petite vedette surgirait soudainement d’entre deux cargos pour les stopper. Depuis deux jours, chaque mouette, chaque barque de pêcheur, chaque jet-ski avec des gros bras qui passent, chaque homme qui pisse dans la nuit sous l’éclairage blanchâtre du port est l’occasion de moment de parano.

A tribord rien. A babord, rien. Au loin derrière, déjà, les lumières d’Athènes. Le soleil apparaît entre deux collines. Après une semaine d’échecs où la désorganisation et les coups du sort se sont associés pour les garder à quai, pour la première fois le comité français réussit concrètement quelque chose en Grèce. Ils ont l’impression d’avoir déjouer les contraintes, même s’ils sont fatigués, même si la tension est de temps en temps palpable entre eux, même si les discussions et l’attente n’en finissent parfois pas.
Détermination

Certes, ils savent que ce petit bateau ce n’est pas grand chose. Qu’Israël, de toute évidence, a gagné la partie cette fois-ci et que le seul enjeu qui reste est de montrer qu’ils ont tout tenté, que ce n’est pas un «putain d’échec», comme le dit Besancenot. Certes, ils savent qu’il est peu probable qu’ils aillent jusqu’à Gaza, surtout seuls. A moins qu’un bateau grec se joigne à eux. Le comité piloté par Vengelis Pissias a annoncé qu’ils en avaient un nouveau, un troisième, une «surprise», que les autorités ne connaissent pas. Mais ils ont promis tellement de chose depuis le début de la semaine dernière…

Le Dignité vogue. Il atteindra les eaux internationales dans quelques heures s’il n’est pas arrêté par les garde-côtes avant. Là, ses passagers feront des déclarations officielles. Ils marqueront leur détermination contre le blocus de Gaza et dénonceront l’attitude de la communauté internationale contre eux. Ils annonceront alors la suite des opérations. S’il y a une suite.

REPORTAGE

Un bateau français avec quelques militants à bord, dont Olivier Besancenot et Annick Coupé, a finalement quitté Athènes et mis le cap sur Gaza malgré les embûches. La «Flottille pour Gaza» est ainsi réduite à sa plus simple expression. Le récit de notre envoyé spécial sur le pont du «Dignité».

Par QUENTIN GIRARD envoyé spécial à bord du «Dignité»

lundi 4 juillet 2011

Comment lutter contre une crise alimentaire ?

La hausse du prix des matières premières génère de nouvelles inquiétudes à travers le monde, dans les pays les plus pauvres, mais aussi en Occident. Il reste beaucoup à faire pour garantir l'accès à la nourriture.
Repères



Un cocktail explosif. La terre peut nourrir sept milliards d'habitants aujourd'hui, sans doute neuf ou dix milliards dans quarante ans. Comment, alors, expliquer le mouvement erratique des prix ? Les avis des économistes divergent sur le rôle de la spéculation. Pas d'accord non plus sur les solutions. Encadrer le marché, comme certains le réclament, et affirmer la souveraineté alimentaire des États ? Ou démanteler les derniers freins à la libéralisation du marché ? La question n'est pas seulement économique. Elle est aussi démographique, et environnementale, avec les incertitudes liées au réchauffement climatique. « Sans un accès sécurisé pour tous à la nourriture », l'économiste Thierry Pouch craint l'émergence de nouveaux conflits, qui pourraient déboucher sur des affrontements armés pour l'accès à l'eau et aux terres (1).

Le spectre des émeutes de la faim. « Méfiez-vous de notre faim et de notre fureur. » Vendredi, en Jordanie, des milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes du pays. En 2008, la flambée du cours des céréales avait provoqué des émeutes dans une trentaine de pays. Si les Français consacrent 15 % en moyenne de leur budget à l'alimentation, ce pourcentage peut grimper à 50 % et plus dans de nombreux pays du Sud.

Des conséquences pour le consommateur français. Quelle sera la répercussion de l'envolée du prix du blé, du colza, du café ou du concentré de jus d'orange pour le consommateur, en 2011 ? Pour des pâtes alimentaires, le blé compte pour 70 % dans le prix de revient. C'est 80 % pour l'huile de colza. Pas bon non plus pour les poulets nourris au grain. Les éleveurs et industriels vont essayer de répercuter ces hausses. Mais ils vont se heurter à la puissance des centrales d'achat de la grande distribution. Elles accusent les industriels de ne pas répercuter les baisses de cours des matières premières lorsqu'elles se produisent.

Dévastateur pour les filières animales. Les embardées du cours des céréales sont une très mauvaise nouvelle pour les filières d'élevage. L'Ouest de la France, première région de production animale en Europe, risque de s'enfoncer un peu plus dans la crise. Notamment les éleveurs de porcs. Déjà fragilisés par une crise qui dure depuis bientôt quatre ans, beaucoup ont des trésoreries exsangues.

P. M.

vendredi 1 juillet 2011

L'Elysée soupçonne la famille Ben Ali d'avoir fui la Tunisie avec 1,5 tonne d'or

La famille du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali s'est-elle enfuie de Tunisie avec 1,5 tonne d'or ? C'est la supposition de l'Elysée, qui se fonde sur des recoupements des services secrets français.

Selon eux, Leïla Trabelsi, la femme du président, se serait rendue à la Banque centrale de Tunisie chercher des lingots d'or. Le gouverneur aurait refusé et demandé un ordre écrit. Mme Ben Ali aurait appelé son mari, qui aurait d'abord lui aussi refusé, puis cédé. "Il semblerait que la femme de Ben Ali soit partie avec de l'or", explique un responsable politique français. "1,5 tonne d'or, cela fait 45 millions d'euros", poursuit-il.

Précision d'un conseiller de l'Elysée : "L'information vient essentiellement de source tunisienne, en particulier de la Banque centrale. Cela a l'air relativement confirmé."

A la banque centrale de Tunisie, on dément l'information. "Je n'ai reçu aucun ordre verbal ni écrit de sortir de l'or monétaire. Notre stock d'or n'a pas bougé", assure au Monde Maaledj Habib, directeur général de la caisse générale, des comptoirs et des systèmes de paiements.

Un membre haut placé des services secrets français apporte une explication après ce démenti : la scène aurait eu lieu non pas vendredi 14 janvier, date de la chute du régime, mais à la fin de l'année 2010. "La demande à la banque de Leïla Ben Ali aurait eu lieu en décembre. Mme Ben Ali a quitté la Tunisie une première fois en décembre. L'or se trouverait aujourd'hui en Suisse", explique cette source française.

Vendredi 14 janvier, Mme Ben Ali a pris un vol pour Dubaï, où elle a la plupart de ses avoirs, selon les Français, avant de repartir pour Djeddah. M. Ben Ali, lui, ne croyait pas sa chute aussi rapide. Pour preuve, selon Paris, il aurait enregistré une nouvelle allocution, qui n'a pas eu le temps d'être diffusée. Il n'aurait pas quitté le pays volontairement mais aurait été destitué.

INTERVENTION DE MOUAMMAR KADHAFI

L'armée et le chef d'état-major qui avait refusé de tirer sur la foule ont, selon les services européens, joué un rôle de premier plan dans la destitution de M. Ben Ali. "Le chef d'état-major lui a dit de partir, cela paraît confirmé", poursuit le conseiller de l'Elysée.

La manière dont M. Ben Ali a pu quitter le pays n'est pas claire. Pour éviter une issue violente, Paris estime que les services de sécurité libyens ont joué un rôle dans l'exfiltration de M. Ben Ali. Les propos de Mouammar Kadhafi – qui dit regretter l'issue de la crise tunisienne – tenus, ce dimanche, renforcent ce sentiment à l'Elysée.

Le mode de départ de M. Ben Ali comporte des incertitudes. Il semble s'être retrouvé dans l'espace aérien de Malte, sans plan de vol déterminé, attestant qu'il n'avait pas, à son départ précipité de Tunisie, de destination précise. Deux sources, l'une italienne, l'autre française indiquent que l'avion n'aurait pas reçu l'autorisation d'atterrir sur l'île. Selon une autre hypothèse, le président déchu aurait quitté Tunis en hélicoptère pour Malte, où il aurait récupéré son avion.

Les Français ont voulu prévenir toute arrivée de M. Ben Ali en France. "On a dit qu'on n'autoriserait aucun avion en provenance de Tunisie à atterrir sans avoir la liste de ses passagers", indique un autre conseiller de l'Elysée.

Selon un ministre français, la direction générale de l'avion civile a identifié un appareil ayant pour plan de vol Tunis-Paris. Paris aurait fait en sorte que l'avion atterrisse en Sardaigne. Vérification faite, il ne comportait pas de passager, en tout cas pas M. Ben Ali. Plusieurs plans de vol au départ de Tunis ont été communiqués vendredi pour brouiller les pistes sur la destination réelle de M. Ben Ali, indiquent des sources française et italienne.

Les membres de la famille de M. Ben Ali qui étaient arrivés en France sont repartis du Bourget, samedi soir, par un vol affrété par un proche du clan Ben Ali, en direction de Doha, au Qatar, indique Paris.

Arnaud Leparmentier

Rechercher dans ce blog

Chargement...

Messages les plus consultés

Archives du blog

Consultations de pages de la semaine précédente