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vendredi 30 avril 2010

« Trouve-moi un beau Noir » : comment la téléréalité recrute

La téléréalité fêtera en 2011 ses dix ans d'existence, autant de candidats dont l'image a connu une plus ou moins grande notoriété. Tous sont passés par un casting.

« Joue le coup à fond ! Hésite pas à faire le baise-main s'il le faut. »

Derrière sa caméra la journaliste de la production FremantleMedia s'adresse à un candidat en pré-casting pour l'émission de télé-réalité « A la recherche du grand amour » (diffusion prévue sur la chaîne Nrj12 au printemps 2010).

Dans l'oreillette, la directrice du recrutement dirige le screen-test depuis un moniteur extérieur :

« Demande lui de faire un truc complètement fou ».

Dans la salle d'enregistrement, une cinquantaine de prétendants défilent les uns après les autres et exécutent les pires excentricités : imitation d'une poule, pincement de téton, strip-tease intégral. Dans les couloirs, les rires des techniciens s'étouffent.

Tout se fait dans la plus grande discrétion. Les candidats, confinés dans une salle d'attente, sont inconscients du sort réservé à leurs images. Tous sont ici après avoir répondu à une annonce sur Internet, envoyée à tour de bras par les recruteurs via les blogs et autres réseaux sociaux.
Le recrutement : une foire d'empoigne

La sélection des candidats est un enjeu capital, car ils sont la matière première sur laquelle la production mise beaucoup d'argent. Et pour capter l'attention des téléspectateurs, la production ne lésine pas sur son panel. Un ancien assistant de production de Glem et Endémol témoigne (sous couvert d'anonymat) de certaines pratiques :

« La production impose sa cadence et parfois le recrutement ressemble à une foire d'empoigne. Un jour la directrice de casting de la Star Academy m'a demandé : “trouve moi un noir, mais un beau noir”. »

Sous les ordres de la hiérarchie, les petites mains s'exécutent. Pour percer dans ce milieu, ils doivent en passer par les basses besognes du rabattement. Avec un statut d'intermittent du spectacle. Payés 150 euros par jour, les casteurs ne comptent plus les heures supplémentaires, en l'espace de quatre mois ils doivent amasser un maximum de profils intéressants.

« C'est un métier de grande solitude, nous passons notre temps à convaincre des quidams de participer à des émissions que nous n'aurions pas faites nous-mêmes.

C'est le cas de l'Ile de la tentation, nous étions cinq recruteurs à sillonner la France. Nous écumions les centres commerciaux, les bars, les discothèques au petit bonheur la chance. Notre cible : des personnes à la plastique irréprochable et surtout avec le moins de pudeur possible. »

La proie désignée, le casteur se met en chasse du numéro de téléphone. A chaud, dès le lendemain, elle sera contactée pour participer à un premier casting qui « n'engage à rien ».

La mise en confiance est totale, l'individu a l'impression de se soumettre de son plein gré. Une manœuvre que Philippe Bartherotte dénonce dans son ouvrage « La Tentation d'une île » (éditions Jacob-Duvernet) comme « la technique du pied dans la porte ».

Le processus d'amorçage enclenché, s'en suit à chaque étape une nouvelle escalade vers des interlocuteurs de plus en plus élevés. Chacun lui faisant miroiter une possible ascension sociale.
Autant de chances de devenir une star que de gagner au loto

Parmi la nouvelle génération téléréalité, nombreux sont ceux qui espèrent en secret tirer profit de leur médiatisation. A l'image d'Alex. A 20 ans, il enchaîne les plateaux et comble ses fins de mois en tant que caissier dans un supermarché :

« J'habite une ville où il n'y a pas grand-chose à faire. Alors, quand pour la première fois une équipe de production m'a contacté par e-mail pour participer à leur émission, je me suis dit que je pourrais m'amuser et en même temps lancer ma carrière de DJ. »

Mais toute personne qui se présente uniquement pour passer à la télévision est systématiquement éliminée. Anne-Charlotte Cassigneul productrice déléguée chez Coyotegroup précise :

« Nous recherchons avant tout des personnalités. »

Pour dénicher les meilleurs aspirants, le jury les pousse à se dévoiler sans tabou.

« Le casting de Next, made in France a été assez trash, ils voulaient voir jusqu'où on était prêt à aller en nous posant les questions les plus indiscrètes.

Et pendant l'émission, nous avons même discuté de la collection de sex-toys de l'un des participants. Ce n'est pas le genre de conversations que j'ai avec mes amis. Mais je sais que ce n'est qu'un jeu et je l'accepte à 100%. »

Glissement vers le jeu de rôles

Selon François Jost, professeur à la Sorbonne nouvelle et directeur du Centre d'études sur l'image et le son médiatiques (Ceisme) :

« Plus, le candidat se croit maître de son image, plus il obéit aux objections de la production. C'est ce glissement vers le jeu de rôles qui légitime sa participation.

La plupart croient qu'ils vont pouvoir être célèbres, persuadés que ça va être eux. Pourtant, ils ont autant de chances de devenir une star que de gagner au loto. »

L'ex-lofteuse britannique de l'émission Nice People, diffusée en 2003 sur TF1 Eleanor Legge Bourke raconte sa douloureuse expérience :

« Je me suis fait de l'argent rapide et facile, j'ai fait la couverture de FHM et d'Entrevue. Mais la presse britannique m'a déchirée et grâce à la merveille de Google, l'information vous suit à tout jamais. Un préjudice pour moi et toute ma famille. Aujourd'hui, beaucoup de portes me sont fermées. »

La téléréalité, met en scène de vrais gens, dont le récit est largement suscité et déformé par le filtre de la caméra. Mais la manipulation et le trucage ne sont pas une priorité puisque le candidat modèle se conforme de lui-même aux attentes de la production.

« Les candidats ne se sentent pas autorisés à désobéir, ils agissent comme ils ont appris à le faire en le voyant à la télévision. »

Christophe Nick le producteur et auteur du documentaire choc « Le jeu de la mort », (diffusé le 17 mars sur France 2) montre comment le petit écran flirte de plus en plus avec les limites. Sous couvert d'un simple divertissement, des citoyens ordinaires sont prêts, comme au Japon, à se jeter dans des bains d'eau bouillante.

Le but de la sélection des candidats n'est pas d'atteindre tout le public, mais tout le public disponible pendant l'émission, ce qui implique de coller aux aspirations voyeuristes des téléspectateurs.

Le candidat se doit donc d'être le plus transgressif possible pour capter l'attention. Être un candidat à forte personnalité signifierait-il d'être capable du pire ?

Photo : de gauche à droite et de haut en bas : Moundir, Loana, Marjolaine et Greg. Ils sont devenus connus après une téléréalité (DR)

Par Céline Vigouroux

jeudi 29 avril 2010

Afrique du Sud 2010, le Mondial de la prostitution?

Les autorités sud-africaines craignent que le Mondial 2010 ne se transforme en "orgie sexuelle géante". Un demi-million de supporters étrangers sont attendus ainsi que l'arrivée de 40.000 prostituées. Le gouvernement britannique a d'ores et déjà promis d'offrir 42 millions de préservatifs, alors que l'Afrique du Sud en demanderait un millard.

Une personne sur cinq en Afrique du Sud est atteinte du SIDA. Le pays a demandé l'aide internationale pour l'importation et la distribution de préservatifs avant le coup d'envoi de la grand-messe du football mondial.

"Les prévisions sont inquiétantes", confesse Davis Bayever, membre de la brigade anti-drogue en Afrique du Sud. "L'argent suscite la convoitise. Les personnes actives dans l'industrie du sexe savent qu'ils auront beaucoup à gagner l'été prochain", a-t-il affirmé. (mb)

mercredi 28 avril 2010

Pôle emploi : les confessions d'une taupe

MERCREDI 10 MARS sort un livre que je vous invite à acheter. Il s'appelle "Confessions d'une taupe à Pôle emploi" et a été écrit par un conseiller, Gaël Guiselin - un pseudo - avec le concours d'une journaliste, Aude Rossigneux. Décapant, instructif, anecdotique, ce petit opus de 132 pages est un témoignage de la vie compliquée, pour cause de fusion et de crise, d'un conseiller Pôle emploi. On y apprend comment radier les demandeurs d'emploi est parfois un sport à la mode, comment la mise en place du 3949 a poussé au ridicule ou comment les employeurs font leur marché parmi les chômeurs... "Les dessous du social" vous en livrent quatre extraits assez révélateurs, en exclusivité.

Gaël Guiselin parle ainsi page 48 d'une directrice d'un site parisien surnommée "la caporale", célèbre "pour ses tailleurs ringards, sa poignée de main crispée et son taux de radiation". Pour elle, aucune excuse n'est valable et tout est bon pour radier un chômeur. "Ni la gastro du petit dernier, ni l'enterrement du grand-père, ni la jambe dans le plâtre", écrit Gaël Guiselin. Une page plus loin, le conseiller raconte l'histoire de cette mère de famille venue le voir parce que son fils avait été radié faute de s'être présenté à un entretien. Il avait pourtant la meilleure des excuses : il venait de décrocher un CDD de 4 mois et, cerise sur le gâteau, avait appelé le 3949 pour indiquer qu'il ne pourrait pas se rendre à la convocation. Il avait même envoyé un double de son contrat de travail qui a été enregistré. Plutôt que d'être transféré dans une autre catégorie pour éviter de repasser par la case inscription le jour venu, il a été radié. Simplement. "C'était trop tentant. Pourquoi louper une occasion de se faire bien voir?", condamne Gaël Guiselin à l'adresse de sa collègue qui a reconnu avoir radié le jeune homme. Mais l'histoire, qui serait risible si elle ne concernait pas de vraies personnes, ne s'arrête pas là. La maman, elle-aussi, a été radiée parce qu'elle ne s'est pas rendue à une convocation alors qu'elle était souffrante et qu'elle avait envoyé un justificatif d'arrêt maladie qui avait bien été enregistré. "Je n'ai pas osé lui demander si un autre membre de sa famille était inscrit dans notre agence", ironise alors le conseiller.

Autre exemple, page 68, que je connaissais pas. Il s'agit d'un dispositif, "l'évaluation en milieu de travail" (EMT), qui permet à un employeur de tester pendant dix jours un demandeur d'emploi avant de l'embaucher. "Aucun coût pour l'entreprise, elle ne verse pas de rémunération au chômeur qui continue de percevoir ses prestations, explique l'auteur. Mieux, l'entreprise est rémunérée : environ 2 € par heure pendant la durée de l'EMT". Soit 160 euros pour 80 heures de travail. A l'issue de cette pré-période d'essai, "le supposé embaucheur peut évidemment en rester là. Le candidat, lui, aura travaillé pour le même prix que son chômage, dans les mêmes conditions matérielles que ses très provisoires collègues, et souvent engagé des frais de garde d'enfants, de transports ou de restauration." L'entreprise, elle, peut recommencer, "récidiver et proposer de nouveau à un chômeur de travailler plus, pour ne rien gagner."

Autre histoire, page 83. Celle d'un demandeur d'emploi qui appelle le 3949 pour effectuer une formation. Le conseiller lui suggère de passer par son agence. Et le chômeur, de lui répondre : "C'est ce que j'ai fait, mais ils m'ont renvoyé sur le 3949." Véridique ! Après examen de son dossier, Gaël Guiselin s'aperçoit alors que ce chômeur dépend non seulement de son agence mais qu'il appelle... depuis le hall. "Pour qu'il obtienne ses renseignements, il aura fallu qu'il fasse la queue à l'accueil, qu'il téléphone depuis un poste qui jouxte le guichet, que le serveur vocal le renvoie sur un agent situé à 5 mètres de lui, que je vienne à sa rencontre et que je le conduise à une personne compétente. Tout ça pour obtenir un formulaire", se désole le conseiller. Une incohérence du système, parmi tant d'autres...

Dernier exemple, page 108. Gaël Guiselin explique ce qu'est un "portefeuille dormant" de chômeurs qui n'ont aucun intérêt à rechercher activement un emploi (femmes enceintes, seniors "aux portes du dispositif de dispense de recherche d'emploi"...) et que les conseillers gardent "au chaud en hibernation" plutôt que de les radier. Il arrive même que des "entretiens fictifs" soient montés pour leur permettre de justifier de leur recherche d'emploi et ainsi conserver leurs allocations.

Ce livre bien écrit et qui se lit rapidement regorge d'anecdotes comme celles-là. Un livre à charge contre Pôle emploi, la fusion ANPE-Assedic. Un peu trop parfois, tant certains argumentaires sont développés uniquement pour dénigrer le système. Reste à savoir si les exemples mis en avant sont légion et reflètent vraiment une ligne imposée par la direction. A chacun, selon qu'il est de tel ou tel côté de la barrière, de se faire son idée...

Par Marc Landré

mardi 27 avril 2010

Grippe A : la facture dépasse le milliard d'euros

Selon le Journal du Dimanche (JDD), la facture globale de la lutte contre la grippe A s'élève déjà à plus d'un milliard d'euros. Le quotidien a notamment tenu compte de la rémunération des 10 000 vacataires et les dépenses liées aux consultations des médecins généralistes.

Selon ses estimations, le JDD additionne le coût des vaccins non annulés (370 millions d'euros), les 300 millions de masques (150 millions d'euros), l'achat des antiviraux, dont le tamiflu® (20 millions), les seringues et le coton (8,5 millions), la campagne de publicité (5,6 millions), le remboursement de la mise à disposition des locaux aux collectivités locales (95 millions), le paiement des vacataires (150 millions), l'envoi des convocations (28 millions), l'achat de matériel de réanimation pour les cas graves (5 millions), le traitement les déchets et l'acheminement des produits (41 millions), et enfin les 145 millions liés aux consultations des généralistes.

En réaction à cet article, le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, qui était par ailleurs à la tête de la cellule interministérielle de crise contre la grippe A, a indiqué dimanche sur Radio J qu'"on n'en fait jamais assez s'agissant de la sécurité, de la santé de nos concitoyens". Ainsi, le ministre pense que dans le domaine de la santé, il n'y a "pas de précaution a minima, la protection doit être absolue".

Le ministère de la Santé n'a pas confirmé les chiffres avancés par le JDD, jugeant qu'il est "trop tôt pour valider la moindre estimation". La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, avait estimé en septembre 2009 à 1,5 milliard d'euros le coût global de la lutte contre la pandémie de grippe. Alors que deux commissions d'enquête parlementaires ont été créées sur la gestion de la grippe H1N1, la chambre sociale de la Cour des comptes vient elle aussi de lancer son propre audit.

Sarah Laîné

lundi 26 avril 2010

Frédéric Lordon : «il faut fermer la Bourse!»

Frédéric Lordon dresse un constat froid et lucide du fonctionnement des marchés financiers. Destruction de valeur, vampirisation des entreprises par les établissements financiers, le chercheur au CNRS en déduit une solution radicale mais aux conséquences positive. Chiche : qui osera lui répondre ?


Frédéric Lordon : «il faut fermer la Bourse!»
Dans un long papier paru dans le Monde Diplomatique vous préconisez la fermeture de la Bourse. Est-ce vos options politiques de dangereux gauchiste désireux de couper des têtes, ou vos motivations s’inspirent-elles d’une argumentation compatible avec un monde capitaliste ?

Les idéologues libéraux, qui ont l’amnésie intéressée, voudraient faire oublier cette période du fordisme dans laquelle la finance a été cadenassée, la Bourse inexistante… et la croissance étincelante. Or que je sache, le fordisme, ça n’était pas le Gosplan ni les soviets mais bien le capitalisme. Mais la vraie réponse à cette question est ailleurs. Elle consiste à dire que, dans la logique même des entreprises d’aujourd’hui, la Bourse est une aberration :

1) les entreprises vont moins s’approvisionner en capital à la Bourse qu’elles n’y vont s’en faire dépouiller, puisque ce que les actionnaires leur extorquent (en dividendes et en rachat d’actions) finit par l’emporter sur ce qu’ils leur apportent, de sorte que ce n’est plus la Bourse qui finance les entreprises mais les entreprises qui financent la Bourse ;

2) la contrainte actionnariale censure une part de plus en plus importante de l’investissement en écartant les projets jugés insuffisamment rentables (et l’« insuffisance » commence à 10% voire 15%...), par conséquent la Bourse est un frein au développement économique ;

3) les entreprises sont soumises par l’actionnaire à des contraintes de gestion (modes managériales successives, court-termisme…) incompatibles avec la conduite de moyen-long terme de projets industriels;

4) et le comble du paradoxe est atteint lorsque les actionnaires finalement découragent eux-mêmes le financement par action puisque les nouvelles émissions ont des propriétés dilutives…

La Bourse n'est pas sortie du cul d'une poule
Mais la Bourse s’est imposée dans le paysage, tout comme la météo ?

F.L. : C’est là typiquement le genre d’énoncé qui offre un concentré pur de l’idéologie néolibérale : la naturalisation des faits sociaux. Alain Minc n’est pas capable de bâtir un « argument » économique sans invoquer la loi de la pesanteur. Or la Bourse est une forme institutionnelle, elle n’est pas sortie du cul d’une poule ni tombée du ciel. Elle a été faite de main d’homme. Par conséquent elle peut être défaite s’il apparaît qu’on y a plus d’avantages que d’inconvénients – ce qui me semble notoirement le cas. Il y a eu un moment où on s’est dit que l’institution « monarchie de droit divin » était pénible. Elle a fini dans le même panier que la tête du roi et depuis ça va mieux. On pourrait dire cependant que c’est bien la loi de la pesanteur qui a fait tomber le couteau de la guillotine… Mutatis mutandis bien sûr – on n’est pas des sauvages – il se pourrait, vu sous cet angle, que MM. Minc & Co découvrent un jour un aspect de la loi de la pesanteur qui ne leur était pas apparu.

Il est urgent de remettre des limites au capital actionnarial qui n’en connaît aucune
La Bourse de Paris n’est-elle pas déjà fermée ? Le palais Brongniard n’est-il pas depuis longtemps transformé en mini palais des Congrés ?

C’est la seule chose vraiment regrettable puisque ça rend plus difficile sa destruction physique, dont les bonnes propriétés symboliques et carnavalesques ne devraient pas être méconnues. Au moins, mai 68 avait eu la possibilité de mettre le feu au palais Brongniart… Mais vous-même feignez l’innocence et savez bien que la Bourse existe, simplement sous la forme moins spectaculaire de très gros serveurs informatiques bien planqués quelque part – où d’ailleurs ? Question intéressante, n’est-il pas ?

Les évolutions techniques en matière de finance que vous évoquez ont-elles profondément modifié le rapport de force entre la finance et l’économie productive ?

C’est bien peu de le dire. Et c’est précisément parce que ce rapport de force s’est renversé du tout au tout qu’il est urgent de remettre des limites au capital actionnarial qui n’en connaît aucune et, de lui-même, ne s’en imposera aucune. C’est pourquoi les appels à la modération qui ont pour nom « moralisation du capitalisme » sont d’une indigence qui partage entre le rire et les larmes. L’emprise acquise sur les firmes par le capital actionnarial au travers de la configuration présente du capitalisme est un fléau que l’on ne réduira que par les mêmes moyens qui l’ont imposé : une transformation radicale de structures.

Des contraintes de gestion aberrantes et des effets d’anti-financement résument ce fléau qui naît bien moins de la dépendance financière des entreprises aux apporteurs de capitaux (les capitaux, les « apporteurs » les leurs prennent !) que du contrôle des équipes dirigeantes par le cours de Bourse : si les actionnaires sont mécontents, des ventes font baisser le cours, l’entreprise devient opéable… et le patron éjectable. L’histoire récente du capitalisme est (en partie) l’histoire d’une lutte de puissance entre deux fractions du capital : le capital financier et le capital industriel, le premier ayant reçu de la modification des structures un pouvoir inédit qui lui a permis de déposséder le second de son ancienne souveraineté. Et de lui imposer tout et n’importe quoi. Et à la fin le capital industriel passe le mistigri au salariat…

Oui, on peut fermer la Bourse dans un seul pays!
Les promesses faites par la finance, en réalité celles issues de la libéralisation des marchés, avec à la clé plus de croissance, plus de richesse, n’ont-elles donc pas été tenues ? Après tout, sans la Bourse, pas de Google, non plus de Microsoft ?

C’est vous qui le dites et il faudrait un ou deux arguments pour le soutenir. Que des Google ou des Microsoft soient apparus pendant la période de déréglementation financière ne prouve nullement que celle-ci soit la cause sine qua non de ceux-là. La seule chose dont on soit certain est que, sans Bourse, pas de Bill Gates et de Larry Page multi-milliardaires…

On ne peut pas dire que ce soit un avantage économique indéniable. Il est vrai cependant que le financement des start-ups technologiques est l’argument de dernier recours pour justifier la finance actionnariale mais au travers de ce compartiment très spécial et en fait très étroit de l’amorçage et du venture capital. La perspective de l’introduction en Bourse y est présentée comme stratégique précisément du fait que le financement de l’innovation radicale est hautement incertain, finit mal neuf fois sur dix, et qu’il faut décrocher le pompon sur la dixième pour rattraper les neuf autres. Mais une telle économie de la péréquation est très concevable hors de la Bourse et on pourrait parfaitement l’imaginer opérée au travers d’instruments de dette un peu sophistiqués à base de taux d’intérêt variables indexés sur les profits des start-ups par exemple.

Rien dans leur financement ne justifie incontestablement de maintenir un passage par la Bourse, à part le désir de l’enrichissement hors de proportion de créateurs d’entreprise et de business angels mus au moins autant par le projet de faire fortune que par celui de créer quelque chose.
Pour ce qui est de la contribution de la finance à la croissance, je vous suggère de comparer le taux de croissance moyen des trente glorieuses, donc sans finance dérégulée et avec une Bourse croupion (5% l’an en moyenne), et celui de la période de hourrah-dérégulation depuis deux décennies. L’affaire est vite vue. Et ceci n’est nullement un plaidoyer passéiste mais simplement l’idée – logique – qu’un contre-exemple suffit à ruiner une généralité. Dont nous ne devrions donc plus être prisonniers.

La fermeture de la Bourse peut elle s’envisager dans un seul pays ?

Pour le coup oui ! Ce sont toutes les mesures « intermédiaires » qui font hurler au péril de la fuite des capitaux. Mais en fermant la Bourse, c’est nous qui mettons les capitaux à la porte ! Et pour autant ceci ne signifie nullement une économie privée de fonds propres. L’idéologie actionnariale a fini par faire oublier que les capitaux propres, ce sont les entreprises qui les sécrètent par leurs profits… dont elles vont se faire dépouiller à la Bourse. L’autofinancement, le crédit bancaire et éventuellement des marchés obligataires constituent un mode de financement tout à fait viable de l’économie.

Faire fuir les traders


Une fois la bourse fermée, ou iraient les cerveaux bien formés que les super rémunérations issues de la finances attirent dans les salles de marché ?

De deux choses l’une, ou bien ils foutraient le camp et iraient exercer leurs nuisances ailleurs, ou ils mettraient leurs supposées intelligences au service d’activité socialement plus utiles et dans les deux cas on ne s’en porterait que mieux. Il est grand temps de se désintoxiquer de l’idéologie des « compétents », dont l’incompétence est pourtant spectaculairement démontrée jour après jour, mais dont il faudrait néanmoins satisfaire toutes les exigences sous la menace de les voir partir. La question des bonus et des rémunérations est entièrement captive de cette grande illusion. Je dis que le départ des « meilleurs » traders est une bénédiction :
1) ne resteront que les moins finauds auxquels il faudra ne confier que les produits les moins sophistiqués… donc les moins risqués;

2) si le problème économique posé par les bonus ne doit pas être sur-estimé, le problème politique de justice sociale et d’inégalités obscènes est lui de première importance, c’est pourquoi, non pas limiter mais interdire les bonus, et éventuellement faire fuir les traders, est une solution à envisager très sérieusement car ces extravagantes rémunérations ont le caractère d’un trouble à l’ordre public;

3) la finance est un pôle d’attraction qui a profondément distordu l’allocation du capital humain dans la division du travail en captant des esprits qui seraient infiniment mieux employés ailleurs. Quant aux « compétents » non traders, s’ils savaient… Il y en a quinze derrière eux qui feraient le travail aussi bien qu’eux.

En fait, ce n’est pas vraiment la fermeture de la Bourse que vous prônez, mais une sorte de ralentissement de son cours, que vous décrivez comme infernal. En quoi, la fin de la cotation permanente, c’est à dire en continue des titres est-elle apte à redistribuer les cartes ?

Mais si mon bon monsieur, c’est bel et bien la fermeture de la Bourse que je prône ! Je concède que c’est un peu rude à avaler… Cependant pour les petits estomacs, j’ai une sorte de formule à la carte, avec un étagement de recettes anti-actionnariales rangées dans l’ordre de l’épicé croissant. En amuse-bouche, je propose, en effet, de commencer par une formule de « ralentissement » en abolissant la cotation en continu, remplacée par un fixing mensuel (ou plurimestriel). Puis on entre dans le roboratif avec le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin) qui est un impôt non pas sur les profits d’entreprise (comme on le lit parfois) mais sur la rentabilité actionnariale, et qui plus est un impôt de plafonnement : c’est-à-dire qui prend tout au-delà d’un certain seuil maximal autorisé de rentabilité, le but de la manœuvre étant de cisailler les incitations actionnariales à pressurer toujours davantage les entreprises puisque tout ce qu’elles leur feront cracher en plus pour les actionnaires leur sera confisqué. Le plat de résistance bien sûr, c’est la fermeture de la Bourse elle-même. Chacun puisera là dedans selon son appétit politique et la conjoncture du moment.

Pensez-vous que les partis de gauche de gouvernement soient capables d’intégrer vos arguments ?

Les partis de gauche de gouvernement mangent des graines et font à peine cuicui.

vendredi 23 avril 2010

Entretien exclusif avec le porte parole du Conseil national de la résistance afghane

Qari Muhammad Yusuf Ahmadi, que pouvez-vous nous dire sur la situation dans la province de Helmand et plus particulièrement sur les récentes attaques des armées d’occupation dans cette région ?

Depuis le le premier jour de ce qu’ils appellent « une opération d’envergure », le 13 Février 2010, les troupes ennemies n’ont pas été en mesure de gagner une seule bataille dans le district de Nad Ali (voir la carte). A Marjah, l’ennemi n’a jamais pu pénétrer au-delà des quartiers périphériques que nous avions évacués afin de lui tendre ensuite un piège. Depuis samedi, l’ennemi voudrait faire diversion en lançant d’autres attaques sur les provinces de Farâh et Kandahar principalement, mais aussi Uruzgan et Zabul. L’objectif est de couvrir par de nouveaux mensonges les pertes que les moujahidin leur ont infligées dans le Helmand.Article placé le 06 mar 2010, par Mecanopolis

Qari Muhammad Yusuf Ahmadi est le porte parole du Conseil national de la résistance afghane pour les régions Sud-Ouest et Nord-Ouest de l’Afghanistan. Les difficultés techniques incessantes rencontrées lors de nos communications*, ajoutées à de complexes procédures d’identification, nous ont demandé de reporter à plusieurs reprises la publication de cet entretien. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous excuser pour ce retard.

Notre objectif n’est évidemment pas d’adhérer ou de relayer une quelconque idéologie de violence, mais de donner un contre-poids aux mensonges de la propagande des armées d’occupation en Afghanistan, cela dans le but d’offrir le plus large éventail d’information possible, afin que chacun puisse se forger sa propre opinion.

C’est désormais un fait acquis que les Américains et leurs complices ne sont pas en mesure de poursuivre l’occupation de l’Afghanistan par des moyens militaires. Ce serait mieux pour eux de retirer leurs forces de notre pays et de laisser les Afghans vivre comme ils l’entendent.

(…) Voici les chiffres des dernières opérations de la résistance :

Marjah :

Troupes étrangères tuées 382

Troupes afghanes tuées 4

Kandahar :

Troupes étrangères tuées : 28

Troupes afghanes tuées : 33

Farah:

Troupes étrangères tuées : 29

Troupes afghanes tuées 17

Zabul:

Troupes étrangères tuées : 3

Troupes afghanes tuée 26.

Uruzgan:

Troupes étrangères tuées : 5

Troupes afghanes tuée 19

Comment expliquez-vous que les informations que vous présentez par vos communiqués soient diamétralement opposées aux rapports des armées d’occupation ? Nous ne voulons pas mettre votre parole en doute, mais n’y a-t-il pas néanmoins une tentation chez vous aussi d’user de propagande en exagérant la portée des victoires et en minimisant les pertes ?

Nous publions des communiqués en premier lieu pour le peuple afghan qui, dans sa très grande majorité, soutien l’action des moujahidin. Que ces communiqués soient repris et traduits nous réjouis mais notre objectif principal est d’informer les afghans. Si nous avions menti, ne serais-ce qu’une seule fois, nous aurions perdu toute crédibilité auprès de la population qui nous soutient. Malgré la guerre, les informations circulent très vite ici. Si, par exemple, à Marjah, nous avions annoncé une victoire alors qu’il s’agissait d’une défaite, cela aurait été très vite connu. En réalité, toutes les informations que nous communiquons sont scrupuleusement vérifiées.

Tous ces efforts (de mensonges rapportés) par l’ennemi ont pour but de distraire l’attention du public du monde à partir Marjah. Cette entreprise moribonde va aussi échouer parce que les moudjahidin ne sont pas à court de main-d’œuvre et d’hommes armés.

En tant que porte parole pour la région de Helmand, avez-vous des contacts réguliers avec des journalistes occidentaux sur place ?

Depuis l’arrestation de deux journalistes de la chaine Al-Jazeera (Qais Azim et Hamidullah Mohammad Shah) par la direction nationale de la sécurité (DNS service de renseignement afghan) en juin 2009 et la confiscation de tout leur matériel, il est devenu difficile pour des journalistes de venir nous rencontrer. Le président fantoche (Karzaï), avait prétendu que, dans cette affaire, il n’était pas question de liberté de la presse, mais d’interdire un sujet favorable aux moujahidin. Les reportages ne peuvent en effet que nous être favorables si les médias font leur travail, et c’est ce qui pose un problème au gouvernement mis en place par l’ennemi américain. La vérité leur est insupportable.

C’est pour cette raison que le président fantoche (Karzaï) impose un « black out » total des médias sur cette guerre. Même à Kaboul, les journalistes ont besoin de l’autorisation de la DNS pour se déplacer, et ils sont en permanence accompagnés et surveillés. Quel journaliste pourrait prétendre faire son travail dans de pareilles conditions ? Tous ceux qui ne suivent pas ces recommandations sont arrêtés et interrogés, quand ils ne disparaissent pas plus simplement de la circulation ou sont enlevés par de mystérieux ravisseurs qui les échangent ensuite contre des rançons. Toutes ces actions n’ont pour but que de décourager les journalistes à venir en Afghanistan afin d’établir la réalité des faits.

Les généraux américains indiquent que l’opération à Marjah était importante en raison du trafic d’opium qu’ils attribuent à la résistance. Que pouvez-vous dire à propos de cela ?

Nous avions quasiment éradiqué la production d’opium dans notre pays en 2001. La flambée de la culture du pavot correspond a l’arrivée de l’ennemi sur nos terres. Le frère du président fantoche (Karzaï) est lui même inculpé dans une affaire de trafic international. La présence même de l’envahisseur américain se légitime par le trafic de la drogue. Notre pays est occupé par plusieurs dizaine de milliers de soldats étrangers. Ce sont eux qui contrôlent nos frontières. Qui d’autres qu’eux pourraient sortir la drogue du pays et l’acheminer en Occident ? Pour toutes nos actions, nous nous référons à la loi de Dieu. Cela nous interdit de faire le commerce de la drogue.

Un autre prétexte régulièrement utilisé pour justifier cette guerre est que l’Afghanistan est le centre névralgique du terrorisme international.

Nous ne songeons qu’à terroriser l’ennemi. Nous n’avons jamais commis une action de guerre en dehors de notre pays. Nous voulons la liberté d’organiser un système de gouvernement fondé sur les besoins du peuple afghan, à partir de la tradition islamique. Pourquoi les États-Unis ne nous concèdent-ils pas ce droit ? Pourquoi tentent-ils d’étouffer nos voix sous le prétexte du terrorisme ?

Nous savons pertinemment que l’envahisseur américain et ses alliés vont toujours trouver des prétextes pour poursuivre leur occupation de l’Afghanistan. Le terrorisme, la démocratie, les droits de l’homme, droits des femmes ne sont que de simples slogans utilisés par l’ennemi américain afin d’atteindre leurs objectifs impérialistes dans cette partie du monde et en Afghanistan en particulier. De nombreux cas de tortures de détenus à Guantanamo, Bagram, la prison d’Abou Gharib, Camp Nama en Irak et les prisons secrètes PRT dans des bases militaires en Afghanistan, montrent des violations flagrantes et brutales des droits de l’homme par des enquêteurs américains par leurs troupes en Afghanistan et en Irak.

(…) Vous m’avez expliqué hier qu’en France une femme est violée toute les 10 minutes. C’est quelque chose que nous ne permettrions jamais dans notre pays. Pourquoi les dirigeants français eux aussi veulent-ils nous dire comment nous devons vivre alors qu’ils ne sont pas même capable de faire régner la justice dans leur pays ?

(…) Nous demandons aux envahisseurs américains et à leurs subalternes : pourquoi tuez-vous de jeunes innocents. Pourquoi tuez vous des hommes et des vieillards sous les yeux mêmes des membres de leur famille au cours de raids nocturnes ? Vous avez même tué un bébé de quatre jours devant sa mère à Garbez, dans la province de Khost, à la fin de l’année dernière. Était-il un terroriste ou étais-ce juste là une « opération de terreur » destinée à effrayer les populations qui nous soutiennent, perpétrée par vos soldats ? Est-ce comme cela que les défenseurs de la démocratie agissent ? En n’épargnant pas même un enfant de quatre jours?

Les opérations que mène l’ennemi sous le prétexte de la « lutte contre le terrorisme » est une guerre tyrannique et colonialiste, menée contre les combattants de la liberté. Car en effet, les moujahindin se battent pour la liberté, pour leur dignité humaine, pour leur pays et pour les valeurs de l’Islam. Nul envahisseur, aussi puissant soit-il, ne saura jamais étouffer la voix de la vérité dans la gorge du peuple afghan. Peu importe les quelques batailles que l’ennemi pourra remporter. A terme, grâce à la volonté de Dieu, le peuple opprimé d’Afghanistan remportera cette guerre entre la vérité et le mal.

(…) Les États-Unis sont une nouvelle forme de pouvoir colonialiste. Ils veulent maintenir leur domination sur le monde et utilisent pour cela le prétexte de la démocratie et des droit de l’homme. Mais dans leur bouche ce ne sont plus que des slogans vides de sens. En réalité, les États-Unis sont les ennemis de la dignité des valeurs humaines.

© 2010 Mecanopolis et ses ayant droit

jeudi 22 avril 2010

Nanotechnologies : tous cobayes de la nano-bouffe ?

Après les OGM, les nanotechnologies s’invitent dans notre assiette : les nano-aliments, traités avec des nano-pesticides et contenus dans des nano-emballages, se multiplient. A la clé : de faramineux profits financiers pour les industriels et des risques environnementaux et sanitaires aujourd’hui impossibles à évaluer. Le tout dans une totale - et incroyable - absence de règles et de contrôles.

Des aliments intelligents qui s’adaptent aux goûts du consommateur, des vêtements qui repoussent l’eau, des matériaux qui s’auto-réparent, de la « poussière intelligente » qui enregistre discrètement les conversations... Bienvenue dans le nano-monde ! Un univers où la science bricole des particules invisibles au microscope et empile des atomes à l’échelle du nanomètre, c’est-à-dire un milliardième de mètre [1]. Les nanotechnologies seront à la base d’une troisième révolution industrielle au cours du 21e siècle, nous promet-on.

Une révolution qui passe aussi par nos assiettes. Car ces nanoparticules sont déjà présentes dans les aliments industriels, les pesticides agricoles, les emballages alimentaires, les récipients de stockage... sans contrôle ni étiquetage. Des particules qui, du fait de leur minuscule taille, traversent les barrières biologiques et peuvent circuler dans tout l’organisme : la peau, les tissus, le cerveau... Alors, prêts pour une nourriture « atomiquement modifiée », aux effets encore inconnus ?

Au moins 106 nano-aliments déjà commercialisés

Difficile de recenser les nano-aliments existants. Les fabricants ont bien compris que les incertitudes qui entourent aujourd’hui les nano-particules peuvent effrayer les consommateurs. Ils ne communiquent pas clairement sur leur utilisation. Selon l’ONG les Amis de la Terre, c’est toute la chaîne alimentaire qui est aujourd’hui « contaminée ». Son rapport intitulé « Du Laboratoire à nos assiettes : les nanotechnologies dans l’alimentation et l’agriculture » dresse la liste de 106 produits alimentaires, du jus de fruit « fortifié » aux compléments alimentaires vitaminés en passant par un « nano-thé ».

L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) dénombre tous secteurs confondus 2 000 nanoparticules manufacturées déjà commercialisées, et plus de 600 produits de consommation concernés. Si ces chiffres sont difficilement vérifiables du fait de l’absence de traçabilité, des estimations situent le marché des nano-aliments à plus de 5 milliards de dollars en 2005, avec des prévisions de 20 milliards de dollars pour 2010. Le groupe de consultants Helmut Kaiser prévoit que le recours aux nanotechnologies concernera, d’ici 2015, 40% des aliments industriels.

« Une technologie de confort pour les pays riches »

Du silicate d’aluminium pour empêcher l’agglutination des aliments en poudre, du ketchup épaissi avec du dioxyde de silicium, des vinaigrettes blanchies au dioxyde de titane... Les nano-aliments nous apporteraient, selon leurs partisans, des avancées culinaires majeures : du chocolat ou des glaces sans lipides et sans sucre, qui conservent le même goût que l’original, une huile (Shemen Industries) qui inhibe l’entrée du cholestérol dans le sang, un substitut alimentaire (Nanotrim de Nanonutra) qui brûle les graisses. Ou la possibilité de modifier le goût d’un aliment selon nos désirs. Des industriels comme Nestlé cherchent à concevoir les « nano-aliments du futur ».

Le géant agroalimentaire Kraft Foods (Etats-Unis) fait partie de ces pionniers. En 2000, il a financé un consortium de 15 universités et laboratoires de recherche, Nanotek, pour concevoir de la nourriture « intelligente » et personnalisée, tels des aliments qui contiennent des centaines de nano-capsules, remplies de saveurs, de nutriments, de couleurs différentes. Un four à micro-ondes pourrait déclencher, selon la fréquence des ondes, telle ou telle capsule, selon les désirs du consommateur. Une nourriture interactive en quelque sorte, qui peut même se transformer elle-même si une personne est allergique à un composant, ou libérer une dose de supplément nutritif si elle détecte des carences. Kraft Foods, le concepteur de ce projet, est propriétaire des marques de chocolat Milka, Côte d’Or, Toblerone, Suchard, et de café Carte Noir, Grand’Mère, Jacques Vabre ou Maxell. Imaginez demain votre café de couleur rose et au goût banane qui vous délivre votre dose quotidienne de vitamines C... Ou du chocolat qui libère des arômes de carotte tout en soignant votre gueule de bois. Formidable, non ?

Des nanos au goût d’OGM

Pourquoi ce déploiement de technologies ? « Sur le plan alimentaire, on ne comprend pas à quoi ça sert, explique Rose Frayssinet, de l’ONG Les amis de la Terre. « C’est comme les usages dans le textile : à quoi servent des chaussettes « sans odeur » avec du nano-argent ? Les nano-particules vont partir dans l’eau au bout de quatre lavages, et vont aller bouffer les microbes jusque dans les stations d’épuration. Au vu de ce que ça coûte, quelle est l’utilité sociale de tout ça ? Ce sont des technologies pour le confort des plus riches ».

Certains voient les nano-aliments comme une « aubaine » pour les paysans du Sud. Leur credo ? Des nanos qui augmenteraient la productivité agricole et permettraient de lutter contre la faim. Une promesse qui rappelle celles des lobbys biotechnologiques et leurs OGM. La comparaison ne s’arrête pas là : risques sanitaires et environnementaux, privatisation du vivant ou de combinaisons d’atomes par des brevets industriels, mise sur le marché de produits dont l’innocuité n’est pas prouvée... Des nanocides (pesticides utilisant les nano-technologies) intelligents qui nécessiteraient un dosage moins important que les pesticides actuels, et ne causeraient aucun mal aux insectes ? Le fait que ce soit des firmes comme Monsanto, Bayer ou Syngenta qui les développent ne peut qu’inviter à rester très prudent sur le sujet...

Vers un nouveau scandale sanitaire ?

« Dans le cas des OGM, nous avons obligé Monsanto à rendre publiques des études partielles de toxicité dissimulées au public. Des études semblables n’existent pas sur la nocivité des nanoparticules, souligne la Fondation Sciences citoyennes. Et les lanceurs d’alerte sont actuellement dissuadés par tous les moyens (poursuites en justice...) de briser la propagande officielle ». Pour Rose Frayssinet, nous sommes face à un risque encore plus grand que les OGM. « Les OGM, c’est un secteur, alors que les nanotechnologies concernent tous les secteurs. Les risques sont d’autant plus difficiles à analyser. On ne peut pas avoir une vision globale des implications ».

Difficile en effet de contrôler le comportement de nano-particules. Elles ne répondent pas aux lois de la physique classique, mais à celles de la mécanique quantique. Construire des particules, atome par atome, manipuler la matière au niveau des molécules, c’est entrer dans un monde d’incertitude radicale. Les propriétés des particules, comme leur toxicité ou leur persistance biologique, varient selon leur taille. De fait, les connaissances actuelles sur les effets toxiques des nano-particules manufacturées sont très limitées.

« Les données disponibles indiquent que certaines nanoparticules insolubles peuvent franchir les différentes barrières de protection, se distribuer dans le corps et s’accumuler dans plusieurs organes, essentiellement à partir d’une exposition respiratoire ou digestive », prévient une étude de l’Afsset, en 2006. Les nano-particules se diffusent dans les alvéoles pulmonaires, le sang, la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau, ou le placenta. Fin 2008, un nouveau rapport de l’Agence juge que la nano-toxicologie fournit « des résultats encore peu nombreux, disparates et parfois contradictoires » et qu’il « n’est cependant pas possible d’exclure à cette date l’existence d’effets néfastes pour l’homme et l’environnement ». Quant à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), après avoir rappelé que des études extérieures montrent de possibles altérations de l’ADN par les nano-particules [2], elle confesse « l’impossibilité d’évaluer l’exposition du consommateur et les risques sanitaires liés à l’ingestion de nanoparticules. » Très rassurant...

Nano-particules : l’amiante du 21ème siècle ?

Une étude britannique démontre l’existence d’un effet indirect des nanoparticules qui endommageraient « à distance » l’ADN [3]. Marie-Claude Jaurand, directeur de recherche à l’INSERM, pointe du doigt les nano-tubes de carbone, matériau ultra-résistant utilisé dans l’industrie, pour leurs effets « similaires à ceux de l’amiante », concernant la production de lésions de l’ADN et la formation d’aberrations chromosomiques. Face à ces risques, que font les instances compétentes ? Pas grand chose. Les instruments règlementaires sont inadaptés. Ministères et agences sanitaires sont complètement dépassés (les documents les plus récents publiés sur le site du ministère de la Santé datent de 2007). L’évaluation des risques doit être totalement repensée.

Les systèmes d’autorisation de mise sur le marché reposent sur la composition chimique des produits. Pour les nanoparticules, cela ne suffit pas, car les effets dépendent aussi de l’organisation spatiale des éléments atomiques et de leur taille. Un élément non toxique peut le devenir à l’échelon nanométrique. « Le dioxyde de titane et les dioxydes d’argent n’ont pas les mêmes propriétés au niveau nanométrique et au niveau macroscopique, explique Rose Frayssinet. Ils n’ont pas les mêmes propriétés selon qu’ils mesurent 20 nano ou 60 nano. Pour étudier les risques, il faudrait donc mener des études pour toutes les échelles ». Mais cela coûte cher. Et les outils manquent. « D’après les textes européens, dès qu’on modifie un aliment, une étude d’innocuité est obligatoire. Mais personne ne sait le faire. Il y a encore un an, il n’y avait aucun filtre vraiment sûr pour récupérer les nano-particules. Sans compter que les délais d’études étant très longs, les résultats arriveront après la mise sur le marché. On demande aux fabricants de travailler dans des salles blanches, avec des scaphandres. Et juste derrière, on met les produits sur le marché. C’est aberrant ! ».

Concernant la production et la mise sur le marché, les industriels se réfèrent à la directive européenne REACH. Celle-ci est pourtant insuffisante. Seules les substances chimiques produites en quantité supérieure à une tonne par an y sont soumises. Vu la taille des nano-particules, cette quantité de production n’est pas toujours atteinte. Et pour le moment, aucune obligation d’étiquetage n’existe, même si le Parlement européen commence à se saisir de cette question.

L’État finance sans s’inquiéter des conséquences

« No data no market » (pas de données, pas de marché). Telle est la position défendue par de nombreuses associations écologistes, qui espèrent être rejointes par les syndicats de salariés. Elles demandent un moratoire sur les nano-produits. Et des procédures d’évaluation des risques adaptées. Les ONG souhaitent aussi débattre de l’utilité sociale des nanotechnologies, en particulier dans le secteur alimentaire.

Le gouvernement français a lancé en 2009 le plan Nano-Innov, qui vise à placer la France parmi les pays les plus en pointe sur les nanosciences, en encourageant la recherche fondamentale à travailler « avec les entreprises pour mettre au point des technologies, déposer des brevets, créer des produits ». 70 millions d’euros ont été consacrés l’an dernier à ce projet. En parallèle, aucun fonds n’est dédié aux études toxicologiques et aux impacts sanitaires et environnementaux.

Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a souligné à l’occasion du lancement de ce plan l’excellence de la recherche nationale sur les nanotechnologies (5ème rang mondial [4]) mais se désole que seulement 290 brevets aient été déposés en 2005, ce qui représente moins de 2% des brevets mondiaux. Car le secteur peut rapporter gros. La National Science Foundation (NSF) américaine évalue le marché des nanotechnologies à mille milliards de dollars en 2015. Selon la Fondation Sciences citoyennes, les investissements en recherche et développement ont été quasiment multipliés par dix entre 1997 et 2003 (3,5 milliards d’euros), avec une prévision de croissance de 40 % par an. « Les chercheurs nous disent souvent : il suffit qu’on parle de ’nanotechnologies’ dans nos projets pour avoir de l’argent pour mener des recherches », commente Rose Frayssinet.

Les multinationales de la pharmacie et de l’agrochimie sont sur les rangs pour fabriquer davantage de nano-aliments. A l’opposé de systèmes alimentaires organisés localement et écologiquement soutenables, se prépare une nouvelle révolution alimentaire, basée sur l’accaparement par quelques firmes privées des éléments constitutifs de la matière et de notre alimentation. Après la malbouffe, nous voici transformés en cobayes de la nano-bouffe, avec le silence complice de l’État.

Inventaire des produits alimentaires utilisant des nanotechnologies :

Le rapport des Amis de la Terre (en anglais), Du Laboratoire à nos assiettes : les nanotechnologies dans l’alimentation et l’agriculture / La traduction partielle du rapport en français est disponible sur cette page.

Nanotechproject (base de données en anglais)

Base de données des acteurs des nanomatériaux en France (dont secteur alimentaire), mis en place par le CNRS et le Commissariat à l’énergie atomique mais pas actualisé depuis 2005...

http://www.bastamag.net/spip.php?article838

de Agnès Rousseaux

mercredi 21 avril 2010

De puissants intérêts se cachent derrière la cyberdissidence de Yoani Sánchez

Entrevue réalisée par Guillermo Nova, La República, La Havane.

Salim Lamrani vient de publier Cuba, ce que les médias ne vous diront jamais, dans lequel il aborde tous les thèmes utilisés par la propagande étasunienne pour justifier les sanctions économiques unilatérales contre Cuba, indépendamment de l’alternance entre démocrates et républicains. Avec un prologue de Nelson Mandela, ce livre à l’analyse exhaustive et aux arguments précis en font un ouvrage de référence.

Vous venez de publier un nouveau livre sur le traitement médiatique sur cuba. Que cachent les médias à propos de la réalité cubaine ?





Les médias manipulent complètement la réalité de ce petit pays et le présentent comme étant l’antichambre de l’enfer en se basant surtout sur des préjugés et sur la rhétorique. Ils n’effectuent jamais d’études comparatives ni ne donnent la parole à ceux qui disposent d’une opinion différente sur ce thème. Prenons l’exemple par excellence : les droits de l’homme. Les médias dénoncent très souvent la situation des droits de l’homme à Cuba. En revanche, ils n’effectuent jamais d’analyses comparatives, alors qu’il suffit de prendre les rapports annuels d’Amnesty International et de les comparer. C’est ce que je fais dans le livre et le résultat est édifiant : De tout le continent américain, du Canada jusqu’à l’Argentine, le pays qui viole le moins les droits de l’homme est Cuba selon Amnesty International. Cela ne veut pas dire que Cuba est le paradis. Il existe certaines violations des droits de l’homme sur l’île.



Par ailleurs, les médias occultent minutieusement le contexte géopolitique dans lequel se trouve Cuba et ne disent pas un mot sur la constante agression politique, économique, diplomatique et médiatique de Washington contre Cuba. C’est la raison pour laquelle les médias commettent une grave violation de la déontologie journalistique lorsqu’ils traitent de la réalité cubaine.



Il faut sortir de la vision manichéenne : Cuba n’est ni « Alice au pays des merveilles » ni « l’enfer de Dante » et c’est ce que j’essaye de faire dans le livre.





Pourquoi Cuba est-elle tant stigmatisée dans les médias ?



Pour la seule et unique raison que Cuba a rejeté le capitalisme d’entreprise privée et a décidé de placer l’être humain au centre de son projet de société et non le profit. C’est un pêché impardonnable pour les grands groupes économiques et financiers qui contrôlent l’immense majorité des médias privés. Comme vous pouvez le constater, cela n’a rien à voir avec la démocratie et les droits de l’homme.







Les Etats-Unis ont-ils besoin de cette couverture médiatique pour maintenir les sanctions économiques?



Pendant 30 ans, la rhétorique diplomatique des Etats-Unis, pour justifier l’état de siège économique contre Cuba a présenté l’alliance avec le monstre soviétique comme étant le principal obstacle à la normalisation des relations avec La Havane. Bien évidemment, cette affirmation est dénuée de fondement historique car l’hostilité à l’égard du gouvernement révolutionnaire a débuté avant le renouement des liens avec l’URSS en mai 1960. Par ailleurs, après l’effondrement du bloc soviétique et la disparition de la menace rouge en 1991, au lieu de normaliser les relations, les Etats-Unis ont augmenté les sanctions avec la loi Torricelli en 1992, la Helms-Burton en 1996, le Premier Plan de Bush en 2004 et le Second Plan en 2006. Seule la rhétorique a changé. Désormais ce n’est plus la menace soviétique qui empêche un modus vivendi mais « l’inacceptable situation des droits de l’homme ».



Comme si les Etats-Unis et l’Union européenne disposaient d’autorité morale pour donner des leçons sur les droits de l’homme aux Cubains.



L’ouvrage contient un prologue de Nelson Mandela



Nelson Mandela, grand ami de Fidel Castro, même si les médias ne veulent pas que cela se sache, m’a fait l’immense honneur d’intégrer dans mon livre une réflexion sur le rôle fondamental de Cuba dans la libération des peuples d’Afrique. Il explique également pourquoi le premier pays qu’il a visité après sa libération a été Cuba et non un voisin africain, les Etats-Unis ou l’Europe. Je lui fais part d’ici de mon immense dette de gratitude.





Vous avez l’habitude de publier des articles, des livres, de participer à des Débats publics, mais vous n’apparaissez quasiment jamais à la télévision. Pourquoi ?





Tout d’abord, parce que l’on m’invite très rarement et quand c’est le cas, on m’impose des conditions inacceptables, comme par exemple débattre contre plusieurs contradicteurs à la fois. Ensuite, parce que la télévision est un moyen de communication particulier et peu propice au débat profond pour une raison simple : le temps de télévision est un temps très court, très bref, uniquement adapté aux pensées conventionnelles. Par exemple, si je dis à la télévision que Cuba est une dictature, c’est un message qui passe sans aucun problème, aucune explication n’est nécessaire. C’est comme si je disais que la terre était ronde. En revanche, si j’affirme que le fait de considérer Cuba comme une dictature est caricatural, il est indispensable que j’explique mon point de vue et il faut du temps pour cela. Mais la télévision ne dispose pas de ce temps.



Comment voyez-vous le phénomène des bloggeurs opposants ?





Tout d’abord, de mon point de vue personnel, rien ni personne ne devrait empêcher les bloggeurs cubains d’exprimer leurs idées et leurs opinions sans crainte de représailles, car ils ont le droit de critiquer sévèrement les autorités de La Havane. Maintenant, il est évident que de puissants intérêts opposés au processus révolutionnaire cubain se cachent derrière ce rideau de fumée que l’on nomme la « cyberdissidence cubaine », symbolisée par Yoani Sánchez.

En un mot, si l’on me demandait de signer une pétition défendant le droit de Yoani à critiquer le gouvernement cubain, je la signerais sans aucun problème. En revanche, si l’on me sollicitait pour signer un document affirmant que Yoani est une simple bloggeuse dont l’objectif est de dénoncer les aberrations et les contradictions d’un système, je ne le ferais pas car ce n’est pas le cas.





La contradiction qui existe entre les médias et le pouvoir est de plus en plus grande mais en revanche, il est indéniable qu’il existe une absence de critique à leur égard dans les pays occidentaux.



Le problème fondamental des médias et qu’ils ne disposent pas d’un contre-pouvoir puissant, même si la presse alternative sur Internet joue un rôle extraordinaire pour dénoncer les dérives des transnationales de l’information.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17810

de Salim Lamrani

mardi 20 avril 2010

L’Allemagne censure la surveillance du Net et du téléphone

La conservation des données de connexion (”logs“) a été jugée anticonstitutionnelle, ce mardi 2 mars, par la cour constitutionnelle allemande.

La loi, adoptée en 2008, obligeait les fournisseurs d’accès à l’internet, et les prestataires de téléphonie, à conserver les traces de ce que font leurs abonnés sur les réseaux de télécommunication (y compris leur géolocalisation), pendant 6 mois.

Elle visait à transposer la directive européenne sur la conservation des données, adoptée en 2006, afin de :

* pouvoir tracer et identifier la source d’une communication ;
* pouvoir tracer et identifier la destination d’une communication ;
* pouvoir identifier la date, l’heure et la durée d’une communication ;
* pouvoir identifier le type de communication ;
* pouvoir identifier la machine utilisée pour communiquer ;
* pouvoir identifier la location des équipements de communication mobile.

A l’époque, le Comité des libertés civiles, Justice et Affaires intérieures du Parlement européen avait recommandé de ne l’autoriser qu’en cas de mandat judiciaire et de la limiter aux seuls crimes graves, de ne transférer les données aux autorités nationales que sur demande expresse, et au cas par cas, recommandations qui n’avaient pas été prises en compte par la Commission européenne.

La cour constitutionnelle allemande a pour sa part estimé que la loi n’était pas suffisamment transparente, qu’elle violait le secret des correspondances et n’encadrait pas suffisamment l’utilisation qui serait faite de ces données, que les mesures de sécurité censées les protéger étaient insuffisantes, que les motifs invoqués (la lutte contre la criminalité, le terrorisme et les menaces en terme de sécurité) n’étaient pas suffisamment clairs, ni proportionnés en terme de protection de la vie privée, et appelle donc à une destruction “sans délai” des données d’ores et déjà archivées.

Elle a également estimé qu’il s’agissait là d’une “intrusion particulièrement sévère (dans la vie privée, ndlr), d’une ampleur que notre système légal n’avait jamais connu jusqu’à ce jour“.

L’agence AP souligne que la cour constitutionnelle allemande n’a pas contesté la nécessité de la directive européenne mais précisé que le problème tenait davantage à son interprétation par le parlement allemand.

Près de 35 000 personnes, dont plusieurs personnalités politiques, journalistes, avocats, médecins, avaient saisi la cour constitutionnelle à ce propos, dans ce qui constitue le plus important recours collectif (”class action“) de l’histoire allemande.
Trois pays considèrent la cybersurveillance comme contraire à leurs constitutions

Les cours constitutionnelles de Bulgarie et de Roumanie avaient elles aussi considéré comme anticonstitutionnelles la législation sur la conservation des données de connexion, l’Irlande ayant, quant à elle, déposé plainte contre la directive de 2006 devant la Cour européenne de justice.

En décembre dernier, deux organisations de défense des libertés, l’association européenne EDRI (European Digital Rights) et le groupe de travail allemand sur la rétention de données (AK Vorrat) appelaient l’Union européenne à abroger la directive de 2006 sur la rétention des données de communication (2006/24/EC).

« EDRI et ses membres mènent des campagnes depuis plusieurs années contre cette directive, sur la base du fait qu’une telle rétention de données est nécessairement un acte arbitrairement intrusif.

Les données de communication sont bien plus que de simples journaux de communication comme dans le cas de la téléphonie fixe, révélant à qui et quand nous avons téléphoné.

Les données de trafic permettent maintenant de produire de véritables cartes des relations interpersonnelles, des activités et des intentions des personnes », rappelle au nom d’EDRI la présidente d’IRIS, Meryem Marzouki.

« Avec la mise en place croissante de bases de données massives au niveau national, et les projets actuels tendant à leur interopérabilité au niveau de l’Union européenne et à leur plein accès pour des objectifs de police, la directive sur la rétention des données ouvre la voie à de futures extensions de finalités, où des données auparavant collectées pour les besoins de la fourniture d’un service deviennent utilisées pour la surveillance des citoyens et leur contrôle social, quand il ne s’agit pas d’objectifs de renseignement. Cela n’est pas acceptable dans une société démocratique, et il faut y mettre fin immédiatement ».

En France, les particuliers peuvent eux aussi désormais saisir le Conseil constitutionnel

Ce jugement de la Cour constitutionnel allemande intervient alors que, depuis le 1er mars, tout justiciable peut désormais contester une loi et en demander l’abrogation en saisissant indirectement le Conseil constitutionnel à l’occasion d’un procès, saisine baptisée « question prioritaire de constitutionnalité » dont la procédure, cela dit, relèverait du parcours du combattant.

En décembre 2001, suite à l’adoption, en urgence, de la Loi Sécurité Quotidienne (LSQ) par le gouvernement Jospin qui, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, décida, bien avant la directive européenne, de placer l’internet sous cybersurveillance, des dizaines de collectifs et associations de défense des droits de l’homme avaient ainsi préparé une Saisine citoyenne du Conseil constitutionnel.

Le sénateur socialiste Michel Dreyfus-Schmidt, au moment de voter la LSQ, avait lui-même reconnu, avec un lapsus lourd de sous-entendus, le caractère anticonstitutionnel de cette loi, qui n’en a pas moins servi de socle pour une partie de la vingtaine de lois sécuritaires adoptées depuis lors : « Il y a des mesures désagréables à prendre en urgence, mais j’espère que nous pourrons revenir à la légalité républicaine avant la fin 2003 » (date à laquelle un rapport devait être fait pour estimer la pertinence, ou non, de la LSQ).

L’eurodéputée Alima Boumediene-Thiéry et le sociologue Fabien Jobard, de leur côté, dénonçaient la façon cavalière qu’avait eu le Parlement d’adopter cette LSQ :

Plutôt que de prendre les quelques jours nécessaires au débat parlementaire et au contrôle par le juge, le gouvernement a préféré marchander avec les parlementaires la non saisie du Conseil constitutionnel, et clore par une manigance d’alcôve des manoeuvres procédurales indignes des textes qu’il a fait adopter. La sécurité est-elle élevée, comme on le voulait, au rang de bien public ? Non : le gouvernement préfère en faire sa petite chose, camouflée par des procédures iniques, couvertes d’un voile de honte.

En France, précise la CNIL, les opérateurs de communications électroniques sont tenus de conserver les données relatives au trafic pendant un an, et les opérateurs ne doivent conserver que “les seules données techniques” :

* informations permettant d’identifier l’utilisateur [par exemple : adresse IP, numéro de téléphone, adresse de courrier électronique] ;
* données relatives aux équipements terminaux de communication utilisés ;
* caractéristiques techniques ainsi que de la date, de l’horaire et de la durée de chaque communication ;

* données relatives aux services complémentaires demandés ou utilisés et à leurs fournisseurs ;
* données permettant d’identifier le ou les destinataires de la communication.
* ils n’ont aucune obligation de constitution de fichiers nominatifs des utilisateurs : les organismes fournissant une connexion Wi-Fi peuvent choisir d’offrir cette prestation sans procéder à l’identification des personnes. Ils ne sont alors tenus que de détenir les données techniques créées par l’utilisation de leurs services ;
* ils ne peuvent conserver les informations relatives au contenu des communications : le texte d’un SMS, l’objet d’un e-mail…

Voir aussi le texte complet de la saisine citoyenne initié en 2001, “Saisissons-nous de la sécurité !“, par Alima Boumediene-Thiéry et Fabien Jobard, et “Sécurité, sur tous les murs, j’écris ton nom…“, tribunes appelant, en 2001, à une saisine citoyenne, la couverture qu’en avait dressé le bulletin lambda, et notamment le reportage photo qu’il avait consacré à la cérémonie d’”enterrement des libertés” qui avait suivi cette saisine citoyenne et, sur ce blog :

Comment contourner la cybersurveillance ?
Le FBI menace les acheteurs de DVD
Bajolet a-t-il dénoncé des agents de la DGSE ?
Quand Francis Delattre légalisait les fichiers policiers
Les pédophiles n’ont rien à craindre de la LOPPSI. Les internautes, si.

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/03/02/la-cybersurveillance-est-anticonstitutionnelle-en-allemagne/

lundi 19 avril 2010

Elisabeth Badinter, actionnaire de référence d’une entreprise multinationale publicitaire : Publicis.

Publicis, par exemple, est l’origine d’une campagne mettant en scène une femme et ayant pour slogan “mon banquier me préfère à découvert”...

Un jour, Elisabeth Badinter devra s’expliquer sur l’image dégradante de la femme que donnent les publicités réalisées par l’entreprise Publicis.

Un jour, Elisabeth Badinter devra s’expliquer sur l’image de la femme-objet qui apparaît dans les publicités réalisées par l’entreprise Publicis.

Un jour, Elisabeth Badinter devra s’expliquer sur l’image de la femme qui est véhiculée par les publicités réalisées par l’entreprise Publicis.

Lisez cet article :

Élisabeth Badinter est une femme de lettres et une philosophe féministe française, née Bleustein-Blanchet, le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt. Elle est actionnaire de référence et membre du conseil de surveillance du groupe Publicis dont elle possède 10,16 % des actions.

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lisabeth_Badinter

Mais une petite chose est gênante, à chaque retour d’Elisabeth Badinter sur la scène publique. Un détail. Trois fois rien. Mais tout de même.

Une de ses "casquettes", comme on dit, n’est jamais rappelée par les intervieweurs fascinés (et encore pas par Demorand, en préalable à son interview de ce matin) : outre son estimable activité de philosophe et d’écrivain, Elisabeth Badinter, fille et héritière de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, est aujourd’hui la deuxième actionnaire, et la présidente du conseil de surveillance de la multinationale publicitaire.

Cela ne la prive évidemment pas du droit de penser, et d’écrire. On peut régner sur les pages en quadrichromie des magazines, sur les affiches porno soft des abribus, et faire profession de philosopher sur l’émancipation féminine. On peut, et la constance de Badinter témoigne de la sincérité de ses convictions.

Mais ce double statut a toujours généré, dans la production philosophique badinterienne, un point aveugle : la violence de l’injonction publicitaire faite aux femmes.

Crème-toi matin et soir, épile-toi pour ressembler aux actrices porno, sois aussi mince que les squelettes que tu vois défiler dans les pages mode, et consomme, consomme, consomme, achète, fais chauffer le chéquier, pour être enfin parfaitement, totalement libérée.

Vu de ma fenêtre de matinaute mâle, cette injonction-là, qui se déploie à chaque dos de kiosque, à chaque coin de rue, semble au moins aussi terroriste que l’injonction à rentrer à la maison, et à revenir aux couches lavables. Mais Elisabeth Badinter, philosophe publicitaire, ne la voit pas.

http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=7135

LETTRE DE MME ELISABETH BADINTER AUX AMIS DE LA TERRE PARIS :

Monsieur le Président.

J’ai bien reçu votre lettre qui mériterait sans doute un débat plus approfondi que la forme épistolaire ne le permet, mais je me dois de vous répondre sur plusieurs points qui me semblent inexacts.

Quand vous parlez de dégradation de la qualité de vie dans le métro, je suis obligée de vous répondre, que la Régie, depuis quelques années, rénove l’ensemble de ses stations et modernise de manière évidente, pour qui les utilisent, les transports en commun, les matériels comme les stations. Je ne crois pas par ailleurs que les voyageurs de la ligne Météor trouvent que le cadre de vie du métro se dégrade.

En ce qui concerne la publicité, il faut que vous sachiez qu’elle est beaucoup moins présente qu’il y a quelques années : plusieurs centaines de panneaux ont été démontés, notamment dans le cadre des opérations « renouveau du métro » et dans les nouvelles rames il n’y a plus ni panneaux de fond, ni oriflammes. Quant au contenu, METROBUS n’a pas le droit, en tant que régisseur, d’être juge de la qualité des publicités ou des produits qu’elle présente, car en dehors des règles légales (interdiction du tabac, réglementation des alcools, bonnes mœurs etc...), elle est obligée d’accepter l’ensemble des publicités sous peine de se voir accuser de refus de vente. En outre, je pense que vous avez remarqué que bon nombre des publicités présentes concernent des expositions artistiques ou des spectacles vivants : sachez que la plupart de ces publicités bénéficient de la part de METROBUS d’un prix défiant toute concurrence car nous avons à cœur de défendre la culture sous toutes ses formes.

Enfin, en ce qui concerne les espaces de ce que vous appelez « la communication citoyenne libre ». vous devriez vous adresser à la RATP et non pas au groupe PUBLICIS car c’est une décision qui revient à la Régie.

De manière plus générale, votre courrier manifeste un rejet de la publicité pour tout ce qui ne convient pas à votre éthique personnelle. On peut certes regretter que notre société produise des biens jetables plutôt que durables. Je pense contrairement à vous, que le consommateur n’est pas dénué de discernement, qu’il a le sens de ses intérêts et sait très bien choisir ce dont il a besoin.

Enfin, il me semble qu’il faille rendre grâce à la liberté du commerce et de l’industrie car je ne connais pas de pays démocratiques où elle n’existe pas, même si l’inverse n’est pas toujours vrai.

En espérant que ces éléments d’information vous seront utiles, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma considération.

Elisabeth BADINTER.

http://www.amisdelaterre.org/Elisabeth-Badinter-Publicis-l.html

Elisabeth Badinter, côté face, écrit des livres sur le féminisme.

Elisabeth Badinter, côté pile, est l’actionnaire de référence d’une entreprise anti-féministe : Publicis.

Quel est le féminin du mot "tartuffe" ?

"Tartuffette" ?

vendredi 16 avril 2010

Niger : un putsch d’AREVA ?

Assis sur un trésor, l’uranium, qui en cinq ans a vu plus que décupler sa valeur marchande, le Niger tente par tous les moyens de rééquilibrer ses rapports avec le géant français Areva.

Mais ce bras de fer politico-économique ne va pas sans mal et sans frictions avec la France, l’ancienne puissance coloniale.

Car à la différence d’autres pays africains où la France est économiquement présente via des entreprises, le Niger, troisième producteur mondial, représente un enjeu hautement stratégique : un tiers de l’électricité d’origine nucléaire (environ 75% de la production totale) produite par EDF (Electricité de France) dépend de l’uranium nigérien !

Pour Paris il faut sécuriser cet approvisionnement essentiel tout en préservant ses relations avec son ancienne colonie à laquelle elle fournit une assistance budgétaire d’environ 8 millions d’euros par an.

Pour Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, il s’agit de pérenniser cette importante source de minerai qui constitue un argument de poids pour vendre ses réacteurs EPR en garantissant le combustible nécessaire. D’où aussi la volonté de diversifier ses approvisionnements, notamment avec le rachat récent de canadien Uramin (présent en Afrique du sud, Namibie et République Centrafricaine)

Et pour le Niger, avant-dernier pays le plus pauvre au monde, l’objectif est d’augmenter logiquement sa part de ce gateau qui grossit, notamment en diversifiant ses partenaires, en particulier des compagnies chinoises agressives déjà sur le terrain. Créée en juin, la Somina prévoit ainsi 700 tonnes d’uranium à partir de 2009.

"Nous n’avons rien contre la concurrence. Il y a de la place pour tout le monde", assure à l’AFP un responsable local d’Areva, premier employeur privé du pays.

Elément déclencheur probable de la crise : l’explosion soudaine des cours mondiaux qui sont passés de 7 dollars la livre en 2002 à 85-90 dollars en juin dernier, avec un pic à 137 dollars sur le marché spéculatif "spot" (entre 5 et 10% des transactions mondiales). De quoi aiguiser les appétits.

Malgré ou à cause de 40 ans de présence, Areva s’est ainsi trouvé ces derniers mois prise dans une zone de turbulences qui a culminé avec l’expulsion en juillet de son directeur local Dominique Pin. Du jamais vu dans les relations bilatérales, au point que quelques manifestations anti-françaises ont même été autorisées à Niamey.

Le ton a monté au point que Paris a dû envoyer en urgence début août à Niamey son secrétaire d’Etat à la coopération Jean-Marie Bockel, pour tenter de recoller les morceaux.

Deux jours plus tôt, Areva et le Niger signaient discrètement en France de nouveaux accords pour 2007, prévoyant un relèvement sensible du prix de l’uranium : 40.000 FCFA (60,98 euros) le kilo contre 27.300 jusque là.

5 Juin 2007 : France 1 –Chine 1

"Niger et Chine : les objectifs"

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Le Niger a accordé jeudi un nouveau permis de prospection et d’exploitation d’uranium à une société chinoise dans la région d’Agadez (nord), théâtre du conflit touareg, a appris l’AFP vendredi de source gouvernementale.

Situé à Azelik (nord), ce nouveau site uranifère a été accordé à la Société des mines d’Azelik (Somina), créée le 5 juin 2007 par le Niger et des partenaires chinois, selon un communiqué du conseil des ministres.

Le permis d’Azelik comprend deux études, la première sur les impacts de l’exploitation de l’uranium sur l’environnement, la seconde sur la faisabilité et la rentabilité du gisement, indique le communiqué.

Aucun détail n’a été cependant été fourni sur le montant de la transaction non plus que sur les réserves estimées du site d’Azelik.

L’octroi de ce permis intervient quatre jours après la pose à Niamey de la première pierre d’un second pont qui va être construit par la Chine sur le fleuve Niger pour un montant de plus de 27,3 millions d’euros.

Pékin vient également de faire un don de 3 millions d’euros au Niger pour la construction de deux écoles et la rénovation du stade de la capitale.

Depuis 2006, la Chine a renforcé ses liens économiques avec le Niger, où elle prospecte de l’uranium à Teguidan Tessoumt, dans le nord du pays en proie depuis février à l’insécurité en raison d’une résurgence d’une rébellion touareg.

Officiellement, Niamey attribue cette insécurité à des "bandits" et des trafiquants de drogue.

La prospection a été suspendue depuis l’enlèvement le 6 juillet par des rebelles touareg d’un employé chinois de la China Nuclear Engineering and Construction Corporation (CNEC), propriétaire du site de Teguidan Tessoumt.

Teguidan Tessoumt est un des deux premier permis de recherches accordés à la Chine et la production doit y débuter en 2010.

Niamey a déjà délivré 29 permis de recherches et d’exploitation d’uranium à des compagnies chinoises, anglo-sud africaine, anglo-américaine, australo-maltaise, canadienne et russe.

Tous ces permis sont localisés dans le nord désertique, où le groupe français Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, exploite depuis 40 ans deux gisements d’uranium.

26 juillet 2007 : France 1 – Chine 2

"L’expulsion de Dominique Pin"

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Dominique Pin, le directeur local d’AREVA au Niger a été expulsé du Niger le 26 juillet dernier, se voyant reprocher des liens avec le Mouvement des Nigériens pour la Justice. La MNJ est un groupe de Touaregs qui habitent dans le nord du Niger. Cette zone sous souveraineté du Niger depuis l’indépendance est convoitée par la Libye pour ses richesses souterraines notamment en Uranium.

Depuis 40 ans, AREVA exploite les mines d’Uranium et a su développer une stratégie d’arrosage systématique des lieux de pouvoirs afin de garder le monopole et fixer ses conditions dans ses exploitations minières (tarifs, quantités, emplois). Il est important de savoir qu’AREVA représente après le gouvernement le premier employeur du Niger. Sa puissance économique et politique est donc en proportion de cette importance. Au travers de cette entreprise c’est bien sur la France en tant qu’actionnaire principal qui définit la politique d’AREVA au Niger.

Que s’est il donc passé pour que le Niger expulse le directeur de cette entreprise si puissante et si étroitement liée au gouvernement français ?

Depuis quelques années, la Chine cherche à s’approvisionner en minerai africains pour financer son économie et sa forte croissance. La Chine a donc ciblé un certains nombre de pays africains afin de garantir son approvisionnement. Cependant, ce qui différencie principalement les Chinois des Français réside dans la façon de s’implanter dans le pays. En effet, la France depuis la fin de la colonisation installe ses entreprises et arrose l’ensemble des acteurs politiques et traditionnels. Ce financement peut se faire soit directement, soit au travers de constructions publiques ou privées. Les entreprises françaises emploient de la main-d’oeuvre locale exceptée pour les postes de direction qui sont toujours détenues par des français expatriés. Les Chinois ont eux une approche différente. Ils financent bien sur leur installation mais en traitant principalement avec le pouvoir central. Dans le cas du Niger, l’installation a également était accompagnée par des livraisons d’armes au gouvernement nigérien. La main-d’oeuvre est constituée presque exclusivement d’expatriés et cela à tous les échelons.

Dans le nord du Niger, le gouvernement Français et son intermédiaire AREVA ne voient pas d’un très bon oeil l’arrivée des chinois dans une situation de monopole qui dure depuis 40 ans. Certains Touaregs ont le même point de vue car les Chinois ne leur versent pas les mêmes "dividendes" que les Français. A cela, s’ajoute des problèmes internes au Niger relatifs à la répartition des pouvoirs entre les différents groupes de population et leur prise en compte dans l’espace public national.

Le MNJ a donc pris les armes pour réclamer une meilleure intégration des Touareg dans l’armée, les corps paramilitaires et le secteur minier local. Le MNJ dénonce les sociétés chinoises comme aidant militairement, par des livraisons d’armes, l’armée. Étrangement, rien n’est dit sur l’action de la France depuis 40 ans par ce mouvement.

18 fevrier 2010 : France 2 –Chine 2

"Le putsch militaire"

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>Le président Tandja a été renversé par un coup d’Etat ce jeudi 18 février. Le chef de l’Etat a été emmené par des soldats insurgés dans une caserne située à l’extérieur de la capitale Niamey. Les ministres du gouvernement seraient, pour leur part, retenus non loin du palais présidentiel.

Les dirigeants du putsch ont annoncé dans la soirée qu’ils suspendaient la Constitution. L’annonce a été lue à la télévision publique nationale par le colonel Abdoulakarim Goukoye qui se présente comme le porte-parole des insurgés.

Le porte-parole des putschistes a annoncé la constitution d’un Conseil supérieur pour la restauration de la démocratie, le CSRD.

Les noms commencent donc à se confirmer. Il y a trois militaires, trois colonels, le colonel Pelé, de son vrai nom Djibrilla Hima Hamidou, commandant de la zone militaire de Niamey, le colonel Harouna Adamou, commandant de la compagnie d’appui, c’est-à-dire des blindés. Et enfin le colonel Goukoye Abdul Karim, chef du renseignement militaire, jusque-là porte-parole de l’armée c’est lui le porte-parole du Conseil supérieur pour la restauration de la démocratie.

Le régime de Tandja avait, semble-t-il, fait monter les enchères avec le nouveau prétendant chinois…

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A quand les prolongations ?

jeudi 15 avril 2010

Soros derrière la spéculation sur la Grèce ?

Spencer Delane de Mecanopolis revient sur le dîner secret entre les principaux spéculateurs pour s'accorder autour d'une attaque contre l'Euro. Trois millards de bénéfices en prime. Parmi eux, le bien connu Georges Soros. Le spectre d'un alignement Euro-Dollar commence à s'agiter.



Selon le Wall Street Journal, des « hedge funds » emblématiques – Soros Fund Management en tête – se sont accordés sur un net déclin de l’euro par rapport au dollar. Ils visent, à terme, la parité dans le cadre d’un scénario de crise majeure de l’Union européenne. La semaine s’annonce cruciale pour la Grèce et l’Europe, qui s’enfoncent dans la crise.

Ce dîner a eu lieu à Manhattan en décembre dernier, et une sorte de consensus se serait dégagé : «L’euro doit revenir à la parité un pour un face au dollar» auraient-ils évoqué, selon le quotidien financier.

Accord secret des spéculateurs
Leur poids énorme sur les échanges internationaux pourraient bien expliquer une bonne partie du recul de la monnaie européenne : depuis début février, le change est passé de 1,39 à 1,36 dollar, soit un recul de plus de 2%. Notons qu’en décembre 2009, l’euro valait encore 1,51 dollar. Ainsi, le billet vert s’est apprécié de 10%.

Sur le marché des changes, appelé chez les professionnels le Forex (pour Foreign Exchange), il est possible de miser cent fois sa mise. C’est l’effet de levier. Autrement dit, avec 10.000 euros, n’importe quel investisseur qui travaille sur les devises peut engager 1.000.000 euros sur le marché. Ainsi, les gains – ou les pertes – peuvent être exponentiels. Selon le Wall Street Journal, ces géants auraient parié avec des effets de levier 20.

Par exemple, si George Soros – célèbre pour avoir fait «sauter» la banque d’Angleterre le mercredi noir du 16 septembre 1992 en pariant à la baisse sur la livre sterling – décide de mettre sur la table 10 millions de dollars sur une position courte sur l’euro (pari à la baisse), il spécule en fait avec 200 millions de dollars.

Vers une monnaie commune euro-atlantique ?
Or, si le taux de change recule de 10%, comme cela a été le cas ces trois derniers mois, George Soros aura gagné quelque 20 millions d’euros sur ce trade. En excluant les 10 millions qu’il a engagé au début, il reste dans sa poche quelques 10 millions d’euros. Taux de rendement : 100% en trois mois !

En trois mois de crise de l’euro, les « hedge funds » qui sont à l’origine des spéculations auraient engendrés plus de trois milliards de dollars de bénéfices, ajoute encore le Wall Street journal.

Difficile de ne pas voir, dans cette action qui consiste à ramener l’euro à une valeur équivalente à celle du dollar, les prémices de l’instauration d’un bloc euro-atlantique unifié, c’est à dire une monnaie commune, pour lequel le Parlement européen a déjà adopté une résolution le 26 mars 2009 traitant de « l’état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis » (lire sur ce sujet l’article de Pierre Hillard sur le Réseau Voltaire ).

La Grèce dans l’impasse
La situation de la dette grecque ne cesse de se dégrader. Vendredi dernier, les agences de notation ont mis en garde le pays sur une éventuelle dégradation de sa note, avec le risque de tomber dans la catégorie peu flatteuse « Investissement spéculatif ». Standard & Poor’s fixe cette échéance d’ici deux semaines. Moody’s est plus évasif.

Un ultimatum a été donné au 16 mars à la Grèce pour peaufiner ses mesures et réduire son déficit budgétaire. Compte tenu de la situation sociale explosive dans son pays, le premier ministre grec n’a aucune marge de manœuvre possible.

La seule solution pourrait pourrait provenir d’une aide des pays de la zone euro. De fait, la Grèce est aujourd’hui dans une impasse financière. En quête d’argent frais pour refinancer ses 22 milliards d’euros de dette qui arrivent à échéance en avril-mai, Athènes a dû renoncer, la semaine dernière, à lancer un emprunt obligataire de 5 milliards d’euros. Aucune institution n’a concédé à lui accorder ce montant.

Retrouvez plus d'articles sur le blog de Mecanopolis

mercredi 14 avril 2010

EDF : les squatteurs rebranchés par des agents envoyés au poste

Les Robins des bois d'EDF qui rebranchent des foyers mauvais payeurs dans le dos de l'entreprise, ça vous rappelle quelque chose ? Le 25 janvier, Rue89 avait proposé à Dominique Liot, syndicaliste CGT à ERDF, de rédiger un texte pour expliquer cette démarche. Il venait d'apprendre sa mise à pied de trois semaines.

Rétablir l'énergie dans des squats ou des habitations démunies ne procède pas seulement d'un élan charitable. A les entendre, c'est aussi un outil de protestation syndicale (contre la libéralisation du secteur, la suppression de certains sites ou l'externalisation de services).
Des « rebranchés » convoqués par la police

La méthode de ces Robins des bois du courant est maintenant assez rodée. Le premier rebranchement très médiatisé en Midi-Pyrénées remonte ainsi à 2004. Mais jamais, jusqu'à présent, les foyers rebranchés n'avaient été poursuivis.

C'est ce qui vient de changer : mercredi 24 février, Sébastien Oget reçoit une convocation dans un commissariat toulousain, pour le 2 mars. C'est lui qui vivait dans le squat rebranché par Dominique Liot au printemps dernier.

Joint par téléphone ce vendredi, il confirme à Rue89 avoir squatté environ huit mois une maison à Toulouse appartenant au Secours catholique, en compagnie de sa compagne de l'époque et de sa petite fille, alors âgée d'un an. Sur la période, il estime avoir bénéficié « environ cinq ou six mois » de l'électricité rétablie par les Robins des bois.

Les deux parents sont convoqués devant un officier de police judiciaire pour utilisation frauduleuse du courant que leur avait rétabli le syndicaliste Dominique Liot. Pour ce dernier, c'est tout bonnement « hallucinant » :

« C'est la première fois que ça arrive et on atteint là un degré de ridicule impressionnant. »

Il a pour sa part fait appel de sa mise à pied par voie de recours interne. Avant les Prud'hommes, au besoin.

Photo : une ampoule allumée (Sputnik Mania/Flickr)

Chloé Leprince

mardi 13 avril 2010

Pôle-Emploi : les radiations pour "absence à convocation" illégales ?

La décision du Tribunal administratif du 10 mars 2009 a de quoi faire réfléchir... Soutenue par AC ! Marseille et l’équipe du site recours radiation (lire les sujets sur le forum, ici, ici et le grand final ici), une demandeuse d’emploi radiée abusivement pour absence à convocation a porté son affaire devant le Tribunal administratif. Et non seulement, le Tribunal administratif a condamné Pôle emploi mais il a en plus jugé que la rétroactivité de la décision de radiation était illégale, remettant en cause la légalité des 500 000 décisions de radiation prononcées pour absence à convocation...

Les faits étaient "classiques" : convocation a un entretien avec Pôle emploi le 27 mars 2008. La convocation n’est pas reçue et quelques jours plus tard, c’est l’enclenchement automatique de la procédure de radiation qui aboutit, le 22 avril 2008 à l’adoption par Pôle emploi d’une décision de radiation pour absence à convocation. Et comme toujours dans les procédures de radiation pour absence à convocation prononcées par Pôle emploi, la radiation courre non pas à partir de la date où la décision de radiation a été prise mais à la date d’absence à la convocation...Autrement dit, la décision de radiation est rétroactive. Or, le principe de non rétroactivité des décisions administratives (de même que les délits et les peines) est un principe général du droit. Et c’est précisément ce que va sanctionner, au surplus de sa motivation, le Tribunal administratif de Marseille.

Le Département juridique de Pôle emploi, ex-ANPE, avait déjà attiré l’attention du réseau local de Pôle emploi sur la nécessité de ne plus appliquer rétroactivement les décisions de radiation pour absence à convocation (voir l’instruction du 5 décembre 2005, publiée dans le BO de l’ANPE du 30 avril 2006) Désormais, une jurisprudence du Tribunal administratif confirme l’illégalité de ces décisions de radiation pour absence à convocation. Il reste à présent à voir si cette jurisprudence sera confirmée. Si tel était le cas, cela confirmerait l’illégalité des 500 000 décisions de radiation prononcées annuellement par Pôle emploi. Sans compter l’octroi des dommages et intérêts susceptibles d’être versés suite au préjudice financier et moral consécutif à l’application d’une décision administrative illégale.

De plus, non seulement cette application de la rétroactivité est illégale mais est complètement injustifiée... Dans un premier temps, il est nécessaire de bien avoir à l’esprit qu’une radiation de 2 mois complet est une sanction infiniment lourde pour une...simple absence à convocation...On ne compte plus sur le forum, les personnes venant nous consulter parce qu’elle se sont trompées d’adresse, se sont rendues au mauvais Pôle emploi, qui oublie le RDV pensant qu’il était le vendredi alors qu’il était le jeudi, etc etc ... Pourquoi dès lors en plus appliquer cette sanction de manière rétroactive ? Ainsi le demandeur d’emploi n’a même pas quelques jours pour se retourner, prévenir ces créanciers, son bailleur, son banquier des difficultés à venir... Et c’est bien évidemment alors l’enclenchement du cercles vicieux : impayés, frais bancaires et autres multiples, fermeture de certains services, etc...

L’équipe de recours radiation espère donc que Pôle emploi modifiera rapidement ses procédures de radiation pour absence à convocation afin de les rendre conforme à la loi.

Dans l’attente, tous les demandeurs d’emploi victimes de radiation pour absence à convocation peuvent copier coller l’argumentation ci-dessous dans leur recours...
A copier / coller dans vos recours
contre les décisions de radiation pour absence à convocation :

Attendu que Pôle emploi a pris la décision de radier le/la requérant(e) de la liste des demandeurs d’emploi le ........ et que cette décision a été reçu par le/la requérant(e) le ....... Mais que la décision de radiation prend effet rétroactivement au ........... pour une période de 2 mois

Que cette décision de radiation de la liste des demandeurs d’emploi constitue donc une sanction administrative rétroactive. Or le principe de non-rétroactivité constitue un principe général du droit. En vertu de ce principe, un acte administratif ne serait produire d’effets à une date antérieure à celle de son édiction (v. par ex. CE, 25 juin 1948 « Soc. Du Journal Aurore). Que ce principe général du droit s’applique aux décisions de radiation prononcées par Pôle emploi (voir par exemple Tribunal administratif de Marseille, décision du 10 mars 2009).

Qu’en outre, cette analyse est celle adoptée par la Direction Générale de Pôle emploi, ex-ANPE, puisque cette dernière à, dans son instruction "DJ_ins_2005_01" du 5 décembre 2005 publiée au Bulletin Officiel n°2006-2 du 30 avril 2006, indiqué aux services que :

"1- Les instructions de 1992 relatives à la gestion de la liste des demandeurs d’emploi prévoyaient que la date d’effet des décisions de radiation était celle du manquement sanctionné (constat du refus d’emploi, absence à convocation…).

Ces instructions s’appuyaient sur une jurisprudence du Conseil d’Etat relative au revenu de remplacement (CE 28 décembre 1992, TREVIGLIO) aujourd’hui dépassée CE 23 février 1998, ZIZZO). Elles sont impraticables depuis le décret n°2005-915 du 2 août 2005 relatif au suivi de la recherche d’emploi en application duquel les radiations peuvent dorénavant descendre en dessous de la limite des deux mois précédemment prévue (article R.311-3-8 nouveau du code du travail).

2- En conséquence et après consultation de la DGEFP et de l’Unédic (échange de lettres des 8 novembre 2005 et 17 novembre 2005), la date d’effet à retenir pour les décisions de radiation doit être celle de leur notification au demandeur d’emploi et non plus celle du fait qui en est la cause.

3- Cette modification ne vaut que pour les seules décisions dont l’ANPE prend l’initiative, et non pour celles consécutives à la suppression du revenu de remplacement décidée par les directions du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (article R.311-3-7 du code du travail) qui doivent conserver la même date d’effet que celles de suppression des allocations chômage."

Qu’enfin, si le Conseil d’Etat a pu considérer dans les années 1990, que la possibilité pour la DDTEFP de faire courir les effets d’une suppression du revenu de remplacement au moment de la constatation d’un fait précis était légale, que cela ne concernait que des cas bien particuliers. Que de plus, les radiations de la liste des demandeurs d’emploi prononcées par l’ex-ANPE ou les décisions d’exclusion du revenu de remplacement prononcée par la DDTEFP était alors beaucoup moins nombreuses qu’aujourd’hui. Mais depuis la mise en place d’un contrôle mensuel du demandeur d’emploi par Pôle emploi et surtout, de l’informatisation complète du processus de gestion de la liste des demandeurs d’emploi la procédure de radiation s’inscrit désormais dans une procédure de masse, sources d’erreurs diverses et variées. Or, il est fondamental de ne pas oublier que dans la grande majorité des cas, les allocations versées par Pôle emploi ont un caractère éminemment alimentaires pour les allocataires. Que dès lors, leur suppression pour 2 mois complets, sans possibilité de percevoir dans l’intervalle de la réinscription le RSA, dont l’octroi est conditionné par l’absence de ressources pendant les 3 derniers mois, est susceptible d’entraîner des conséquences financières extrêmement graves vis à vis du demandeur d’emploi. Il n’apparaît donc pas opportun et même contraire à la mission de Pôle emploi qui vise à la réintégration des demandeurs d’emploi professionnellement et socialement, d’ajouter à la gravité de la sanction (qui a pour origine une simple absence à convocation), un caractère rétroactif à cette sanction, cette rétroactivité mettant le demandeur d’emploi dans une situation d’urgence et de précarité absolue sans même lui laisser quelques jours pour faire face au péril financier à venir (impossibilité pure et simple de faire face à ces obligations légales) et s’organiser afin d’atténuer les conséquences d’une telle décision (contacter son bailleur et ses divers créanciers pour les avertir des problèmes à venir et convenir d’un éventuel échéancier pour éviter les divers frais,...).

Relais d’un article publié sur le très intéressant et très utile site recours-radiation.fr

http://www.primitivi.org/spip.php?a...


De : Primitivi

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