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lundi 31 janvier 2011

Karachi : Balladur n'était «pas informé des commissions»

Edouard Balladur en mai dernier.
L'ancien premier ministre a également démenti avoir financé sa campagne pour la présidentielle de 1995 de manière illégale, selon un document révélé par le JDD, qui retrace son audition d'avril dernier devant les membres de la mission parlementaire.
L'ancien premier ministre Edouard Balladur a affirmé n'avoir «jamais été informé de l'octroi de commissions» lors de la signature de contrats d'armement liés au dossier Karachi, dans un document datant d'avril et cité samedi par le Journal du Dimanche.

Ce document retrace l'intervention d'Edouard Balladur le 28 avril dernier, lors de son audition devant les membres de la mission parlementaire enquêtant sur l'attentat de Karachi de mai 2002, qui avait fait quinze morts.

«Sur les causes de l'attentat qui a coûté la vie à onze de nos compatriotes, je ne suis pas en mesure d'éclairer la mission autrement que par les questions que je me pose […].Quant à l'hypothèse avancée par quelques-uns, tenant au fait que des commissions, qui auraient été promises à l'occasion de la signature en 1994 du contrat prévoyant la fourniture de trois sous-marins au Pakistan, n'auraient pas été intégralement versées à leurs bénéficiaires en raison de leur annulation par le gouvernement français en 1996, elle laisse perplexe», a-t-il déclaré devant les membres de la mission parlementaire. «En 1996, si j'en crois ce qu'écrit la presse, la quasi-totalité de ces commissions aurait déjà été versée, ce qui limitait le préjudice subi par leurs bénéficiaires ; de surcroît, on a du mal à s'expliquer qu'un motif de cet ordre puisse entraîner, six ans après, en 2002, et par mesure de rétorsion, l'assassinat de onze Français», a-t-il poursuivi, assurant n'avoir «jamais été informé de l'octroi de commissions». «Je n'avais pas à l'être car ce n'étaient pas des sujets qui étaient traités à Matignon […]».

Collecte

Au cours de cette audition, l'ancien premier ministre a également démenti une nouvelle fois avoir financé sa campagne pour l'élection présidentielle de 1995 de manière illégale. «Si […] ma campagne avait bénéficié de rétrocommissions à hauteur de dix millions de francs, cela constituerait un abus de biens sociaux au détriment de la DCN (Direction des constructions navales,ndlr), délit imprescriptible, alors que le Conseil constitutionnel en a validé le financement par une décision du 11 octobre 1995[…]».

Edouard Balladur a assuré qu'il avait dépensé 13 millions de francs en espèces alors qu'il avait le droit à 18 millions de francs. Ces espèces «provenaient des collectes effectuées dans les centaines de réunions publiques et de la contribution personnelle de tous ceux qui soutenaient ma campagne», a-t-il expliqué.

Dans l'enquête sur l'attentat de Karachi, des juges antiterroristes ont orienté leurs investigations vers la piste de représailles pakistanaises après l'arrêt des versements de commissions sur un contrat d'armement avec la France. Ces commissions pourraient avoir donné lieu à des rétrocommissions pour financer la campagne d'Edouard Balladur, selon des témoignages et des rapports versés au dossier. Des informations que l'ancien premier ministre avait déjà démenties en avril dernier dans une tribune publiée dans Le Figaro.

Par lefigaro.fr

dimanche 30 janvier 2011

Le GPS au secours de la police

Les smartphonesde dernière génération. Crédits photo : KIM JAE-HWAN/AFP
La possibilité de géolocaliser voitures, scooters et smartphones complique la vie des voleurs.

«La police technique, c'est vous !» Tel pourrait être le slogan à diffuser dans les commissariats depuis l'affaire dite de l'iPhone 4. Le 19 novembre dernier, Frédéric, un chef d'entreprise de 44 ans, se faisait dérober ce petit concentré de technologie signé Apple à la terrasse d'un café parisien du XIXe arrondissement.

Pour détourner son attention, un ado lui avait mis sous le nez une pétition, tandis qu'un complice en avait profité pour subtiliser le téléphone que la victime avait imprudemment posé sur sa table. Frédéric n'a pas cherché à leur courir après. Il s'est tranquillement rendu sur une console reliée à Internet pour taper l'adresse d'un site privé de géolocalisation des mobiles perdus ou volés sur lequel il s'était préalablement inscrit. Et en quelques clics, il a pu voir s'afficher, en temps réel, l'endroit exact où se trouvait son téléphone.

L'iPhone 4 scintillait à l'écran sur un plan de Paris, précisément au niveau de la voie 6 de la gare du Nord. Car les voleurs ne pouvaient l'éteindre s'ils voulaient s'en servir, ne disposant pas des codes d'accès pour le relancer. Savaient-ils seulement que ce mobile de dernière génération bénéficiait de la fonction GPS, qui permet de le situer avec une précision de dix mètres, comme la tablette iPad du même fabriquant, mais aussi d'autres smartphones d'autres marques ? Leur victime «technophile» n'avait plus qu'à appeler la police pour guider les enquêteurs jusqu'au point d'affichage de son iPhone, livrant au passage une précieuse description des auteurs. En les cueillant, ce jour-là, moins de 45 minutes après le vol, la BAC du Xe arrondissement a également pu récupérer, dans leurs poches, deux autres téléphones volés, bientôt restitués à leurs propriétaires. «Cette arrestation par géolocalisation en direct d'un smartphone est pour nous une première», reconnaît un commissaire du Xe arrondissement. Elle ouvre d'ailleurs des perspectives aux unités sur le terrain un peu partout en France. Car les vols de smartphones, ces téléphones mobiles «intelligents», qui font appareil photo, baladeur et même téléviseur, sont devenus un véritable fléau.

«Souhaitons que la technique de localisation GPS se vulgarise pour dissuader une bonne fois pour toutes les voleurs», se prend à rêver un responsable de la police d'agglomération parisienne. Le principe, en tout cas, fait déjà recette sur les voitures et même les scooters, où l'on peut apposer de discrets boîtiers miniatures qui permettent de signaler les déplacements des engins.

La section automobile de la brigade de répression du banditisme, à Paris, a pu solutionner nombre d'affaires grâce à ces nouvelles technologies. «Les prestataires privés avec lesquels nous sommes en contact fournissent des dispositifs de plus en plus élaborés», confie un enquêteur. Il est aussi possible, sur certaines applications, de suivre l'évolution de son engin volé sur l'écran de son téléphone portable. Un «bouton panique» peut aussi être enclenché pour donner sa position exacte au moment de l'agression. Les coordonnées seront alors immédiatement transmises par le prestataire de sécurité à l'unité de police du secteur. Autre astuce imaginée : une alerte envoyée par SMS ou un message vocal, dès que votre véhicule bouge, lorsqu'il stationne, par exemple, dans la rue au pied de votre résidence.

Reste à savoir si la justice suivra en cas d'augmentation du nombre des interpellations en flagrant délit. Dans l'affaire de l'iPhone 4, les deux jeunes, de 16 et 17 ans, pourtant «réitérants», auront le temps de méditer sur la sanction en toute liberté. L'un a été remis dehors après avoir fait l'objet d'un rappel à la loi. L'autre a bénéficié d'un classement sans suite…

Par Jean-Marc Leclerc

samedi 29 janvier 2011

La diplomatie mondiale ébranlée par WikiLeaks

Les documents fournis par WikiLeaks révèlent entre autres que la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a demandé aux Américains en poste à l'ONU de réunir le maximum d'informations confidentielles sur les diplomates des autres pays.

Crédits photo : Charles Dharapak/AP

Plusieurs médias occidentaux ont commencé à révéler le contenu des 250.000 rapports diplomatiques américains que leur a communiqués le site WikiLeaks.

Les gouvernements des grands pays du monde tremblent ou s'indignent, mais peu sont épargnés. Dimanche, cinq titres de la presse internationale - The New York Times, Le Monde (France), The Guardian (Grande-Bretagne), El Pais (Espagne) et Der Spiegel (Allemagne) ont publié des documents diplomatiques américains fournis par le site Wikileaks, dont beaucoup sont classés «secret». Quelque 251.287 «câbles» (rapports NDLR), couvrant une période allant de 1966 à février dernier, ont ainsi été mis en ligne. Et certains pourraient s'avérer gênants pour de futures rencontres entre les Etats-Unis et leurs partenaires.

La Maison Blanche a condamné dimanche «dans les termes les plus forts» la publication «irresponsable et dangereuse» de ces documents, affirmant que l'initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus. Le site créé par Julien Assange a justifié de son côté sa démarche en expliquant avoir voulu souligner la contradiction entre la position officielle américaine et «ce qui se dit derrière les portes closes».

Le Figaro dresse un florilège des révélations les plus importantes.

• Les dirigeants du monde vus par Washington :

Nicolas Sarkozy est jugé «susceptible et autoritaire» par l'ambassade des Etats-Unis, qui souligne les manières abruptes qu'adopte selon elle le dirigeant français avec ses collaborateurs.

Silvio Berlusconi est décrit par un diplomate américain de haut rang comme «irresponsable, imbu de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne». Un autre câble le décrit comme «faible physiquement et politiquement» et affirme que ses habitudes de faire la fête jusqu'au bout de la nuit l'empêchent de récupérer.

Angela Merkel aurait pour sa part «peur du risque» et manquerait «d'imagination».

Le président afghan Hamid Karzaï est qualifié «d'extrêmement faible» et enclin à se laisser convaincre par des théories du complot.

Mouammar Kadhafi «dépend presque obsessivement d'un petit noyau dur d'hommes de confiance», selon un câble, et ne saurait voyager sans une infirmière ukrainienne à la poitrine avantageuse. Le dirigeant a aussi peur de survoler l'eau et de se rendre dans les étages d'un immeuble.

Dmitri Medvedev est «le Robin du Batman joué par Poutine», selon l'ambassade des Etats-Unis à Moscou, faisant allusion au jeune comparse du héros de bande dessinée, pour souligner que c'est en fait le premier ministre, Vladimir Poutine, qui détient le pouvoir en Russie.

• Les dessous du monde diplomatique :

La vision française du monde. Dans un entretien en septembre 2009 avec un haut responsable américain, le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte, se serait exprimé franchement sur les régimes que la France n'apprécie guère. Il a qualifié l'Iran d'État«fasciste» et le président vénézuélien, Hugo Chavez, de «fou» qui transforme son pays en un «autre Zimbabwe».

La vente de Mistral à Moscou. Les Etats-Unis ont fait part en février à la France de leurs «inquiétudes» face au projet de vente de navires de guerre Mistral à la Russie. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a expliqué au ministre de la Défense Hervé Morin que les inquiétudes des Etats-Unis n'étaient pas liées aux capacités des navires mais au «message» politique d'une telle vente, notamment vis-à-vis des pays d'Europe de l'Est qui «se méfient toujours beaucoup de la Russie et ne savent pas jusqu'où ils peuvent faire confiance à l'Occident».

Les missiles iraniens. L'Iran a acquis auprès de la Corée du Nord des missiles pouvant atteindre l'Europe de l'Ouest. En décembre 2009, Israël pousse les États-Unis à la fermeté contre le programme nucléaire de l'Iran, affirmant que la stratégie de la «main tendue» à Téhéran «ne marchera pas». Tout aussi pugnaces sont les voisins arabes de l'Iran. Le roi Abdallah d'Arabie saoudite conseille à Washington de «couper la tête du serpent». Un autre prince du Golfe estime que «le danger de laisser se poursuivre ( le programme nucléaire iranien) est supérieur à celui de le stopper.»

Les valises de l'Afghanistan. Washington a découvert que, lors d'une visite dans les Émirats, le vice-président afghan, Ahmed Zia Massoud, transportait 52 millions de dollars en liquide, dont «l'origine et la destination» restent inconnues.

Le soutien au terrorisme. Des donateurs saoudiens restent les principaux soutiens financiers des groupes extrémistes sunnites comme al-Qaida. Un diplomate américain signifie à la Slovénie qu'elle doit accueillir un détenu de Guantanamo pour obtenir une rencontre avec Barack Obama.

L'espionnage à l'ONU. Les diplomates américains en poste aux Nations unies à New York sont priés d'espionner leurs collègues, y compris les représentants de pays alliés, afin d'obtenir «toute information biographique et biométrique», leurs «empreintes digitales, photographies faciales, ADN et scanners de l'iris», sans oublier les numéros de leurs cartes de crédit, mots de passe Internet et tout autre détail privé qu'ils pourraient obtenir.

Le piratage depuis la Chine. Le politburo du Parti du peuple a ordonné une opération concertée de piratage informatique menée par ses fonctionnaires, des sociétés privées et des délinquants recrutés par ses soins. Depuis 2002, ils ont infiltré les ordinateurs du gouvernement américain et d'autres pays occidentaux, ainsi que ceux de Google en janvier dernier.

Les cadeaux entre l'Italie et la Russie. En 2009, les diplomates américains en poste à Rome décrivent les relations extrêmement étroites entre le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, et le premier ministre russe, Vladimir Poutine, incluant des «cadeaux somptueux», des contrats juteux et un(e) «intermédiaire de l'ombre».

Par lefigaro.fr

vendredi 28 janvier 2011

Les Espagnols n'achètent plus, ils réparent

Madrid. De notre correspondante

Depuis l'arrivée de la crise, « les Espagnols recyclent tout ce qu'ils peuvent », remarque José Luis García, 48 ans, propriétaire d'un magasin d'informatique, situé dans le nord du pays. Résultat ? La vente d'ordinateurs est paralysée : « On ne vend pratiquement plus rien. Les gens viennent faire réparer tout ce qu'ils peuvent. On a même réparé un Pentium 3 vieux de dix ans ! », remarque-t-il.

Les habitudes de consommation ont changé : « Avant, les gens achetaient, puis jetaient. Maintenant, ils sont davantage disposés à dépenser 70 € ou 80 € pour faire réparer leur ordinateur plutôt que d'en dépenser 500 € pour un neuf ».

José Maria, 43 ans, propriétaire de la quincaillerie Lavapies, dans un quartier populaire madrilène, fait le même constat : « Les ventes ont baissé, mais on a environ entre 10 et 15 % de demandes de réparation de plus que l'année dernière. »

On se frotte les mains dans le magasin de bicyclettes Otero, l'un des plus anciens d'Espagne, situé dans le quartier de La Latina, à Madrid. Jesus, le chef de l'atelier de réparation, a embauché « quatre nouveaux mécaniciens pour faire face à la demande croissante des réparations ».

En attendant la sortie de crise

Avec le recul, José Luis, le propriétaire du magasin d'informatique, ne regrette finalement pas trop le temps du neuf. « Pour moi, c'est devenu plus rentable de réparer que de vendre. Ma marge de bénéfices a augmenté, car je n'ai plus besoin d'acheter les marchandises. Tout est dans la main-d'oeuvre. »

Marcelo Serrano, un Argentin de 39 ans qui a quitté son pays, il y a trois ans, pour un travail dans la construction à Malaga (Andalousie), juge que ses collègues espagnols ont eu un peu de mal à s'adapter. « Par manque d'habitude, déduit-il. Nous, en Argentine, les crises, on connaît ! » Lorsqu'en Espagne le secteur du bâtiment s'est écroulé, Marcelo s'est rapidement retourné : « J'ai lancé un service de restauration de meubles. Les clients affluent... »

L'Andalousie est l'une des régions où le secteur de la construction a été le plus touché par le chômage. « Ici, la crise a détruit toute l'industrie de la région. Les Espagnols s'adaptent, en attendant de trouver la sortie de crise », remarque Marcelo l'Argentin.

Isabelle BIRAMBAUX.

jeudi 27 janvier 2011

Les révélations de Wikileaks mettent à nu la diplomatie mondiale

Cinq grands titres de la presse mondiale, dont le journal Le Monde, ont commencé à divulguer dimanche une partie des 250 000 documents du département d'Etat que leur a communiqués le site WikiLeaks et qui jettent une lumière crue sur les coulisses de la diplomatie américaine.
Malgré les mises en garde de l'administration américaine, et de l'Italie, qui a parlé d'un «11 septembre diplomatique», Le Monde en France, le New York Times, le Guardian en Angleterre, El Pais en Espagne et Der Spiegel en Allemagne ont livré des premières révélations, assorties de commentaires embarrassants sur de nombreux dirigeants du monde.

La tournée qu'entame la secrétaire d'Etat Hillary Clinton en Asie centrale et à Bahrein s'annonce du même coup délicate. La Maison blanche a condamné un «acte irréfléchi et dangereux» qui, selon elle, met en danger des vies et risque de porter atteinte à des pays amis.

De son côté, Wikileaks a déclaré que son site avait subi une attaque informatique. Aucun des câbles diplomatiques ne pouvait y être lu lundi matin, mais certains d'entre eux ont été mis en ligne par les cinq journaux informés.

«Coupe la tête du serpent»

Parmi les révélations de WikiLeaks, on apprend que l'Iran a acquis auprès de la Corée du Nord des missiles de technologie avancée lui permettant d'atteindre l'Europe occidentale. Ou encore que le roi

Abdallah d'Arabie Saoudite a plusieurs fois exhorté Washington à lancer des frappes contre le programme nucléaire de l'Iran afin de «couper la tête du serpent».

On lit également que le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, lors d'une rencontre avec le ministre de la Défense français Hervé Morin en février 2010, a dit penser que des frappes militaires à l'encontre de l'Iran ne feraient que retarder d'un à trois ans sa quête de l'arme atomique.

D'autres messages montrent que des donateurs saoudiens restent les principaux financiers d'organisations radicales comme Al Qaïda, ou encore que des agents du gouvernement chinois ont mené une opération coordonnée d'attaques informatiques visant les Etats-Unis et leurs alliés. Intéressant, mais pas fracassant.

Période 2004-2010

Le Monde précise qu'il a pu étudier avec les autres journaux 251 287 documents diplomatiques, portant à 90% sur la période 2004-2010, dont 16 652 classés secret et 101 748 classés confidentiel. Aucun document «top secret» ne figure dans le lot.

Selon le journal français, certaines directives adressées aux ambassades montrent qu'il est demandé aux diplomates américains de se procurer les données personnelles et même l'ADN de divers diplomates et dignitaires étrangers, dirigeants de l'Onu, militants d'ONG, à des fins de renseignement.

Sarkozy susceptible

Les câbles évoquent aussi certains dirigeants étrangers en des termes crus ou ironiques et leur divulgation met à mal le principe de confidentialité, vital pour les diplomates en quête d'informations.

La chancelière allemande Angela Merkel est ainsi qualifiée de dirigeante qui évite de prendre de risques et manque souvent d'imagination. Le président français Nicolas Sarkozy est décrit comme une personnalité susceptible et autoritaire et le président du Conseil italien Silvio Berlusconi de dirigeant incapable et inefficace.

D'où viennent les fuites

L'origine de cette fuite massive, qui survient après la divulgation de notes militaires confidentielles américaines sur l'Irak et l'Afghanistan, n'est pas officiellement connue. Mais les soupçons des autorités américaines se concentrent sur le soldat Bradley Manning, ancien analyste de données pour l'armée américaine en Irak, qui est en détention.

Le Pentagone a dit avoir pris «une série de mesures pour empêcher que de tels incidents se reproduisent à l'avenir», a déclaré Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone.

Les experts sont divisés sur l'impact de ces fuites. La plupart jugent qu'ils ne vont probablement pas bouleverser la donne internationale, mais sans doute modifier certaines pratiques ainsi que la communication des informations.

Le Monde a justifié la publication. «Ces documents, même illégalement transmis à Wikileaks, risquant à tout moment de tomber dans le domaine public, Le Monde a considéré qu'il relevait de sa mission d'en prendre connaissance, d'en faire une analyse journalistique et de la mettre à la disposition de ses lecteurs», dit un communiqué du journal.

Il précise que des noms ont été occultés pour protéger les personnes. D'autres publications, notamment concernant la France, sont annoncées ces prochains jours par Le Monde.

Ouest France

mercredi 26 janvier 2011

Karachi (2) : au conseil constitutionnel, Debré fait barrage

Suite aux révélations de Charles Millon et face à la pression des familles des victimes de l'attentat de Karachi, survenu en 2002, le gouvernement multiplie, de façon très précipitée, les promesses de déclassification des documents concernant le Karachigate.
Dans les faits, lever le secret défense, accéder aux archives du Conseil constitutionnel ou aux travaux d'une mission parlementaire est un vrai rocher de Sisyphe.
Parmi les missions du Conseil constitutionnel: le contrôle des comptes de campagne des candidats à l'élection présidentielle ce qui explique l’apparition de cette vénérable institution dans l’affaire Karachi.

A l'automne 1995, le Conseil, décide de valider les comptes de campagne d'Edouard Balladur, ne suivant pas les recommandations du rapporteur qui avait recommandé de ne pas valider ces comptes en raison de versements importants et injustifiées de sommes en liquide.
Interrogé par Le Monde, en octobre, Roland Dumas disait ne pas souvenir d'avoir infirmé le rapport des rapporteurs, réfutant tout problème sur les comptes de campagne d'Edouard Balladur. Alors que les juges d'instruction se font de plus en plus pressants pour accéder aux délibérations du Conseil constitutionnel de l'époque, l'ancien président du Conseil constitutionnel fait marche arrière, il demande désormais, la publication du procès verbal des débats.

De son côté, Jean-Louis Debré, actuel président du Conseil constitutionnel, fait valoir que la loi impose le secret des délibérations pendant 25 ans. Or, contrairement à ces affirmations, l’article 3 de la loi organique sur le conseil constitutionnel prévoit que les membres du conseil « jurent de bien et fidèlement remplir leurs fonctions, de les exercer en toute impartialité dans le respect de la Constitution et de garder le secret des délibérations et des votes et de ne prendre aucune position publique, de ne donner aucune consultation sur les questions relevant de la compétence du Conseil » mais sans mentionner la durée du secret.

En revanche, le 9 juillet 2008, par sa décision le conseil constitutionnel a statué sur la loi organique du 7 novembre 1958 relative aux archives fixant à 25 ans le délai d'accès aux archives du Conseil. Si en théorie, les chercheurs ou les juges sont susceptibles d’obtenir des dérogations, en 1998, la juge Perdrix qui demandait communication de pièces relatives aux délibérations du Conseil constitutionnel avait vu sa demande refuser au prétexte que les délibérations du conseil Constitutionnel sont couvertes par le secret. CQFD.

Au-delà c'est une véritable course contre la montre qui se joue. Si le juge Van Ruymbeke a estimé recevable la plainte des victimes, le parquet estime qu'il y a prescription. La Cour d'Appel rendra son verdict en décembre. On saura alors si le juge peut, ou non, continuer son enquête.

Les missions parlementaires discrètes
Dernier rempart à « l’avènement de la vérité » le président de l’assemblée nationale s’est à plusieurs reprises refusé à communiquer au juge Trévidic les documents de la mission parlementaire, arguant du principe de la séparation des pouvoirs. Selon Bertrand Warusfel : « Les notes d’audition relèvent du secret parlementaire opposable à un juge dans le cadre d’une instruction pénale et qui est puni pénalement. Mais le secret doit être notifié dans le rapport de la mission ».
A priori, dans ce cas d’espèce, nulle mention que la mission parlementaire sur Karachi ait travaillé sous le « sceau de la confidentialité ».

Bernard Cazeneuve, le rapporteur de la mission déclarait, il y a peu sur Europe 1 que la mission avait simplement pris « l’engagement devant ceux que nous avons auditionné de ne pas publier les auditions. Transmettre les auditions au juge d’instruction, c’est les couvrir par le secret de l’instruction. On m’explique que le secret de l’instruction n’exlique plus. Je fais donc une proposition concrète d’apaisement au président de l’assemblée nationale : autorisons le juge Trévidic à venir consulter ces documents à l’assemblée nationale, il pourra avoir accès aux informations qui l’intéresse. Ce ne sera pas dans le dossier de l’instruction, il n’y aura pas de risques de fuites et notre engagement aura été respecté ».

La proposition n’a guère séduit Bernard Accoyer qui campe sur ses positions. La fronde parlementaire s’organise. Dans une lettre au juge Trévidic, rendue publique jeudi, le député PCF du Nord Jean-Jacques Candelier s'est dit prêt à remettre à la justice les procès-verbaux de la mission d'enquête parlementaire sur l'attentat de Karachi, dont il a été membre : « je suis informé de votre volonté d'accéder aux verbatim de la mission d'information sur les circonstances entourant l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi, mission dont j'ai été membre ». Rappelant que le magistrat est soumis au secret de l'instruction, il l'informe qu'il se tient à son « entière disposition » pour lui « communiquer les différents P-V » de la mission en sa possession. Bernard Cazeneuve a critiqué cette décision.

Régis Soubrouillard

mardi 25 janvier 2011

WikiLeaks : l'Iran dénonce "une campagne de guerre d'information"

Comme il y a quelques mois les documents sur la guerre en Irak et en Afghanistan, les révélations de WikiLeaks publiées dimanche par plusieurs journaux, dont Le Monde, mettent Washington dans l'embarras et jettent une lumière crue sur la diplomatie états-unienne. Appel du roi Abdallah d'Arabie saoudite aux Etats-Unis pour qu'ils attaquent l'Iran ; informations selon lesquelles ce pays a obtenu auprès de la Corée du Nord des missiles très performants ; demandes d'espionnage de responsables de l'ONU ; jugements peu amènes sur les principaux dirigeants mondiaux... Les documents ont déclenché une onde de choc aux conséquences encore imprévisibles.

Pour le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, cité dans de nombreux documents, ces câbles sont "sans valeur" et ont un objectif "malveillant". Plusieurs messages font notamment état des inquiétudes de pays arabes vis-à-vis de l'Iran. D'autres se penchent sur les liens entre Téhéran et le Hezbollah.

"Ces documents ont été préparés et diffusés par le gouvernement américain selon un plan et dans un objectif précis. Ils font partie d'une campagne de guerre d'information [contre l'Iran], mais n'auront pas l'impact politique désiré" par Washington, a affirmé le président iranien.

Jusqu'au bout, les Etats-Unis ont tenté de différer la publication de ces mémorandums diplomatiques confidentiels. Dans le même temps, les ambassades américaines multipliaient les contacts pour prévenir les pays mis en cause des révélations potentielles. Dimanche, la Maison Blanche a condamné "dans les termes les plus forts" la publication "irresponsable et dangereuse" de ces documents, insistant sur le fait que "de telles révélations font courir des risques à nos diplomates, aux membres de la communauté du renseignement, et aux gens du monde entier qui font appel aux Etats-Unis pour les aider à promouvoir la démocratie et un gouvernement transparent". Le Pentagone a également condamné la publication des documents "obtenus illégalement" et averti qu'il avait pris des mesures "afin que de telles fuites ne se reproduisent pas".

"IRRESPONSABLE"

Une position reprise par les principaux alliés de Washington. Londres a ainsi condamné "toute publication non autorisée d'informations classifiées", estimant qu'elle pouvait "mettre à mal la sécurité nationale". En France, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a déclaré, lundi, que Paris était "très solidaire de l'administration américaine" contre la publication des documents, qu'il considère comme une "menace" visant "l'autorité et la souveraineté démocratiques". La France ne confirme "aucun des propos attribués à des autorités et des diplomates français" dans les documents publiés depuis dimanche par WikiLeaks, et déplore la divulgation "irresponsable" de correspondances diplomatiques états-uniennes, a indiqué lundi le Quai d'Orsay.

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a estimé de son côté, lundi sur France Inter, que la publication de ces milliers de documents posait "un vrai problème". "Le fait que l'on puisse donner de la transparence à un certain nombre de pratiques et de faits qui sont contraires aux valeurs que nous défendons, tout cela me va très bien", a-t-il dit, citant notamment "les abus de comportement en Afghanistan". "En revanche, le dévoilement tous azimuts, sans tri particulier, de télégrammes de diplomates, pose un vrai problème".

"PAS UNE TRAGÉDIE"

La Russie éprouve du "regret", mais ne fait pas une "tragédie" de la publication de notes diplomatiques américaines peu flatteuses à l'endroit du régime russe, a déclaré lundi un responsable russe haut placé lors d'un point de presse. "La diplomatie se fonde sur la confiance, parfois on se dit des choses qu'on ne dit pas en présence de la presse", a poursuivi la source russe, qui estime que les diplomates russes étaient "plus prudents". "J'espère qu'il n'y a rien d'inattendu pour la politique extérieure russe qui puisse nous étonner ou ébranler notre analyse sur tel ou tel sujet", a-t-elle souligné.

WikiLeaks "rend le monde moins sûr" parce qu'il y a un "besoin" de conserver des communications secrètes, a critiqué pour sa part, lundi, le ministre des affaires étrangères suédois, Carl Bildt. "Cela va affaiblir la diplomatie à travers le monde. Cela va affaiblir la diplomatie en général, mais en premier lieu la diplomatie américaine", a-t-il dit à la radio publique suédoise.

Les Nations unies n'ont pas voulu commenter les documents faisant état de demandes de collectes d'informations sur ses fonctionnaires, mais elles ont souligné compter "sur le respect par les Etats membres" de leurs privilèges et immunités. Avant même la publication de ces documents, le ministre des affaires étrangères italien, Franco Frattini, avait évoqué un "11-Septembre de la diplomatie mondiale."

Après avoir été victime d'une attaque 'DDoS' (attaque par déni de service, qui consiste à saturer un serveur de requêtes pour rendre un site inaccessible) selon le compte Twitter du site, dimanche soir, WikiLeaks.org était à nouveau accessible lundi matin. WikiLeaks doit publier l'ensemble des documents qui ont servi de base aux articles publiés par Le Monde, El Pais, Der Spiegel, le Guardian et le New York Times.

Les médias qui ont diffusé les informations extraites des mémos de WikiLeaks ont utilisé ces données de différentes manières. Le Spiegel allemand publie ainsi une carte du nombre de mémos par pays. Le New York Times rapporte dans son édition en ligne les dessous d'un incident diplomatique récent : le "hacking" de Google, qui aurait été commandité directement par le comité central du Parti communiste chinois. Le Guardian anglais se concentre, lui, sur la vision qu'a la diplomatie américaine de quelques leaders mondiaux. Le Monde publiera d'autres articles issus des "fuites" de WikiLeaks dans les jours qui viennent.

Le Monde.fr, avec AFP et Reuters

lundi 24 janvier 2011

Castro fustige l'"empire" et le capitalisme devant des milliers de Cubains

Le dirigeant communiste cubain Fidel Castro a fustigé mardi l'"empire barbare" des Etats-Unis et le capitalisme dans un discours prononcé devant des milliers de personnes à l'occasion du 50e anniversaire de la création des Comités de défense de la Révolution (CDR).

"Notre révolution a été confrontée au plus puissant empire au monde, l'empire yankee (...) C'est un empire barbare et plusieurs de ses dirigeants sont des barbares (...) C'est l'empire le plus belliqueux", a déclaré à la tribune le "commandant en chef", 84 ans, portant sa veste et sa casquette vert-olive.


Fidel Castro, dont le pays est sous embargo américain depuis 48 ans, a prononcé un discours de trois quarts d'heure avant de parler, de façon improvisée, pendant encore une demi-heure devant le Musée de la Révolution à La Havane, où il avait annoncé le 28 septembre 1960 la création des CDR, un "système de vigilance collective" pour défendre la Révolution.

"Le capitalisme n'a aucune valeur morale, il n'a rien d'éthique, tout est commercial. On ne peut éduquer ainsi un peuple, on le convertit en égoïste et en bandit dans certains cas", a estimé Fidel Castro.

Il s'agissait de la deuxième grande manifestation présidée en moins d'un mois par le père de la Révolution de 1959 depuis que, malade, il a été contraint de céder la présidence à son frère Raul en juillet 2006.

Fidel Castro, qui se consacrait depuis à l'écriture de "réflexions" sur l'actualité, a multiplié depuis juillet les apparitions publiques pour évoquer les risques d'une guerre nucléaire entre les Etats-Unis, leur allié israélien et l'Iran.

Il a dit espérer mardi que le "petit monsieur" Barack Obama, le président américain, se garde de déclencher une attaque contre l'Iran, sur la sellette pour son programme nucléaire.

Considérés comme les "yeux et les oreilles de la Révolution", les CDR ont été constitués pour notamment dénoncer les "ennemis de la révolution". Il s'agit de la plus importante organisation collective de Cuba avec environ huit millions de membres sur une population totale de 11,3 millions d'habitants

http://www.almanar.com.lb http://www.almanar.com.lb

dimanche 23 janvier 2011

Karachi : M. de Villepin confirme l'existence de "commissions illégitimes"

Entendu pendant plus de quatre heures par le juge Renaud Van Ruymbeke, jeudi 25 novembre, l'ancien premier ministre, Dominique de Villepin, a précisé les circonstances qui ont conduit l'ancien président de la République, Jacques Chirac, à interrompre, dès 1995, le versement de commissions promises à des officiels pakistanais, mais aussi libanais, en marge du contrat Agosta. Le Monde a pu consulter son procès-verbal d'audition.

"Dès son investiture comme chef de l'Etat, son [Jacques Chirac] attention a été attirée par des responsables étrangers sur des pratiques anormales qui avaient pu se développer au cours des années précédentes. C'est avec ce seul objectif qu'il est intervenu. Il n'a jamais été question, à aucun moment, d'enquêter sur les financements politiques ou des personnes politiques. Ensuite, en ce qui concerne le cadre de l'intervention présidentielle, Jacques Chirac a souhaité poser un cadre technique confidentiel. La question à laquelle il souhaitait avoir une réponse était la suivante : y a-t-il eu des commissions illicites, voire des rétro-commissions, dans les différents contrats signés par la France ?"

"Enfin, l'intervention du président a comporté trois temps : le premier temps, c'est la demande formulée directement auprès de Charles Millon [ministre de la défense], dans le cadre confidentiel et technique que j'ai indiqué. Le deuxième temps, c'est au terme des vérifications, les conclusions apportées par le ministre de la défense au président de la République quelques mois plus tard. Jacques Chirac m'a demandé de m'associer à l'entretien qu'il avait avec son ministre de la défense."

COMMISSIONS ILLÉGITIMES

"Lors de cet entretien, trois points ont été mis en avant pour souligner les très forts soupçons qui existaient de commissions illégitimes, voire de rétrocommissions, à partir de l'examen des différents contrats et du suivi de ces commissions".

Sont alors abordés les deux contrats posant problèmes, Agosta et Sawari II. D'après M. de Villepin, plusieurs anomalies sont constatées : "les intermédiaires non pakistanais ou non saoudiens apparaissaient, selon l'examen qui avait été fait, sans véritable lien avec ces marché mais imposés par le ministère de la défense et ayant des liens avec des personnalités publiques françaises, les modalités financières de commissions apparaissaient exorbitantes, qu'il s'agisse des montants ou des versements anticipés qui avaient été prévus, le calendrier lui même ayant conduit au choix de ces intermédiaires montrait qu'ils n'intervenaient qu'au dernier moment alors même que ces contrats apparaissaient très largement bouclés".

En ayant examiné ces points, l'Elysée aurait pris sa décision : "sur cette base, le président de la République a décidé d'arrêter la partie des commissions qui apparaissait illégitime et non justifiée ".

"NOUS N'AVIONS AUCUNE PREUVE FORMELLE"

Concernant l'identité des bénéficiaires de ces rétro-commissions, l'ancien premier ministre ne souhaite pas être trop précis. "Je ne peux que m'en tenir aux indications telles qu'elles nous ont été données à l'époque (…) Ce réseau d'intermédiaires, selon les conclusions de la vérification opérée, imposé par le précédent ministère de la défense avait des liens avec des personnalités publiques françaises. Le suivi des commissions, tel qu'il avait été opéré par la DGSE, faisait ressortir de forts soupçons de rétro commissions. Il s'agissait davantage de financement politique de tel ou tel parti soutenant la majorité du premier ministre de l'époque [Edouard Balladur], que d'un financement spécifique de la campagne présidentielle, d'autant qu'il était aisé d'imaginer qu'il avait pu être abondé par les fonds secrets de Matignon".

L'ancien premier ministre précise que des écoutes téléphoniques ont été mises en œuvre par le ministère de la défense, afin de déterminer le rôle exact joué par des intermédiaires imposés par l'entourage de M. Léotard. Dans ces interceptions téléphoniques, "ces intermédiaires évoquaient leurs relations avec des personnalités publiques françaises (…) Dans les noms évoqués, il y avait à la fois des ministres et des membres de l'entourage des ministres. Il s'agissait de ministres du précédent gouvernement [dirigé par Edouard Balladur] et des membres de leur entourage".

M. de Villepin estime qu'il n'était en aucun cas question de tarir les sources de financement de son rival Edouard Balladur : "l'objectif de Jacques Chirac n'était pas de régler des comptes politiques", assure-t-il. Il dit également qu'il ne disposait pas de faits, mais d' "hypothèses" bâties "à partir d'une intime conviction". Et il conclut : "nous n'avions aucune preuve formelle ".
Gérard Davet

samedi 22 janvier 2011

Voir : Fin de concession, de Pierre Carles

Après s’être consacré ces dernières années au Professeur Choron, aux anarchistes, au monde du travail et plus spécifiquement à ceux qui y résistent, Pierre Carles retrouve, avec son nouveau documentaire - Fin de concession - son sujet de prédilection : la critique des médias.
Le film de PIERRE CARLES " fin de concession "
envoyé par cocobrownlasectedupal. - L'info video en direct.

Voici une présentation du film, suivie d’extraits d’un entretien avec Pierre Carles, tout droit sorti du dossier de presse du film qui nous a été transmis (acrimed).
Douze ans après Pas vu, pas pris, le réalisateur s’interroge : comment TF1 a-t-elle pu tomber entre les mains de Francis Bouygues et de ses acolytes ? Et surtout : comment se fait-il que cette concession ait toujours été reconduite depuis, alors que les engagements initiaux n’ont pas été respectés ? Avec l’ambition de trouver réponse à ces questions, Pierre Carles remet donc le couvert et s’en va cuisiner quelques personnalités de premier plan dans l’histoire de la télévision française, employant le même procédé que du temps de Pas vu, pas pris : c’est-à-dire en filmant leurs réponses quand il leur pose des questions qui devraient, selon sa logique, les mettre dans une situation embarrassante.
À son grand désarroi – mais aussi à celui de sa productrice -, les entretiens réalisés ne lui permettent pas d’obtenir, comme jadis, les effets de dévoilement escomptés. Faute d’avoir pu soulever le moindre lièvre médiatique, le réalisateur s’arrête un temps pour constater son échec et ironiser sur son propre sort, mais surtout pour réévaluer la validité de son dispositif. En effet, les règles du jeu fixées par Pierre Carles sont désormais connues des acteurs du monde médiatique, qui s’en servent parfois aussi bien que lui. Prenant la mesure de sa relative inefficacité, il décide de recourir à d’autres procédés, cette fois plus directs, comme l’interpellation de David Pujadas.

Se détournant alors partiellement de son objectif initial, le film prend ainsi une autre dimension : celle d’un état des lieux de la critique des médias telle qu’il l’a pratiquée jusqu’alors.
Pierre Carles établit ainsi un parallèle entre la remise en question de son propre mode de travail et la récente suspension de parution du journal Le Plan B. Comme si cette critique des médias, telle que ses divers protagonistes ont pu la pratiquer ces dernières années, s’était heurtée à un mur et se soldait par un échec semblable à celui du film qu’il avait rêvé et que révèle le film qu’il a finalement réalisé…
Force est pourtant de constater que les images d’archives qui parsèment Fin de concession sont éloquentes : les conseils prodigués par Bernard Tapie à l’équipe de Francis Bouygues aux fins de mieux séduire les membres de la C.N.C.L. pour obtenir la concession de TF1, ou bien les liens ténus qui unissent le président de la République à cette même chaîne, auraient dû causer bien plus de soucis à ces derniers en leurs temps. Et mesurées à l’aune de l’actuelle grille des programmes de TF1, on peine à contenir son hilarité face aux promesses de diffusions d’œuvres de Maurice Ravel ou d’Olivier Messiaen tenues alors face à la C.N.C.L. On voit même François Léotard, qui fut un artisan de la privatisation de TF1 en tant qu’il était ministre de la Culture et de la Communication, exprimer ses regrets à ce sujet… chez Michel Drucker - une amende évidemment trop tardive pour être décemment honorable.
D’autres scènes, déjà diffusées sur internet, notamment les interventions de Jean-Luc Mélenchon et d’Arnaud Montebourg, ont dû leur retentissement à ce mode de diffusion : c’est-à-dire en dehors des projections de Fin de concession (mais assurant sa promotion…), alors que leur présence au sein du seul film aurait sans doute provoqué moins de réactions.
D’autres scènes encore, particulièrement drôles (et qu’on ne détaillera pas ici pour ne pas les déflorer) témoignent de la force, mais aussi des limites, de la dérision.
Ce bilan clinique de la concession de TF1 se présente donc aussi comme un bilan distancié de la critique des médias de Pierre Carles par Pierre Carles. Il va sans dire – mais cela va mieux en le disant - que ce bilan (repris dans l’entretien qui suit) n’est pas celui que nous tirons de notre propre activité. Ce n’est pas un bilan de LA critique radicale des médias, mais de l’une des ses formes. Le débat est ouvert…

Extraits d’un entretien accordé par Pierre Carles…
… à Philippe Person le 26 août 2010 à Paris

Ton film commence et s’achève sur l’évocation d’un club politico médiatique, le Siècle, présenté comme un lieu de pouvoir. Mais ne s’agit-il pas plutôt d’un leurre destiné à camoufler le fait que cette élite n’a plus tout à fait le pouvoir qu’elle prétend détenir ?

C’est un vrai problème. J’y pensais ce matin en lisant dans les journaux que Xavier Durringer préparait un film critique sur l’élection de Nicolas Sarkozy. Mon hypothèse, dans Fin de concession, c’est qu’il ne peut y avoir de film critique sur les hommes de pouvoir lorsque ceux-ci sont encore aux commandes. C’est la question que je pose aux responsables de l’information croisés au cours du tournage : pourquoi la télévision ne diffuse-t-elle jamais de portrait critique ou non-autorisé d’un Président de la république en exercice ? Je leur demande aussi pourquoi aucun documentaire n’a jamais été consacré au groupe Bouygues-TF1 ou à ses relations avec Sarkozy. À mon avis, si on ne peut produire ce genre de films, c’est parce que l’on touche à des intérêts politico-économiques immédiats et non à des affaires passées. On me rétorquera que le film de Durringer se prépare alors que Sarkozy est encore au pouvoir. Mais n’est-ce pas plutôt un indice que le pouvoir politique a perdu de sa superbe ? Le fait que l’on puisse enfin s’autoriser ce genre d’audaces ne prouve-t-il pas que le pouvoir s’est déplacé de la sphère politique vers la sphère économique ? Concernant le dîner du Siècle, je ne sais pas. C’est peut-être la survivance d’un pouvoir qui n’a pas totalement disparu…
C’est une franc-maçonnerie très voyante, peut-être trop ?

Tu as raison : normalement, le vrai pouvoir reste caché. La grande bourgeoisie ne s’affiche jamais en public. Cela étant, la médiatisation du Siècle est encore récente. Il y a vingt ans, j’avais tenté déjà de débusquer les membres de ce club lorsque je tournais un documentaire animalier sur la vie des élites : à l’époque, le simple fait de filmer ces gens-là au moment où ils arrivaient place de la Concorde déclenchait automatiquement l’intervention des flics. Autant dire que le Siècle, qui se réunit pour dîner tous les quatrièmes mercredi du mois, ne souhaitait guère se mettre en lumière. C’est un problème sur lequel on bute quand on veut filmer le pouvoir : savoir où il est, localiser les lieux où il se concentre. Reste que les responsables de l’information, même s’ils ne détiennent pas le pouvoir, en sont à la fois les voisins, les serviteurs et les complices. Et eux, ils sont faciles à identifier. Quand on a mené notre action contre David Pujadas, on ne s’est pas attaqué à un sous-fifre mais à un présentateur vedette du journal télévisé de 20 heures. Son interview de Sarkozy a battu des records en termes de complaisance… Avec lui, au moins, on savait qu’on ne se trompait pas de cible !

Pujadas n’est-il pas un client qui te convient parce qu’il est un journaliste « à l’ancienne », dans la lignée de ceux que tu affrontes depuis Pas vu Pas pris ?

Je crois que la facilité aurait été de s’attaquer à Jean-Pierre Pernaut, clairement identifié comme un suppôt du pouvoir, avec ses prises de position primaires contre les grévistes. Un journaliste comme Pujadas en revanche n’est pas perçu par le public comme un militant néo-libéral : plein de gens pensent qu’il fait correctement et honnêtement son boulot. Le pouvoir qu’il exerce ne consiste pas à dire aux téléspectateurs ce qu’ils doivent penser, mais à orienter leur perception du monde, par exemple en minimisant l’existence des conflits sociaux par une importance excessive accordée aux informations institutionnelles, aux résultats sportifs, aux faits divers, au « people »… Il ne cire pas ouvertement les pompes des dominants, mais écarte ou minore les informations susceptibles de les mettre dans l’embarras, comme la hausse des inégalités entre riches et pauvres, ou la misère économique, relationnelle et intellectuelle à laquelle le pouvoir condamne les sans-grades. C’est en ce sens qu’il détient une lourde responsabilité : non pas en télécommandant les gens, mais en occupant le terrain par des sujets futiles et en nous imposant un vocabulaire partisan. Comme l’expression « bouclier fiscal », par exemple, qui évoque l’idée d’une protection contre une attaque, alors qu’elle désigne un cadeau fiscal fait aux riches. En légitimant cette formule de propagande, on contribue à mettre dans la tête des téléspectateurs que les plus fortunés ne sont pas des agresseurs mais les victimes d’une agression ! C’est le monde à l’envers. Voilà de quoi sont responsables Pujadas et ses petits camarades. (…)

« Les médias mentent » : ce slogan, issu du Plan B, que l’on voit apparaître dans Fin de concession, n’est-il pas une tautologie ? Combattre les médias fait perdre beaucoup d’énergie pour un résultat incertain…

Le boulot du Plan B, ex-PLPL, dépasse ce simple slogan. Il consistait surtout à expliquer comment les grands médias désinforment et manipulent l’opinion. C’est sûr, il faut beaucoup d’énergie pour un tel combat. C’est le danger avec un moulin à vent comme BHL : il ne cesse de sortir des livres et d’asséner des prêches qui nécessitent de le contrer en permanence. À se demander si ce ne sont pas des os à ronger lancés par le système, des muletas de toreros sur lesquelles on fonce tête baissée. Sarkozy fait la même chose avec sa politique répressive et sécuritaire : tout le monde se focalise là-dessus et pendant ce temps-là on ne s’occupe pas du reste.
À quoi ressemblerait un journal télévisé produit par Pierre Carles ?

D’abord, on supprimerait toute parole institutionnelle, tout effet d’annonce, toute information liée à un agenda politique, économique, etc. Ainsi on économiserait déjà 90% du JT actuel. Fini, le monopole des professionnels de la parole. On réhabiliterait l’enquête, on irait sur le terrain voir ce qui se passe chez les pauvres, on donnerait peut-être des caméras et des bancs de montage à des ouvriers, à des employés, à des chômeurs, comme à l’époque des groupes Medvekine. Et puis on infiltrerait les dominants avec des caméras cachées. Jamais on n’ose placer de caméras cachées chez une Bettencourt, un Woerth ou un délinquant financier, alors qu’on les utilise en abondance pour filmer les trafics des petits dealers. Pourquoi cette inégalité de traitement ? On mettrait fin aussi aux cadences actuelles qui imposent aux journalistes de bâcler leur sujet en une journée. Cela suppose évidemment de changer la donne économique : il faudrait consacrer au JT les moyens de la fiction, afin de permettre des enquêtes sur le long terme, sans obligation immédiate de résultat. On cesserait par ailleurs d’appréhender la société par le seul biais de l’individu : la figure du « self made man », du héros entrepreneur ou du sauveur providentiel ont contaminé les JT et les magazines d’information, avec le message implicite que la collectivité n’a pas d’importance, que l’individu existe en dehors d’elle, qu’il s’est forgé tout seul. Car c’est ça, l’idéologie de l’information télévisée, sa propagande. Enfin, dernière mesure : envoyer la plupart des journalistes et des responsables de l’information en camp de rééducation ou de décervelage ! (…)

Est-ce que tu pourras encore réaliser un autre film sur les médias dans dix ans ?

Ce qui est en train de se mettre en place autour du téléphone portable, des jeux vidéo et d’internet, avec l’état de dépendance que cette industrie génère chez le consommateur, constitue une entreprise d’occupation des esprits à côté de laquelle la télévision à l’ancienne est de la rigolade. Il ne s’agit même plus de relayer le point de vue des dominants, comme le fait encore aujourd’hui la télévision, mais d’anesthésier le public en lui disant : n’y pense même pas, avale de la musique au mètre et de l’image à la chaîne… À mon avis, la critique de l’information telle que nous l’entendons aujourd’hui sera totalement caduque dans dix ou quinze ans. Ce qu’il nous faudra critiquer, demain, c’est la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes. C’est là où réside notre faiblesse : le capitalisme, lui, sait créer des utopies. L’iPhone, qu’on le veuille ou non, est une utopie, la promesse d’un monde meilleur où tous les services et les plaisirs seront à portée de main, sans effort, quasi-gratuitement. Un monde meilleur synonyme de sang et de larmes pour la majorité de la population mondiale… Mais nous, qui ne croyons pas en ces utopies bidon, nous ne parvenons pas à fabriquer les nôtres. Nous sommes incapables de contrecarrer le capitalisme avec une contre-utopie supérieure à celle qui nous submerge. (…)

Les émissions de fausse critique des médias, de Schneidermann à Morandini, n’ont-elles pas pollué ton travail ?

Difficile de contrer ces imposteurs, parce qu’ils réajustent en permanence leur discours. Aujourd’hui, Schneidermann passerait presque pour un dangereux gauchiste. C’est pourtant lui, comme on le voit dans Enfin pris ?, qui cirait les pompes du PDG de Vivendi, Jean-Marie Messier, ou des patrons de chaînes privées et publiques à l’époque où il travaillait à la télé. Ce sont des gens qui se déplacent sans cesse, qui adaptent leur discours à leurs intérêts du moment. Quelques spectateurs me disent que Schneidermann et moi faisons le même travail, que nous œuvrons dans la même direction : pour moi, c’est une insulte. Changer le monde, il s’en moque. Ce monde-là lui convient parfaitement.
Pourquoi ne pas les ignorer ?

Parce qu’ils occupent le terrain. Parce qu’ils font malgré tout illusion auprès d’un grand nombre de spectateurs. Il faut sans cesse le redire : attention, vous pensez que ces gens-là sont des rebelles, mais non ! En réalité, ils ne s’attaquent qu’à des cibles périmées. On doit rappeler encore et encore ce que disait Bourdieu : contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, les choses changent très peu. La plupart du temps, elles se déplacent seulement. (…)

On n’a donc pas le droit d’être de mauvaise foi à la télé ?

On n’a pas le droit d’être « déséquilibré », au sens où ils entendent l’équilibre. Cela gêne leur conception du débat démocratique, qui ne tient pas compte des rapports de force, du fait que certains points de vue sont hégémoniques et d’autres non. Je revendique aussi le droit de ne pas respecter le droit à l’image des personnalités publiques, de pouvoir les montrer sous un angle défavorable, parce que j’estime qu’elles ont la possibilité de se défendre par ailleurs, qu’elles disposent pour cela de moyens disproportionnés au regard des miens. Je considère qu’elles n’ont pas à polluer mon film de leur propagande. De fait, je ne donne jamais la parole à ces gens-là pour contrebalancer un point de vue qui leur serait défavorable. On me dit souvent que ce n’est pas démocratique… Dans la mesure où mes films échappent à son contrôle, et qu’ils ne répondent pas non plus à ses normes de fabrication, il est assez logique que la télévision n’en veuille pas. L’ennui, pour elle, c’est que ce sont des films qui font pas mal d’entrées en salles et circulent énormément sur internet. Or, pour un directeur de chaîne, rien n’est plus incohérent que de refuser un film doté d’un certain potentiel commercial. Contrairement à ce qui se dit, la télévision capitaliste n’est donc pas toujours disposée à vendre la corde avec laquelle elle va se faire pendre. (…)
Quelques informations complémentaires
Sur le site dédié au film, outre l’intégralité de cet entretien, vous pourrez également trouver :
- le synopsis et la fiche technique ;
- la liste des salles projetant Fin de concession ;
- la bande-annonce et des extraits du film ;
- un entretien avec Daniel Mermet ;
- un article consacré à la critique radicale des médias ;
- une présentation du film par Raymond Macherel, animateur de la Télé de Gauche ;
- comment bomber le scooter d’un journaliste de petite taille présidentielle ;
- un quizz.

Armando Padovani

http://www.acrimed.org/article3488.html http://www.acrimed.org/article3488.html



vendredi 21 janvier 2011

Pôle Emploi : Chronique d'une catastrophe annoncée ?

Christian Charpy, le directeur général de Pôle Emploi, est bien le seul en France à être optimiste sur les chiffres du chômage. Vous me direz, c'est son rôle et ça conditionne aussi son avenir professionnel !

Pour quelles raisons Monsieur Charpy est-il optimiste ?

" ... / ... Nous constatons depuis le milieu de l'année une progression beaucoup plus lente du nombre d'inscrits ... / ... Point positif, les inscriptions sont moins nombreuses aujourd'hui qu'en 2009, a-t-il ajouté ... / ... Tout en précisant qu'il prévoit : " ... / ... que le chômage de longue durée va continuer d'augmenter ... / ..."

Optimisme moyen donc, gommé par l'OFCE, qui estime que : " la reprise devrait s'essouffler en France l’année prochaine en raison des mesures d'austérité. Et le taux de chômage pourrait donc augmenter ... / ..." - 20 Minutes

En bref, les incantations de Xavier Bertrand le nouveau ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé qui a assuré : qu'il mettrait "en oeuvre tous les outils qui existent pour faire baisser le chômage et le faire baisser de manière durable" ressemblent bien, à de jolies paroles électorales ! - AFP/Google

Bien que ce ne soit pas Pôle Emploi et ses salariés qui "fabriquent" les emplois, il n'en reste pas moins que dans les prochains mois, tous les yeux, du sommet de l'état au salarié de base, vont avoir les yeux rivés sur lui ... A condition de lui donner les moyens financiers et surtout humains !

Ce qui ne semble pas le cas puisque le 9 novembre dernier les salariés de Pôle Emploi au cours d'une journé de grève très suivie dénonçaient la suppression de 1 800 postes (1 500 CDD et 300 CDI) - Sud Ouest

C'est justement l'une de ces salariés en CDD qui vient de publier : "183 jours dans la barbarie ordinaire, en CDD chez Pôle emploi". Elle y dénonce, nous dit le JDD : " ... / ... ses mésaventures d'une plume acide, la "cohorte des demandeurs d'emploi exhibant leur mépris", "les objectifs intenables", les collègues transformés en "petits sergents" et les entretiens en "coquilles vides qui se succèdent à des cadences infernales ... / ... " On pourra lire aussi une interview, très intéressante qu'elle a donné au site "LA FUSION POUR LES NULS "

Au delà des réactions humaines de gens soumis à un stress violent, ce qui en ressort, c'est surtout la culture du chiffre réclamée par les politiques, qui craignent pour leur réélection, et continuent à proclamer, qu'il est toujours possible de : "faire mieux avec moins"

Témoin cet extrait d'interview au JDD : " ... / ... L’objectif, c’était 60 demandeurs par conseiller, on en est loin!", reconnaît la directrice. L’agent qui se prénomme Samia dans le bouquin en dénombre bien plus: "J’ai regardé lundi, j'ai failli tomber par terre. J'ai 257 chômeurs actifs, et je suis à temps partiel!" Ses collègues citent des chiffres comparables. Même une jeune CDD, qui n'est là que depuis trois mois et demi, en compte 197. Dans ces conditions, impossible de tenir les objectifs. D’assurer le "suivi mensuel personnalisé" de chaque chômeur. Les plus autonomes sont contactés par téléphone ou par mail. D'autres renvoyés vers des prestataires privés. "On ne reçoit pas les gens comme on le voudrait", soupire un conseiller. "Le nouveau mot d'ordre, c'est d’aller chercher des offres, de visiter les entreprises. Mais on n'a pas le temps", regrette une autre .. / ... "

Encore une fois, un service de l'emploi aussi pointu soit-il ne peut inventer des millions de postes à pourvoir ! Aussi, ne devrait-on pas se tourner plutôt vers ceux qui sont en charge, notamment, de la politique industrielle de la France ?

L'Usine Nouvelle pose d'ailleurs la bonne question : "Quelle sera la politique industrielle d'Eric Besson?" et nous propose de redécouvrir un rapport rédigé par Eric Besson en 2009 ? : " Dix défis pour la France" dans lequel il proposait de : Creuser un peu plus les déficits des comptes sociaux, réaliser une harmonie fiscale européenne, des entreprises, refusée par plusieurs pays de l'UE et faire sortir de terre d'hypothétiques "clusters" d'excellence ! - Usine Nouvelle (voir le diaporama de présentation sur Slovar les Nouvelles )

Si on en croit son titre : : "France 2025", il faut malheureusement penser, que les salariés et les usagers de pôle emploi, vont devoir apprendre à cohabiter, encore longtemps ensemble. Pour le meilleur ... et pour le pire !

Bibliographie
183 jours dans la barbarie ordinaire, en CDD chez Pôle emploi
Extraits
Critiques et analyses du livre

Crédit photo
FlickR CC - Fondapol

J-C Slovar

jeudi 20 janvier 2011

Pour ses cocktails et réunions, Borloo fait licencier 50 personnes

Au sommet de la Grande Arche, 50 salariés vont sans doute perdre leur emploi, plus de 2 millions d'euros sont gaspillés et les musées de l'informatique et du jeu vidéo sont en passe d'être expulsés… Sombre chronique de la mauvaise gestion d'un ministère.

Le toit de la Grande Arche, où sont installés depuis trois ans le musée de l'informatique et plus récemment celui du jeu vidéo, accueille chaque année 250 000 visiteurs, Français et étrangers, simples curieux ou groupes scolaires intéressés par la transmission du patrimoine scientifique.
« Recouvrer l'usage de ces locaux pour ses besoins propres »

Prenant le prétexte d'une panne d'ascenseurs depuis réparée, les services du ministère du Développement durable ont contraint, il y a quatre mois, le site à la fermeture. La Grande Arche n'est plus ouverte au public ! Alors qu'il s'agit du principal monument des Hauts-de-Seine.

Pourquoi ? Officiellement, le ministère du Développement durable explique dans un courrier opportunément rédigé au milieu de l'été qu'il « entend recouvrer l'usage de ces locaux pour ses besoins propres ». Le ministère du Développement durable a t-il besoin de plusieurs milliers de mètres carrés au sommet de la Grande Arche ? Ou plus exactement : pour quoi faire ?

« Transformer le site en bureaux », tente d'expliquer la porte-parole du ministère. C'est sans doute ce que l'on appelle des « économies », car la transformation de tout le toit de la Grande Arche en bureaux coûterait, selon l'estimation de deux architectes, jusqu'à 17 millions d'euros !

Le ministère lorgne plutôt sur ces espaces d'expositions (de parfois 6,5 mètres de hauteur sous plafond) pour organiser les réunions, congrès et cocktails du ministre.
2 325 000 euros gaspillés pour des réunions et des cocktails

Les ascenseurs pour monter au toit de la Grande Arche (GrandeArche.com)Des réunions et des cocktails, quoi de plus habituel dans un ministère ? Certes, mais quand la récupération de ces lieux entraîne la fermeture de deux musées et le licenciement de 50 personnes, on doit s'interroger sur l'utilité de l'opération.

Car depuis 2007, le toit de la Grande Arche abrite le seul musée de l'informatique en France, et vient d'ouvrir (avec le soutien d'une subvention du ministère de la Culture) un musée du jeu vidéo. Environ 200 classes découvraient chaque année avec leurs professeurs l'histoire des ordinateurs, d'Internet…

Lieu de préservation et de transmission de la culture scientifique, ce musée de l'informatique unique en son genre est géré par une association à but non lucratif, piloté par des passionnés, historiens, chercheurs soucieux de transmettre cette histoire moderne.

En expulsant le musée de l'informatique et en fermant la Grande Arche au public, le ministère gaspille les deniers publics. Ce gaspillage coûtera plus de 2 millions d'euros à l'économie française rien que pour la première année.

L'exploitation du toit de la Grande Arche et donc du musée de l'informatique était en effet équilibrée. Cette activité contribuait même de manière importante aux recettes fiscales :

* 400 000 euros de TVA collectée par an
* 15 000 euros de taxe professionnelle
* 450 000 euros de charges sociales

Auxquels il faut ajouter 360 000 euros versés par la collectivité aux salariés actuellement mis en chômage technique par le ministère. Et si l'on tient compte de la masse salariale de 1,1 million d'euros perdue pour l'économie française sur une année de non-activité, le total de 2 325 000 euros est atteint.

2 325 000 euros gaspillés pour organiser les conférences et cocktails du ministère…
Borloo, Mitterrand, NKM, Fillon… chacun baisse la tête

Face à cette décision qualifiée de « technocratique » par Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine, le gouvernement est aux abonnés absents, chacun baissant la tête pour espérer être épargné par le scandale.

Jean-Louis Borloo, qui ne s'est pas exprimé sur le sujet, soutient ses hauts fonctionnaires, tout en se ménageant une porte de sortie. Mais c'est aussi le cas de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, que l'on aurait pu penser concerné par la fermeture de deux musées, ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat en charge de l'Economie numérique, interpellée plusieurs fois sur ce dossier.

Même François Fillon, qui a pourtant clairement indiqué dans un courrier que ces deux ministres étaient en charge du dossier, ne semble plus avoir aujourd'hui l'autorité nécessaire pour les inciter à traiter le sujet.

A l'exception notable de Jacques Kossowski, député-maire de Courbevoie, qui a clairement affirmé son soutien au musée de l'informatique, les dirigeants des Hauts-de-Seine et de la Défense semblent bien embarrassés.

Le préfet, la présidente de l'Epad (devenu Epadesa cet été), Joëlle Ceccaldi-Raynaud, également députée-maire de Puteaux, le président du conseil général… tout ce beau monde se désintéresse du sort des 50 salariés et des 2 millions d'euros gaspillés.

Les locaux du toit de la Grande Arche que le ministère veut récupérer (DR)

Ajout : le 11/10/2010. Nous avons reçu cette réponse du
ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement
durable et de
la mer

A la suite de diverses allégations concernant le toit de la Grande Arche
de la Défense relayées ces derniers jours dans quelques media, le
ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de
la mer tient à apporter les précisions suivantes :


1 - Le Ministère souhaite mettre fin à une situation juridique et
financière précaire
L'Etat est propriétaire, par l'intermédiaire du ministère de
l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de la Mer
(MEEDDM), d'une partie de la grande Arche de la Défense, dont le toit de
l'Arche. La création du MEEDDM, né de la fusion des ministères de
l'Equipement, de l'Ecologie, de l'Energie-Industrie et du Logement, a
conduit logiquement à regrouper l'ensemble de ses services, soit 5000
agents, sur le site de la Défense. Les services du ministère ont donc
quitté leurs installations parisiennes (avenue de Ségur, rue du
Chevaleret), dans un souci de rationalisation de la dépense publique .

A cette occasion, le ministère a décidé de mettre fin à une situation
de fait d'exploitation des espaces du toit de l'Arche par une société
privée, la STGA (la société de gestion du Toit de la grande Arche). En
effet, cette société n'a jamais, ni assuré le financement des charges
dues au regard de la copropriété de l'Arche, ni versé de contrepartie
financière à son occupation de ces lieux et à celle de ses partenaires
commerciaux dont le Musée de l'informatique. Le ministère précise
qu'il n'est lié par aucun engagement au maintien des occupants actuels
dans les lieux.

Par ailleurs, le 4 avril 2010 une poulie a été arrachée au passage
d'une des cabines d'ascenseur desservant le toit et a été retrouvée
au pied de la Grande Arche, après une chute de 75 mètres. Cet incident
grave a contraint le ministère à suspendre immédiatement l'utilisation
de ces ascenseurs pour des raisons de sécurité évidentes.

Le ministère a immédiatement engagé un audit pour connaître les causes
de cet incident intervenu alors qu'il a entrepris en 2008 des travaux
importants de rénovation (remplacement et inspection systématique) pour
un montant de 850 000€.

Ayant établi le constat que l'occupation du toit ne pouvait se
prolonger dans les conditions actuelles, le Ministère a tenté d'engager
dès le mois d'avril une concertation avec la société STGA afin
d'étudier avec elle les modalités de fin d'activité qui
permettraient de préserver au mieux la totalité des intérêts humains et
financiers.

Il est à noter qu'en dépit de demandes répétées de l'Etat, la
STGA n'y a donné suite que tout récemment, ce qui n'est pas de nature
à contribuer à la préservation de ces intérêts.

2 - Le Ministère promeut une gestion du toit de la grande Arche plus
conforme au site et à ses missions
L'exercice des missions du ministère repose sur un travail permanent de
concertation avec l'ensemble des acteurs socio-économiques
(collectivités locales, entreprises, syndicats, associations, ONG).

Le ministère ne disposant pas actuellement de locaux adaptés pour faire
face à ces nouvelles modalités de travail et de concertation avec un
nombre très important de participants, il est dans l'obligation de louer
des espaces à l'extérieur, occasionnant une dépense très importante.

Le ministère souhaite donc recouvrer l'usage des espaces dont il est
propriétaire dans le toit de la Grande Arche pour en avoir une gestion
plus adaptée à ses besoins.

En outre, le ministère étudie les nouvelles conditions de gestion du
Toit de l'Arche pour y permettre un fonctionnement conforme à la fois
aux missions de développement durable du ministère et au caractère
symbolique de la Grande Arche.

Par Philippe Nieuwbourg

mercredi 19 janvier 2011

Un député prêt à donner les PV de la mission sur Karachi

Un élu PCF se dit prêt à remettre au juge d'instruction chargé de l'affaire les PV d'auditions de la mission d'information parlementaire sur cette attaque. Le président de l'Assemblée nationale refuse de les communiquer pour «respecter l'engagement pris auprès des personnes auditionnées».

Il a été «un peu choqué» par la décision du président de l'Assemblée nationale de ne pas communiquer au juge chargé de l'affaire Karachi les procès-verbaux de la mission d'information parlementaire sur ce dossier. C'est pourquoi le député Jean-Jacques Candelier (PCF) a décidé d'agir.


Dans une lettre au juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic, rendue publique jeudi, l'élu du Nord qui a été membre de cette mission d'information, se dit prêt à remettre à la justice ces documents.

«Je tenais à vous assurer du fait que les députés communistes, républicains et du Parti de Gauche feront tout le nécessaire pour favoriser le travail de la justice libre et indépendante dans cette affaire», écrit l'élu dans le courrier, daté de mercredi. «J'estime que les familles des victimes et des blessés doivent connaître la vérité, j'estime que le dossier doit être ouvert et à partir du moment où le dossier sera ouvert, je pense qu'on y verra plus clair», a-t-il expliqué sur France Inter.

Bernard Accoyer s'était «engagé» à la confidentialité

La mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi avait été mise en place par la commission de la défense de l'Assemblée, sur demande de plusieurs députés, en octobre 2009. Pendant plus de six mois, les parlementaires qui la composaient - deux UMP, un Nouveau Centre, un PS et un PCF, Jean-Jacques Candelier - se sont penchés sur cette affaire, auditionnant notamment plusieurs acteurs du dossier.

Si les conclusions des travaux de la mission sont publiques, le compte rendu des auditions est néanmoins gardé secret. Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale, a en effet expliqué qu'il s'y était «engagé» auprès des personnes entendues. Un engagement qui sera respecté, selon Jean-Jacques Candelier, qui rappelle dans sa lettre que le magistrat est soumis au secret de l'instruction.

Pour justifier son refus de communiquer les PV au juge, le président de l'Assemblée nationale, n'a d'ailleurs pas seulement utilisé cet argument mais celui du principe de la séparation des pouvoirs. Bernard Accoyer lui-même a d'ailleurs précisé que si une personne «a des éléments qu'il veut apporter à la justice ou qu'il estime devoir le faire, c'est précisément l'application de l'article 40 du code de procédure pénale qui l'y oblige». Cet article fait obligation à «toute autorité constituée (…), qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit, d'en donner avis sans délai» à la justice.

Par Thomas Vampouille

mardi 18 janvier 2011

Attentat de Karachi : 8 millions d’euros pour l’intermédiaire occulte.

Jean-Marie Boivin est un homme-clé dans le scandale de l’attentat de Karachi.
En 1994, le gouvernement Balladur vend trois sous-marins au Pakistan.

Fin 1994, début 1995, Jean-Marie Boivin était le financier qui coordonnait le versement de commissions occultes en direction du Pakistan : ensuite, des rétrocommissions occultes revenaient vers la France pour financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

En 2006, tout est sur le point d’être révélé ! Jean-Marie Boivin fait chanter les corrompus : il leur demande des millions d’euros en échange de son silence.

En 2009, il finit par obtenir 8 millions d’euros en échange de son silence !

Depuis, Jean-Marie Boivin est en Suisse, il est riche ... et il ne dénonce pas les corrompus. Il garde le silence.

Ces 8 millions d’euros ont été payés par nous, les contribuables !

Lisez cet article très important :

Attentat de Karachi : 8 millions d’euros pour l’intermédiaire occulte.

Selon nos informations, l’Etat a accepté de dédommager en 2009 l’organisateur des rétrocommissions.

Au nom de l’industrie de l’armement, un haut fonctionnaire de l’Etat Français a conclu, le 24 janvier 2009, un accord avec Jean-Marie Boivin, le financier qui coordonnait le versement de commissions occultes dans le cadre de ventes d’armes, notamment celle des sous-marins au Pakistan.

Ledit accord prévoit de le dédommager à hauteur de 8 millions d’euros, comme nous l’évoquions ces dernières semaines.

Au large de l’Irlande et de l’Angleterre, se sont ainsi achevées les curieuses tractations engagées dès 2006 entre Jean-Marie Boivin, gérant de la société offshore Heine, et divers ministres en exercice - dont Michèle Alliot-Marie, Thierry Breton ou Nicolas Sarkozy.

Ile de Man.

Mardi 23 novembre, Libération a obtenu auprès du greffe de la Haute Cour de l’île de Man (Royaume-Uni) la copie certifiée conforme d’un jugement qui atteste de l’existence de cet accord - une pièce qui n’est pas, à ce jour, versée au dossier de Renaud Van Ruymbeke.

La décision de justice de l’île de Man donne force de loi à un contrat du 24 janvier 2009 entre des sociétés privées et un officiel envoyé par Paris.

Il stipule qu’«un haut fonctionnaire du gouvernement français», représentant les sociétés d’armement «DCN International SA, DCNS SA et Thales SA», a conclu une transaction au terme de laquelle il accepte de payer une «note d’honoraires émise par M.Boivin», dont «le montant est de 8 millions d’euros».

Et elle justifie ces émoluments par les bons offices de Jean-Marie Boivin qui «ont été assurés à travers la Société de développement international Heine SA».

Des courriers saisis par les policiers luxembourgeois, et transmis au parquet de Paris, montrent que les gérants de Heine ont, à plusieurs reprises, sollicité les autorités de l’époque pour déterminer comment ils solderaient leurs activités. Et de quelle manière ils pourraient être remerciés.

Corrompre.

Fondée en 1994 sur instruction du ministre du Budget de l’époque, Nicolas Sarkozy, Heine SA a servi pendant des années à alimenter des circuits de commissions occultes liées aux grands contrats d’armement. En particulier, le contrat de vente des sous-marins au Pakistan, le 21 septembre 1994.

Jusqu’en septembre 2000, la législation autorisait à corrompre des décideurs étrangers par le biais d’une structure comme celle-ci. Mais pas après. Pourquoi attendre 2009 pour une transaction ?

Hier à l’Assemblée, le député Bernard Cazeneuve (PS), ancien rapporteur de la mission d’information sur l’attentat de Karachi, a posé la question au nouveau ministre de la Défense, Alain Juppé. C’est le nouveau ministre de la Justice, Michel Mercier, qui a pris le micro. Sans répondre à sa question.

http://www.liberation.fr/societe/01012304119-karachi-8-millions-pour-l-intermediaire-occulte

De : Liberation.fr

de GUILLAUME DASQUIÉ

lundi 17 janvier 2011

"Dénoncer, oui mais ensuite, on fait quoi ? "

"Arrive de multiples sources cette information qui n’est toujours pas démentie par les parties en causes :
Au Parlement Européen, un projet de résolution a été déposé par le PS. Il a été adopté avec le soutien d’une large majorité des parlementaires français de gauche et des écologistes…
On peut y lire concernant les retraites : le Parlement Européen « considère que le financement des pensions ne peut être entièrement laissé au secteur public, mais doit reposer sur des systèmes à trois piliers, comprenant des régimes de retraite publics, professionnels et privés, dûment garantis par une réglementation et une surveillance spécifiques destinées à protéger les investisseurs. ».

A Bruxelles les socialistes proposent d’ouvrir la voie à la mainmise sur les retraites par le secteur privé, de les livrer aux assurances, aux banques et aux fonds de pensions.

C’est le but même de la réforme qui vient d’être votée en France et qui n’est qu’un début : travailler plus longtemps, mettre fin au système par répartition, ouvrir la voie à la capitalisation, à la privatisation. D’ailleurs, cette loi consacre à la retraite par capitalisation tout un chapitre ( chapitre V article 32) avec une série de réglementations qui seront encouragées par des aides fiscales et des « négociations » devant aboutir avant fin 2012. Un retour en arrière de plus de 70 ans !

Déjà en mars 2002, au sommet européen de Barcelone, Chirac et Jospin alors 1erMinistre socialiste d’un gouvernement de « gauche plurielle » main dans la main, avaient avec leurs collègues européens de gauche et de droite adopté une directive qui appelait « à augmenter progressivement d’environ 5 ans l’âge moyen effectif auquel cesse l’activité professionnelle et à réformer les systèmes de pension, en vue d’instaurer une retraite progressive et flexible… ».

A Bruxelles comme en France, chacun à sa façon, le PS et ses compères de gauche travaillent tous au service du capital.

Totalement d’accord avec l’analyse qui est faites mais ensuite ?

Au nom d’un indispensable combat contre la droite doit-on laisser dans l’ombre de telles pratiques qui garantissent à coup sur le retour de la première aux affaires dès lors que le rideau de fumée sur ces méthodes aura permis de peindre en un rose mâtiné du filet rougeâtre des désistements pour poursuivre le salle boulot?

Maintenant, va-t-on continuer à les laisser leurrer le peuple avec ce énième exemple de ce double langage qui les caractérise ou va-t-on clarifier les enjeux en exigeant qu’ils s’expliquent?

Cela pour construire avec, sans, ou contre eux une réelle issue?

Quelles interpellations publiques de ces coblenciens de Bruxelles, de la direction de leurs partis qui les ont désignés pour être élus, des militants qui cautionnent cela (et au moins déjà les en informer) et pour respecter des engagements?

Il ne semble pas qu’à ce jour une seule organisation de peur de paraître rouler pour la droite n’ose interpeller la "gôche" et cela perpétue l’alternance.

Mais surtout cela pose la question plus profonde de la bataille conjointe à engager pour rendre impératif le mandat ainsi que sa révocabiité en cas de non respect. C’est sinon la seule du moins une des conditions principales pour que les électeurs se servent de leur bulletin de vote comme prolongement de leurs colères et de leurs luttes sans craintes d’être trahis.

C’est aussi une bataille politique qui participe à la construction de l’alternative. Elle partie intégrante du débat."

http://canaille-le-rouge.over-blog.com/article-denoncer-oui-mais-ensuite-on-fait-quoi-61693688.html

De : Canaille Le Rouge

samedi 15 janvier 2011

L'Hadopi expliquée aux nuls et à ceux qui piratent sans le savoir

Vous avez reçu un courrier électronique de l'Hadopi, et vous ne comprenez ni comment elle a obtenu votre adresse, ni ce qu'elle vous reproche ? Vous n'avez pas fini de télécharger la nouvelle saison de la série « Mad Men », et vous vous demandez si le risque vaut d'être couru ? Mode d'emploi de la lutte antipiratage.
Avant toutes choses, Hadopi est de genre féminin, acronyme de Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet.

1Comment l'Hadopi sait-elle qu'on a piraté ?
L'Hadopi ne surveille pas elle-même Internet. Elle utilise des informations fournies par les « ayants droit » (les maisons de disques, les producteurs de films ou de séries) et par les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) :

* Le repérage : les « ayants droit » relèvent les adresses IP des internautes piratant leurs disques, films ou séries, et transmettent ces numéros à l'Hadopi.
* L'identification : l'Hadopi demande aux fournisseurs d'accès d'identifier les propriétaires des adresses IP, et de lui fournir leurs noms et leurs adresses électronique et postale. La loi oblige les FAI à répondre dans les huit jours, sous peine d'amende.

Les « ayants droit » font appel à Trident Media Guard, une société nantaise. C'est elle qui surveille les réseaux et relève les adresses IP. Elle pratique en fait des coups de sonde : puisqu'il est impossible de tout surveiller sur Internet, elle se base sur une sélection de chansons, films ou séries.

L'industrie musicale a ainsi établi une liste de 10 000 morceaux, mélangeant classiques et nouveautés. Cette liste est évidemment confidentielle, mais le risque est plus limité pour les internautes ayant des goûts musicaux pointus. De préférence, donc, téléchargez du rap mongol plutôt que le dernier Michel Sardou.

2Que risque-t-on exactement ?

Si vous vous imposez des périodes d'abstinence de six mois, vous ne risquez pas grand-chose. Si vous continuez à télécharger illégalement malgré les avertissements de l'Hadopi, vous risquez une amende et, même, d'être privé de votre connexion à Internet pendant un mois.

C'est le principe de la « riposte graduée », instaurée par la loi votée en 2009. L'Hadopi préfère désormais parler de « réponse graduée ». L'expression est moins guerrière, mais le dispositif n'a pas changé :

* Un premier avertissement : après votre « identification », l'Hadopi a deux mois pour vous envoyer un courrier électronique, à l'adresse transmise par votre fournisseur d'accès.

* Un délai de six mois : si vous n'êtes pas à nouveau repéré, l'Hadopi efface les données vous concernant de ses fichiers.

* Un second avertissement : en cas de récidive dans les six mois, l'Hadopi vous envoie un nouveau courrier électronique, mais aussi une lettre recommandée.

* Un délai d'un an : après le second avertissement, la durée pendant laquelle l'Hadopi conserve vos données.

* Un troisième avertissement : si vous récidivez, l'Hadopi vous adresse une autre lettre recommandée, précisant qu'elle peut maintenant saisir la justice.

* Des poursuites judiciaires : l'Hadopi étudie votre dossier et décide, ou non, de le transmettre au parquet.

* Une amende : le juge peut vous condamner à 1 500 euros d'amende.

* Une suspension de la connexion à Internet : le juge peut aussi ordonner la suspension de votre connexion, au maximum pendant un mois.

Si vous êtes jugé coupable, vous ne serez donc pas forcément privé de votre connexion : cette suspension n'est qu'une peine « complémentaire », qui vient s'ajouter à l'amende. Tout dépendra de la gravité des faits.

Après avoir reçu un courrier électronique d'avertissement, vous pouvez contester les constats de l'Hadopi en lui adressant vos observations. Après avoir reçu la lettre recommandée, vous pouvez également demander à être entendu par l'Hadopi, avec un avocat si vous le souhaitez.

En revanche, vous ne pourrez pas vous expliquer devant le juge. Celui-ci rendra simplement une « ordonnance pénale », sans débats contradictoires, comme pour les contraventions routières. Une fois l'ordonnance rendue, vous aurez trente jours pour la contester.

Si votre connexion est suspendue, vous devrez continuer à payer la facture de votre fournisseur d'accès, et vous ne pourrez pas souscrire un abonnement de secours auprès de ses concurrents.

3Doit-on « sécuriser » son ordinateur ?

Tout le dispositif repose sur une petite subtilité juridique : on ne vous reproche pas d'avoir piraté des disques ou des films, mais de n'avoir rien fait pour empêcher ce piratage. C'est le délit de « négligence caractérisée ».

Peu importe si les pirates cachés derrière votre adresse IP sont vos enfants ou vos voisins, si vous n'avez pas verrouillé votre accès WiFi. Avec la loi Hadopi, vous êtes devenu responsable de l'utilisation qui est faite de votre connexion. Et si vous recevez un avertissement, vous êtes censé installer sur votre ordinateur « un moyen de sécurisation », un logiciel empêchant les téléchargements illégaux.

Comment choisir son « moyen de sécurisation » ? C'est un des couacs -ou des gags- du dispositif : personne n'a la réponse. Les internautes savent ce qu'ils risquent, mais ignorent comment se mettre en règle.

Même l'Hadopi l'ignore, pour l'instant. Elle doit accorder un label officiel aux logiciels adéquats, ceux dont l'installation vous permettra d'échapper aux poursuites judiciaires. Mais elle est encore en train de réfléchir aux critères à prendre en compte pour attribuer ce label.

Certains fabricants de logiciels et fournisseurs d'accès proposent déjà des logiciels antipiratage. Mais ceux qui affirment respecter les exigences de l'Hadopi vont un peu vite en besogne, puisque ces exigences ne sont pas encore connues.

4Comment savoir ce qui est légal ?

L'Hadopi doit accorder un second label, aux « offres légales ». Sur les sites et plates-formes « labellisés », vous ne risquerez rien. Là encore, l'Hadopi prend son temps : le portail devant recenser ces « offres légales » n'en est qu'au stade de l'appel d'offres.

Les « offre légales », ce sont par exemple des plates-formes musicales en streaming comme Deezer ou Spotify, les sites de vidéo à la demande (VOD) comme TF1Vision ou Pluzz pour France Télévisions, ou le téléchargement -payant- de disques ou de films sur les sites de la Fnac ou de Virgin.

L'Hadopi promet de s'attaquer à toutes les alternatives illégales. Les réseaux « peer-to-peer » seront la principale cible des chasseurs de pirates mandatés par les professionnels du disque et du cinéma : ils n'auront qu'à y relever les adresses IP des internautes qui y échangent leurs fichiers.

Mais depuis le vote de la loi Hadopi, le « peer-to-peer » est passé de mode, au profit par exemple du « direct download » (téléchargement direct). Plus difficile à contrôler : cette fois-ci, il n'y a pas de partage de fichiers, il suffit de cliquer sur un lien pour télécharger un film ou un disque.

Surtout, le streaming reste une alternative sûre pour ceux qui ne se contenteront pas des « offres légales ». Comme l'avait expliqué Eco89, on ne risque pas grand-chose en regardant une vidéo postée illégalement sur YouTube ou Dailymotion, ni en visionnant un film en intégralité sur des services de streaming violant ouvertement le droit d'auteur.

Photo : une figurine de pirate et un CD (jesus_leon/Flickr).

Par François Krug

vendredi 14 janvier 2011

Électricité, le grand chambardement

La réforme du marché de l'électricité, adoptée définitivement mercredi soir, va obliger EDF à céder une partie de sa production nucléaire à ses concurrents, afin de permettre à la France de respecter ses engagements européens.

EDF cédera 25 % de sa production nucléaire

Seule à disposer pour le moment des bas coûts de production de son parc nucléaire, EDF sera obligée de vendre jusqu'à 100 térawattheures par an à ses concurrents (GDF Suez, Poweo, Direct Energie...), soit le quart de sa production nucléaire. Le dispositif, censé favoriser la concurrence, est établi pour quinze ans. Le prix auquel les fournisseurs alternatifs achèteront l'électricité nucléaire d'EDF sera fixé par le gouvernement, puis par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). L'enjeu est primordial. Un prix trop élevé viderait en effet la réforme de sa substance en ne permettant pas aux fournisseurs alternatifs de concurrencer EDF. A contrario, un prix trop bas empêcherait EDF de réaliser les investissements nécessaires à la rénovation et à l'entretien des réacteurs nucléaires.

Plus de tarifs réglementés pour les entreprises

Le projet de loi prévoit la suppression des tarifs jaune et vert, destinés aux moyennes et grandes entreprises, à partir du 31 décembre 2015. Ces tarifs, fixés par l'État et inférieurs aux prix des marchés de gros, sont dans le collimateur de Bruxelles, qui estime qu'ils constituent une distorsion de concurrence en faveur des entreprises françaises.

Maintien des tarifs bleus pour les particuliers

Les tarifs bleus pour les ménages et les petites entreprises, auxquels sont soumis 95 % des Français, sont pérennisés. Les particuliers pourront aller et venir librement entre les tarifs réglementés d'EDF et les "offres libres" proposées par les concurrents du groupe public, afin de "rendre plus dynamique la concurrence". À partir de 2015, c'est la CRE qui fixera les tarifs réglementés, et non plus les ministres de l'Énergie et de l'Écologie. Pour permettre à la concurrence de se développer sur le marché résidentiel, le projet de loi prévoit que ces tarifs devront, à terme, être alignés sur le prix de gros auquel EDF va céder son électricité à ses concurrents. Selon des hypothèses de travail de la CRE, cela pourrait provoquer une hausse des tarifs de 11,4 %, puis de 3,5 % par an, soit jusqu'à 25 % d'ici à 2015.

Source AFP
© Maxppp

jeudi 13 janvier 2011

En Irlande, « des antivols sur la viande, ambiance »

De 80 à 90 milliards d'euros sur trois ans, c'est le prêt que l'Europe va accorder à l'Irlande. Eldorado libéral du vieux continent durant dix ans, le « tigre celtique » est aujourd'hui au bord de la faillite.

Nos riverains français qui travaillent là-bas s'estiment relativement épargnés et racontent un changement d'ambiance plombant.
« Nos salaires fondent comme neige au soleil »

Notre riveraine Joséphine -le prénom a été modifié-, 28 ans, nous a fait parvenir son témoignage de Française établie en Irlande depuis cinq ans. Le voici.

L'évolution est palpable : on est passé du grand n'importe quoi à la grosse inquiétude.

Je suis arrivée l'année la plus faste du « Celtic Tiger », en 2005, sans aucune préparation. J'ai juste débarqué du jour au lendemain avec mon billet Ryanair. J'ai trouvé mon premier job en cinq jours dans une multinationale de grande renommée et pleine d'ambition.

Aujourd'hui, tout le monde se cherche autour de moi. Je suis en passe de quitter cette Irlande où j'ai effectué toute ma carrière. Je suis arrivée ici après avoir étudié dans une école de commerce, sans jamais avoir cherché à travailler en France.

Ce choix de quitter l'Irlande a été motivé par des critères personnels, mais a été renforcé par la morosité ambiante depuis fin 2008. Il y a moins de perspectives d'avenir.

Par exemple, dans la multinationale américaine où je suis commerciale, le parcours habituel était de commencer à Dublin, puis, après deux ans, d'être rapatrié « in country », c'est-à-dire dans le pays du marché européen sur lequel l'employé travaille, avec un poste grassement payé.
Il est temps de quitter le navire !

Aujourd'hui, la progression au mérite n'est plus aussi valorisée, le « networking » à la française -le piston- reprend ses droits, et les places sont chères. En parallèle, nos salaires fondent comme neige au soleil : les plans de commission sont de moins en moins à notre avantage. Pour d'autres, ce sont les heures supplémentaires qui ne sont plus payées.

Et comme je ne suis de toute évidence pas venue ici pour la qualité de vie… il est temps de quitter le navire !

Le moral des Irlandais est, je pense, au plus bas, mais je côtoie d'avantage d'expatriés qui, pour la plupart, ne travaillent pas directement sur le marché irlandais : ils ont donc plus facilement conservé leur emploi.

J'ai même un peu gagné de pouvoir d'achat grâce à l'éclatement de la bulle immobilière. Les loyers ont en effet sensiblement baissé et les propriétaires sont beaucoup plus flexibles. Cela se ressent aussi à la caisse des magasins alimentaires : il y a des soldes tout le temps et de vraies promotions.
La gueule de bois terrible d'un ami irlandais

Un de mes amis irlandais, architecte de moins de 30 ans, propriétaire de son logement, a quitté son emploi en 2007 et pris un congé sabbatique d'un an pour faire un tour du monde. C'était la mode à Dublin, travailler et profiter de la vie entre deux jobs.

Il a eu une gueule de bois terrible car il est rentré juste au moment où la crise a réellement commencé à se faire sentir au quotidien, et surtout quand la bulle spéculative dans l'immobilier a fait surface. Il n'a plus jamais travaillé depuis mi-2008 et vit des 200 euros par semaine du « dole », l'allocation chômage.

Il envisage évidemment de partir. Son premier choix est la Norvège, pour toucher un salaire correct tout en restant en Europe.
Suisse, Emirats ou Canada plutôt que « tigre » endormi

Plusieurs autres personnes de mon entourage sont parties vivre en Suisse, à Dubaï et au Canada. Ils en sont tous très satisfaits car ils évoluent toujours très bien professionnellement tout en ayant beaucoup gagné en qualité de vie.

Je connais aussi des gens qui essaient, plutôt que d'être « in country », de se faire une place dans les filiales situées en Asie du Sud-Est, où ils peuvent accéder plus facilement à des postes de management.

Pour ma part, j'envisage de partir à Londres, une opportunité s'est présentée et je vois bien que le « tigre celtique » va faire la sieste un bon moment.

Mon anecdote sur la crise : récemment, j'ai été très surprise, en faisant mes courses, de trouver des antivols sur la viande au supermarché. Ambiance…

Après la Grèce donc, l'Irlande. La petite île anglophone est le deuxième pays de la zone euro à recevoir une aide financière cette année. La république hellénique n'est en effet pas la seule à avoir besoin d'aide pour sauver son économie.

Pendant des années, la spéculation immobilière a battu son plein en Irlande. Depuis l'éclatement de la bulle en 2008, les banques, qui avaient largement financé les projets de construction, ont perdu énormément d'argent : de nombreuses entreprises ont en effet fermé leurs comptes et quitté l'île. Dublin avait alors recapitalisé les banques pour les sauver de la faillite.

L'Union européenne craint à présent que le pays ne soit pas capable de rembourser les emprunts qu'il avait contractés sur le marché pour venir en aide à ses établissement bancaires.

L'annonce de l'aide accordée par l'UE et le Fonds monétaire international (FMI) a mis en lumière les difficultés croissantes que rencontrent les Irlandais au quotidien. Alors qu'ils sont de plus en plus nombreux à songer à émigrer, les Français établis sur l'île passent entre les mailles du filet de la crise. Pire, certains en profitent. Nos riverains témoignent.
Les Français « plus rentables » que les Irlandais monolingues

Bilinguisme oblige, les Français installés en Irlande sont toujours aussi sollicités pour occuper des postes. Un riverain y vivant depuis quatre ans témoigne :

« Les Français ne sont pas trop touchés pour le moment. Il me semble même que les embauches pour les personnes étrangères repartent à la hausse depuis quelques mois.

Les entreprises sont toujours demandeuses de personnes parlant plusieurs langues, quelque soit le pays d'origine. »

Selon lui, il semble même plus facile pour les bilingues de décrocher ces jobs, au détriment des Irlandais :

« Ils ne parlent qu'anglais. On est plus rentables à faire le travail de deux personnes. »

Ces natifs bilingues, remparts contre la délocalisation à l'Est

Renaud Golay, résident de l'île depuis 2006, confirme que la crise a eu un effet plutôt positif pour l'emploi des étrangers :

« Avant la crise, en 2006-2007, beaucoup de grosses entreprise américaines présentes en Irlande, comme Hertz ou UPS, cherchaient à délocaliser dans les pays de l'Est. La crise arrivant, ils ont préféré geler ces projets en attendant d'avoir une meilleure visibilité.

Plusieurs entreprises ont par la suite essayé de délocaliser à l'Est. Mais les clients voulaient parler à des “natifs”, un Français parlant français par exemple.

La grande chance de l'Irlande est de disposer d'une grande réserve d'étrangers “natifs” de toutes compétences et de toutes les langues. Ce phénomène a donc découragé les entreprises de délocaliser. »

La menace de l'augmentation des corporate taxes

Seule ombre au tableau pour les Français épargnés par la crise : les délocalisations, dont l'Irlande avait profité, risquent désormais de se faire au profit d'autres nations, si la perspective d'une augmentation des impôts sur les entreprises se concrétise (actuellement parmi les plus bas de l'UE).

Un riverain, agent de télésupport informatique en entreprise, installé en Irlande depuis six ans, témoigne :

« La grosse inquiétude en ce moment, c'est l'augmentation éventuelle des “corporate taxes”, les taxes que doivent payer les entreprises et qui sont parmi les plus basses d'Europe.

Des porte-parole de multinationales ont annoncé par voix de presse que si le gouvernement venait à les augmenter, ne serait-ce que d'1%, elles partiraient du pays.

Si d'aventure les corporate taxes venaient à augmenter, je quitterai probablement le pays pour aller ou dans les pays de l'Est ou en Espagne. »

► Mis à jour : Retrait du nom de famille du riverain Renaud, à sa demande.

Photo : un Irlandais marche devant un magasin de hard-discount, à Dublin, le 4 novembre 2010 (Cathal McNaughton/Reuters).

Par Marie Kostrz

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