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vendredi 30 juillet 2010

Salauds ! Pourris ! Charognes !

Un adolescent poly-handicapé expulsé vers le Kosovo

Il était accueilli dans un institut d’éducation motrice à Freyming-Merlebach, en Moselle. Mardi matin, il a été expulsé vers son pays d’origine avec toute sa famille, arrivée en France il y a deux ans. Ces Kosovars étaient en situation irrégulière.

L’Association des Paralysés de France dénoncent une expulsion "révoltante" et "inhumaine".

Il était 21 heures, lundi dernier. Le personnel du centre d’éducation motrice voit arriver les forces de l’ordre : 30 gendarmes selon des témoins, 12 selon la préfecture. Munis d’une décision d’expulsion, les militaires vont chercher le jeune handicapé, âgé de 15 ans, dans sa chambre. Ils embarquent ses affaires, ses médicaments et son dossier médical.

"Scandaleux", estime l’Association des paralysés de France. Un jeune Kosovar handicapé expulsé : la réaction de Jean-Marie Barbier, président de l’APF (0’21")

Selon l’APF, l’adolescent souffrirait d’une maladie évolutive nécessitant des soins constants.

La préfecture de Moselle se défend de ne pas avoir tenu compte de l’état de santé du jeune homme : dans un communiqué, elle précise que deux médecins ont autorisé le transport du malade vers l’aéroport puis vers le Kosovo, et qu’un pompier était présent durant le vol.

L’expulsion de cette famille ne choque pas outre mesure le député-maire UMP de Freyming-Merlebach, qui est d’ailleurs également le président de l’association qui gère l’institut médical où était soigné le jeune Kosovar : "on ne peut pas accueillir en France tous les étrangers handicapés", dit-il.

Pierre Lang, le maire de Freyming-Merlebach (0’25")

Hier soir, la préfecture faisait savoir qu’une fois arrivé sur le sol kosovar, le jeune handicapé avait été pris en charge par une équipe médicale. Une information qui ne peut pas être vérifiée, selon l’Association des paralysés de France : depuis mardi matin, elle n’a plus aucun contact avec l’adolescent expulsé.

Elodie Gueguen

http://www.france-info.com/france-societe-2010-05-07-un-adolescent-poly-handicape-expulse-vers-le-kosovo-438952-9-12.html


De : pilhaouer

jeudi 29 juillet 2010

L’illusion meritocratique

L’éducation est une problématique politique fondamentale. En son sein se nouent les questions de justice, d’autonomie et de liberté.

Bien que l’artifice du mérite soit allégué pour justifier la hiérarchie dans la société, la filiation sociale demeure encore et toujours l’atout décisif dans la détermination du futur rang social.

L’idéal méritocratique suggère que les institutions sont strictement impartiales et que la réussite est conditionnée uniquement par les aptitudes et caractères de chacun.

S. Mc Namee et R. Miller dans « Le rêve américain et l’idéologie méritocratique » révoquent cette hypothèse : « dans les sociétés modernes démocratiques, la justice sociale s’organise autour du principe de l’égalité des chances, qui semble accepté par tous. Pourtant, un tel principe, loin de renforcer l’identité collective, est porteur d’une menace de décohésion, tant il autorise les inégalités réelles. L’éducation a précisément pour finalité de permettre et de légitimer la réussite des enfants initialement les plus favorisés ».

L’emprise de la bourgeoise sur l’éducation est un moyen de légitimation et de préservation des inégalités. Le système scolaire est intrinsèquement discriminant et conservateur. Il vise à classifier les élèves selon leur origine et leur finalité sociales. Il enseigne la soumission à l’autorité et à un ordre inique tout en assurant la promotion des valeurs dominantes. Il permet de distinguer les futurs dirigeants d’un côté et les futurs exécutants de l’autre, en faisant en sorte que chacun se persuade de sa condition immuable. Autrefois, le Souverain attribuait des titres de noblesse, aujourd’hui c’est l’école qui intronise la bourgeoisie dans sa fonction dirigeante.

Les savoirs transmis, supposés exempts de toute idéologie, sont asservis aux exigences économiques et politiques. La division des filières s’articule à la division de la société entre travail intellectuel et manuel, entre classes dominantes et dominées. Chacun reçoit une éducation circonscrite et fonctionnelle pour remplir son rôle social et contribuer ainsi à la bonne marche de la société.

L’éducation se trouve dans un « état de falsification systématique et préméditée » disait M. Bakounine. Le constat de P. Bourdieu est similaire : « l’école sanctionne et valorise certains habitus que possèdent déjà en y arrivant les membres des classes dominantes, qui y sont donc d’emblée chez eux, tandis que les autres doivent faire d’immenses efforts pour y réussir. Au total, l’école est donc une instance qui fonde et légitime l’inégale appartenance et l’inégale participation à la société. Par elle, la classe dominante se reproduit et si des membres des classes moyennes font occasionnellement l’expérience, fort utile à la persistance de la domination, de la mobilité sociale ascendante, les classes dominées y sont massivement renvoyées au monde du travail, mais en ayant intériorisé à la fois la conscience de leur infériorité culturelle et la conviction que le système est juste et leur a accordé leur chance ».

Le milieu social conditionne en amont et en aval la réussite sociale. La valorisation du diplôme est liée au capital culturel et relationnel du groupe familial. La maîtrise du savoir-être bourgeois est une qualification informelle impérieuse pour se faire valoir sur le marché de l’emploi.

L’égalité des chances est un mythe infirmé par une enquête réalisée en 2003 par l’Insee sur la formation et la qualification professionnelle. On observe très clairement que l’enseignement n’est pas ouvert en pleine égalité. Il y a une monopolisation du pouvoir économique et culturel qui se transmet par hérédité et népotisme.

L’ascension sociale n’est pas exclue mais elle est fortement compromise en pratique. Ceux qui sont issus de milieux peu qualifiés doivent faire des efforts plus importants pour réussir. Les universités françaises n’accueillent qu’une petite minorité des enfants d’employés et d’ouvriers. Quelle que soit la filière, les enfants de cadres et professions libérales représentent plus du quart des effectifs. Plus généralement, plus le diplôme du père est élevé, plus on a de chances d’avoir soi-même un diplôme élevé. Les deux tiers des enfants d’enseignants et plus de la moitié des enfants de cadres sont titulaires d’un diplôme supérieur ou égal à Bac+3, contre 10 % des enfants d’ouvriers non qualifiés ou d’inactifs. Ces derniers représentent à l’inverse 60 % des individus qui disposent d’un diplôme inférieur au Bac ou qui n’ont pas de diplôme.

La raréfaction du travail va de pair avec son éloge et l’invocation incessante du mérite et de l’individualisme. On se souvient tous du « travailler plus pour gagner plus » ou « de la France qui se lève tôt » de N. Sarkozy.

L’idéal méritocratique est un pilier important de l’édifice bourgeois, à titre pratique et psychologique.

Cette idéologie postule que la société concède équitablement ses faveurs aux plus doués et aux plus volontaires. Les inégalités ne feraient que refléter les qualités et défauts de chacun. On peut dès lors en inférer que le succès et l’échec sont mérités. Chacun est cause de son propre sort.

Il s’ensuit que : la collectivité ne doit pas prêter assistance à des personnes qui ont galvaudé leurs chances ; la pauvreté, expression de l’inaptitude et de l’inutilité, est une tare morale ; le riche est digne d’estime ; l’inégalité est dans l’ordre des choses.

La question de l’éducation est indissociable d’un projet politique sous-jacent. Elle n’est jamais neutre. Pour réformer la fonction et les missions du système éducatif, c’est la société dans son ensemble qui doit changer d’orientation. Seule l’émancipation intégrale - économique et politique- est en mesure d’assurer une émancipation intellectuelle et d’actualiser toutes les virtualités qui se trouvent en l’homme.


De : Emrah K.

mercredi 28 juillet 2010

Grèce : un coup de force par voie parlementaire

Exclusif. Désormais, toutes les mesures prises dans le cadre du plan pour la Grèce de l’UE et du FMI seront signées par le ministre grec des Finances, sans vote au Parlement.
C’est dans l’après midi que la nouvelle est tombée. « Un coup d’Etat », ont dénoncé, en substance, les partis de gauche (KKE et coalition Syriza). Quant à Nouvelle Démocratie (ND, droite) et à Laos (extrême-droite), ils ont dit que la procédure n’est pas légale. Le gouvernement Pasok (social-démocrate) mené par Georges Papandreou vient de faire passer en Grèce une grave modification de loi qui remet fondamentalement en cause la démocratie : désormais, toutes les lois et tous les accords pris dans le cadre du « plan de soutien à l’économie grecque » défini par le gouvernement grec, l’UE et le FMI seront signés par le ministre des Finances, sans vote au Parlement qui ne sera plus qu’informé.

Grave pour la démocratie, cette décision l’est à plus d’un titre. Tout d’abord, elle refuse de prendre en compte les observations des députés qui, le 6 mai, s’étaient opposés au projet de loi sur « les mesures pour la mise en œuvre du mécanisme de soutien à l’économie grecque par les Etats-membres de la zone euro et le FMI ». En effet, seuls les députés Pasok dans leur quasi-totalité et ceux du Laos (extrême-droite) avaient approuvé, dans une alliance pour le moins douteuse, ce plan d’austérité.Les députés Pasok qui se sont abstenus,ont été exclus du parti.

Selon cet article, les mesures d’austérité seront désormais prises par décret

Les députés du KKE (PC grec) et de Syriza (gauche radicale dont la principale composante est Synaspismos) et ceux de ND ont dénoncé ce projet de loi. A leurs yeux, il ne s’agissait pas d’une loi classique mais bien de la ratification d’un accord international qui délègue des compétences nationales aux institutions internationales. De ce fait, la majorité nécessaire au Parlement n’était pas de 151 députés mais de 180. Le gouvernement leur a répondu que, non, aucune compétence étatique n’était dévolue aux institutions internationales. Pourtant, aujourd’hui, dans une assemblée vide, le ministre des Finances a introduit une modification d’un des articles de ce projet de loi, l’article 3. Selon cet article, les mesures d’austérité seront désormais prises par décret, sans consultation des élus du peuple. Cette modification fait fi d’une règle minimale dans tout système parlementaire : le Parlement vote pour ou contre des lois que le gouvernement lui soumet ou qu’il propose au gouvernement. L’assemblée populaire, élue en octobre 2009, est ainsi niée.

C’est donc désormais le ministre des Finances qui a les pleins pouvoirs sur les mesures d’austérité, sujet qui constitue aujourd’hui le principal enjeu politique du pays et qui touche à la souveraineté grecque (cf. L’Humanité du 7 mai, notamment page 5).

Nombreux sont les députés, de gauche mais aussi de ND et de Laos, qui affirment que l’acte est anticonstitutionnel

Comment le ministre s’y est-il pris ? Sans prévenir les présidents des groupes de la tenue du vote, il a fait la proposition d’une modification de l’article 3, votée par le chef du groupe Pasok. Et le vice-président du Parlement a considéré que la loi était votée, car le parti majoritaire venait d’approuver cette modification. Nombreux sont les députés, de gauche mais aussi de ND et de Laos, qui affirment que l’acte est illégal, voire anticonstitutionnel, au regard du contexte dans lequel il a été effectué. A l’heure où ces lignes sont écrites, il semble toutefois qu’aucun recours juridique ne soit possible.

Alors que le 5 mai, des centaines de milliers de manifestants défilaient en Grèce pour dénoncer les mesures d’austérité, leurs voix sont ainsi bâillonnées, d’un seul coup. Un coup qui ressemble fort à un « coup d’Etat », selon le KKE et Syriza, terme qui n’est pas sans évoquer des heures sombres en Grèce. Un coup qui survient au moment où les Grecs songeaient à la pause du week-end. Quelle sera leur réaction ?

http://www.humanite.fr/Un-coup-d-Etat-par-voie-parlementaire

Fabien Perrier

mardi 27 juillet 2010

Grèce : Un extrait du "Capital" d’une actualité redoutable, sur les dettes publiques.

Extrait du "Capital" de Karl Marx, Livre I, Section VIII, chapitre XXXI.

"(...)Le système du crédit public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste.

La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique . Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables.

La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle doue l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire.

Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation - de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel - la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne.

Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n’étaient que des associations de spéculateurs privés s’établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu’ils en obtenaient, à même de leur prêter l’argent du public.

Aussi l’accumulation de la dette publique n’a-t-elle pas de gradimètre plus infaillible que la hausse successive des actions de ces banques, dont le développement intégral date de la fondation de la Banque d’Angleterre, en 1694.

Celle-ci commença par prêter tout son capital argent au gouvernement à un intérêt de 8 %%, en même temps elle était autorisée par le Parlement à battre monnaie du même capital en le prêtant de nouveau au public sous forme de billets qu’on lui permit de jeter en circulation, en escomptant avec eux des billets d’échange, en les avançant sur des marchandises et en les employant à l’achat de métaux précieux. Bientôt après, cette monnaie de crédit de sa propre fabrique devint l’argent avec lequel la Banque d’Angleterre effectua ses prêts à l’État et paya pour lui les intérêts de la dette publique.

Elle donnait d’une main, non seulement pour recevoir davantage, mais, tout en recevant, elle restait créancière de la nation à perpétuité, jusqu’à concurrence du dernier liard donné.

Peu à peu elle devint nécessairement le réceptacle des trésors métalliques du pays et le grand centre autour duquel gravita dès lors le crédit commercial. Dans le même temps qu’on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque.

Il faut avoir parcouru les écrits de ce temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout l’effet que produisit sur les contemporains l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers.

Avec les dettes publiques naquit un système de crédit inter­national qui cache souvent une des sources de l’accumulation primitive chez tel ou tel peuple.

C’est ainsi, par exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui Venise en décadence prêtait des sommes considérables.

A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du XVII° siècle de sa suprématie industrielle et commer­ciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l’étranger et, de 1701 à 1776, spécialement à l’Angleterre, sa rivale victorieuse.

Et il en est de même à présent de l’Angleterre et des États-Unis. Maint capital qui fait aujourd’hui son apparition aux États-Unis sans extrait de naissance n’est que du sang d’enfants de fabrique capitalisé hier en Angleterre.

Comme la dette publique est assise sur le revenu public, qui en doit payer les redevances annuelles, le système moderne des impôts était le corollaire obligé des emprunts nationaux.

Les emprunts, qui mettent les gouvernements à même de faire face aux dépenses extraordinaires sans que les contribuables s’en ressentent sur-le-champ, entraînent à leur suite un surcroît d’impôts ; de l’autre côté, la surcharge d’impôts causée par l’accumulation des dettes successivement contractées contraint les gouvernements, en cas de nouvelles dépenses extraordinaires, d’avoir recours à de nouveaux emprunts.

La fiscalité moderne, dont les impôts sur les objets de première nécessité et, partant, l’enchérissement, de ceux-ci, formaient de prime abord le pivot, renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge des taxes n’en est pas un incident, mais le principe. Aussi en Hollande, où ce système a été d’abord inauguré, le grand patriote de Witt l’a-t-il exalté dans ses Maximes comme le plus propre à rendre le salarié soumis, frugal, industrieux, et... exténué de travail.

Mais l’influence délétère qu’il exerce sur la situation de la classe ouvrière doit moins nous occuper ici que l’expropriation forcée qu’il implique du paysan, de l’artisan, et des autres éléments de la petite classe moyenne.

Là-dessus, il n’y a pas deux opinions, même parmi les économistes bourgeois. Et son action expropriatrice est encore renforcée par le système protectionniste, qui constitue une de ses parties intégrantes.

La grande part qui revient à la dette publique et au système de fiscalité correspondant, dans la capitalisation de la richesse et l’expropriation des masses, a induit une foule d’écrivains, tels que William Cobbett, Doubleday et autres, à y chercher à tort la cause première de la misère des peuples modernes.

Le système protectionniste fut un moyen artificiel de fabriquer des fabricants, d’exproprier des travailleurs indépendants, de convertir en capital les instruments et conditions matérielles du travail, d’abréger de vive force la transition du mode traditionnel de production au mode moderne.

Les États européens se disputèrent la palme du protectionnisme et, une fois entrés au service des faiseurs de plus-value, ils ne se contentèrent pas de saigner à blanc leur propre peuple, indirectement par les droits protecteurs, directement par les primes d’exportation, les monopoles de vente à l’intérieur, etc. Dans les pays voisins placés sous leur dépendance, ils extirpèrent violemment toute espèce d’industrie ; c’est ainsi que l’Angleterre tua la manufacture de laine en Irlande à coups d’oukases parlementaires. Le procédé de fabrication des fabricants fut encore simplifié sur le continent, où Colbert avait fait école.

La source enchantée d’où le capital primitif arrivait tout droit aux faiseurs, sous forme d’avance et même de don gratuit, y fut souvent le trésor public.

Mais pourquoi, s’écrie Mirabeau, pourquoi aller chercher si loin la cause de la population et de l’éclat manufacturier de la Saxe avant la guerre ! Cent quatre-vingt millions de dettes faites par les souverains.

Régime colonial, dettes publiques, exactions fiscales, protection industrielle, guerres commerciales, etc., tous ces rejetons de la période manufacturière proprement dite, prennent un développement gigantesque pendant la première jeunesse de la grande industrie. Quant à sa naissance, elle est dignement célébrée par une sorte de massacre des innocents - le vol d’enfants exécuté en grand. Le recrutement des fabriques nouvelles se fait comme celui de la marine royale - au moyen de la presse !(...)"

lundi 26 juillet 2010

2005-2010 : comment Facebook a bradé notre vie privée

Depuis que Facebook est devenu une entreprise, il y a cinq ans, on assiste à une remarquable transformation. A ses débuts, il s'agissait d'un espace privé pour communiquer avec les groupes de votre choix. Peu de temps après, c'est devenu une plate-forme sur laquelle la plupart de vos informations étaient publiques par défaut.


Aujourd'hui, c'est devenu une plate-forme sur laquelle vous n'avez pas d'autre choix que de rendre certaines informations publiques, et ces informations peuvent être partagées par Facebook avec ses partenaires et utilisées pour cibler les publicités.


Pour illustrer cette dérive vers toujours moins de vie privée, nous avons mis en lumière certains extraits des conditions d'utilisations de Facebook au fil des années. Regardez comment votre vie privée disparaît, petit à petit !

Politique de respect de la vie privée de Facebook, 2005 :

« Aucun utilisateur du site qui n'appartient pas à au moins l'un des groupes que vous avez spécifiés dans vos paramètres de confidentialité n'aura accès aux données personnelles que vous avez envoyé à The Facebook. »

Politique de respect de la vie privée de Facebook, 2006 :

« Nous comprenons que vous ne vouliez pas que tout le monde puisse avoir accès aux informations que vous partagez sur Facebook ; c'est pour cela que nous vous donnons le contrôle de vos informations. Les paramètres de confidentialité par défaut limitent les informations disponibles sur votre profil à votre école, votre zone géographique et d'autres communautés raisonnables pour lesquelles vous êtes averti. »

Politique de respect de la vie privée de Facebook, 2007 :

« Les informations que vous envoyez à Facebook seront visibles par les utilisateurs de Facebook qui appartiennent à au moins l'un des réseaux que vous avez choisis dans vos paramètres de confidentialité (école, zone géographique, amis d'amis). Votre nom, le nom de votre école et votre photo de profil seront disponibles dans les résultats de recherche pour tous les utilisateurs de Facebook à moins que vous ne changiez vos paramètres de confidentialité. »

Politique de respect de la vie privée de Facebook, novembre 2009 :

« Facebook a été créé pour que vous puissiez facilement partager des informations avec qui vous le souhaitez. Vous décidez de la quantité d'information que vous voulez partager et contrôlez la manière dont elle est diffusée grâce à vos paramètres de confidentialité. Nous vous suggérons de vérifier ces paramètres de confidentialité et de les modifier s'ils ne sont pas conformes à vos préférences. Gardez ces paramètres à l'esprit lorsque vous partagez des informations. […]

Les informations envoyées à “Tout le monde” sont disponibles pour tous et sont accessibles par n'importe qui sur Internet (y compris ceux qui ne sont pas inscrits sur Facebook), elles peuvent être indexées par des moteurs de recherche tiers, elles peuvent être associées à vous en dehors de Facebook (lorsque vous consultez d'autres sites Internet) et elles peuvent être importées et exportées par d'autres utilisateurs sans limites d'utilisation. Le paramètre de confidentialité par défaut de certains types d'informations que vous publiez sur Facebook est “tout le monde”. Vous pouvez consulter et modifier ces paramètres par défaut dans vos paramètres de confidentialité. »

Politique de respect de la vie privée de Facebook, décembre 2009 :

« Certaines catégories d'information, telles que votre nom, votre photo de profil, la liste de vos amis et des pages desquelles vous êtes fan, votre sexe, votre zone géographique et les réseaux dont vous faites partie sont considérées comme étant publiques pour tout le monde, y compris les applications tierces ; vous ne pouvez donc pas les modifier dans vos paramètres de sécurité. Vous pouvez néanmoins limiter la possibilité pour d'autres utilisateurs de trouver ces informations à travers les moteurs de recherche dans vos paramètres de confidentialité. »

Politique de respect de la vie privée de Facebook, avril 2010 :

« Lorsque vous vous connectez à une application ou à un site web, elle ou il aura accès aux informations générales vous concernant. L'expression “Informations générales” désigne nom, photos de profil, sexe, identifiants d'utilisateur, connexions et contenus partagés (les vôtres et ceux de vos amis) avec le paramètre de confidentialité “Tout le monde”.

Nous pouvons communiquer les informations concernant le lieu d'utilisation de votre ordinateur ou de l'appareil que vous utilisez, ainsi que votre âge, aux applications et sites Web utilisables avec Facebook de façon à leur permettre d'utiliser certaines mesures de sécurité et de contrôler la diffusion de leur contenu. Si une application ou un site Web requiert d'autres d'informations, votre autorisation sera nécessaire. »

Prises dans leur ensemble, ces évolutions de la politique de confidentialité racontent une histoire très claire. Facebook a fait venir les utilisateurs en leur offrant des contrôles simples et puissants sur leurs informations personnelles.

Au fur et à mesure de sa croissance, Facebook aurait pu décider de maintenir ou d'améliorer ces contrôles. Au lieu de cela, il a lentement mais sûrement suivi son propre intérêt -et ceux de ses partenaires et annonceurs- en se servant de plus en plus dans les informations partagées par ses utilisateurs, tout en limitant les possibilités de contrôle pour ces derniers.

► Billet traduit de l'anglais, l'original est disponible sur le site de l'Electric frontier foundation. Toutes les citations sauf la dernières sont des traductions du billet original et peuvent ne pas refléter mot pour mot les versions françaises de l'époque. Quand on voit comment Facebook traduit ça, on se dit que ce n'est pas un mal.

Nicolas Kayser-Bril

vendredi 23 juillet 2010

«L'assouplissement de la carte scolaire accentue la ghettoïsation»

Trois ans après l'assouplissement de la carte scolaire, quelles conséquences? Les bons élèves ont-ils fui les lycées se coltinant une mauvaise réputation? Y a-t-il une compétition entre les établissements? Regrettant «l'absence de transparence» du gouvernement sur le sujet, le syndicat des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN) a mené l'enquête auprès de 2758 collèges et lycées (lire en pdf). Entretien avec Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat.

En novembre dernier, un rapport de la Cour des comptes accusait déjà cette nouvelle carte scolaire de créer des ghettos. Vous confirmez ?

C'est évidemment les établissements les plus fragiles qui sont les plus touchés. 30% des collèges et lycées classés ZEP-RAR (zone d'éducation prioritaire-réseau ambition réussite) jugent que la libéralisation de la carte scolaire a eu un impact négatif. C'est une difficulté supplémentaire pour ces collèges et lycées. Beaucoup de chefs d'établissement constatent une baisse des effectifs, avec le départ bien souvent des élèves les plus favorisés. Cela amplifie le mouvement de ghettoïsation.

Plus étonnant, vous relevez des conséquences dans les petites villes sur les établissements de niveau moyen.

Oui, et c'est peut-être cela le plus alarmant. L'assouplissement de la carte scolaire suscite des départs qui n'auraient pas eu lieu autrement, et déstabilise complètement l'équilibre qu'il pouvait y avoir dans certaines villes.

Prenons le cas d'une agglomération de 30.000 habitants, avec deux ou trois collèges de taille moyenne et d'un niveau à peu près semblable. Jusqu'ici, les élèves allaient sans trop se poser de question au collège le plus proche avec la garantie d'une qualité moyenne. Mais, avec l'assouplissement de la carte, les parents ont désormais le choix. A partir de là, leur raisonnement change: «Puisque j'ai le choix, c'est qu'il y a des différences». C'est un peu comme pour le numéro des renseignements. Avant on faisait le 12 sans se poser de questions. Aujourd'hui, il y a plein de 118. Sur quels critères choisit-on l'un plutôt que l'autre ?

Certains collèges se forgent une meilleure réputation que d'autres tout simplement parce qu'ils sont en centre-ville dans un immeuble ancien... Il suffit que quelque parents demandent une dérogation dans le but que leur enfant aille dans cet établissement «présumé meilleur» pour que les autres suivent. Une fois le mouvement enclenché, ce qui n'était qu'une image devient une réalité. On créé des établissements à risques qui ne l'étaient pas auparavant.

L'un des arguments des partisans de la suppression de la carte scolaire était de dire: «il faut laisser le choix aux familles, elles se tourneront moins vers le privé». Est-ce que ça marche?

C'est faux. Tout simplement parce que les lycées publics les plus cotés sont toujours aussi pleins... Accorder plus de dérogations n'augmente pas le nombre de places! Donc, cela ne change rien sur ce point. Au contraire. Lors de l'enquête, on s'est rendu compte que cet assouplissement de la carte scolaire favorisait même les inscriptions dans les établissements privés. Pourquoi? A partir du moment où on donne le choix aux familles, on crée des frustrations. Ceux qui n'ont pas l'établissement public souhaité se tournent alors vers le privé.

Que demandez-vous ? Un retour à une carte scolaire plus stricte ?

D'abord, et on le réclame depuis trois ans, on souhaite plus de transparence sur le sujet. Il serait par exemple intéressant de savoir quel est le pourcentage d'élèves dont le premier vœu a été satisfait. Le système est tellement compliqué que personne n'y comprend rien.

Ensuite, il nous semble urgent de rouvrir le dossier. L'Etat doit absolument jouer son rôle de régulateur, comme il le fait d'ailleurs dans les classes prépas avec les élèves boursiers. Bien entendu, il ne s'agit pas de revenir à une carte scolaire rigide mais il faut trouver des outils d'intervention, comme il existe dans d'autres pays. En Angleterre ou aux Etats-Unis par exemple.

Marie Piquemal

jeudi 22 juillet 2010

Impôts locaux : injustes et mal répartis

Le conseil des prélèvements obligatoires a publié jeudi un rapport entièrement dédié au sujet.


«Faible lisibilité, efficacité économique incertaine, absence d'équité.» Le jugement du conseil des prélèvements obligatoires (CPO) sur la fiscalité locale est sans appel. Cet organisme associé à la Cour des comptes - également présidé par Didier Migaud - a publié jeudi un rapport entièrement dédié au sujet.


Une pierre dans le jardin du gouvernement au moment où ce dernier se lance dans un programme de réduction des déficits publics, qui va l'amener à réclamer des efforts importants aux collectivités. Car si la dépense des collectivités territoriales n'a cessé de croître depuis trente ans, pour représenter 203 milliards d'euros en 2008, soit 21,5 % du PIB contre 17 % en 1982, cet accroissement repose sur un édifice de plus en plus fragile. La cinquantaine de taxes locales acquittées par les ménages et les entreprises ont en effet rapporté 98 milliards en 2008 soit un peu moins de la moitié des dépenses des collectivités, le reste étant financé grâce à des dotations budgétaires de l'État.

Les deux tiers de ces recettes fiscales sont assurées par quatre taxes, baptisées «les quatre veilles» dont l'une vient de disparaître : la taxe professionnelle. Les trois autres sont les droits de mutation, la taxe d'habitation et les taxes foncières. Problème : au fil du temps ces deux derniers impôts sont devenus très inégalitaires, estime le CPO. «Ils ne sont plus adaptés à la situation économique et sociale contemporaine», précise Didier Migaud. Ainsi, la taxe d'habitation n'est progressive que jusqu'à un certain niveau de revenu, suite à quoi elle devient «régressive». Résultat, la taxe d'habitation représente 2 % du revenu fiscal de référence des Français appartenant à la catégorie des revenus moyens, alors qu'elle pèse 0,75 % du revenu des 10 % les plus riches. Pour le CPO, il faut donc introduire «une part de revenu plus significative dans l'assiette de la taxe d'habitation».
Une révision difficile

L'inégalité est encore plus aiguë s'agissant de la taxe foncière. Celle-ci est assise sur des bases cadastrales définies en 1970. À cette époque, les logements neufs étaient considérés comme ayant des «éléments de confort» que les anciens appartements n'avaient pas. Mais en quarante ans ces derniers ont été rénovés et se voient désormais équipés de tous les avantages modernes. C'est ainsi que dans une même rue, à Paris, un appartement haussmanien peut bénéficier d'une taxe foncière deux fois moins élevée qu'un appartement type HLM des années 1970… la révision de ces bases tentées en 1990 avait été avortée devant l'ampleur des bouleversements qu'elle aurait entraînés. Le CPO propose de s'y attaquer de nouveau en choisissant la voie la moins douloureuse possible : revaloriser «de manière périodique, tous les cinq ans par exemple». Bercy s'est en partie attaqué à la question en lançant, il y a quelques semaines, une réflexion sur les changements de valeur locative pour les locaux commerciaux.

Cyrille Lachèvre

mercredi 21 juillet 2010

À Paris, des milliers de Roms dans des bidonvilles

Victimes de discriminations dans leurs pays d'origine, de nombreux Roms viennent trouver refuge en France. Indésirables partout, ils vivent dans des conditions déplorables au sein de campements insalubres.
Accroupis devant un tas d'écrans d'ordinateurs, un homme et un enfant d'une dizaine d'années, armés de marteaux, les brisent pour en extraire le métal. Un peu plus loin en contrebas, le long d'une voie SNCF, on peut apercevoir des cabanes construites de bric et de broc. Nous ne sommes ni au Caire ni à Calcutta, mais à Stains, en Seine-Saint-Denis. Trois cents Roms, originaires de Strehaia dans le sud-ouest de la Roumanie, vivent dans ce bidonville.

Des camps comme celui-ci, il en existe quarante-sept rien qu'en Seine-Saint-Denis, selon un recensement du Comité d'aide médicale, une organisation non-gouvernementale. Il y aurait environ 5 000 Roms en Ile-de-France, originaires majoritairement de Roumanie, mais aussi de Bulgarie et de Serbie.

Après quelques palabres, nous sommes autorisés à pénétrer dans le campement. Les enfants s'agglutinent autour de nous. Ils veulent être pris en photo. La glace se brise et les habitants nous promènent dans le camp. Partout, des flaques d'eau, la boue. Pour faciliter les déplacements, des bouts de moquettes ont été posés dans les allées et offrent une protection dérisoire. Un des gros problèmes, ce sont les rats. « C'est la misère ici », constate simplement Rosa en soulevant un vieux tapis pour montrer les tunnels creusés par les rongeurs.

Les Roms ont rivalisé d'inventivité pour construire leurs cabanes. Les planches, bâches, tapis et portes ont été récupérés dans des bennes de chantier. Les poubelles fournissent l'ameublement : canapés, matelas, fauteuil de voitures, meubles de cuisine. La plupart des familles possèdent un petit groupe électrogène. Des vieux frigos ont été installés dehors, vaguement protégés par des auvents. Quelques cabanes disposent de la télé.

Chaque abri est équipé d'un poêle à charbon, construit à partir d'un fût. La cheminée est réalisée à partir d'un panneau de signalisation routière ou du mât d'un lampadaire d'éclairage public. Ce poêle improvisé pour le chauffage et la cuisine est aussi la cause de fréquents incendies.

Malgré la précarité, les femmes tentent de décorer leur intérieur avec de vieilles tentures et des fleurs en plastique. Chrétiens évangélistes, les habitants sont fiers de montrer leur église, une vaste cabane où Ion, le pasteur, anime la prière du dimanche. Puis nous sommes invités à boire un cocktail local, « le mol », 3/4 de vin rosé et 1/4 de coca-cola, et à manger du jambon grillé. L'accueil fait partie de leurs traditions, même dans le dénuement.

As du recyclage et de la récup

Une fumée âcre se dégage d'un coin du camp. Une femme d'une trentaine d'années, vêtue d'habits traditionnels, fait brûler des fils électriques dans un chariot de supermarché pour en retirer le cuivre. Ses yeux éteints contrastent avec ses vêtements bariolés. Ce camp est aussi une véritable entreprise. Des tonnes de déchets sont ramenées pour être triées. Tout arrive à vélo, même une machine à laver !

Le recyclage du métal est leur première source de revenu. La tonne de cuivre vaut 4 000 €. Près d'une bassine bleue remplie de jonquilles, Maria, la quarantaine, prépare des bouquets avec dextérité. « Je vais les vendre au métro », dit-elle dans un français approximatif. La mendicité, considérée ici comme un véritable travail, complète leurs revenus. Parfois aussi, les hommes arrivent à se faire embaucher quelques jours au noir dans le bâtiment. Ils sont alors payés 50 à 60 € par jour. Une manne. « On voudrait un vrai travail mais il n'y en a pas pour nous. Juste l'Europe qui nous dit : dégage, dégage ! », déplore Petraus.

Les relations avec la police sont souvent tendues. Rosa, 37 ans et son fils Madalin, 10 ans, racontent qu'alors qu'ils remplissaient leurs jerricans à un point d'eau situé à 500 mètres du camp, un policier les a aspergés de gaz lacrymogène depuis sa voiture, sans raison. Ils sont allés faire soigner leurs yeux à l'hôpital. « C'est comme ça. Je ne porterai pas plainte », déclare Rosa, résignée.

Depuis notre visite, le camp s'est vidé d'une partie de ses habitants. Certains ont accepté une prime d'aide au retour de 300 € et un billet d'avion pour la Roumanie. Mivara, depuis six ans en France, sourit : « Ça va nous permettre de passer quelques semaines voir la famille. Et puis nous reviendrons. » La récupération du métal lui assure 10 à 20 € par jour. Un revenu beaucoup plus élevé qu'en Roumanie.

Le bidonville devrait être rasé prochainement. Mais les Roms ont l'habitude de tout perdre, il ne leur faudra que 24 heures pour reconstruire leur camp. Ils sont imbattables pour trouver les matériaux nécessaires. En six ans, Mirava a habité dans vingt campements différents.


Jacques DUPLESSY.

mardi 20 juillet 2010

Trois ans de Sarkozy : les contrevérités du bilan de l'Elysée

« Trois ans d'action : 6 mai 2007-6 mai 2010 ». Dans ce livret de 56 pages disponible depuis mardi sur le site Elysee.fr, la présidence de la République fait la communication des mesures prises par Nicolas Sarkozy depuis son élection.

Nous avons voulu vérifier l'honnêteté de ce bilan, ce que les confrères anglosaxons appellent un « fact checking », une vérification des informations livrées. Certaines de ces actions sont réelles (comme la mise en place du RSA, la revalorisation du minimum vieillesse, ou la réforme des régimes spéciaux). Mais force est de constater que de nombreuses mesures sont présentées sous un jour biaisé, quand elles ne sont pas mensongères.

En se basant sur les faits et en suivant le même ordre de présentation, Rue89 a fait le tour d'horizon de toutes ces « actions » et corrigé celles qui étaient le plus inexactes. Lisez et comparez.

Sortir la France de la crise ?

► « En 2009, malgré la crise, le pouvoir d'achat des Français a ainsi progressé de 2,1%. »

Pourquoi ne retenir que l'année 2009 ? Le document se garde de citer la quasi-stagnation de 2008 (+0,7% selon les chiffres de l'Insee) et la prévision noire pour 2010 : +0,1% au premier semestre, +0,3% au second.

► Dans la restauration, « la baisse de la TVA a permis de sauver plusieurs milliers d'établissements en difficultés et a contribué à la création de 5 300 emplois au deuxième semestre 2009. »

On est très loin de l'engagement pris par les restaurateurs en échange de la TVA à 5,5% : créer 40 000 emplois en deux ans.

Au sein même de la majorité, la mesure est contestée : moins d'embauches que prévu, peu de bénéfices pour les consommateurs, mais un trou important dans le budget de l'Etat. Des sénateurs de droite ont même réclamé le retour au taux initial de 19,6%.

► « Grâce aux conditions posées par l'Etat [aux banques], un resserrement général du crédit a pu être évité : malgré la crise, les encours de crédit ont augmenté de 2,7% en 2009. »

Ce glorieux « malgré la crise » est curieux : en échange du soutien financier de l'Etat, les banques s'étaient engagées à augmenter le montant de leurs prêts aux particuliers et aux entreprises, dans une fourchette comprise entre 3% et 4%.

Résultat en 2009 : une augmentation de 2,7% seulement (dans le détail, une hausse de 4,5% pour les prêts aux ménages, mais une baisse de 1,1% pour les crédits aux entreprises). Selon le gouvernement, c'est une belle performance compte tenu de la crise.

► « La France est désormais l'un des lieux au monde les plus favorables à l'innovation. […] L'installation récente du siège européen de Microsoft à Issy-les-Moulineaux illustre la pertinence de cette orientation. »

Un exemple trop beau pour être vraiment exact. Le déménagement du groupe américain a été annoncé en mars 2007, deux mois avant l'élection de Nicolas Sarkozy ! Et surtout, le siège social européen de Microsoft se trouvait déjà en France, simplement quelques kilomètres plus loin, à La Défense.

► « Encadrement des bonus des traders, une taxe sur les bonus étant instituée en France et au Royaume-Uni en 2009. »

Une des mesures symbolisant la volonté d'« imposer une régulation plus ambitieuse du capitalisme », selon le document de l'Elysée. Mais cette taxe de 50% sur les bonus des traders ne pourra pas « réguler » la finance de manière durable : cette taxe, provisoire, ne porte que sur les bonus accordés en 2009.

Vouloir une France plus forte ?

► « Instauration de peines plancher contre les récidivistes par la loi du 10 août 2007 : désormais les crimes et délits sont punis d'une peine qui ne peut être inférieure à un seuil fixé par la loi. »

Ce que ne précise pas le document, c'est que la loi n'est pas suivie par les magistrats. Selon les chiffres que nous a donnés le ministère de la Justice, au 31 décembre 2009, pour 42 000 décisions de justice qui portaient sur des délits commis en état de récidive, seulement 50% de peines plancher ont été prononcées.

Dans un rapport remis en 2007, deux députés UMP et PS font un bilan mitigé :

« Les peines plancher ne paraissent pas adaptées à la plupart des situations auxquelles sont confrontés les magistrats. Soit ils peuvent déroger à la peine qu'ils jugent excessive, soit ils ne peuvent pas et ils appliquent le plus souvent la peine plancher assortie d'un sursis avec mise à l'épreuve pour atténuer la peine. »

► « Création d'un délit d'appartenance à des bandes violentes en février 2010. »

Dès l'annonce de cette loi, des doutes sur son application ont été émis. Le dimanche 28 mars, 110 personnes ont été interpellées lors d'une manifestation anti-carcérale aux abords de la prison de la Santé, à Paris, non pas pour avoir commis des violences mais pour avoir été soupçonnées d'en préparer. Résultat : 110 interpellations, 57 gardes à vue, aucune poursuite.

► « La France connaît sa septième année consécutive d'amélioration dans la lutte contre la délinquance. »

La France connaît surtout une manipulation des chiffres de la délinquance.

Dans une tribune publiée sur Rue89, Laurent Mucchielli, sociologue, analyse les données de Brice Hortefeux pour démontrer que la délinquance ne baisse pas : les chiffres ne sont pas ceux de la baisse de la délinquance, mais ceux de l'activité policière sur la délinquance.

Le taux d'élucidation, dont le gouvernement affirme qu'il a progressé de 50%, doit ses bons scores à la focalisation des policiers sur des délits qui sont élucidés en même temps qu'ils sont constatés (racolage, consommation de cannabis…).

A noter que dans ce bilan, l'Elysée fait aveu d'inaction dans les quartiers sensibles : à aucun moment ne sont évoquées les banlieues, pas même le plan banlieue de Fadela Amara, le « plan Marshall des banlieues » pourtant annoncé à grand bruit en 2008.

► « Adoption en 2008, sous la présidence française de l'UE, d'un pacte européen interdisant désormais les régularisations massives de sans-papiers. »

Le pacte, adopté en 2008, n'évoque pas de « régularisations massives ». Le mot « interdiction » n'y figure pas non plus. Si le pacte précise que « le Conseil européen convient de se limiter à des régularisations au cas par cas et non générales », il rappelle qu'il « revient à chaque Etat membre de décider des conditions d'admission sur son territoire des migrants légaux et de fixer, le cas échéant, leur nombre. »

► « La crédibilité de la France dans la lutte contre l'immigration illégale a été restaurée. »

A la fin du mois de novembre 2008, un rapport du commissaire européen aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, alertait l'opinion sur les conséquences de la politique du chiffre du gouvernement en ce qui concerne les reconductions aux frontières.

En 2010, le même commissaire s'en est pris à la criminalisation des personnes qui viennent en aide aux sans-papiers. Enfin, les « excellents » chiffres, successivement brandis par Hortefeux et Besson, comprennent les expulsions de Bulgares et Roumains (dans l'UE) mais aussi celles d'étrangers expulsés alors qu'ils rentraient chez eux.

► « La présidence française de l'UE de 2008 a été une occasion de donner à l'Europe un rôle leader pour créer l'Union pour la Méditerranée »

Lancée à grands frais en 2008, l'UPM n'a jamais décollé. Une conférence sur l'eau prévue en avril a été avortée en raison du conflit au Proche-Orient.

A peine deux ans après son lancement, des élus s'inquiètent. Michel Vauzelle, vice-président de l'Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (Arlem) et président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (France), attend que le prochain sommet du mois de juin « débouche sur quelque chose de solide, c'est-à-dire qu'il y ait des moyens et non pas simplement des déclarations d'intentions ».

Construire une France moderne ?

► « La possibilité d'introduire un référendum d'initiative populaire est désormais ouverte. »

La révision constitutionnelle adoptée par le Congrès le 21 juillet 2008 a effectivement prévu dans l'article 11 de la Constitution la possibilité pour les citoyens de pétitionner pour convoquer un référendum, mais les conditions sont très restrictives et surtout, aucune loi organique n'a encore été adoptée pour le permettre.

Alors même que des lois organiques concernant les ministres ou France Télévisions ont, elles, été prises.

► « Permettre à chacun de réussir, en donnant plus à ceux qui ont moins. (…) Après la réforme du lycée professionnel, entrée en vigueur à la rentrée 2009, ce sera au lycée d'enseignement général et technologique d'être réformé en 2010. »

Dans la batterie de mesures qui suivent ces promesses, l'Elysée a « omis » un détail… qui ne va vraiment pas dans ce sens. Le nombre de postes supprimés dans l'Education nationale : 16 000 en 2010, 13 500 en 2009 et 11 200 en 2008.

► « L'objectif est clair : que les revenus et le milieu d'origine d'un étudiant ne soient plus jamais des limites à son ambition dans la poursuite de ses études. »

En étendant le RSA aux moins de 25 ans, le gouvernement a fait un effort louable envers les 160 000 jeunes qui en bénéficieront, mais la mesure est très timorée : pour le toucher, il faut avoir travaillé au moins deux ans et il ne concerne que 2% des 8,18 millions de 16-25 ans en France. Les Jeunes Verts dénoncent : « Rien n'est prévu pour les 1,2 million d'étudiants. Rien pour les 350 000 jeunes en IUT ou en STS… »

► Sur le service minimum : « Pendant les douze jours de la grève d'avril 2010 à la SNCF, les engagements en matière de service minimum ont été systématiquement respectés, permettant aux usagers d'être transportés sans trop de difficultés »

Ce n'est pas ce qu'ont constaté les usagers : « Le service minimum est respecté mais gens sont transportés avec difficulté », résume le président de la Fédération des usagers des transports d'Aquitaine, Christian Broucaret.

Il précise :

« Les usagers étaient prévenus des trains supprimés, mais avec le remplacement par bus, les retards étaient importants, donc les gens ont pris leur voiture. Surtout, effet pervers du service minimum, il est devenu beaucoup plus difficile de se faire dédommager. »

► « Jamais le dialogue social n'a été aussi dense et efficace que depuis mai 2007. »

Une affirmation que la rotation rapide des ministres du Travail (Eric Woerth a remplacé Xavier Darcos, qui a lui-même pris la suite de Xavier Bertrand) ne tend pas à confirmer.

Par exemple, pour la réforme des retraites, les consultations menées au pas de charge sont critiquées par les syndicats, pas persuadés d'être entendus lorsque le gouvernement annoncera ses décisions le 20 juin. Ainsi, le ministre n'envisage pas toutes les possibilités, il a déjà exclu toute hausse des prélèvements.

► « La suppression de la publicité sur les chaînes de la télévision publique a ainsi permis de sortir le service public de la contrainte d'audience, en lui offrant la possibilité d'une programmation ambitieuse et visant exclusivement la qualité. »

D'abord, la publicité n'a disparu des écrans des chaînes publiques qu'après 20 heures. Ensuite, c'est par le budget de la nation que le manque à gagner à été compensé. Enfin, la suppression totale de la publicité, pourtant déjà inscrite dans la loi, est aujourd'hui remise en cause jusqu'au sein même de la majorité.

► La taxe carbone sera mise en œuvre quand il y aura « un engagement européen ».

Or, cet engagement nécessitera l'unanimité des pays membres et est donc très hypothétique. L'abandon de la taxe sous cette mandature là, principal engagement du Grenelle de l'environnement, continue d'être nié.

► « La rénovation thermique des logements est lancée »

Certes l'éco-prêt à taux zéro est un « succès » mais cette aide fiscale n'est assortie d'aucune contrainte de performance thermique des logements anciens. De plus, le document de l'Elysée avance des chiffres d'économies que réaliseront les ménages (« 4 000 euros par logement en habitat collectif et 15 000 euros en maison individuelle, sur vingt ans »), qui sont jugés farfelus par les spécialistes : sans connaître le prix de l'énergie dans vingt ans, un tel calcul est impossible.

► « Notre pays s'est doté, avec le Haut conseil des biotechnologies, de moyens nationaux d'évaluation environnementale des OGM »

L'absence d'indépendance de ce « haut conseil » a été pointée dès sa création. Il a récemment jugé « acceptable » la culture du maïs transgénique Bt11, au grand dam des associations de défense de l'environnement. Sa légitimité est aujourd'hui très faible.

► « Jamais la France n'a engagé des moyens aussi importants en faveur des transports durables »

Une phrase à l'emporte-pièce qui ne colle pas ni avec la priorité donnée au réseau routier dans le plan de relance, ni avec l'autorisation de faire rouler des camions de plus de 44 tonnes, ni encore avec le report de la taxe poids lourds à 2012 ; ce qui fait de la France, selon le mot de Sandrine Bélier, députée européenne Europe Ecologie « l'aspirateur à camions de l'Europe. »

Bâtir une France plus juste ?

► « Permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus et de gagner plus : grâce à la loi Tepa d'août 2007, les heures supplémentaires sont désormais exonérées de charges et d'impôts. En 2008, déjà près d'un salarié sur quatre (5,5 millions) a bénéficié de ce dispositif, soit une redistribution de pouvoir d'achat de l'ordre de 150 € par mois. »

Comme Rue89 l'avait déjà démontré en 2008, les chiffres sont trompeurs : nombre d'heures supplémentaires n'étaient pas déclarées avant la promulgation de la loi Tepa, donc leur augmentation alléguée n'est pas significative. Surtout, par rapport à leur coût (environ 8 milliards par an), leurs effets bénéfiques se font attendre quant à la richesse créée : le PIB est en recul et le pouvoir d'achat des ménages est en berne.

► « Mieux accompagner la recherche d'un emploi grâce à un service public de l'emploi performant. La fusion entre l'organisme d'accompagnement des demandeurs (ANPE) et celui qui indemnise le chômage (Assedic) offre désormais un guichet unique : Pôle emploi. Malgré un contexte très difficile en 2009, cette fusion a été menée en un an. »

Grèves à répétition des personnels de Pôle emploi, aveux d'échec des directeurs d'agence, bugs informatiques, primes qui ne sont pas versées, hausse du chômage impossible à gérer… Eco89 liste depuis un an tous les petits et grands dysfonctionnements de la nouvelle administration, qui empêchent un fonctionnement normal.

► « Quant au bouclier fiscal plafonnant les impôts à payer à 50% des revenus de l'année, il concerne aussi de nombreux contribuables modestes : plus d'un bénéficiaire sur deux n'est pas soumis à l'ISF. »

Le vocabulaire permet aussi d'arranger la vérité. L'Elysée considère ici que tous ceux qui ne sont pas soumis à l'ISF (avec un F comme fortune) sont des « contribuables modestes ».

► « La réforme de l'hôpital vise, grâce à une meilleure organisation, à améliorer la qualité des soins offerts aux Français sur l'ensemble du territoire. »

La réforme des hôpitaux est davantage une réforme organisationnelle visant à sauvegarder les finances des hôpitaux qu'à améliorer la qualité des soins. Et elle a fait l'unanimité contre elle : le gouvernement a réussi à mettre dans la rue tant les directeurs d'hôpitaux que les grands professeurs de médecine.

► « Le déficit du régime de retraite, cette année, est celui que le Conseil d'orientation pour les retraites n'attendait initialement que pour l'année 2030. »

C'est simplement faux. Pour faire passer sa future réforme des retraites, l'Elysée est volontairement alarmiste. En réalité, les projections effectuées en 1995 pour 2010 correspondent exactement à la situation actuelle.

Zineb Dryef, François Krug, Julien Martin et Sophie Verney-Caillat

lundi 19 juillet 2010

Roselyne Bachelot affole le monde de la psychiatrie

Santé La réforme de l'hospitalisation d'office suscite la controverse


Le Conseil des ministres a examiné hier le projet de loi de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, sur la psychiatrie. Il doit réformer les conditions de l'hospitalisation d'office et vise, selon Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, à assurer « une meilleure prise en charge des patients ». Annoncée en 2008 par Nicolas Sarkozy, après le meurtre d'un étudiant par un malade mental qui avait fugué d'un hôpital psychiatrique, cette réforme est accueillie avec scepticisme par les praticiens.


Alain Vaissermann, président du Comité d'action syndicale de la psychiatrie (Casp), regroupant 80 % des praticiens (14 000 en France), regrette que « le souci sécuritaire ait gagné le souci sanitaire ». Le remplacement de la notion d'hospitalisation par celle de soins sous contrainte est pour lui « une façon d'obliger les gens à se traiter même quand ils sont chez eux ».

« Nouveauté désagréable »
Par ailleurs, la loi, qui, selon la ministre, « donne un cadre aux soins ambulatoires sans consentement » irait d'après Alain Vaissermann à l'encontre de la liberté du patient, et ne garantit pas l'efficacité de la prise en charge : « il n'y a pas de meilleur soin qu'un soin consenti ».
Autre pierre d'achoppement, la mise en place d'un collège de soignants chargé de fournir un avis au préfet sur la levée d'une hospitalisation d'office. Une nouveauté « désagréable » d'après le praticien, qui remet en question la légitimité de la décision médicale : « Un médecin prend ses responsabilités. » Le psychiatre juge « outrancier de présenter tout malade comme un danger public. Pourquoi alors ne pas enfermer tous les titulaires du permis », sous prétexte que certains chauffards sont potentiellement dangereux ? Jouer de cette manière la carte “ du tout sécuritaire” peut être contreproductif », poursuit-il. Avant d'avertir : « D'une part, nous risquons d'être plus frileux sur les sorties. D'autre part, plus on enferme les gens, plus ils veulent s'évader. »
Ingrid Gallou

vendredi 16 juillet 2010

Les anesthésistes interdits d'exécutions aux Etats-Unis

Depuis le 15 février, les anesthésistes américains peuvent se voir refuser ou retirer leur certification s'ils participent à des injections létales.

Rattrapés par le serment d'Hippocrate. «Réaliser une anesthésie dans le but de donner la mort à un patient est une violation de notre devoir fondamental, en tant que médecins, de ne pas blesser autrui», explique dans un communiqué publié le 2 mai, le secrétaire général de l'American Board of Anesthesiologists (ABA), Mark Rockoff.


Cet organisme délivre aux anésthésistes des certifications sur les compétences médicales indispensables à l'exercice de leur métier dans une grande majorité des hôpitaux américains.

Or l'ABA a justement décidé de ne plus accorder son précieux certificat aux médecins qui participeront à des mises à mort. Les anesthésistes déjà certifiés pourront quant à eux se voir retirer leur précieux sésame. Peu importe que l'acte soit toléré sur le plan légal : c'est une barrière éthique que vient d'ériger l'ABA. Sera-t-elle efficace ? «Cela me dissuadera», confie au Washington Post un anesthésiste ayant déjà été consulté sur le dosage des injections par des responsables de son Etat. «La menace de l'ABA de vous retirer votre certification est loin d'être anecdotique», explique-t-il. L'American Medical Association - un équivalent américain du Conseil de l'ordre des médecins français, à laquelle l'ABA est rattachée, s'opposait en effet depuis longtemps à la participation des médecins aux exécutions, mais n'avait jamais été jusqu'à envisager de véritables sanctions administratives.

La mesure, passée quelque peu inaperçue, est effective depuis le 15 février dernier. Depuis cette date, il y a eu neuf exécutions, mais pour le moment aucun anesthésiste n'a fait l'objet de sanction. L'identité des bourreaux étant tenu secrète, il est en effet difficile de savoir si des anesthésistes y ont pris part.

51 injections létales en 2009

Aujourd'hui, la moitié des 35 états américains dans lesquels des prisonniers sont exécutés ont rendu obligatoire la présence d'un médecin. Sur 52 condamnés exécutés aux Etats-Unis en 2009, 51 l'ont été par injection létale. Un état de fait qui place les anesthésistes en première ligne. «Une injection peut mal tourner pour deux raisons, explique en effet un anesthésiste au Children's Hospital de Boston. Il peut y avoir des difficultés à mettre en place les cathéters ou quelque chose qui ne se passe pas comme prévu au niveau de l'injection des poisons soit le prisonnier n'est pas inconscient et il souffre, soit les drogues n'arrivent pas à être administrées.» C'est la raison pour laquelle les Etats préfèrent s'adresser à des professionnels de l'injection.

Les anesthésistes sont finalement pris entre deux feux : l'obligation de se conformer aux termes de la certification la plus réputée de leur pays, et la tentation de rendre la mort des condamnés la plus douce possible. C'est ce dernier point qui est souligné par David B. Weisel, professeur à l'école de médecine de Harvard, dans un article du Washington Post : «Si nous conservons la peine de mort, il faut que cela soit fait avec humanité, et avec le moins de douleurs possibles pour le condamné.»

Par Tristan Vey

jeudi 15 juillet 2010

Contre le narcotrafic, l'Arizona déclare la guerre aux immigrés

Le 27 mars dernier, le corps sans vie de Robert Krentz est découvert à 300 mètres d'une des mares de son ranch du comté de Cochise, en Arizona. Abattu d'une balle, le vieux rancher gît près de son véhicule tout terrain avec lequel il avait l'habitude de patrouiller ses 14 000 hectares de terre. Le moteur tourne et les phares sont allumés. Quant à l'arme dont le vieux cowboy ne se séparait jamais, elle n'a pas quitté sa sacoche.

Quelques heures plus tôt, Krentz s'est entretenu, via radio, avec son frère Phil pour l'informer de sa rencontre fortuite avec un « illégal ». Comme la plupart des ranchers dont les propriétés bordent la frontière mexicaine, les frères Krentz sont excédés du passage incessant de contrebandiers sur leurs terres, où ont été dénichés des ballots de marijuana, apparemment abandonnés dans un moment de panique.
L'Arizona, succursale américaine des narcotrafiquants mexicains

Vivre le long de la « linea » est décidément devenu risqué. Et le meurtre de Robert Krentz a enflammé les esprits déjà troublés par l'exportation de la violence du Mexique dans la région.

Le problème est que passent aujourd'hui des trafiquants, d'hommes et de drogues. Les cartels qui sèment la terreur du côté mexicain se sont mis à établir des succursales aux Etats-Unis.

La Californie et le Texas étant désormais plus difficiles d'accès en raison d'une surveillance renforcée, l'Arizona est devenu le principal corridor du trafic. Ses immenses étendues désertiques rendent la protection de la frontière plus ardue.

C'est aussi le seul Etat frontalier où les ranchs se terminent là où commence le Mexique. Pour patrouiller dans ces zones, la « border patrol » doit obtenir la permission de leurs propriétaires.

Un journaliste, local qui préfère garde l'anonymat, explique :

« C'est pour ça qu'on a vu des ranchers devenir complices des cartels. Ils leur permettent de faire transiter et même parfois d'entreposer la drogue sur leurs terres avant son transport vers les centres urbains.

Tout le monde a une idée de leur identité, mais je ne peux pas révéler leurs noms et encore moins en parler dans mon journal. Ma vie serait en danger. »

Et le journaliste de citer les noms de notables du coin soupçonnés d'être impliqués dans le narcotrafic.
Phoenix, capitale américaine des enlèvements

Rien de très surprenant. Depuis 2007, plus de 80 officiels de la police, des gardes-frontière et d'autres agences gouvernementales ont été inculpés pour corruption.

Le cas le plus spectaculaire est celui de Richard Cramer, l'ancien directeur de l'ICE (Immigration and custom enforcement) à Nogales. Cet homme que tout le monde, y compris sa femme et ses enfants, croyait d'une probité exemplaire, croupit dans une prison de Miami depuis septembre 2009.

Il a plaidé coupable d'avoir facilité une énorme opération de trafic de stupéfiants et protégé l'évasion d'une bande de narcotrafiquants.

Au cours des trois dernières années, les narcos ont gagné en audace. Ils tirent sur des agents de la border patrol, des policiers et des ranchers… Bref, sur ceux qui sont susceptibles de s'ériger en obstacle. La première ville d'Arizona, Phoenix, est devenue la capitale américaine des enlèvements et la seconde du monde après Mexico (un kidnapping par jour en 2008 et 2009).
SB 1070, une loi anti-immigration « inhumaine »

C'est dans ce contexte hyper chargé que Jan Brewer, la gouverneure républicaine de l'Arizona a, le 23 avril dernier, signé la nouvelle loi anti-immigration SB 1070, la plus draconienne jamais adoptée aux Etats-Unis.

Dès sa mise en vigueur en juillet prochain, fouler le sol de l'Arizona sans papiers sera un crime. La police aura le droit de contrôler l'identité et le statut migratoire de quiconque (privilège jusqu'alors réservé aux services de l'immigration) sur un simple « soupçon raisonnable ». Transporter, employer ou donner l'asile à un sans-papiers sera également un délit.

On imagine les dérapages possibles. Il suffira d'avoir l'air d'un émigré pour être harcelé. Faudra-t-il se promener avec son acte de naissance ou son passeport dans la poche ?

Le journaliste remarque :

« En plus, nos prisons sont déjà pleines. Comment fera-t-on de la place pour ces nouveaux soi-disants “criminels” ? »

L'Arizona s'est couverte d'opprobre. Le Président mexicain, Felipe Calderon, a qualifié SB 1070 de « inhumaine, inacceptable, discriminatoire et injuste ».

Barack Obama l'a durement critiquée et promis d'étudier sa constitutionnalité. Les municipalités de Los Angeles et de San Francisco ont appelé à un boycott de l'Arizona. Des centaines de manifestations ont été organisées dans tout le pays samedi dernier pour dénoncer le caractère raciste de la loi.

Du côté des politiciens, chacun se renvoie la faute et raille l'ineptie du voisin, du prédécesseur ou de l'adversaire. Le dossier « muy caliente » de l'immigration avait été relégué aux oubliettes, le revoici sorti des tiroirs en fanfare.
La réponse de l'Arizona à l'immobilité de Washington

Il y a 12 millions d'Hispaniques en situation irrégulière aux Etats-Unis. 450 000 d'entre eux environ vivent en Arizona. Bien que gravement appauvri par la crise, cet Etat dépense une moyenne annuelle de 1,5 milliard de dollars pour gérer les problèmes liés à l'immigration alors qu'une partie de ces dépenses devrait être couverte par le gouvernement fédéral.

Pendant que Washington tergiversait sur la nécessité de réformer l'immigration, la situation pourrissait en Arizona. Ignoré alors qu'il criait au secours, l'Etat a enfin trouvé le moyen de se faire entendre. Le problème est qu'entre-temps, il s'est profondément radicalisé.

John McCain, sénateur de l'Arizona, qui, il n'y a pas si longtemps, préconisait l'amnistie des illégaux et se comptait parmi leurs amis, n'a pas eu peur de non seulement déclarer son soutien à la loi, mais en plus de préciser que « ce sont les sans-papiers qui causent les accidents sur l'autoroute, exprès ».

Le sénateur brigue un nouveau mandat. Il a peur d'être débordé par les durs de son parti, les fameux « tea-partiers », et est apparemment prêt à dire n'importe quoi et à se damner pour s'attirer le vote des extrémistes. C'est dire l'ambiance en Arizona.
Les sans-papiers sont devenus « désespérés »

Robin dans son restaurant à Arivaca (Armelle Vincent)« Mais c'est justement le renforcement de la protection de la frontière qui a empiré la situation », remarque Robin, serveuse à l'Universal Cafe, l'unique restaurant d'Arivaca, un village situé à 25 km à vol d'oiseau de la frontière.

« Avant que la border patrol ne devienne hystérique, les sans-papiers ne faisaient que passer. On leur donnait de l'eau et de la nourriture et ils poursuivaient leur chemin.

Alors que depuis le durcissement, ils sont devenus désespérés et du coup dangereux. Ils sont traqués et se retrouvent pris au piège ici.

Soit dit en passant, ça fait longtemps que chez nous, les termes de cette loi sont appliqués… inconstitutionnellement. »

Photos : à Nogales, le mur qui marque la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique ; Robin dans son restaurant à Arivaca (Armelle Vincent)

mercredi 14 juillet 2010

Émeutes à Oakland après le verdict du procès Oscar Grant (vidéos)

Rappel des faits : le 1er janvier 2009, un flic abat Oscar Grant d’une balle sur les quais du métro à Oakland. Il dira ensuite avoir confondu dans la précipitation son taser et son flingue… À mesure que les vidéos du meurtre circulent sur internet, des émeutes partent dans la ville. Le procès du flic vient d’avoir lieu ; verdict : quatre ans de taule.oackland

Un groupe de personnes en colère après le verdict du procès contre Johannes Mehserle (le flic) se sont affrontés avec la police à Oakland, tard dans la soirée de jeudi, jetant des pierres, des feux d’artifice et des bouteilles sur les policiers, lançant de petits feux dans la rue, détruisant des vitres de voitures, et s’attaquant aux vitrines des commerces, dont certains ont été pillés. La police a réalisé de nombreuses arrestations. Le chef de la police, Anthony Batts, a précisé que vers 20 heures, un groupe d’individus vêtus entièrement de noir et portant des masques noirs se sont dirigés vers Broadway, adoptant une posture offensive. Batts a décrit le groupe comme étant «des anarchistes». « C’était clair qu’ils prenaient une posture offensive… Nous avons commencé à recevoir nombre de pierres et de bouteilles.»

Vers 23 heures, heure locale, les manifestants n’étaient pas encore complètement dispersés, alors que des renforts policiers arrivaient de San Francisco et des municipalités voisines, selon le site internet du journal local Oakland Tribune.

lundi 12 juillet 2010

La Grèce ou comment étrangler un peuple

C’est d’abord l’histoire de mensonges à répétition. Les différents gouvernements grecs de droite comme de gauche ont camouflé durant ces quinze dernières années l’énorme déficit (près de 13% du Produit intérieur brut en 2010, un PIB en retrait de près de 3%), l’ampleur de la dette publique (124% du PIB annoncé pour 2010) et les frauduleuses utilisations des fonds communautaires. La Grèce n’est pas en faillite pour tout le monde. Les privilégiés de la fortune vont bien. Très bien même, grâce à leur sports préféré : la fraude fiscale estimée à 20 milliards d’euros chaque année.

Un exemple, parmi tant d’autres : celui des membres des professions libérales (architectes, médecins, avocats). En 2008, ils déclaraient un revenu annuel de 10.493 euros, les hommes d’affaires et autres traders 13.236 euros en moyenne, tandis que celui des salariés et retraités se montait à 16.123 euros. Pour le fisc grec, les plus riches sont les ouvriers, les employés et les retraités.

Les autorités grecques se tournent vers l’Union européenne et le FMI. Depuis son adhésion en 1981, le pays a perçu plus de 100 milliards de fonds communautaires. Où est passé cet argent ? Pour le journaliste Niels Kadritzke dans un article publié dans « Le Monde diplomatique », « une partie importante, mais difficile à évaluer, a atterri sur des comptes privés. Cette dilapidation des fonds et la modération de l’imposition sur les hauts revenus se reflètent dans les yachts et les voitures de luxe, et plus encore dans les villas de week-end des faubourgs résidentiels d’Athènes. C’est là que se matérialisent les sommes d’argent qui étaient destinés à financer les programmes de développement. » Ou encore à protéger la capitale des feux de l’été. Ce ne sont pas à ces prédateurs, aux grandes fortunes que l’Etat grec va demander les « sacrifices » demandés par l’Union européenne et le FMI mais aux plus faibles.

Le gouvernement socialiste n’y va pas par quatre chemins. Il annonce la réduction des salaires de la fonction publique de 5 à 7%, un gel des embauches dans le secteur public, le remplacement par un seul fonctionnaire de cinq départs à la retraite, la réduction des budgets de chaque ministère de 10% visant principalement les salaires, la vente de biens immobiliers de l’Etat, la hausse de 20% sur l’essence, le tabac et l’alcool. Le gouvernement envisage également une augmentation de la TVA et une attaque en règle contre les caisses d’assurances sociales. Quant à l’âge moyen de départ à la retraite, un allongement jusqu’à 67 ans pour le privé comme pour le public est annoncé. Les successeurs du milliardaire Aristote Onassis peuvent dormir tranquille. Ils devront faire un petit effort mais pas trop. Pour l’essentiel, les salariés et les retraités peuvent payer.

Les protestations exprimées dans les rues vont-elles virer à la révolte sociale ? Le recours au FMI est vécu par la majorité des Grecs comme une humiliation. Selon un sondage 92% d’entre eux sont convaincus que l‘entrée en lice du FMI entraînera de nouvelles mesures d’austérité tandis que 65% considèrent que leur vie risque d’être bouleversée.

Les manifestations qui ont eu lieu ces dernières semaines à Athènes et dans la plupart des villes grecques n’ont pas réuni des foules immenses. « Les gens sont comme sonnés », indiquent plusieurs responsables syndicaux qui ajoutent : « Il faut s’attendre à une forte mobilisation mais aussi à des actes désespérés. Nous ne pouvons pas exclure des actes de violence. »

Le gouvernement de Georges Papandréou est conscient de possibles explosions populaires à brève échéance. D’autant que le pire n’a pas encore été annoncé à la population.

de José FORT

samedi 10 juillet 2010

Mélechon serait-il atlantiste ?

Lors des élections pour le parlement européen on avait vu le sénateur fondateur du nouveau Parti de Gauche dénoncer le traité de Lisbonne en se présentant néanmoins aux dites élections. Pour sa défense nous dirons qu’il ne fut pas le seul dans se cas là, mais l’un de ses arguments arguant qu’il était bien de pouvoir se faire élire pour contester le système de l’intérieur en avait déjà fait doucement rigoler plus d’un. Argument fallacieux s’il en est, qui cachait en vérité une attitude essentiellement électoraliste.
Pourtant le transfuge du PS était animé par un mordant de bon aloi en dénonçant qui voulait l’entendre dans l’article du 10 mai 2009 « Vue du ciel d’une pause » (http://www.jean-luc-melenchon.fr/2009/05/680/)

la mise aux ordres économiques de l’Europe devant l’hégémonie étasunienne :

« L’Union européenne se prépare donc activement à une intégration économique avec les États-Unis sans qu’aucun de ses citoyens n’en soit informé et n’ait eu à en décider. Ce projet de «Grand marché transatlantique» est d’autant plus grave qu’il s’agit selon le Parlement européen de « faire en sorte que les générations présentes et futures continuent d’être engagées dans ce partenariat» (résolution du 26 mars 2009) A quand cette noce forcée? Devinez ! Dès que le traité de Lisbonne sera adopté définitivement ! Le parlement européen «estime qu’il est approprié que la négociation du nouvel accord débute une fois le traité de Lisbonne entré en vigueur». On y revient toujours. »

On ne peut que louer sa prise de position sur cette situation économique mais on eut aimé aussi qu’il généralise plus son propos en y associant le refus du contrôle de la défense européenne par l’Otan.

Sans doute que cette attitude préparait l’avenir puisque ce qu’a évité de crier sur les toits Monsieur Mélenchon c’est qu’en vieux routier politicard il a réussi à se faire nommer vice-président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen… On est donc en plein dans le sujet, on ne pouvait rêver mieux pour être au cœur des alliances européennes futures, et particulièrement celles avec les USA !

Comme on ne peut être plus clair, il suffit de lire deux des passages du rapport de la Commission des affaires étrangères du Parlement européen a publié un le 1 mars 2010

Il s’agit des principaux aspects et les choix fondamentaux de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC).

40. estime que, sans préjudice des obligations internationales de l’Union européenne au titre de la charte des Nations unies, l’Union européenne et l’OTAN doivent développer un partenariat plus fort et plus efficace en tenant compte du développement progressif des politiques étrangère, de sécurité et de défense de l’Union, tout en respectant pleinement l’autonomie décisionnelle de ces deux organisations ; recommande à cette fin la révision des accords dits de "Berlin plus" et le développement d’un dialogue plus stratégique sur des intérêts stratégiques communs et une planification des mesures d’urgence ; demande instamment que soit facilitée une coopération pratique plus large au sol au niveau militaire ou civil, surtout lorsque les deux organisations interviennent sur le même type de missions ; déplore, à cet égard, le conflit persistant entre la Turquie et Chypre qui nuit de plus en plus à l’efficacité et à la crédibilité de l’Union européenne et de l’OTAN ;

41. réitère son attachement au partenariat transatlantique en tant qu’élément important et l’un des principaux piliers de l’action extérieure de l’Union européenne ; demande instamment à la vice-présidente/haute représentante de s’assurer que l’Union européenne agisse comme un partenaire des États-Unis qui soit cohérent, volontariste, égal et néanmoins autonome afin de renforcer la sécurité et la stabilité au niveau mondial, de soutenir la paix, le respect des droits de l’homme et la réalisation des OMD, et d’adopter une approche unie face aux défis mondiaux tels que la prolifération nucléaire, le terrorisme, le changement climatique et la sécurité énergétique ; estime que le traité de Lisbonne offre une chance d’améliorer et de renouveler le cadre des relations entre l’Union européenne et les États-Unis ; encourage la vice-présidente/haute représentante à œuvrer au renforcement des mécanismes institutionnels entre l’Union et les États-Unis, conformément aux résolutions du Parlement ; souligne que les travaux du Conseil économique transatlantique doivent être renforcés dans le sens de la réalisation d’un véritable marché transatlantique intégré et que ce marché doit jeter les bases d’un partenariat transatlantique renforcé ;

Lorsque l’on lit ces lignes on a du mal à comprendre ce que vient faire un député européen farouche opposant du Traité de Lisbonne dans une commission qui va lier des deux mains l’Europe au Etats-Unis d’Amérique et ceci pour le pire. Je doute qu’en tant que vice-président de ladite commission le compromis Mélenchon ait de bonnes réponses à donner, même s’il si oppose ce ne sera que pour la gloire, voire de la poudre aux yeux.

Car nous faire croire que l’on peut changer ce genre d’institution de l’intérieur est une fumisterie du même style que les effets d’annonces de Sarkozy…Le geste fort aurait été de dénoncé haut et fort la confirmation de l’atlantisme européen et surtout de démissionner d’un poste où l’on occupe une position paradoxale. Où alors on a de bonnes raisons, mais je doute que ce soit des meilleurs pour l’avenir des peuples, les beaux-parleurs ne défendant souvent que leurs intérêts…

Michel MENGNEAU

vendredi 9 juillet 2010

Plus scandaleux que Goldman Sachs: les agences de notation

Le scandale Enron, elles ne l'ont même pas vu arriver. Pas plus que la faillite de Lehman Brothers. Pourtant, les agences de notation américaines continuent de faire la pluie et le beau temps sur l'économie mondiale. Leur dernier fait d'armes : elles ont précipité la Grèce dans la crise. Et elles s'attaquent maintenant au Portugal, explique Sobiz.


Audition des dirigeants de Goldman Sachs par la commission d'enquête du Sénat américain




Bien sûr, on aurait tort de faire la fine bouche. Le spectacle de la brochette de crânes d’œufs de Goldman Sachs, assise en rang d’oignons devant la commission d’enquête du sénat américain hier après-midi, est de ces grands moments de télévision qui entrent sans peine au panthéon du zapping, quelque part entre le rot de Jean-Claude Vandamme sur le plateau de Nulle Part Ailleurs et le « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » du très classieux Thierry Rolland en 1978.

On eut même droit à un léger frisson dans l'échine quand le sénateur démocrate Carl Levin la joue Tony Montana. Sourcils en accent circonflexe, lunettes demi-lune au bout du tarin, le président de la commission d'enquête dégaine un email de Goldman Sachs, daté de 2007, qualifiant Timberwolf, un des produits financiers de la banque, de « shitty deal », « affaire de merde » en bon gaulois. Question : « Combien de ces affaires de merde avez-vous vendu à vos clients ?(…)Je vois que vous n’avez pas envie de répondre. Vous saviez que c'était une affaire de merde vous en avez vendu des centaines de millions ! » Onze «shitty deals » en tout, qui résonnent comme autant d’uppercuts dans l’hypogastre de Daniel Sparks, responsable de la division des prêts hypothécaires. Le gars a clairement a les fesses qui font bravo.Il regarde ses pompes. Bafouille comme à son BEPC.

Sacré Goldman Sachs. La SEC, le gendarme de la Bourse américaine, accuse la banque d'avoir trompé des investisseurs en leur faisant faire des placements sur des titres risqués sur l’immobilier US, alors qu’elle-même refourguait discrètement tous les titres en question ? Goldman Sachs répond que ses clients sont des professionnels. En clair, un resto te fourgue du merlan pourri qui te dézingue les intestins, mais c’est ta faute : t’avais qu’à le faire analyser. T’es un professionnel, bordel. Fais le job, espèce de communiste.

Oui, vraiment, ce réjouissant opéra-bouffe aurait eu de quoi donner du rêve si quasiment en même temps, un autre coupable de la crise financière ne continuait allègrement à saboter l’économie mondiale en toute impunité : l’agence de notation Standard & Poor’s dégradait la note de la Grèce dans la catégorie « junk bonds » - obligations pourries-, et dégradait aussi celle du Portugal dans la foulée, histoire de flinguer l’économie d’un autre pays de la zone euro.

On connaissait les dix plaies d’Egypte. Voici les trois plaies de Wall Street : Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch, les trois agences de notation mondiales. Des organismes privés, totalement indépendants des régulateurs et autres gendarmes boursiers : deux groupes américains, Standard & Poor’s et Moody’s, et un acteur à capitaux français, Fitch, filiale du groupe Fimalac. A elles trois, ces agences contrôlent 90% du marché mondial : 80% pour le duo Standard-Moody’s et 14% pour Fitch.

Le principe est simple : quand un pays ou une entreprise emprunte sur les marchés, il demande à une des agences de noter sa dette, c’est-à-dire de donner une estimation des risques de non remboursement en fonction de sa solvabilité, ses perspectives etc. En fonction des systèmes de notation des agences, ces dettes se retrouvent notées entre AAA (risque le plus faible) et CCC, voire D (faillite ou quasi-faillite).

Plus scandaleux que Goldman Sachs: les agences de notation
Pas moyen d’échapper à l’oligopole : les créanciers, banques, hedge funds ou fonds souverains, exigent une notation des dettes émises, forcément par une des trois grosses agences, avant d’ouvrir le carnet de chèques. Selon l’AMF, Moody's France note ainsi plus de 77 entreprises, 124 établissements financiers, 14 collectivités locales, 15 OPCVM. En bon français, on appelle ça une rente de situation, d’autant que les deux tiers des émetteurs notés ne font appel qu’à une seule agence.

Mais le plus gros problème est ailleurs. Qui rémunère les agences ? Les émetteurs de dette eux-mêmes, entre 25 000 et 125 000 dollars. Conclusion de première année de Deug : risque de conflit d’intérêt évident, d’autant que les agences ont tout intérêt à ce que leurs clients émettent toujours plus de produits financiers, puisqu’elles sont sûres de devoir les noter par la suite, et de facturer leurs honoraires à chaque fois. Les agences de notation ont d’ailleurs largement participé à la montée en puissance des produits financiers ultra-complexes, issus de la titrisation de créances douteuses, en les notant allégrement AAA ou apparenté, et en poussant leurs clients à en créer toujours plus. Parmi les champions de cette roulette russe financière, Goldman Sachs.

Le bilan des agences ? Il se passe de commentaire. Standard & Poor’s notait encore AAA la banque Lehman Brothers quelques jours avant sa faillite. Quelques années auparavant, les trois agences notait AAA le courtier en énergie Enron, quatre jours avant sa chute. Bref, on a clairement affaire à une sacrée bande d’extralucides, réduite à dégrader après coup et à tour de bras, à chaque signe de faiblesse d’une banque, d’une entreprise ou d’un pays. Cette sur-réaction est d’ailleurs presque plus grave que l’absence de précautions initiales : en dégradant à la machette des entités déjà affaiblies, elles les empêchent de se refinancer à bon marché, et aggravent encore un problème qu’elles n’ont pas vu venir.

La solution coule de source : il faut d’urgence surveiller ces mauvais coucheurs. Facile à dire, moins à appliquer : le Congrès américain le proposait déjà en 2002, le G20 de Londres en avril 2009, mais on en est toujours au stade de la réflexion. Les pistes existent, pourtant : contrôle des agences par le FMI ; création d’une agence européenne sous l’autorité de la Banque centrale européenne (BCE) ; mise en concurrence des Big Three par des nouveaux entrants, comme l’assureur crédit Coface, qui vient d’entrer sur le marché en proposant des honoraires trois fois inférieurs aux gros. Ou mieux, responsabilisation des agences en leur faisant couvrir une partie des risques qu’elles notent (5 % ?) : si elles se plantent, type Lehman, elles payent. Après avoir touché Goldman Sachs, l’heure est venue de couler les agences.

Sobiz

jeudi 8 juillet 2010

Les nuages s'accumulent au dessus de Goldman Sachs

Le Sénat américain a diffusé des mails montrant que banque de Wall Street se délectait, pendant la crise, de gagner tant d'argent, grâce à ses produits misant sur la chute du marché immobilier.
L'affaire Goldman Sachs a franchi, le week-end des 24 et 25 avril, une nouvelle étape politique avec la publication par le Sénat américain de courriels embarrassants pour la banque, accusée de s'être enrichie, en 2007, en pariant sur la baisse de produits financiers que la banque avait parfois elle-même vendus à ses clients.

Larry Summers, conseiller économique du président Obama, a refusé dimanche de commenter l'affaire Goldman Sachs, si ce n'est pour préciser : «Voilà qui souligne ce qui est au cœur de la vision du président (dans la réforme de la finance): l'importance de la transparence.»

Choquée de ce déballage avant l'ouverture d'auditions publiques lundi, au Congrès, Goldman Sachs nie catégoriquement avoir violé la loi. Elle maintient que son rôle d'intermédiaire au service de clients institutionnels aux vues divergentes sur la tendance du marché immobilier l'obligeait à spéculer à la baisse sur certains titres de manière à couvrir ses risques pris par ailleurs sur d'autres positions.

S'ils ne prouvent rien de frauduleux, les mails rendus publics, samedi, par le Sénat montrent que la banque de Wall Street se délectait, pendant la crise, de gagner tant d'argent, grâce à ses produits dérivés misant sur la chute du marché immobilier subprime, alors que ses propres clients - dont des banques européennes - s'appauvrissaient dans des opérations inverses.

« On va faire un gros paquet d'argent ! »

En juillet 2007, David Viniar, directeur financier de Goldman Sachs, apprenant que la banque avait déjà gagné 51 millions de dollars en pariant sur la chute des subprime réagissait ainsi dans un mail : «Ça donne une idée de ce qui pourrait arriver à ceux qui n'ont pas une grande position courte.»

En octobre 2007, alors que le marché immobilier plongeait, un trader de la banque envoyait un mail à son collègue : «On dirait qu'on va faire un gros paquet d'argent !» La réponse : «Oui, nous sommes bien positionnés…» En 2007, la banque dirigée par Lloyd Blankfein a réalisé des profits records de 11,6 milliards de dollars qui lui ont permis d'empocher un bonus record de 67,9 millions de dollars. Au cours de la même période, les banques rivales, comme Morgan Stanley, subissaient des dévalorisations massives de leurs actifs.

Lundi, Lloyd Blankfein et six de ses collaborateurs sont sommés de s'expliquer devant la sous-commission du Sénat chargée de l'enquête sur la ­crise financière. Parmi eux, Fabrice Tourre, un Français de 31 ans, accusé de fraude par la SEC, le gendarme des marchés financiers américains. Il n'y a théoriquement pas de lien entre les deux enquêtes. Mais elles portent sur même sujet : les conflits d'intérêt de Goldman Sachs sur les marchés de produits dérivés de créances ­hypothécaires. Un mail signé par Fabrice Tourre en 2007 révèle son pessimisme sur les produits qu'il élaborait : «Ce marché est complètement mort et les ­pauvres petits emprunteurs sub­prime ne vont pas faire long feu.» Fabrice Tourre va même ­jusqu'à se comparer à Franken­stein pour avoir créé des produits qui se retourneront contre leurs détenteurs, en précipitant l'éclatement de la bulle immobilière américaine et de la crise financière mondiale.

Pierre-Yves Dugua

mercredi 7 juillet 2010

Karachi : ces sacs de billets qui valsaient sous le nez de Sarkozy

Revoilà Edouard Balladur, mais aussi Nicolas Sarkozy, au centre des soupçons de financement occulte apparus en marge de l'affaire Karachi. Libération et Mediapart rapportent ce lundi des documents bancaires inédits, faisant état d'un versement de plus de dix millions de francs en liquide et en grosses coupures sur le compte de l'Aficeb, l'Association pour le financement de la campagne présidentielle du candidat Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole et directeur de campagne.

Un relevé du compte numéro « 327 548 2 » de l'Aficeb, ouvert à l'agence du Crédit du Nord du boulevard Haussmann à Paris, montre que l'association a encaissé 10 250 000 francs le 26 avril 1995, soit trois jours après le premier tour de l'élection perdue par l'ancien Premier ministre. Le bordereau de dépôt mentionne quatre sacs, remplis au moins à hauteur de sept millions de francs de billets de 500 francs.

Un autre bordereau, en date du 27 avril 1995, démontre également l'existence d'un second versement, cette fois de 200 000 francs, mais toujours sur le même compte et toujours en liquide, et précise : « Complément s/ versement espèces du 26.04 ».
« Une telle somme, je ne l'aurais pas oubliée »

« Au total, cette remise d'espèces représente plus de 20% des recettes globales mentionnées dans le compte de campagne de Balladur », relève Libération. Des espèces qui se sont révélées indispensables à l'équilibre de ce compte de campagne, la loi interdisant qu'il soit présenté en déficit au Conseil constitutionnel, qui devait par la suite le valider, ce qu'il a fait sans sourciller.

La loi n'interdit pas, en revanche, les dons des personnes physiques aux candidats, dans la mesure où leur montant par personne n'excédait pas à l'époque 30 000 francs au total, dont seulement 1000 francs en liquide.

Des versements tels que ceux démontrés par ces trois documents bancaires interpellent donc. Interrogé par Mediapart, René Galy-Dejean, le trésorier de la campagne de Balladur, assure ne pas se les expliquer :

« Cela ne me dit rien. Une telle somme, tout de même, je ne l'aurais pas oubliée. Ce qui me trouble le plus, c'est qu'il s'agisse de grosses coupures, alors que je n'en voyais quasiment jamais passer. »

Sarkozy était « au cœur de la corruption »

Les documents ont été anonymement envoyés le 22 février 2010 à Me Olivier Morice, l'avocat de plusieurs familles de victimes de l'attentat de Karachi en 2002, qui fit 14 morts, dont 11 Français, tous salariés de la Direction des constructions navales (DCN). Quelques jours avant, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire à la suite d'une plainte de ces familles pour entrave à la justice et pour corruption.

La justice cherche à savoir si des commissions sont intervenues dans le cadre de la vente par la France au Pakistan en 1994 de trois sous-marins Agosta fabriqués par la DCN. Des commissions qui auraient pu être à l'origine de l'attentat et qui auraient pu servir aussi à un financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur.

Le contrat de vente, signé le 21 septembre 1994 par le ministre de la Défense, François Léotard, avait auparavant été validé par le ministre du Budget, Nicolas Sarkozy. Ce qui a fait dire à Me Olivier Morice, en février à la presse, que l'actuel chef de l'Etat était alors « au coeur de la corruption ». (Voir la vidéo)
« Qui peut croire à une fable pareille ? »

Allégations « parfaitement infondées », a tonné Edouard Balladur le 28 juin dernier. Neuf jours plus tôt, devant des journalistes à Bruxelles, Nicolas Sarkozy avait balayé avec la même véhémence ces soupçons qu'il jugeait « grotesques » :

« C'est ridicule. Franchement, c'est ridicule. […] Qui peut croire à une fable pareille ? Si vous avez des éléments, donnez-les à la justice et demandez à la justice qu'elle enquête. » (Voir la vidéo)
Interrogé ce lundi sur France 2, Pierre Moscovici considère que le président de la République doit désormais s'expliquer. Le député socialiste du Doubs estime que le gouvernement doit également « déclassifier les documents qui permettent de savoir ce qui s'est passé, puisque ce sont des commissions officielles ». Et ajoute :

« Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy, aujourd'hui président de la République, était le directeur de campagne d'Edouard Balladur. […] Donc, il faut que les pouvoirs publics, à commencer par le président de la République, le ministre de la Défense, s'expliquent sur ce qui s'est passé. »

Balladur entendu par la mission parlementaire

Edouard Balladur, lui, a répondu à ses nouvelles révélations par une tribune publiée ce lundi après-midi sur le site Internet du Figaro. Rappelant que que ses comptes de campagne « ont été audités puis remis au Conseil constitutionnel et validés par lui », il affirme avoir agi « en parfaite transparence » :

« Pour assurer le financement des dépenses électorales de ma campagne, j'ai eu recours à l'ensemble des moyens légaux dont je disposais : emprunt pour une grande partie, contribution de certains partis politiques qui appuyaient ma candidature et, évidemment le concours financier de tous ceux, militants et électeurs, qui ont soutenu ma campagne électorale par voie de souscription et aussi par dons directs, dont le total a été très inférieur au plafond légal alors applicable. »

L'ancien Premier ministre sera aussi prochainement entendu par la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi. « Edouard Balladur en a pris lui-même l'initiative », a expliqué au Point.fr Yves Fromion, le député UMP président de la mission.

► Mis à jour le 26/04/2010 à 15h20, après la publication de la tribune d'Edouard Balladur, et à 16h53, après l'annonce de son audition prochaine.

Julien Martin

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