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mercredi 31 mars 2010

Hausses de salaires généreuses chez EDF

Dans un contexte général de faible hausse des rémunérations, les 4,4% de hausse salariale proposés ont de quoi favoriser la paix sociale au sein du groupe.

EDF achète la paix sociale. Le groupe présidé par Henri Proglio a annoncé jeudi la signature d'un accord salarial prévoyant une hausse de 4,4% des rémunérations pour 2010. Une hausse significative dans un contexte général d'atonie des salaires, alors que la faiblesse de la croissance incite encore les entreprises à la prudence. Les hausses salariales anticipées au mois de janvier par l'observatoire Cegos se limitaient à 2,4% en moyenne pour cette année.

Après les grèves et manifestations enregistrées chez l'électricien au cours de l'année 2009, et alors que le groupe a enregistré un bénéfice net en baisse de 10%, EDF souhaite manifestement renouer le dialogue social. L'enveloppe totale allouée à l'augmentation concernera les 59.200 salariés du groupe EDF SA, et comprendra, outre une revalorisation générale de 1,2%, 1,85% de hausses individuelles, 0,45% de mobilité ascensionnelle, 0,6% au titre de l'ancienneté et 0,3% d'augmentation dans le cadre d'un rattrapage promis lors de la réforme du régime spécial de retraite.

Le niveau des augmentations, resté particulièrement faible au cours de l'année 2009, nourrit de nombreuses tensions au sein des entreprises. Ikea a notamment connu ces derniers jours une mobilisation sans précédent de ses salariés, en protestation contre la politique salariale du groupe suédois. Les syndicats français, à l'inverse d'IG Metall en Allemagne, font d'ailleurs de la hausse des salaires leur priorité.

Selon la direction, l'accord signé ce jeudi vise par ailleurs à répondre au défi du «très fort renouvellement des générations» au sein du groupe, la moitié des effectifs de l'entreprise «partant à la retraite d'ici 10 ans».

mardi 30 mars 2010

Les Chinois sont-il en train de lâcher les Etats-Unis?

Les Chinois, très critiques depuis un an à l’encontre de la politique d’endettement de Barack Obama, qui pèse sur la valeur de leurs actifs en dollars, ont mis leurs menaces à exécution. Les dernières données du département du Trésor montrent en effet que la Chine a nettement réduit, en décembre dernier, ses détentions d’obligations d’Etat américaines. La panique pourrait très vite gagner les marchés.Selon les statistiques de Washington, les investisseurs chinois auraient réduit de 4,3 % la valeur de leur portefeuille sur le dernier mois de 2009 pour ne plus détenir que 755,4 milliards de dollars de bons du Trésor. Depuis juillet dernier, la Chine a même vendu au total 45,1 milliards de bons du Trésor et ainsi logiquement laissé le Japon retrouver le titre de premier créancier des Etats-Unis.

Capacité de nuisance

Commentant ces variations, plusieurs économistes ont cru déceler le début d’une tendance de fond qui risque de peser dangereusement sur la stratégie de reprise dessinée par le gouvernement américain. Pour les analystes les plus catastrophistes, les autorités chinoises auraient profité d’une dégradation de leurs relations politiques avec Washington pour confirmer leur méfiance à l’égard de la dette américaine et faire sentir leur capacité de nuisance à l’administration Obama, qui ose les défier sur les dossiers taïwanais et tibétain.

En novembre dernier, à la veille de la première visite officielle de Barack Obama en Chine, beaucoup d’observateurs occidentaux avaient cru pouvoir louer l’émergence d’un « G2 » associant Pékin et Washington dans un dialogue apaisé portant sur les grands enjeux internationaux. Depuis, la relation entre la Chine et les Etats-Unis s’est considérablement tendue et la rencontre, aujourd’hui, entre le président américain et le dalaï-lama devrait attiser encore les frictions bilatérales entre la première et la troisième puissance économique mondiale.
Risque de Faillite

L’agence de notation Moody’s a prévenu hier qu’en cas de croissance trop faible aux États-Unis, la note « AAA » de la dette du pays pourrait être menacée. Même si elle n’a aujourd’hui pris aucune mesure concrète, c’est-à-dire pas de dégradation de note ni de mise sous perspective négative, il s’agit d’une première alerte qui pourrait en entraîner d’autres plus sérieuses.

Le gouvernement américain prévoit un déficit public de 1.565 milliards de dollars soit 10,6% du PIB à la fin de septembre 2010, son plus haut niveau depuis la seconde guerre mondiale.

Mecanopolis

Avec les informations du quotidien Le Temps (Suisse)

lundi 29 mars 2010

Comment Internet modifie-t-il notre rapport au réel ?

L’INTERNET CHANGE LA FAÇON DONT ON VIT L’EXPÉRIENCE

Pour les artistes Eric Fischl et April Gornik, l’Internet a changé la façon dont ils posent leur regard sur le monde. "Pour des artistes, la vue est essentielle à la pensée. Elle organise l’information et permet de développer des pensées et des sentiments. La vue c’est la manière dont on se connecte." Pour eux, le changement repose surtout sur les images et l’information visuelle ou plus précisément sur la perte de différenciation entre les matériaux et le processus : toutes les informations d’ordres visuelles, quelles qu’elles soient, se ressemblent. L’information visuelle se base désormais sur des images isolées qui créent une fausse illusion de la connaissance et de l’expérience.

"Comme le montrait John Berger, la nature de la photographie est un objet de mémoire qui nous permet d’oublier. Peut-être peut-on dire quelque chose de similaire à propos de l’internet. En ce qui concerne l’art, l’internet étend le réseau de reproduction qui remplace la façon dont on fait l’expérience de quelque chose. Il remplace l’expérience par le fac-similé."

Le jugement de Brian Eno, le producteur, est assez proche. "Je note que l’idée de l’expert a changé. Un expert a longtemps été quelqu’un qui avait accès à certaines informations. Désormais, depuis que tant d’information est disponible à tous, l’expert est devenu quelqu’un doté d’un meilleur sens d’interprétation. Le jugement a remplacé l’accès." Pour lui également, l’internet a transformé notre rapport à l’expérience authentique (l’expérience singulière dont on profite sans médiation). "Je remarque que plus d’attention est donnée par les créateurs aux aspects de leurs travaux qui ne peuvent pas être dupliqués. L’authentique a remplacé le reproductible."

Pour Linda Stone : "Plus je l’ai appréciée et connue, plus évident a été le contraste, plus intense a été la tension entre la vie physique et la vie virtuelle. L’internet m’a volé mon corps qui est devenu une forme inerte courbée devant un écran lumineux. Mes sens s’engourdissaient à mesure que mon esprit avide fusionnait avec le cerveau global". Un contraste qui a ramené Linda Stone à mieux apprécier les plaisirs du monde physique. "Je passe maintenant avec plus de détermination entre chacun de ces mondes, choisissant l’un, puis l’autre, ne cédant à aucun."

LE POUVOIR DE LA CONVERSATION

Pour la philosophe Gloria Origgi (blog), chercheuse à l’Institut Nicod à Paris : l’internet révèle le pouvoir de la conversation, à l’image de ces innombrables échanges par mails qui ont envahi nos existences. L’occasion pour la philosophe de rappeler combien le dialogue permet de penser et construire des connaissances. "Quelle est la différence entre l’état contemplatif que nous avons devant une page blanche et les échanges excités que nous avons par l’intermédiaire de Gmail ou Skype avec un collègue qui vit dans une autre partie du monde ?" Très peu, répond la chercheuse. Les articles et les livres que l’on publie sont des conversations au ralenti. "L’internet nous permet de penser et d’écrire d’une manière beaucoup plus naturelle que celle imposée par la tradition de la culture de l’écrit : la dimension dialogique de notre réflexion est maintenant renforcée par des échanges continus et liquides". Reste que nous avons souvent le sentiment, coupable, de gaspiller notre temps dans ces échanges, sauf à nous "engager dans des conversations intéressantes et bien articulées". C’est à nous de faire un usage responsable de nos compétences en conversation. "Je vois cela comme une amélioration de notre façon d’extérioriser notre façon de penser : une façon beaucoup plus naturelle d’être intelligent dans un monde social."

Pour Yochaï Benkler, professeur à Harvard et auteur de la Puissance des réseaux, le rôle de la conversation est essentiel. A priori, s’interroge le savant, l’internet n’a pas changé la manière dont notre cerveau accomplit certaines opérations. Mais en sommes-nous bien sûr ? Peut-être utilisons-nous moins des processus impliqués dans la mémoire à long terme ou ceux utilisés dans les routines quotidiennes, qui longtemps nous ont permis de mémoriser le savoir…

Mais n’étant pas un spécialiste du cerveau, Benkler préfère de beaucoup regarder "comment l’internet change la façon dont on pense le monde". Et là, force est de constater que l’internet, en nous connectant plus facilement à plus de personnes, permet d’accéder à de nouveaux niveaux de proximité ou d’éloignement selon des critères géographiques, sociaux, organisationnels ou institutionnels. Internet ajoute à cette transformation sociale un contexte "qui capte la transcription d’un très grand nombre de nos conversations", les rendant plus lisibles qu’elles ne l’étaient par le passé. Si nous interprétons la pensée comme un processus plus dialogique et dialectique que le cogito de Descartes, l’internet permet de nous parler en nous éloignant des cercles sociaux, géographiques et organisationnels qui pesaient sur nous et nous brancher sur de tout autres conversations que celles auxquelles on pouvait accéder jusqu’alors.

Hubert Guillaud

vendredi 26 mars 2010

Nouvelle intervention de la police dans une salle UGC

Noémie, une lectrice de Rue89, était installée dans une salle de l'UGC Opéra, à Paris, samedi soir. Des policiers débarquent alors pour appréhender une femme entrée dans la salle avec une boisson achetée à l'extérieur. C'est la troisième fois en quelques jours que des policiers interviennent dans des salles UGC, pour différents motifs prévus par le règlement du réseau : infiltration d'enfants de moins de trois ans ou introduction d'aliments et de boissons achetés à l'extérieur.

Pendant la séance, Noémie nous a fait parvenir ce message depuis son téléphone portable (nous avons rectifié les accents) :

« Je suis a l'UCG Opéra au moment où j'écris. Je viens d'assister à quelque chose d'hallucinant : UGC a fait venir la police dans le ciné car une jeune femme est entrée avec une canette de soda non achetée dans l'établissement. Elle a payé ses places et son ami a consommé un Coca acheté au ciné. Elle n'a pas accepté de sortir et la salle l'a soutenue. Un procès-verbal leur a été dressé. »

Nous lui avons alors demandé de préciser son témoignage, ce qu'elle a fait ce dimanche, par e-mail :

« Tout cela s'est passé hier soir donc le 13 février 2010, pendant les bandes-annonces de la séance de 19h30 du film “In the Air” à l'UGC Paris Opéra. Nous étions tranquillement installés avec mes amis quand il y a eu du remue-ménage au bout de notre rangée, le premier rang exactement.

Il y avait le directeur de l'UGC et trois policiers en civil avec brassards. Ils étaient auprès d'un jeune couple (entre 25 et 30 ans). Ils ont commencé par parlementer sans faire de bruit quand la jeune femme a expliqué au policier que si le directeur les avait appelés c'est parce qu'elle avait une cannette de Coca Cola dans son sac à main qu'elle n'avait pas achetée dans le cinéma. Elle a expliqué qu'elle et son ami ne sortiraient pas puisqu'ils avaient payé 20 euros pour les deux places et que son ami avait consommé un Coca provenant de l'UGC.

Les policiers ont continué à leur demander de sortir, ils ont persisté dans leur refus. La salle étant assez petite, la raison de la présence des policiers a été vite sue par tout les spectateurs qui ont commencé à protester vivement en disant que c'était n'importe quoi. Certains criaient même “Dehors ! ” aux policiers et au directeur, d'autres disaient qu'il était scandaleux de voir des policiers au nombre de trois en plus pour prendre la tête d'honnêtes gens quand ils n'osent plus aller dans certains quartiers ou qu'ils ne viennent plus lors d'agression.

Les policiers ont encore parlementé, accusant le couple de déranger les spectateurs, le film a commencé et les spectateurs ont encore protesté pour que les policiers sortent. Des spectateurs ont aussi pris le directeur du cinéma à partie, celui-ci leur a répondu assez sèchement de se mêler de leurs affaires, que cela ne les concernait pas. Le ton du directeur était dépourvu de toute courtoisie.

Les policiers, assez mécontents de ne pas être suivis dehors par le couple, ont déclaré : “Puisque que vous le prenez comme ça, contrôle d'identité”. Les deux jeunes gens ont alors donné leurs cartes d'identité dont les policiers ont relevé les numéros pendant que le film débutait. Ne pouvant les faire sortir, ils leur ont dressé un procès verbal avant de quitter la salle, laissant le jeune couple tranquille. Mon amie était du coup terrifiée, elle avait une bouteille d'eau et un brownie qu'elle n'a pas osé sortir de tout le film de peur d'avoir elle aussi affaire à la police si un employé de l'UGC s'en apercevait.

Quant à moi, j'ai immédiatement sorti mon iPhone pour vous contacter, étant donné que vous aviez parlé de l'affaire de la famille et des enfants, j'ai passé la moitié du film à contacter les médias, trouvant ça scandaleux. »

Nous avons recoupé, au téléphone, le témoignage de Noémie avec celui de son amie, Anne-Charlotte. Si vous avez assisté à la scène, n'hésitez pas à nous le raconter dans les commentaires de l'article.

[mardi, le directeur du cinéma UGC Opéra nous précisait que les policiers n'avaient pas fait de PV, « mais une prise d'identité (qui n'est pas un contrôle ! ) dans le seul but d'établir une “ Main courante ”.“]

Samedi 30 janvier, dans un autre multiplexe parisien, celui des Halles, des policiers sont entrés dans une salle, à la demande du cinéma, pour déloger une famille qui avait fait entrer une petite fille de moins de trois ans.

Le 27 janvier, toujours à l'UGC Cité Ciné des Halles, des policiers avaient débarqué pour débusquer un homme entré avec un sandwich acheté à l'extérieur. Une histoire similaire à celle de la cannette de Coca. Toutefois, Jean-Marie Dura, directeur général du réseau UGC, a indiqué à Rue89 que ‘la personne n'avait pas été en mesure de présenter son ticket à l'entrée de la salle’.

L'homme au sandwich avait fini par suivre les deux policiers, nous a raconté un spectateur présent dans la salle.

Par Laurent Mauriac

jeudi 25 mars 2010

Besson veut faciliter les expulsions de sans-papiers

Le ministre de l'Immigration souhaite retarder l'intervention du juge des libertés pour éviter des annulations de procédures. Dans les annulations judiciaires, «la part des tribunaux administratifs reste tout à fait modeste avec moins de 3,5 %», affirme le ministre.

Ce n'est qu'un avant-projet de loi. Le texte doit encore être discuté et modifié avant qu'Éric Besson le présente au Conseil des ministres probablement début mars. Profitant de la transposition de directives européennes relatives à l'entrée et au séjour des étrangers, le ministre de l'Immigration a souhaité «simplifier les procédures d'éloignement». En clair, le ministre entend faciliter les reconduites.

Pour l'instant, les drames personnels, la complexité des situations, comme la sophistication de la procédure, rendent l'éloignement difficile. Devant les sénateurs en juillet dernier, Éric Besson a rappelé quelques équations de la politique de lutte contre l'immigration clandestine. «De 2001 à 2006, le taux d'exécution de ce qu'on appelait les arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière a constamment progressé, passant de 16,6 % à 25,7 %.» Depuis 2007, ce taux baisse. Il n'était plus que de 19,4 % en 2008, selon les sénateurs. Le ministre distingue deux causes principales : «L'annulation des procédures par décision de justice, pratiquement 34 % en 2008, et la non-obtention des laissez-passer consulaires, environ 22 % en 2008.»

«Un droit spécial»

Jusqu'à présent, une personne frappée par un arrêté de reconduite à la frontière émis par le préfet devait séjourner dans un centre de rétention administrative (CRA) au moins 48 heures avant d'être expulsée. Le temps de déposer, si elle le voulait, un recours au tribunal administratif. À l'issue des deux premiers jours de rétention, elle devait voir le juge des libertés et de la détention, chargé de vérifier la validité de la procédure et de prolonger au besoin la rétention, ou à l'inverse de l'annuler. Or, affirme le ministre, «ce sont les décisions des juges des libertés et de la détention qui contribuent prioritairement à faire échec aux reconduites». Dans les annulations judiciaires, «la part des tribunaux administratifs reste tout à fait modeste avec moins de 3,5 %».

Depuis plusieurs années, le gouvernement cherche à éviter ce double contrôle judiciaire. Mais la commission Mazeaud chargée de simplifier la procédure avait refusé en 2008 qu'un seul juge soit à la fois représentant judiciaire et administratif. Les Sages s'étaient montrés attachés à la séparation des pouvoirs. Pour éviter que trop de personnes ne soient libérées par le juge des libertés et de la détention (JLD), Éric Besson propose maintenant de le faire intervenir après le juge administratif, qui statue, lui, sur la validité de l'expulsion, sur le fond. Beaucoup confirment les arrêtés. Il ne reste plus qu'à obtenir le laisser-passer du pays d'origine. Et cela peut-être très rapide, lorsqu'un accord existe. Le juge des libertés n'interviendrait qu'au cinquième jour. Or «la majorité des expulsions effectives est réalisée dans les quatre jours après l'arrivée au CRA», décrypte Stéphane Maugendre, l'avocat du Gisti, qui s'interroge sur la légalité d'une telle mesure : «Veut-on créer un droit spécial pour les sans-papiers ?» Les associations décortiquent le projet jugé répressif. «D'autant que ces nombreuses annulations sont le fruit de la politique du chiffre : on arrête à la va-vite, sans respecter les règles ou des personnes pratiquement inexpulsables», dénonce Julien Poncet de Forum Réfugiés. «Il est logique que les tribunaux finissent par les relâcher».

Ni régularisés, ni expulsables

Hors des tribunaux, le ministre souhaite également remédier à la mauvaise volonté de certaines autorités consulaires qui refusent d'octroyer des laissez-passer consulaires pour permettre la réintégration de leurs ressortissants. Beaucoup de sans-papiers finissent d'ailleurs par être relâchés, sans être ni régularisés, ni expulsables. Des négociations diplomatiques sont prévues. Tandis que la rétention administrative pourrait être allongée à 45 jours (contre 32 actuellement) «pour se conformer aux accords de réadmission négociés directement par l'Union européenne, qui prévoit des délais plus longs», explique-t-on dans l'entourage du ministre. Enfin, les personnes éloignées pourraient être frappées d'une interdiction totale de revenir dans l'Union européenne pour au moins trois ans.

Par Cécilia Gabizon

mercredi 24 mars 2010

La reconfiguration de l’Union européenne est en marche

Rappelez-vous : le 2 avril dernier, le G20 était historique ! Le gratin mondial s’était réuni à Londres et allait prendre des mesures qui allaient non seulement sauver du krach imminent le monde mondialisé, mais aussi « refonder le capitalisme ». Dans les faits, rien – absolument rien – n’a changé, et ce sont les mêmes fadaises, à peine remises à jour, que le « couple » Sarkozy-Merkel nous resservent aujourd’hui. En réalité, nos dirigeants ne sont jamais en rivalité avec les marchés financiers qu’ils feignent de dénoncer. Au contraire même, ils sont les meilleurs garants de leur succès.

Selon les médias alignés, le quotidien Libération (propriété de la banque Rotschild) et Le Figaro (groupe Lagardère) en tête, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel auraient mis « tout leur poids politique » derrière la Grèce, afin de la sauver de la défiance des marchés. Vraiment ?

Comme nous l’avons déjà indiqué dans notre article du 10 janvier, c’est l’agence de notation Flitch Ratings, propriété du holding français Fimalac qui a été à l’origine du déclassement de la note Grecque au début du mois de décembre dernier. Ensuite la Deutsche Bank et la banque Goldman Sachs, ainsi que des hedges funds qui leur sont directement liés, ont pariés sur la baisse du prix des obligations émises par le trésor grec entre décembre 2009 et début février 2010 (source). Dans le même temps, ils se sont précipités sur les produits Credit Default Swap (voir notre article du 6 février), tout en vendant massivement des euros contre des dollars, ce a qui à entrainé une aggravation de la situation de la Grèce, qui ne pouvait plus trouver preneur pour sa dette sur les marchés à moins de 6 %.

Mais la baisse de l’euro face au dollar bénéficie directement à l’économie française et allemande, comme l’indique cet article du NouvelObs : « La reprise suit deux axes. L’un est celui de l’Espagne et la Grèce qui s’enfoncent dans la récession alors que la croissance s’accélère dans la plupart des autres pays, menés par la France et l’Allemagne (…) Les exportations bénéficient actuellement du retrait amorcé par l’euro face au dollar en raison des craintes qui pèsent sur la dette du Portugal et de la Grèce ». Le gouvernement allemand précipite donc les signatures de contrat à l’exportation : « la composante des commandes à l’exportation a également grimpé à un sommet de 29 mois, à 53,8 contre 53,2 en décembre et en estimation flash. »
Humour noir

La Deutsche Bank est donc à la base de la manipulation, ce qui n’empêche pas son économiste en chef, Thomas Mayer, dont le cynisme laisse penser qu’il aime prendre les gens pour des imbéciles, d’indiquer : « La pression sur l’euro s’accroît. L’UE doit maintenant tout entreprendre pour stabiliser la Grèce et l’euro » (source). « Plus le mensonge est gros, plus il passe » disait un autre Allemand nommé Goebbels, le siècle dernier.

Marc Ledreit de Lacharrière, le patron de Flitch Ratings n’est pas en reste. Il jouait même les pucelles effarouchées, il y a deux jours, en suppliant « il faut aider la Grèce ! » (source).

Résumons : le système financier des pays européens les plus puissants, avec la bénédiction de leurs gouvernements respectifs, spécule sur la faillite de la Grèce jusqu’à ce que la la situation devienne critique. Ils envoient ensuite les dirigeants politiques éteindre l’incendie qu’ils ont allumés et, au final, si la Grèce se retrouve en cessation de paiement, ce sont ces derniers qui viendront la secourir… avec de l’argent public.

Le but de la manœuvre

Mais l’objectif n’est pas simplement de se remplir les poches à court terme, ce serait trop simple. Ce que nous suspections dans nos précédents articles est confirmé par une note secrète du président du Conseil européen, Herman van Rompuy, révélée par The Independent.

La Grèce est le premier pays européen à être placé sous tutelle directe de l’UE. L’Espagne, dont le déficit est comparable, puis le Portugal, l’Italie, l’Irlande, etc, suivront. Ces pays ont en commun de refuser le projet d’un gouvernement économique centralisé, comme tente de l’imposer Herman van Rompuy, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. « Ce dont nous avons besoin est le même genre de mécanisme que nous avons maintenant imposé à la Grèce afin de surveiller et analyser la situation de certains pays en zone Euro » (The Indépendent)

Comme nous l’écrivions il y a deux jours, « ce gouvernement économique ne sera pas mis en place au matin du 12 février (…) Pour contraindre les pays récalcitrants, il est nécessaire que la situation se dégrade encore ». Mais nous assistions d’ors et déjà aux premières phases d’une reconfiguration totale de l’Union européenne, de la perte de la souveraineté économique des pays membres et de la création d’un « impôt européen ». L’article 269 (et alinéas) du Traité de Lisbonne permet cela : « L’Union se dote des moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs et pour mener à bien ses politiques. Il est possible, dans ce cadre, d’établir de nouvelles catégories de ressources propres ou d’abroger une catégorie existante. »

Mais pour rendre l’économie européenne plus « compétitive », Il faudra donc rationaliser le rapport coût/productivité des masses. « Les développements récents dans la zone euro accentuent le besoin urgent de renforcer notre gouvernement économique. Dans nos économies imbriquées, nos réformes doivent être coordonnées pour optimiser leur effet » indique Monsieur van Rompuy. Optimiser leur effet, par la contrainte où la culpabilité, comme c’est le cas aujourd’hui avec la Grèce.

Les élucubrations de Sarkozy et Merkel seront sans effet sur la crise en cours. Il faudra attendre lundi pour que les premiers leviers du plan de van Rompuy soient actionnés, lors de la rencontre des ministres des finances des pays de la zone euro, avec Jean-Claude Junker, patron de l’Eurogroupe et ministre des finances luxembourgeois (et ancien directeur de la Banque Mondiale).

Notre précédent article concluait sur la mort de la démocratie européenne. Nous ne pouvons clore celui-ci sans penser, de cette Europe, qu’elle ressemble de plus en plus à un IVème Reich.
Spain next !

Addendum du 13 février

Le soutien à la Grèce affiché hier n’est qu’une farce grotesque. Comme nous l’avons écris à plusieurs reprises, il est nécessaire que la situation se dégrade encore. Les chose vont sans doute aller assez vite maintenant : les bourses continueront de plonger lundi, et l’euro de chuter. C’est le but. L’Espagne va assez rapidement se retrouver dans le même cyclone que la Grèce, à qui on demande de réduire de 4% son déficit en 10 mois sans lui apporter d’aide, mais en lui imposant des réformes drastiques. C’est « marche ou crève ! ». Pour Bruxelles, il est nécessaire de mettre en place une sorte de « stratégie de tension » afin d’étendre ces réformes aux autres pays en difficultés : révision des statuts des fonctionnaires, élévation de l’âge de la retraite, hausse des impôts, privatisation des assurances sociales, etc. Cette stratégie de tension doit trouver son équilibre pour faire passer ces réformes sans toutefois occasionner un désordre social et politique trop violent, ce qui serait contre-productif (encore qu’il puisse encore accélérer le processus en cours, mais il est économiquement préférable de s’en passer).

La réunion de lundi de l’Eurogroupe ne changera en rien la situation des pays de la zone euro qui sont en difficultés. Ce n’est d’ailleurs pas son but. On continuera de faire la promotion de l’idée que la résolution de toutes les difficultés passe par la mise en place d’un « gouvernement économique européen ». Il est nécessaire de poser les premiers jalons techniques nécessaires à sa constitution et, surtout, qu’il fasse réagir positivement les marchés quand on énonce son nom. Ce « gouvernement économique » doit apparaître comme étant LA solution à tous nos problèmes et devenir incontestable. Les Allemands font un peu semblant d’être réticents. Sans doute que la part du gâteau qui leur est octroyée n’est pas encore assez grosse. Un détail qui sera très vite réglé à leur avantage.

Spencer Delane, pour Mecanopolis

Merci aux membres du forum Mecanopolis qui, par leurs informations, ont contribué à l’écriture de ce texte.

Spencer Delane

mardi 23 mars 2010

L'UE s 'oppose aux USA sur les données bancaires.

Le Parlement européen a opposé son veto, jeudi 11 février, à un accord entre l'Union européenne et les Etats-Unis, autorisant un transfert de données bancaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Une résolution de la commission des Libertés civiles du Parlement qui proposait de refuser l'accord a été adoptée à Strasbourg par 378 voix pour, 196 députés se prononçant contre et 31 choisissant de s'abstenir.
Le vote a été salué par une longue salve d'applaudissements.

Un nouveau pouvoir du Parlement

Le Parlement européen était invité pour la première fois à donner son avis conforme sur un accord international en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, depuis le 1er décembre, par le Traité de Lisbonne.
Le Parti populaire européen (PPE, centre-droit), partagé sur la décision à prendre, avait auparavant demandé un report du vote jusqu'en mars pour continuer les discussions avec les gouvernements des Vingt-Sept afin de trouver un compromis.
La proposition a été rejetée.
Les eurodéputés ont manifesté leur opposition sur le fond, estimant que le texte violait les principes du droit européen sur la protection des données, mais aussi sur la forme, Bruxelles et Washington ayant négocié le texte sans les consulter.
"Ce parlement a raison de mettre sur le même plan sécurité et liberté. L'un ne peut pas aller sans l'autre", a reconnu le président du PPE Joseph Daul dont les deux tiers du groupe devaient pourtant soutenir l'accord. C'était le cas des Français mais ni des Allemands ni des Autrichiens.

Il y aura un contrôle

L'accord intérimaire signé pour la période du 1er février au 31 octobre 2010 devait permettre à Washington de conserver un droit d'accès aux données du réseau Swift, une société de messagerie financière utilisée par quelque 8.300 organismes dans 208 pays.
Un précédent accord, qui avait été négocié après les attentats du 11 septembre 2001 pour lutter contre le financement du terrorisme, est devenu caduc en raison d'une modification dans la structure du réseau Swift.
Washington devrait désormais passer par ses accords d'entraide judiciaire avec les Etats européens pour obtenir des informations qu'il pouvait obtenir sans contrôle dans le cadre de l'accord Swift.

(Nouvelobs.com avec Reuters)

lundi 22 mars 2010

«Comprendre la mécanique des théories du complot»

Le documentaire «Les effroyables imposteurs» a suscité des réactions véhémentes avant même sa diffusion mardi soir sur Arte. Son réalisateur Ted Anspach a subi des tentatives d'intimidation. Entretien.

Qu'avez-vous voulu montrer en tournant votre documentaire "Les effroyables imposteurs" diffusé mardi soir sur Arte?

J'ai filmé pendant un an des théoristes du complot du 11 septembre, des anti-vaccins, des activistes aux tendances islamistes. L'idée pour moi était de comprendre la mécanique de la rumeur et des théories du complot, je voulais voir comment cela envahit la toile et infiltre les réseaux de communication, et parfois le contenu des médias.

Vous avez eu des problèmes avant même la diffusion de votre documentaire. Lesquels?

Il y a eu un buzz sur le Net et un déferlement de choses véhémentes. Dès lors qu'on dénonce le mécanisme du complot... Des complotistes d'extrême droite ont balancé un article annonçant le documentaire sur le blog de Boris Le Lay qui titrait "l'objectivité irréprochable du juif homoxesuel". Ils ont balancé mon numéro de téléphone et mon adresse mail à la fin de l'article: ça été très violent. On a reçu des appels à des heures pas possibles.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent, comme Benoît Raphaël de la rédaction du Post, de proposer un documentaire présentant un discours sur le "web-poubelle-de-l'info" ?

C'est de la mauvaise foi absolue. Je ne suis pas anti Internet. Je défends l'avenir du participatif mais cela doit être encadré par des journalistes. C'est l'exemple du journal allemand Spiegel en ligne, l'information fournie par les particuliers est vérifiée par 100 journalistes. C'est différent du journalisme citoyen où l'on trouve de tout et n'importe quoi. Au Post.fr ils sont seulement 10 pour faire ce travail de vérification. Ils ont fait des beaux coups en mettant en avant des erreurs de France 2 mais la théorie du complot y circule aussi de façon farfelue.

optimisteoptimiste (1142)
Inscrit Libé +Suivre cet internaute | Profil
La vérité du décor d'une théorie du complot ...
Article partisan, affichant clairement son camp,
par le biais du commentaire de la photo :

"Un partisan des thèses conspirationnistes devant l'emplacement du World Trade Center (en 2008). (REUTERS) "

http://q.liberation.fr/photo/id/118837/r/03/02/w/459/m/1267603803


N'oublions pas que le rapport de la commission officielle du 9/11 édictait sa propre thèse conspirationniste.
Or l'avalanche d'analyses, certaines délibérément orientées pour induire en erreur, la plupart étant - a minima - sceptique, a lentement enterré le maquillage Bushien.

En France, les théoriciens de complots en tous genre (PAT mon amour !) sont restés étrangement discrets sur le retournement de situation,
validé par John Farmer (et d'autres membres) de la fameuse commission officielle.
Pour preuve :
The Ground Truth: The Untold Story of America Under Attack on 9/11 (Hardcover)
~ John Farmer (Author)

http://bridge.over-blog.org/ext/http://www.amazon.com/Ground-Truth-Untold-America-Attack/dp/1594488940/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1253982885&sr=1-1
[...] L'Amérique sous l'attaque du 9/11 - Histoire tue
De puis Septembre 2009, tout de même !

Editorial Reviews
From Publishers Weekly

John Farmer, conseiller principal à la Commission 9 / 11, remet à jour le rapport de la Commission par le biais d’une analyse approfondie du point de vue des deux parties.

Se fondant sur les dossiers récemment déclassifiés et sur les derniers rapports d'enquêtes des ministères de la défense ainsi que des transports, l'auteur conclut que la défaillance à détecter et à prévenir l'attaque résulte du profil [bureaucratique] d'un gouvernement moderne.
Plus important encore, le principe des règles proscrivant le partage d'informations au sein et entre les organismes signifiait que personne n'avait l’accès complet à toutes les informations et renseignements disponibles - inertie bureaucratique caractérisé que laissait présager la réponse déconfite d’un gouvernement sans leadership face à l'ouragan Katrina.

Farmer en attribue la faute à la déconnexion entre décideurs et employés opérationnels,
concluant que la gouvernance ne présentait aucune pertinence face au 9/11 et que la version officielle des événements a été presque entièrement et, inexplicablement, falsifiée.


Pas vraiment originale, la conclusion de Farmer est qu’un gouvernement bureaucratique ne s'adapte pas assez vite à l'évolution des missions pour être efficace ; cependant, son exégèse minutieuse des événements du 9/11 transcende les généralisations faciles, en exposant les lignes de faille dans la gouvernance contemporaine et en montrant la voie d’une réforme de fond. (Septembre 2009)

philmenil (2)
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corporatisme journalistique!
Comme si les journalistes "professionnels" étaient seuls capables de vérifier et hiérarchiser l'information!

Par ailleurs, ce documentaire nous présentait les thèses de collusion entre l'OMS et les labos pharmaceutiques comme le fruit des délires de "complotistes" paranoïaques!

Bizzarre, il y a quelques mois, sur cette même chaine, un documentaire très bien documenté appuyait cette même thèse

dimanche 21 mars 2010

Espionner les Étasuniens : un filon de plusieurs milliards pour les compagnies de télécommunication L’interminable et très rentable « guerre au terro

La Cour rejette les poursuites contre la NSA pour espionnage et se range du côté de la Maison-Blanche en ce qui concerne la surveillance illégale.

À la fin janvier, le Bureau de l’inspecteur général du département de la Justice a publié un rapport fournissant de nouveaux détails saisissants sur les opérations illégales du Communications Analysis Unit du FBI (Unité d’analyse des communications, CAU) et des entreprises de télécommunication frauduleuses.

Depuis des années, AT&T, Verizon, MCI et d’autres ont alimenté ce bureau de factures téléphoniques appartenant à des journalistes et à des citoyens, sous le couvert de l’interminable et très rentable « guerre au terrorisme » des États-Unis.

Entre 2002 et 2007, le FBI a récolté illégalement plus de 4000 factures téléphoniques, en évoquant des menaces terroristes bidon ou simplement en persuadant les compagnies de téléphone de leur remettre ces factures. Pourquoi? Parce que le FBI le pouvait et les compagnies étaient plus que disposées à aider un « ami » et à récolter les bénéfices acquis en déchiquetant du même coup la Constitution.


Ces pratiques étaient devenues si flagrantes que « sur la base de rien de plus qu’un courriel ou une demande gribouillée sur une languette adhésive, les employés des compagnies de téléphone remettaient les factures téléphoniques des clients » au FBI, rapporte le
New York Times.



Et lorsque des questions ont été soulevées à l’interne à propos de ces pratiques louches, les hauts dirigeants du FBI « dont ceux au niveau de la direction » ont approuvé la méthodologie manifestement illégale du CAU et ont répondu en « façonnant une lettre de "couverture" relative à la sécurité nationale afin d’autoriser toutes les recherches antérieures n’ayant pas été couvertes par les cas en cours », a révélé le Washington Post.



Selon le Times, « à quelques occasions les employés de ces compagnies ont permis au FBI de téléverser les registres d’appel dans des bases de données gouvernementales. Dans d’autres cas ils ont laissé les agents voir des factures sur leurs écrans d’ordinateurs, une pratique devenue connue sous le nom de "coup d’œil furtif" ».



« Toutefois, l’inspecteur général révèle également une surprise enfouie à la fin du rapport de 289 pages, soit un règlement secret édicté par l’administration Obama il y a presque deux semaines, stipulant que le FBI avait agi légalement en contournant les mesures de protections relatives à la vie privée », a divulgué Wired



Le journaliste d’investigation Ryan Singel a dévoilé qu’« il y a près de deux semaines, l’administration Obama a légalisé rétroactivement le fiasco en entier par un règlement secret du Cabinet du Conseiller juridique ».



Single écrit : « C’est dans ce même cabinet que John Yoo a approuvé les techniques de tortures et l’écoute clandestine sans mandat du président George W. Bush, lesquelles ont dépassé les bornes.



Alors que les médias corporatifs formulent ces histoires comme si elles étaient des pratiques d’un lointain passé bushiste, le dénonciateur et ancien technicien du téléphone chez AT&T Mark Klein pense le contraire. C’est lui qui a divulgué des documents sur l’existence de salles d’espionnage contrôlées par la National Security Agency (NSA) et intégrées aux bureaux de commutations d’AT&T à travers le pays.



M. Klein a déclaré le 29 janvier au journaliste de Wired David Kravets que le Programme de surveillance du président (President's Surveillance Program ou PSP) et des documents internes d’AT&T suggèrent que ce programme « n’était que la pointe de l’iceberg que constitue l’écoute illicite ».



Selon M. Klein, ces programmes ne « ciblent » pas les présumés terroristes mais [démontrent] plutôt » un important balayage automatique non ciblé des communications de millions de personnes à chaque seconde.



Pourtant, malgré des preuves accablantes de violation de la loi par l’État secret et ses partenaires corporatifs, le juge en chef du district, Vaughn Walker, a rejeté le 21 janvier la poursuite de l’Electronic Frontier Foundation (EFF), Jewell c. NSA, engagée pour le compte des clients d’AT&T qui luttent contre les opérations illégales de la NSA ciblant les appels, les courriels et les recherches sur le Web de millions de citoyens.



Dans un jugement timide qui esquive la question des droits à la vie privée des Étasuniens, le juge Walker a réaffirmé les pouvoirs illimités du soi-disant « exécutif unitaire », le double discours bushiste signifiant « dictature présidentielle », une position embrassée par l’actuel résident du bureau ovale, le président du « changement » discrédité, Barack Obama.



Autre signe que la branche exécutive et les agences de l’État secret sont au-dessus des lois, M. Walker a jugé que le mal fait aux citoyens étatsuniens et résidents légaux en vertu du PSP n’était pas un « préjudice détaillé » mais plutôt un « grief généralisé » parce que presque tout le monde aux États-Unis possède un téléphone et un accès Internet.



M. Walker a certifié de façon sinistre qu’« un citoyen ne peut pas obtenir de qualité pour agir en revendiquant le droit de voir le gouvernement respecter la loi » Ce lamentable jugement sommaire affirme simplement l’évidence : les États-Unis sont un État sans lois où ni les citoyens ni les branches du gouvernement « sur un pied d’égalité », le Congrès et les tribunaux, ne peuvent contester les décisions politiques quintessentielles prises en secret par la branche exécutive.



Malgré le fait qu’une audience par le propre Bureau de l’inspecteur général du département de la Justice a reconnu que le FBI et les frauduleuses compagnies de télécommunication ont conspiré afin de violer les lois fédérales contre l’espionnage téléphonique, à savoir l’Electronic Communications Protection Act (ECPA) (Loi sur la protection des communications électroniques), et continuent à la faire à l’heure actuelle, le jugement de M. Walker signifie qu’on laisse les Étasuniens sans mécanisme légal afin de remédier à la destruction systématique de leurs droits.



Selon les dispositions d’exécution de l’ECPA, « [u]n tribunal délivrant une ordonnance conformément à cet article contre une entreprise de télécommunications, un fabricant de systèmes de transmission de télécommunication ou d’équipements de commutation ou encore contre un fournisseur de services de soutien de télécommunications peut imposer une sanction civile allant jusqu’à 10 000 dollars par jour de violation après la délivrance de l’ordonnance ou après une date ultérieure, pouvant être spécifiée par le tribunal ».



Il est évident que si ces poursuites allaient de l’avant et que les compagnies de télécommunications perdaient, les grandes entreprises de téléphonie et les fournisseurs d’accès Internet, feraient possiblement face à des amendes astronomiques. Le département de la Justice a par ailleurs été forcé d’admettre dans des documents de la cour que ces compagnies sont « une branche du gouvernement […] lorsqu’il est question d’espionnage », comme le rapportait Wired en octobre.



Si l’on élimine le raisonnement mensonger de M. Walker, nous nous retrouvons avec une tentative supplémentaire s’ajoutant à une série interminable d’actions de l’État capitaliste visant à défendre les intérêts de ses maîtres politiques : l’oligarchie corporative et les escrocs financiers recourent à des méthodes de gouvernance d’État policier afin de consolider un empire croulant.



L’avocat principal de l’EFF, Kevin Bankston, a dénoncé le jugement et déclaré : « Le résultat alarmant de la décision de la cour est que tant que le gouvernement espionne tous les Étasuniens, les tribunaux n’ont aucun pouvoir de réviser ou d’arrêter une telle surveillance de masse, même lorsque cela est catégoriquement illégal et inconstitutionnel. »



En juin dernier, le juge Walker a écarté la poursuite de l’EFF Hepting c. AT&T ciblant la collaboration illégale entre AT&T et la NSA. Dans ce dossier, la cour a jugé que les compagnies de télécommunications jouissaient d’une immunité de responsabilité rétroactive, lorsque le Congrès contrôlé par les démocrates et le sénateur de l’époque et candidat présidentiel corporatiste Barack Obama ont voté en faveur de l’odieux FISA Amendments Act (FAA).



Antifascist Calling a rapporté que l’administration Obama soutenait que la poursuite de Jewell doit être elle aussi écartée pour les mêmes raisons. En se référant à une page du recueil stratégique Bush/Cheney, le gouvernement a prétendu que si cette poursuite allait de l’avant, elle nécessiterait la divulgation de secrets d’État confidentiels.



Comme je l’écrivais à l’époque, les affirmations d’« immunité souveraine » et de privilège des « secrets d'État » signifient que le gouvernement ne peut jamais être tenu responsable d’illégalités flagrantes en vertu d’aucune loi fédérale. En d’autres termes, dans de telles conditions, lorsque sanctionnée aux plus hauts niveaux de l’État, la « primauté du droit » constitue un exercice frauduleux et un acte criminel grossier et devient la norme, alors que les formes d’autorégulation démocratiques et républicaines glissent inéluctablement vers l’abîme de la dictature présidentielle.



Suivant les pas de son prédécesseur à la Maison-Blanche, la nature cynique de la rhétorique d’Obama est d’autant plus remarquable, si l’on considère que le président a annoncé en grande pompe en septembre que son administration, selon le New York Times, « imposera de nouvelles limites aux assertions gouvernementales de secrets d’États confidentiels servant à bloquer des poursuites pour des raisons de sécurité nationale ».

En dépit de la position gouvernementale voulant qu’elle serait la plus « ouverte » de l’histoire, « plus de 300 groupes et individus ont poursuivi le gouvernement pour obtenir des registres » depuis l’entrée en poste d’Obama il y a un, rapportait le Washington Post le 27 janvier.



Le Post révèle que « [d]’un dossier à l’autre, les plaignants affirment que très peu de choses ont changé depuis les années de l’administration Bush, époque où la plupart d’entre eux ont commencé à réclamer des registres. Les agences continuent fréquemment à lutter contre les requêtes de divulgation, en soutenant que la sécurité nationale et la prise de décision interne doivent être protégées ».



Ce penchant pour le secret n’est nulle part aussi prononcé que dans le refus tenace de l’administration Obama de remettre les noms des lobbyistes des entreprises de télécommunications qui ont acheté leurs alliés du Congrès dans la course à l’adoption du FISA Amendments Act de 2008.



L’EFF a entamé des procédures contre le gouvernement et fait une requête en vertu de la Loi d’accès à l’information, demandant à l’administration de lui remettre les noms des lobbyistes ayant contacté le Congrès, le département de la Justice et le Bureau du Directeur du renseignement national, pour le compte de leurs clients des compagnies de télécommunications demandant une immunité rétroactive en vertu du FAA.



Selon l’EFF, des lobbyistes d’AT&T, de Sprint et de Verizon ont déboursé des liasses d’argent, tel que le révélait le groupe de chiens de garde MAPLight en 2008 lorsqu’ils ont publié une liste de contributions à des campagnes des démocrates du Congrès, lesquels ont modifié leur vote sur le FAA une fois que le terrain avait été suffisamment préparé.



Malgré des déclarations d’« ouverture » et de « transparence », l’administration lutte toujours âprement pour dissimuler les noms de ces lobbyistes au peuple étasunien. En décembre, l’EFF rapportait que le département de la Justice « soutenait devant la Cour d’appel que "la divulgation obligatoire de l’identité des représentants n’est pas d’intérêt public" ».



Ayant promis au peuple étasunien que son administration serait basée sur la primauté du droit et l’obligation de rendre des comptes au public, la présidence Obama s’est révélée être tout aussi secrète et mensongère que la cabale Bush/Cheney qui a fait la loi durant huit longues et sanglantes années.



Notre président « tourné vers l’avenir » et les élites de la classe dirigeante qui ont présidé à la destruction de notre démocratie mettent quotidiennement en évidence la culture réfractaire à l’obligation de rendre des comptes, laquelle a été un pilier de la vie politique étasunienne depuis des décennies.



Alors que les tribunaux fédéraux écartent des poursuites de citoyens réclamant que leur droit à la vie privée ne soit pas sacrifié aux pilleurs corporatifs et à leurs complices de l’État policier, les architectes de la torture et de la surveillance généralisée obtiennent un laissez-passer.



Newsweek rapportait le 29 janvier qu’un rapport longtemps attendu de l’Office of Professional Responsibility du département de la Justice (OPR) « acquitte les avocats de l’administration Bush ayant rédigé les mémos sur la "torture" des allégations de manquement professionnel »



Mettant de côté les endroits où Newsweek a placé les guillemets autour du mot « torture », une façon d’agir correspondant totalement au consensus des médias corporatifs voulant que de telles pratiques abominables nous ont « gardés en sécurité », Michael Isikoff et Daniel Klaidman écrivent qu’alors que l’enquête est « sévèrement critique » du « raisonnement légal » utilisé pour justifier les crimes de la CIA et du Pentagone, « un haut fonctionnaire de la Justice ayant fait l’évaluation finale du rapport a [toutefois] atténué une conclusion préalable de l’OPR ».



Cette ancienne version avait conclu que deux des auteurs clés des politiques de torture et de surveillance bushistes, le juge de la Cour d’appel fédérale Jay Bybee et le professeur de droit de l’University of California John Yoo, « ont violé leurs obligations professionnelles en tant qu’avocats lorsqu’ils ont façonné un mémo crucial en 2002 approuvant l’usage de tactiques rigoureuses ».



« Toutefois le réviseur, le vétéran David Margolis, a minimiser l’évaluation en disant qu’ils avaient fait preuve de "mauvais jugement" », note Newsweek.

.

En dévalorisant la conclusion originale de l’OPR, le département de la Justice n’est plus dans l’obligation de faire de renvoi aux associations étatiques d’avocats « pour de possibles mesures disciplinaires, qui, dans le cas de Bybee, auraient pu mener à une enquête pour destitution ».



En dépit du raisonnement tortueux des loyalistes aveugles d’Obama, l’« exécutif unitaire » de Dick Cheney est bien vivant.



Après tout, *plus ça change, plus c'est la même chose!



*En français dans le texte





Article original en anglais : Spying on Americans: A Multibillion Bonanza for the Telecoms, America's endless & highly profitable, "War on Terror.", publié le 31 janvier 2010.




Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

samedi 20 mars 2010

Ils aident des clandestins à passer au Royaume-Uni: 5 et 3 ans de prison ferme

Une conseillère municipale française, Christiane Chocat, a été condamnée vendredi à trois ans de prison ferme par un tribunal de Portsmouth (sud), et son fils Benjamin à cinq ans, pour avoir aidé des immigrés clandestins à entrer au Royaume-Uni.

Les deux accusés avaient plaidé coupable d'avoir fait illégalement entrer 16 Vietnamiens sur le territoire britannique le 1er octobre dernier. Ils n'ont donc pas fait l'objet d'un procès, comme le prévoit le système judiciaire britannique, et leur peine a été directement prononcée ce vendredi par le tribunal royal de Portsmouth.

L'avocat de Benjamin, Michael McGoldrick, a annoncé que son client ferait appel. «Il est en état de choc» face à la sévérité de la peine, a-t-il déclaré, estimant que le juge avait voulu prononcer une «peine exemplaire» afin de dissuader d'éventuels candidats au même crime. Le conseil de Christiane Chocat n'a pas voulu faire de déclaration.

Christiane Chocat, 51 ans, conseillère municipale à Lumigny-Nesles-Ormeaux en Seine-et-Marne, près de Paris, et son fils, Benjamin, 20 ans, avaient été interpellés dans le port de Portsmouth à leur descente du ferry en provenance de Cherbourg (ouest de la France). Ils avaient été maintenus en détention depuis lors.

Les deux accusés n'ont pas réagi à la lecture du verdict. Prononçant la condamnation, le juge Roger Hetherington a souligné le «mobile financier» poursuivi par Benjamin Chocat, qui a avoué s'être vu proposer 24.000 euros pour le transport.

«Vous êtes l'acteur principal et vous avez impliqué votre mère» dans l'opération, a-t-il lancé au jeune homme apparemment décontracté, blouson noir sur tee-shirt rouge. «Vous êtes jeune et votre casier judiciaire est vierge mais, mis à part cela, vous n'avez guère de circonstances atténuantes», a-t-il lâché.

Le juge a en revanche reconnu le «rôle secondaire» joué par Christiane Chocat, visiblement plus tendue que son fils. Soulignant que la mère n'avait recherché «aucune récompense financière», le juge a évoqué son «sens de la fidélité envers son fils totalement mal avisé».

Christiane Chocat avait lors d'un interrogatoire nié avoir eu connaissance de la présence des 16 Vietnamiens, treize hommes et trois femmes. Son fils avait affirmé avoir été l'unique responsable, disant avoir demandé à sa mère de conduire le véhicule, car il n'a pas son permis, en vue de «déménager des meubles». Mais Christiane Chocat avait finalement reconnu les faits et plaidé coupable.

Son avocat, Daniel Riley, a tenté de dresser le portrait d'une mère victime de ses bons sentiments, «faisant le mauvais choix pour aider son fils». Benjamin Chocat avait perdu son travail en février 2009 et s'était «laissé persuader par un soi-disant ami et par la tentation des 24.000 euros», a souligné son avocat.

Le représentant de l'accusation, Martyn Booth, a cependant souligné les nombreuses préparations faites pour le transport des clandestins: la location de la fourgonnette avait été payée en liquide par un Vietnamien. Des trous avaient été pratiqués dans le plancher, afin d'améliorer l'aération. Une caisse de bois avait été construite dans le fond du véhicule pour les abriter avant d'être recouverte de boîtes de nouilles aux crevettes séchées.

L'accusation a également évoqué un précédent voyage transmanche, effectué fin août/début septembre par la mère et le fils et avec un véhicule semblable. «Cela a de quoi intriguer», a déclaré Martyn Booth.

L'affaire a rappelé le cas de deux jeunes Françaises relaxées en octobre 2007 après avoir été accusées d'appartenir à un réseau de passeurs. Deux clandestins chinois avaient été découverts dans le coffre de leur voiture à Portsmouth mais elles avaient assuré n'en avoir jamais eu connaissance.

(Source AFP)

vendredi 19 mars 2010

Calais : la plupart des migrants ont quitté le hangar

La plupart des clandestins sont sortis dimanche midi pour aller déjeuner et n'ont pu ensuite regagner le hangar, empêchés par la police. Crédits photo : AFP
Après plusieurs heures de face à face avec la police qui encerclait le hangar où 90 migrants avaient passé la nuit, la plupart d'entre eux ont quitté le local dimanche après-midi.

Calais à nouveau confronté au problème des clandestins. Un groupe d'une centaine de migrants s'est installé samedi dans un hangar de la ville, loué par une association d'aide aux sans-papiers, pour y passer la nuit.

Dimanche la police, qui encerclait le bâtiment depuis plusieurs heures, est intervenue pour empêcher des dizaines d'entre eux de regagner le local qu'ils avaient quitté pour aller déjeuner. Aucune violence n'a été rapportée. En début d'après-midi, le hangar de 600 mètres carrés n'abritait donc plus qu'une dizaine de clandestins ainsi que des militants altermondialistes.

C'est l'association No Border qui avait rassemblé ces clandestins, environ 90, avec une vingtaine de militants et leur a vait ouvert ce hangar où ils ont passé la nuit dans le calme. Une quinzaine d'agents de police, postés devant l'entrée du bâtiment, n'avaient pu les empêcher d'entrer. Dans la soirée de samedi, des renforts avaient été appelés, dont environ 75 CRS.

«Des agités qui viennent faire de la provocation»

Affirmant sa «détermination à ne pas laisser se créer de ‘nouvelle jungle' ou de ‘nouveau Sangatte' sur le territoire français», le ministre de l'Immigration Eric Besson a condamné dimanche l'occupation du hangar. L'Etat, a-t-il souligné dans un communiqué, ne «laissera pas se reconstituer un lieu qui servirait de base arrière aux filières mafieuses de l'immigration clandestine à proximité du port de Calais».

En septembre 2009, le ministre s'était félicité du démantèlement de la «jungle», le principal campement de clandestins sur le littoral français à Calais. Ce démantèlement intervenait sept ans après la fermeture du centre de la Croix-Rouge à Sangatte (près de Calais), décidée par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.

De son côté la maire (UMP) de Calais, Natacha Bouchart, s'est dite prête à signer dès lundi un arrêté d'expulsion pour faire évacuer les lieux. L'élue a demandé à l'Etat que «dans les 24/48 heures le problème soit réglé et qu'on ne se laisse pas manipuler politiquement par des agités qui viennent faire de la provocation et qui risquent de provoquer des réactions extrémistes».

«Une réunion privée dans un lieu privé»

Auparavant, la préfecture du Pas-de-Calais avait indiqué étudier «la meilleure solution pour mettre fin à l'occupation de ce bâtiment» et s'était engagée à ne pas interpeller les migrants qui évacueraient le hangar de leur propre chef.

«Le sous-préfet nous a demandé d'évacuer les lieux, nous promettant en échange qu'aucune interpellation de migrants ne serait faite. Mais les migrants, eux, ne veulent pas bouger», a expliqué Rodolphe Nettier, président de l'association «SOS soutien ô sans-papiers». «Légalement, les autorités n'ont aucune raison d'intervenir. Il s'agit d'une réunion privée, qui se déroule dans un lieu privé», a-t-il fait valoir.

Le hangar de 600 mètres carrés a en effet été loué il y a quelques semaines par cette association qui en a ensuite confié la gestion aux militants de No Border. Ces derniers n'ont jamais caché leur intention de s'en servir comme hébergement pour les migrants. Cependant, argue la préfecture du Pas-de-Calais, ce hangar destiné au stockage de matériels n'est pas aux normes pour recevoir du public. Un dispositif policier avait d'ailleurs été mis en place dès sa location pour prévenir toute installation de migrants.

Par Thomas Vampouille

jeudi 18 mars 2010

Des questionnaires de banques trop indiscrets

L’Afub va déposer plainte contre des banques qui ont envoyés des questionnaires jugés curieux.

Profitant d’une obligation de vérifier l’identité de leurs clients, les banques vont parfois trop loin. La Cnil a reçu une vingtaine de plaintes de particuliers ces dernières semaines. Elles concernent des questionnaires envoyés par leurs établissements bancaires et qu’ils jugent intrusifs. L'association d'usagers des banques (Afub) qui a révélé l’affaire, va déposer plainte jeudi. Elle affirme que des centaines de milliers de clients sont concernés et appelle au boycott.
Jeu-concours

Confrontés à des règles et des lois renforcées en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme ainsi qu’à l'obligation de connaître leurs clients, les établissements financiers ont lancé, depuis plusieurs semaines, une vaste opération de collecte de données personnelles. Mais des particuliers se sont émus de courriers qui leur demandaient en plus de faire la preuve de leur identité de répondre à des questions jugées indiscrètes.

Certaines sociétés ont ainsi demandé des détails sur leur profession et exigé des informations précises sur leur patrimoine ou encore la composition de leur famille. Des courriers précisaient que l'établissement se réservait le droit de reconsidérer sa relation avec la personne si elle refusait de répondre aux questions, y compris pour les clients de longue date. D’autres accompagnaient leurs questionnaires de jeu-concours pour inciter à une réponse.
Un décret datant de 2009

Les éléments demandés sont totalement étrangers à la gestion des comptes, selon l'Afub qui cote des abus à la Caisse d'Epargne, au Crédit Agricole et à ING Direct. Les banques invoquent pour leur défense qu'elles sont obligées d'envoyer de tels questionnaires, à la suite d'un décret de septembre 2009 pris dans le cadre de lutte contre le blanchiment d'argent et les activités terroristes.

Elles font également valoir que la Commission bancaire, leur organe de contrôle, supervise le recueil d'informations effectué par chaque établissement et dispose d'un pouvoir de sanction en cas de non respect de leurs obligations
Des données pertinentes ?

Selon la Cnil, "lorsque vous ouvrez un compte auprès d’une banque ou lorsque vous demandez un prêt à un organisme de crédit, vous devez fournir un certain nombre d’informations sur votre situation personnelle et financière." Elle précise que "la banque ou l’organisme de crédit ne peut détenir sur vous que des données qui sont pertinentes pour la gestion de vos comptes et de vos crédits".

Par Karine Lambin

mercredi 17 mars 2010

« La théorie du complot » en version France Culture (par P.-A.Taguieff, savant)

La critique englobante de la « théorie du complot » est devenue dans l’espace médiatique une arme de destruction massive de toute discussion rationnelle. Et il est à peine paradoxal de constater que cette critique utilise les mêmes procédés que ceux qu’elle dénonce, comme le montre une émission récente de France Culture. La critique de la « théorie du complot » en version France Culture permet de comprendre comment et pourquoi sa dénonciation est devenue un argument de propagande médiatique…


I. « La » théorie du complot en version France Culture
Il existe, il a toujours existé, « des complots » et « des comploteurs » ainsi que des sociétés secrètes et, plus banalement encore, des lobbies et des groupes de pression qui cherchent, de manière plus ou moins cachée, à peser sur les prises de décision politiques. Il existe aussi des gens qui pensent que le monde est entièrement gouverné par ce qu’ils pensent être autant de forces occultes qui tireraient les ficelles et que tout s’expliquerait par là. Sous cette forme, le conspirationnisme est moins une « théorie » qu’une vision de la société et de l’histoire qui mérite d’être critiquée, c’est-à-dire d’abord analysée et comprise.


France Culture devrait être en principe la station de radio tout indiquée pour aborder sérieusement la question des formes et des motifs des visions « conspirationnistes ». Mais, depuis quelques années, France Culture n’est plus tout à fait France Culture : les polémiques en dessous de la ceinture qui se présentent comme des débats cultivés tendent à s’y multiplier, les émissions sérieuses masquant des émissions qui le sont beaucoup moins. Illustration récente, l’émission « Les nouveaux chemins de la connaissance » de Raphaël Enthoven qui, le 18 décembre 2009 était justement consacrée à « la théorie du complot ». Il recevait, pour en parler, un directeur de recherche au CNRS, Pierre-André Taguieff, un spécialiste de la question comme on va le voir.

Pendant la première demi-heure de l’émission, Pierre-André Taguieff, encouragé par Raphaël Enthoven, tente de définir les propriétés de cette théorie qu’il présente, en dépit de quelques dénégations, comme une théorie unique aux multiples facettes dont il s’agit seulement de recenser les propriétés. Notre savant explique que cette prétendue théorie repose sur une vision conspirationniste du fonctionnement du monde ; elle raisonne, selon lui, en s’interrogeant exclusivement sur le fait de savoir « à qui profite le crime » ; elle reposerait sur des croyances naïves et acritiques propagées par des individus de mauvaise foi ; elle multiplierait les sophismes et les stéréotypes, pratiquerait l’amalgame, recourrait au plagiat et n’hésiterait pas à fabriquer des faux. Elle s’appuierait sur une conception de l’histoire délirante, obsédée par la dénonciation de grands complots aussi chimériques qu’imaginaires, fomentés par les juifs, les Francs-maçons, des ploutocrates, etc.


La description est souvent juste. Mais pour que tout puisse entrer dans ce qu’il faut bien appeler une théorie fourre-tout, Pierre-André Tagguieff concède qu’elle présente quelques variétés et des degrés qui vont du complot purement imaginaire comme « celui qui avait été attribué aux judéo-lépreux en 1321 en Aquitaine, qui n’était fondé sur rien », aux prétendus complots qui se fondent « sur des éléments de réalité certes mésinterprétés ou surinterprétés mais où on peut discuter », comme c’est le cas de certaines dénonciations contemporaines. « Il y a, explique P.-A. Taguieff, des théories du complot qui se fondent sur des éléments empiriques, sur des fragments de réel et c’est la force des complotistes contemporains que de se fonder sur quelques contradictions dans les relations des faits ».

Jusque là, on peut être d’accord, au moins sur un point, avec Taguieff : conclure au « complot » à chaque fois que l’on est confronté à une explication insuffisante revient, en effet, à donner libre cours à l’imagination. Mais Taguieff franchit un pas de plus en proposant d’appeler les modernes conspirationnistes des « dubitationnistes » (pas « négationnistes » précise-t-il au cas où l’auditeur n’aurait pas saisi les résonances) car, plus pervers, ils ne nient pas mais, bien que cela revienne au même, ils ne font apparemment que douter. « Leur discours, poursuit-il, c’est de dire ‘je m’interroge, je ne réponds pas mais il y a des choses troubles, il y a du mystère’ ». Et Taguieff conclut en observant que « à force de critiques, on détruit le réel ». Faut-il en conclure que tout doute sur une explication mène tout droit à l’invocation d’un complot imaginaire ? Taguieff tend, pour le moins, à le suggérer.

En fait, cette dénonciation de la « théorie du complot » généralise sans la moindre précaution, une description qui peut être exacte : elle amalgame des assertions ou des élucubrations de nature très différente et mélange des faits qui ne relèvent pas de logiques identiques. Mais surtout elle caricature et ridiculise des représentations sociales que notre savant dénonce en bloc plutôt que de les expliquer. On ne tarde pas, au cours de l’entretien lui-même, à en comprendre la raison : si Pierre-André Taguieff construit ainsi, de bric et de broc, « la » théorie du complot - une théorie délirante pour demeurés, pour individus menteurs, stupides ou paranoïaques, et, réellement ou potentiellement, antisémites (puisque les juifs sont souvent dénoncés comme des comploteurs), c’est pour s’en servir comme arme qui peut atteindre, sans autre argument que la calomnie péremptoire, n’importe quel adversaire.


Les journalistes « complotistes » en version France Culture
Comme les complots ne se fomentent pas, par définition, au grand jour, ce sont les journalistes d’investigation ou de révélation qui, au cours de l’émission, sont d’abord pris dans les filets de la théorie de la « théorie du complot ».


http://www.acrimed.org/IMG/mp3/theorieducomplot1.mp3
Raphaël Enthoven : « Est-ce qu’un journaliste comme Edwy Plenel qui considère que son travail de journaliste consiste, à partir de quelques pièces de puzzle dont il dispose, à reconstituer le puzzle, est-ce que cette ambition là, ce travail, cette conception qu’un certain nombre de journalistes se font de leur propre métier relève [...] de la théorie du complot ? »

On ne voit pas en quoi le travail d’investigation des journalistes relèverait d’une quelconque « théorie du complot » : ils font leur travail de journalistes qui consiste, non pas à proposer une théorie du monde social, mais à produire de l’information et à enquêter notamment sur le pouvoir et sur les affaires bien réelles qu’il tente de dissimuler. Tout cela relève de la fonction démocratique de la presse et non de délires « complotistes ». Mais tout peut entrer dans la « théorie du complot » comme le montre le « spécialiste » qui, loin de refuser l’amalgame, répond :

P.-A. Taguieff : « C’est le modèle paléontologique appliqué dans un domaine qui est mi-policier mi-journalistique. Il y a un modèle policier du travail journalistique, notamment chez certains journalistes d’investigation. Edwy Plenel fait partie d’une immense famille… Ce point de vue qu’on trouve dans le gauchisme culturel aujourd’hui qui consiste à s’intéresser aux zones d’ombre. L’expression d’ailleurs est fameuse et utilisée par lui. Ce sont des gens qui s’intéressent aux zones d’ombre, zones d’ombre, souterrain, crypte, caveau, nuit, tout cela c’est le complot. C’est l’imaginaire du complot. Le complot évidemment ne se fait jamais au grand jour. On fomente des complots dans les caves et les zones d’ombre. Et donc il y a un espèce… »
Ainsi, selon Taguieff, tout serait transparent et au grand jour ; rien ne serait caché et donc prétendre révéler d’hypothétiques secrets fait des journalistes des « théoriciens du complot ». On espère qu’il existe encore quelques journalistes d’investigation à France Culture qui ne se laisseront pas dissuader de faire leur travail. Et on espère également, en dépit de ce qui suit, que France Culture accueillera encore quelques sociologues soucieux de mettre au jour des relations qui ne sautent pas aux yeux.


Pierre Bourdieu, « complotiste » jargonnant et académique
Sans transition, en effet, après avoir réglé leur compte aux journalistes d’investigation, P.-A. Taguieff - tout naturellement… - s’en prend au sociologue Pierre Bourdieu qui ferait partie de « l’espèce » et doit, lui aussi, être classé dans la décidément très vaste catégorie des adeptes de la « théorie du complot » :

http://www.acrimed.org/IMG/mp3/theorieducomplot2.mp3

P.-A. Taguieff : « Et donc il y a une espèce…Comme dans la sociologie d’ailleurs de Bourdieu, ce qu’a vu très bien dans son dernier livre Nathalie Heinich, notamment dans le recueil de textes Contre-feux de Bourdieu. Bourdieu dénonce, par exemple, un gouvernement mondial invisible. Bon, manifestement, il cite un certain nombre d’organismes qui ressemblent beaucoup à des sociétés secrètes selon lui. Sa sociologie est une traduction plus ou moins jargonnante, en tout cas académique d’une certaine théorie du complot, ce que Popper appelait la théorie sociologique du complot. »

Notre directeur de recherche au CNRS cite donc, en passant, comme une preuve irréfutable, un livre récent d’une de ses collègues, Nathalie Heinich. Celle-ci a publié un pamphlet - Le bêtisier du sociologue - que nous avons déjà évoqué ici même : prétendant parler, elle, au nom de la vraie science, elle dénonce chez ses collègues ce qu’elle pratique pourtant elle-même allègrement, et au carré, dans son propre livre de circonstance, dans lequel elle milite avec ardeur contre tout militantisme, excepté le sien. Il ne suffit pas, en effet, de se prévaloir de l’inusable « neutralité axiologique » exigée par Max Weber (l’absence de jugement de valeur dans les travaux sociologiques) pour régler une fois pour toute, comme elle croit le faire, la question des rapports entre la sociologie, le politique et l’engagement militant.


Mais, si, dans son opuscule, Nathalie Heineich prend effectivement à partie le « complotisme » de Pierre Bourdieu, coupable à ses yeux d’avoir parlé d’un « gouvernement mondial invisible », elle se garde bien de condamner toute l’œuvre : il s’agit « seulement » d’un « moment d’égarement », l’expression « une grosse faiblesse, à la fois intellectuelle et psychique » de Pierre Bourdieu à la fin de sa vie comme on peut le lire sur le site « Conspiracy Watch » [1]
Moins prudent que sa collègue, Taguieff ne fait pas dans le détail et dénonce toute l’œuvre de Bourdieu. Pour ce faire, il évoque, sans le moindre souci de précision, le texte d’une conférence du sociologue prononcée en mai 2000 à Zürich devant l’Union des syndicats suisses et en juin 2000 à Berlin devant les étudiants de l’Université Humboldt : un texte qui a été reproduit dans Contre-feux 2 (Raisons d’agir éditions, 2001, p. 43-55) sous le titre « La main invisible des puissants ». Pour saisir l’ineptie de l’accusation de « complotisme », il suffit de suivre la note [2]. Mais cette disqualification allusive ne suffit pas à Taguieff qui décrète que c’est toute l’œuvre du sociologue qui relèverait d’« une certaine théorie du complot »,

Bourdieu « conspirationniste », ne serait-il pas en outre, potentiellement ou réellement, aussi antisémite ? Et s’il est antisémite, cela n’expliquerait-il pas qu’il soit un adepte de la « théorie du complot » ? C’est Raphaël Enthoven qui se charge de faire ce rapprochement en posant une question faussement naïve dont la relation avec la « théorie du complot » est pour le moins assez lointaine : « Vous iriez jusqu’à dire, comme Jean-Claude Milner sur les ondes de France Culture que Les Héritiers de Bourdieu c’est un livre sur les juifs ? »

Cette allusion à la « charge indécente et diffamatoire de Jean-Claude Milner » que nous avions désignée en ces termes dans un article que nous lui avons consacrée ressasse et entretient le doute bien que cette charge, chose rare, ait fait l’objet d’un droit de réponse sur France Culture. Peut-être faut-il voir dans cette interrogation et dans la réponse un cas de ce « dubitationnisme » dont Taguieff a forgé le « concept » et dont il abuse quelque peu :

P.-A. Taguieff : « Non ça je… on peut soutenir cette thèse, mais ce n’est pas la mienne. Non moi je vois simplement la sociologie de Bourdieu comme une sociologie s’intéressant aux stratégies liées à des réseaux qui complotent. Je pense que le modèle, le paradigme de la pensée de Bourdieu est un modèle conspirationniste . »
En soutenant qu’il s’agit d’une « thèse » qui « peut se soutenir » Taguieff entretient donc le doute – un doute qui lui fournit l’occasion de réaffirmer « simplement » que la sociologie de Bourdieu repose sur « un paradigme » : façon pseudo-savante de désigner un modèle sous-jacent, complotiste évidemment. Et comme chacun sait que le « complot juif », dénoncé par les antisémites est un exemple exemplaire de « théorie du complot »…


II. La « théorie du complot » comme argument de propagande médiatique
Ainsi, les critiques englobantes de la « théorie du complot » ne se bornent pas à débusquer des interprétations abusives ou délirantes : ils les amalgament et leur amalgament tout ce qui, de près ou de loin, mais surtout de loin, leur déplaît.
Des amalgames ajustés au goût cultivé de certains journalistes

Cette critique par amalgames, surtout quand elle peut se prévaloir de références savantes, est particulièrement ajustée aux exigences des médias cultivés. Arte, jadis, en avait fournit un fort bel exemple, comme Acrimed l’avait montré en deux articles consacrés à « Une émission de propagande de Daniel Leconte » qui proposait des « documentaires à charge », suivis d’un « débat à sens unique. France Culture, du moins dans certaines de ses émissions, semble s’y complaire également.
De quoi s’agit-il en fait ? De donner une apparence savante à une dénonciation qui englobe dans une même vision du monde de pseudo-explications par des complots imaginaires et des tentatives d’explications par des causes (qui sont parfois des conspirations) bien réelles. La dénonciation des premières permet, à peu de frais, de se débarrasser des secondes.

Vous menez une recherche sur le lobby militaro-industriel américain qui cherche par des moyens discrets à peser sur les prises de décisions politiques, et l’on peut vous accuser de voir des complots partout ; vous enquêtez sur le fait de savoir qui a fait couler le Rainbow Warrior ou quel fut le rôle de la CIA dans la chute d’Allende au Chili et vous êtes censé être obsédé par les actions des services secrets qui comploteraient contre la démocratie ; vous suivez l’épistémologie de Gaston Bachelard selon laquelle il n’y a de « science que du caché » et vous êtes là encore atteint par ce qui finalement serait moins une théorie qu’une sorte de maladie.

En réalité, « la théorie du complot » telle que la conçoivent quelques pseudo-savants et les journalistes qui les suivent n’existe que dans la tête de ceux qui la dénoncent. Tout et n’importe quoi peut se voir rangé sous cette dénomination et il en est de même de la pseudo-psychiatrie du « délire » étendue à des explications de toute nature. Au point que les pourfendeurs de cette version de la théorie du complot finissent par prêter leur propres élucubrations et leur propre imagination à ce qu’ils dénoncent, un peu à la manière de ces présidents de ligues de moralité qui conjurent et pourchassent leurs propres « perversions », à travers celles, souvent imaginaires, qu’ils ont tendance à voir un peu partout autour d’eux.
Le « cas » de Pierre-André Taguieff – que nous nous garderons pour notre part de qualifier de « paranoïaque » (même si « cette thèse peut se soutenir »…) - est, à cet égard, éclairant. Enthoven qui ne peut pas ne pas voir l’obsession dénonciatrice de son interlocuteur lui tend la perche pour qu’il s’en défende.

http://www.acrimed.org/IMG/mp3/theorieducomplot3.mp3

Raphaël Enthoven : « Mais je vous pose la question, enfin je me fais l’interprète de ceux qui se la posent en vous écoutant, est-ce que vous ne faites pas vous-même le même travail, c’est-à-dire de sociologue du complotisme ? Est-ce que, en pointant des liens, des réseaux, des accointances, des homologies, des structures, des isomorphismes entre différents discours, est-ce que vous ne tombez pas vous-même sous le coup du reproche que vous formulez à l’attention des complotistes ? En somme, est-ce que vous ne seriez pas… est-ce que … que répondez-vous à ceux qui considèrent que vous voyez des paranoïaques partout et qu’en somme il y aurait une paranoïa propre à la détestation de la paranoïa ? »

La réponse est révélatrice de l’une des logiques qui est au principe de la dénonciation, englobante au point d’en devenir délirante, de la « théorie du complot ». Pour se doter du prestige qui donne à ses versions les plus vulgaires une caution savante, elle se présente elle-même comme une « autocritique » d’un ancien « égaré » :

P.-A. Taguieff : « Ah oui, mais cela, on peut le dire évidemment de tout examen critique, bien sûr. Je ne peux pas répondre puisque c’est un argument ad hominem. Donc je peux dire : ‘écoutez, je suis de bonne foi, lisez mes textes, voyez tout de même les autocritiques que je peux faire, je n’ai pas une trajectoire je dirais rectiligne parce que, tout simplement, je me suis moi-même égaré à un certain moment’. Par exemple, quand je travaillais sur l’extrême droite, je me fondais sur une idée très banale et reçue et qui d’ailleurs est une des théories du complot des années 50 et 60, l’idée communiste qu’il y a un grand complot fasciste mondial. Idée que ce brave boy-scout intellectuel qu’est Daniel Lindenberg a repris dans son dernier livre. »

Cette allusion qui se veut méchante vise peut-être Le procès des lumières [3], dans lequel personne, hormis Taguieff, ne pourrait trouver le moindre indice de la thèse d’un « grand complot fasciste mondial ». Elle vise, plus sûrement, un essai précédent du même auteur Le Rappel à l’ordre [4], dans lequel celui-ci classait Taguieff parmi les « nouveaux réactionnaires ». Quelle meilleure réplique que de lui attribuer une « théorie du complot » avant de généraliser :
P.-A. Taguieff : « Donc, ce sont des gens en quête d’indices d’un complot fasciste ou néo-nationaliste ou néo-conservateur, peu importe, mondial qui est une idée qui, évidemment, relève du mythe, enfin, bon. Et moi-même j’étais persuadé, j’étais en quête, je cherchais des indices au début des années 80, je tenais un discours militant, engagé, antifasciste traditionnel. »

Et si Taguieff reconnaît avoir été atteint par cette maladie, c’est pour dire que, à la différence de certain de ses anciens petits camarades – Lindenberg, Plenel, etc. –, lui, il est vraiment guéri. Et même bien guéri parce qu’il a été très malade et qu’il a touché le fond du conspirationnisme. Et qu’il faut avoir été très malade pour être définitivement guéri. Et puisqu’il le dit il ne faut surtout pas en douter…
P.-A. Taguieff : « Bon, ben j’ai rompu avec cela. Mais il faut aller jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout de l’erreur. Plenel l’a fait mais il y est resté. On peut rester dans l’erreur, on peut rester dans le mythe, on peut rester dans les fantasmes, mais on peut aussi s’en sortir. Je pense que sur ces questions là j’ai échappé à la pensée conspirationniste, mais pour l’avoir traversée. »

La lucidité à laquelle Taguieff prétend désormais est rehaussée par une autocritique illusoire. Après avoir vu des complots partout, il voit désormais partout des « théories du complot » et passe son temps à les pourchasser, à la manière de ces anciens staliniens qui deviennent des antistaliniens de manière stalinienne. Et France Culture concourt à donner des lettres de noblesse à une chasse aux « complotistes » imaginaires : une chasse que nombre de médias accueillent et pratiquent avec délectation.


Des cibles ajustées à la disqualification de toute critique des médias
Cette critique par amalgames est également partagée par quelques journalistes de haut rang et d’éminents intellectuels médiatiques. Elle a pour cible toute trouvée la critique des médias.
Pour reprendre le titre d’un article d’Arnaud Rindel et Serge Halimi [5], « D’imaginaires “théories du complot” », sont convoqués comme « arguments de propagande ». Des citations détournées de leur sens (quand elles ne sont pas coupées pour leur faire dire le contraire de ce qu’elles affirment) permettent de falsifier la critiques des médias par Noam Chomsky et Edward Hermann [6]

Tel militant engagé dans la critique-critique de la critique des médias découvre que notre « vision des médias » serait « fondée sur “ la manipulation” consciente et dans les coulisses, par quelques individus en « connivence » et en « réseaux ». Et notre contrôleur d’ajouter : « Elle n’utilise pas en général les mots ‘complot’ ou ‘conspiration’, mais recourt à un vocabulaire et à des constructions de phrases qui en suggèrent le sens. [7] » Notre « vision » serait ainsi une vision complotiste « fondée » sur ce que « suggèrent » … la grammaire et le vocabulaire [8].

Telle autre sociologue, soutenue par un journaliste, reprend la même chanson, comme on peut le lire ici même sous le titre « Modeste contribution au “bêtisier du sociologue”, de Nathalie Heinich ». Tel journaliste, piqué au vif parce qu’un article lui reproche de présenter comme une vérité avérée une thèse controversée, réagit en publiant sur son blog un article intitulé « Théorie du complot » : une accusation qui ne repose sur aucun autre argument que sa proclamation [9].

Les hommes politiques qui contestent l’ordre médiatique ne sont pas mieux traités. François Bayrou dénonce-t-il, au cours de la campagne de l’élection présidentielle de 2007, la place prépondérante accordée à deux autres candidats ? Alain Minc l’ accuse d’avoir parlé de complot médiatique, Bernard-Henri Lévy d’être atteint de « complotisme », « une des vilaines maladies partagées, une maladie, une vérole commune à la gauche et à la droite et Le Monde d’avoir eu recours à « la vieille thèse du “complot médiatique” » [10]

Le décryptage de la prestation de Pierre André Taguieff permet peut-être de mieux comprendre pourquoi, dans l’espace médiatique, la critique des médias en général, et celle d’Acrimed en particulier, peuvent être régulièrement accusées de succomber à la « théorie du complot » alors nous ne cessons de nous opposer à toute conception réductrice et obsessionnellement manipulatrice des médias.

Les pressions (et censures) politiques et économiques seraient en effet inefficaces si les rapports de forces institutionnels ne les favorisaient pas. La corruption quand elle existe – et elle existe… - est d’abord structurelle. Les journalistes quand ils sont « manipulés » (mais dès lors cet adjectif ne convient plus) le sont avant tout par les logiques sociales qui sont à l’œuvre dans le microcosme médiatique et notamment par la concurrence interne entre supports et par les contraintes objectives de la production de l’information. Il reste que ces processus objectifs s’incarnent dans des personnes, et même des personnalités.

Une critique sérieuse, c’est-à-dire argumentée et reposant sur des faits précis, se doit d’enquêter, de citer les déclarations et les commentaires de journalistes à l’appui des analyses, de compter les invitations dans les émissions, de mettre en évidence les échanges de services et les connivences, bref de faire apparaître des relations objectives à partir de la désignation de personnes qui ne cultivent guère leur anonymat et qui ne peuvent pas être dégagées de toute responsabilité individuelle. Dans cet univers social (comme dans tout autre), les relations objectives que l’on cherche à mettre en évidence passent en grande partie par des relations interpersonnelles qu’il n’y aurait aucun sens à passer sous silence.

On comprend dès lors pourquoi la dénonciation de la « théorie du complot » trouve un écho favorable, notamment chez ceux qui occupent une position éminente dans les médias : elle permet de disqualifier toute critique des médias qui les désigne nommément et de se débarrasser à peu de frais de toute critique effective des médias.
Plus généralement, le procès en conspirationnisme, fondé au mieux sur de vagues impressions et de maigres citations, fonctionne comme un véritable opérateur de dénégation du social. Les journalistes, du moins la minorité qui occupe le sommet de la hiérarchie professionnelle et dont la tête ou la signature est connue et reconnue, cultivent une revendication d’indépendance dont dépend le crédit qu’il conviendrait d’accorder à ce qu’ils disent : ils sont censés dire et écrire librement ce qu’ils pensent, sans préjugés ni esprit partisan et ne servir que la vérité et la démocratie.

Mais cette revendication n’est pour une large part qu’une croyance : une croyance que menace de défaire brutalement toute critique des médias qui, s’appuyant sur les méthodes des sciences sociales, leur rappelle que, comme tout individu, les journalistes sont socialement conditionnés, que le sentiment de liberté qu’ils éprouvent effectivement réside en grande partie dans le fait qu’ils sont les bonnes personnes à la bonne place dans un ensemble social très vaste et très complexe..

C’est pourquoi, placer sous le titre de « théorie du complot » une sociologie (imaginaire) des médias, qui ferait des journalistes de simples marionnettes des puissants, offre un repoussoir commode à toute tentative d’objectivation qui se propose de mettre méthodiquement en relation position sociale, propriétés sociales et prise de position, sans se taire sur les personnes et les faits qui les illustrent.

Le rapport que nombre de médias entretiennent avec « la théorie du complot » est en définitive purement instrumental. Tandis que certains journalistes dénoncent à juste titre des élucubrations complotistes, d’autres – et parfois les mêmes - participent à ces « marronniers » des news magazine sur « les francs-maçons » ou les « dessous de… » dont le contenu est tellement superficiel qu’il encourage les visions purement manipulatrices de la vie sociale et politique.

C’est pourquoi cette mise au point restera vraisemblablement sans effet. Si l’accusation peut revenir en permanence, c’est que la théorie de « la théorie du complot » remplit des fonctions sociales et idéologiques relativement puissantes et cela d’autant mieux qu’il ne s’agit pas d’une véritable théorie, c’est-à-dire d’un ensemble de propositions cohérentes, discriminantes et falsifiables. Elle annexe à des critiques qui peuvent être fondées des imputations sans preuves qui fonctionnent alors comme de simples calomnies. Et la calomnie peut frapper d’autant plus largement que la théorie de « la théorie du complot » telle qu’elle est construite, est un vaste fourre-tout attrape-tout qui fonctionne par association de mots et mélange tous les genres : journalistiques et scientifiques, théoriques et polémiques, militants et politiques. C’est sans doute pourquoi elle plaît tant dans l’espace médiatique.

Notes
[1] « Dans les années 1990, en France, l’air du temps a entretenu – Taguieff l’a bien montré – une forte disposition au conspirationnisme. C’est aussi l’époque où Bourdieu est devenu un maître à penser pour une gauche radicale qui, souvent, l’a peu ou mal lu, et n’en retient que ce qui la caresse dans le sens du poil. Le motif conspirationniste – il faut insister sur ce point – est finalement très marginal dans l’œuvre de Bourdieu, n’apparaissant que rarement et tardivement, dans des textes d’intervention politique. Ses travaux les plus tardifs et les plus politisés sont aussi, à l’évidence, les plus faibles dans son œuvre de sociologue qui, heureusement, possède une force que ne soupçonnent guère, semble-t-il, ceux qui ne connaissent – si tant est qu’ils le connaissent – que le Bourdieu ‘‘militant’’. Ce n’est bien sûr pas un hasard si le conspirationnisme apparaît dans ces travaux-là : car c’est avant tout une grosse faiblesse, à la fois intellectuelle et psychique. Ne réduisons donc pas Bourdieu à ce moment d’égarement ».
[2] Dans cette conférence, Bourdieu, constatant que les dominants se sont déjà organisés au niveau européen, se borne à exhorter les syndicats et les forces politiques de gauche à s’organiser, eux aussi, au niveau européen pour défendre les acquis sociaux qui sont remis en cause par le néolibéralisme et la logique du capitalisme financier. S’appuyant sans doute sur le titre de la conférence, la seule chose qu’il ait dû vraiment lire du petit livre militant et même de l’œuvre de Bourdieu, Taguieff voit dans ce texte la dénonciation exclusive « d’organismes qui ressemblent beaucoup à des sociétés secrètes » là ou Bourdieu évoque le champ du capital financier qui « fonctionne comme une sorte de machine infernale sans sujet qui impose sa loi aux Etats et aux entreprise » (p.45) ; ou encore insiste sur le fait que « en face d’un mode de domination aussi complexe et raffiné dans lequel le pouvoir symbolique tient une place si importante, il faut inventer de nouvelle formes de lutte » (p.53) ; ou encore que « tout ce que l’on décrit sous le nom à la fois descriptif et normatif de ‘mondialisation’ est l’effet non d’une fatalité économique mais d’une politique, consciente et délibérée, mais le plus souvent inconsciente de ses conséquences. » (p.57) Faut-il nier l’existence de formes de concertation … qui s’étalent au grand jour et de choix politiques délibérés, pour ne pas être soupçonnable de « conspirationnisme » ? Et pour que la mesure soit comble est-il indispensable de ne tenir aucune compte de phrases qui insistent sur la complexité des mécanisme sans sujet et de politiques inconscientes de leur conséquences – des phrases qui suffisent à situer l’analyse aux antipodes de tout conspirationnisme.

[3] Paris, Éditions du Seuil, 2009.
[4] Paris, Éditions du Seuil, 2002.
[5] Dont nous avons publié de larges extraits.
[6] « Corcuff et la « théorie du complot ».
[7] Philippe Corcuff, « De quelques aspects marquants de la sociologie de Pierre Bourdieu », octobre 2004.
[8] Que nous prête Corcuff quand il en a besoin, comme le terme de « manipulation » que nous n’employons pratiquement jamais.
[9] Lire, ici même : « M. Quatremer, de Libération, n’est pas content ».
[10] Voir Brèves de campagne (5) : Professionnalismes..., le paragraphe « Intellectuels médiatiques professionnels » et, notre article, « Le Monde réplique à François Bayrou ».




http://www.acrimed.org/article3298.html

mardi 16 mars 2010

Pourquoi j'ai rebranché un foyer mauvais payeur d'EDF

La sanction est tombée : 21 jours de mise à pied, conclusion de la procédure disciplinaire engagée contre moi. Mon tort ? Avoir publiquement revendiqué, au nom de la CGT Energie Midi Pyrénées, la remise de l'électricité à un couple de RMIstes avec une petite fille de 2 ans.

Cette opération « Robin des Bois » est avant tout un acte humain de résistance qui donne sens à une vision du service public à l'opposé de sa privatisation, sa logique essentiellement financière, son lot d'externalisations dont sont victimes l'ensemble des usagers devenus « clients ».

Le but des collectifs Robin des Bois n'est pas seulement de rétablir le courant aux personnes démunies qui en sont privées, mais d'agir aussi en amont et en aval pour une solution pérenne. C'est pourquoi le lien avec les associations est essentiel.
Rétablir le courant, c'est défendre une conception du service public

Jean-Marc, responsable du Groupe Amitié Fraternité de Toulouse a expliqué lors de mon conseil de discipline l'intérêt de ces actions. Rétablir le courant a permis par exemple à des SDF de ne pas tomber au fond du trou, d'être accompagnés dans leur projet.

Au final, ils se sont même vus offrir une solution durable en terme de logement et d'alimentation électrique, en lien avec la collectivité et les services sociaux concernés.

Cela est évidemment en phase avec les sept semaines de grève du printemps dernier. Nous demandions alors -et avons fini par gagner- le retrait du projet d'externalisation des activités des monteurs (qui raccordent et travaillent sur le réseau).

Notre mouvement a aussi permis l'arrêt des suppressions de sites de proximité et la sauvegarde de 129 emplois, en plus de 66 embauches.

Dans le cadre de ce conflit, médiatiser la remise en service d'une installation au profit de ce jeune couple avait deux buts essentiels. Répondre à l'urgence de leur situation et illustrer le sens que nous donnons à la notion de service public. Cela a été discuté au sein de la CGT, valorisé par notre Fédération et voté en AG des grévistes.
L'urgence : une loi pour interdire les coupures de courant

Robin des Bois, solidarité, don de soi : j'assume les trois. Coté direction -au passage le salaire de Proglio est une insulte aux usagers- la gêne apparaît devant les désastres liés aux coupures pour impayés de personnes démunies.

« Quand même, on est des êtres humains ! », m'a récemment répondu un haut responsable à qui je venais d'expliquer pourquoi j'avais refusé de couper le courant à une personne âgée dans une situation déplorable.

L'urgence face à la précarité énergétique, c'est une loi qui instituerait la tranche sociale gratuite et l'interdiction des coupures de personnes démunies. En augmentant le tarif des grosses consommations, l'écologie rejoindrait le social.
Les grands acquis sociaux sont nés d'actes de résistance

Des résistant-e-s au fascisme et ses serviteurs aux résistant-e-s aux OGM en passant par les militantes du Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC), l'évolution du droit a toujours été précédée par des actes de résistance. Parfois illégales, toujours légitimes.

EdF-GdF est née du programme du Conseil National de la Résistance. Il est bon de le rappeler.

A l'heure où la privatisation en cours et les méthodes de « management » renouent avec les pires traditions du passé.

A l'heure où l'objectif essentiel est de verser des dividendes aux actionnaires d'EDF Société Anonyme et de GDF / Suez. Cette entreprise dans laquelle le public ne représente plus que 35% du capital… Merci au passage à M. Sarkozy d'avoir si bien vendu son mensonge de ne « jamais privatiser EDF et Gaz de France » !
J'aime mon métier

Personnellement, cela fait plus de 25 ans que je travaille sur les chantiers où je me sens bien car en contact avec les gens et sans hiérarchie sur le dos.

J'aime mon métier. J'adore relever les fils après une tempête. Là, le service public et les techniciens reprennent leurs droits sur les financiers en tous genres avec leurs objectifs, normes et chiffrages absurdes. Et la récompense première vient toujours des usagers et du sens donné au travail.

Je vais faire appel de cette sanction. Elle ne freinera pas mes engagements pour une société solidaire et respectueuse de la planète.

21 jours, cela laisse du temps pour mon activité syndicale (délégué du personnel et secrétaire de CHSCT) et l'organisation collective des Robin des Bois.

Tous mes remerciements à ceux et celles qui m'ont soutenu, ami-e-s, associations, syndicats, partis de gauche sans exception, élu-e-s, dont le président du Conseil Général de la Haute Garonne. C'est dans cette diversité que se trouve le gage des succès à venir.

Résister, c'est créer !

Par Dominique Liot

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