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vendredi 31 juillet 2009

« Limiter la population pour sauver la planète »

Par Régis Mex La première partie de cet article se trouve ici.

Il me semble approprié de développer davantage ce qu'est le malthusianisme avant de continuer, et d'expliquer pourquoi cette « doctrine » est fausse. Ce qui suit est repris de notre article « La surpopulation est-elle une fatalité malthusienne ? » : « Économiste anglais et néanmoins pasteur, Robert Malthus (1766-1834), contemporain de Smith, est connu pour avoir donné du problème économique une vision pessimiste et de sa solution une vision simple, mais radicale et tout aussi pessimiste. Les hommes sont soumis à une malédiction : leur nombre a naturellement tendance à augmenter selon une suite géométrique (2, 4, 8, 16, 32...), alors que la production de biens, notamment alimentaires, progresse, dans le meilleur des cas, selon une suite arithmétique (2, 4, 6, 8, 10...). « Au bout de deux siècles, écrit Malthus, la population et les moyens de subsistance seront dans le rapport de 256 à 9 ; au bout de trois siècles, de 4096 à 13 ; après deux mille ans, la différence sera incalculable. » (Essai sur le principe de population, 1798). Il en conclut que si les hommes ne font rien pour limiter les naissances, l'humanité va droit dans le mur : la nature se chargera d'ajuster le nombre d'homme aux ressources disponibles par la famine.


Cette approche a été sévèrement et justement critiquée. D'après André Piettre (1906-1994), l'économiste et académicien français, le malthusianisme est « le plus barbare des contresens ». La majorité des contemporains de Malthus tenaient pour vraie les affirmations de Jean Bodin (1530-1596) : « Il n'y a richesse, ni force que d'hommes », « Il ne faut jamais craindre qu'il y ait trop de sujets, trop de citoyens » (Les Six Livres de la république, 1576). La réalité de l'histoire a montré, et avec quelle évidence, que la malédiction de Malthus n'était qu'une chimère. La réalité est tout autre. Le problème de la population a été pris à l'envers. Cela arrive souvent en économie.

Mais si Malthus s'est trompé, pourquoi des millions d'hommes meurent-ils de faim ? L'économie affronte beaucoup de problèmes, mais celui-ci, même s'il ne fait la une des journaux qu'en cas de catastrophe spectaculaire, est probablement le premier qu'un économiste digne de ce nom doit essayer de comprendre et que les responsables de tous niveaux devraient essayer de résoudre. Est-ce réellement le cas ? Tous les ans, entre 10 et 20 millions d'hommes meurent de faim dans le monde. Un milliard souffrent de sous-alimentation ou de malnutrition. L'exercice qui consiste à chiffrer ce qu'il en coûterait pour faire cesser cette abomination est aussi facile que désespérément stérile.

Il en est de la faim comme de la soif. Ce n'est pas un problème de richesse globale, mais de répartition de celle-ci. Ce n'est pas l'eau qui manque sur terre, mais l'eau n'est pas forcément là où on en a besoin. Les 250 hommes les plus riches du monde disposent de la même part de la richesse mondiale que les 3 milliards les plus pauvres. Pendant que les uns meurent de faim, d'autres souffrent d'obésité. On peut même constater qu'un animal domestique dans un pays riche consomme quotidiennement plus que chacun des 2,8 milliards d'hommes les plus pauvres, qui disposent de moins de 2 dollars par jour pour vivre, ou, a fortiori, que le milliard qui dispose de moins de 1 dollar. Mais ça serait sans doute une faute de goût.

Tenons-nous-en à des données simples. Selon l'organisation de l'ONU pour l'alimentation, la FAO, les disponibilités énergétiques alimentaires par personne et par jour sont de plus de 3 300 kilocalories dans les pays développés, de 2 500 dans les pays sous-développés, et de 2 700 pour l'ensemble du monde. Cela veut dire, mais en théorie seulement, que le monde produit déjà de quoi nourrir l'humanité tout entière.

La thèse de l'économiste danoise Ester Boserup (1910-1999) dans son livre « The Conditions of Agricultural Growth » (1965) se situe aux antipodes du spectre malthusien. Pour l'économiste danoise, l'augmentation de la population exerce une « pression créatrice » qui a toujours été le moteur de l'innovation agricole depuis l'invention de la charrue jusqu'à celle de la culture en terrasses. Peter Drucker ou Simon Kusnetz (1901-1985) voient d'ailleurs dans la pression démographique le ressort principal de l'innovation en général.

Nous ne connaîtrons certainement plus une augmentation de la population d'une ampleur comparable à celle de la deuxième moitié du XXème siècle. Est-ce que cela signifie que le moment le plus difficile est passé ? Probablement. »

Nous avons vu que la démographie se stabilise à un taux de croissance où le taux de natalité est proportionnel au taux de mortalité une fois que les conditions de vie du pays observé sont suffisantes pour permettre ce phénomène. Nous venons de voir, à la lumière de l'extrait précédent, que contrairement à ce qu'on nous dit souvent, il y a, en substance, assez de nourriture et d'eau pour nourrir toute l'espèce humaine. Ces denrées fondamentalement nécessaires à la survie de chacun sont tout simplement si mal réparties qu'un milliard d'habitants en ont bien trop, que trois milliards en ont juste assez et que les trois milliards restant en manquent cruellement. Mais la « surpopulation » n'a qu'un rôle très mineur dans cette grande problématique, et n'en est aucunement la cause primordiale.

En effet, nous sommes souvent tentés d'appréhender le problème de la famine à travers le Tiers-Monde en pensant que ce qui se passe dans le règne animal lorsqu'il y a trop de représentants d'une espèce doit ressembler à ce qui se passerait chez les êtres humains dans la même situation. En effet, si, pour prendre un exemple simple, il y a trop de loups à un endroit donné, nous remarquerons rapidement que la population des moutons vivant au même endroit diminuera plus qu'en temps normal, puisqu'ils serviront de nourriture à leurs prédateurs. Peu de temps après, nous remarquerons à nouveau que cette diminution excessive du nombre de moutons provoquera un manque de nourriture pour tous les loups de la région, qui seront alors touchés de famine. Le nombre qui sera obtenu par la différence entre le nombre de loups et le nombre de moutons nous dira alors combien de loups mourront de cette famine engendrée de façon purement automatique, de sorte à rétablir l'ordre naturel. Outre la famine, dans l'ordre naturel, le nombre de représentants des espèces est aussi souvent maintenu à la norme par les effets des maladies. Voilà résumée de façon simpliste la problématique généralement acceptée de l'anticipation du manque de ressources causé par la surpopulation.

Mais cette logique ne peut être appliquée à l'être humain, puisque la seule survie de l'être humain tel que nous le connaissons aujourd'hui s'inscrit en dehors des lois naturelles élémentaires. Il bouscule effectivement les équilibres naturels dans chacune de ses actions, et est de moins en moins soumis aux mécanismes de régulation naturelle de sa population (famines, maladies). Il n'a pas non plus de prédateur en dehors des autres représentants de sa propre espèce. Or, pour assurer sa survie, il est capable de faire ce que les animaux ne peuvent faire, à savoir faire produire à la Terre et aux animaux les éléments qui lui sont nécessaires pour subsister. L'agriculture et l'élevage ont ainsi été à la base de toute civilisation. L'Homme est donc capable de « créer » plus de ressources que la Terre ne peut en produire par son fonctionnement naturel. Mais il est évidemment tenu de ne pas demander plus que ce que la Terre ne peut offrir, ou ne pas consommer abusivement d'une espèce, sans quoi il causerait la disparition de plusieurs de ces mêmes espèces, directement ou par effet en chaîne, et pourrait bien arriver à causer sa propre disparition à terme.... Et c'est ce qui se passe actuellement.

Mais qui en est à l'origine ? Les six milliards d'êtres humains qui font partie d'une classe moyenne basse ou d'une classe pauvre, ou bien le dernier milliard d'habitants, formé par les habitants des plus riches pays de l'Union Européenne, des États-Unis, de Chine, et du reste des personnes aisées de tous les autres pays. Il semble qu'il n'y ait pas lieu d'hésiter... Ce milliard d'habitants n'a d'ailleurs pas tellement besoin de ce qu'il consomme à outrance, que ce soit dans l'alimentaire ou dans tout autre domaine matériel, et gaspille énormément, soit par sa gourmandise (au sens propre comme au figuré), soit par sa dépendance envers l'esprit de société de consommation qui le manipule, soit par un goût du luxe inutile autant qu'exagéré. Ainsi avons-nous, par exemple, tellement vidé nos propres mers et océans que nous sommes désormais obligés d'aller vider ceux des autres, en Afrique notamment, pour que nous puissions continuer de nous délecter de délicieux poissons de toute sorte. Et nous avons tout de même le culot de nous inquiéter sur les menaces que font courir la future « surpopulation » des pays du Tiers-Monde sur les ressources de la planète, apeurés à l'idée que nous n'en ayons plus assez pour nous, pendant que les autres n'en ont pas assez, alors que nous sommes les seuls à consommer à outrance ces mêmes ressources...

La seule menace qui résulte de l'accroissement de la population des pays du Tiers-Monde est tout simplement un danger pour ce Tiers-Monde lui-même, qui a déjà du mal à nourrir les habitants qu'il comprend actuellement. Mais généralement, les conditions de vie des pays et leur richesse ont tendance à s'améliorer avec l'augmentation de la population, et sont souvent portés par cette dernière. Par exemple, l'Inde a été victime de famines jusqu'à la fin des années 1960, avant de devenir exportatrice nette de blé et de céréales dix ans plus tard, ce qui ne l'a pas empêché de passer de 400 millions d'habitants à 1 milliard entre 1950 et 200, et ce sans que la famine ne réapparaisse, au contraire. Il y a donc peu de chance que cette menace en soit réellement une.

On pourrait par contre se dire que lorsque les pays du Tiers-Monde se seront modernisés au point d'égaler nos pays occidentaux, ils commettront les mêmes erreurs que nous, à savoir surconsommation et « surpollution ». Encore faudrait-il qu'une dangereuse quantité d'entre eux y parviennent un jour, ce qui a peu de chance d'arriver étant donné qu'il y a aura toujours des riches et des pauvres, que ce soit au sein d'une société ou à l'échelle du monde. De puissants « philanthropes » tout comme de braves institutions internationales font d'ailleurs tout leur possible pour que les pays qui acceptent leurs offres ne se développent jamais, car les politiques qu'ils leur dicte et que ces pays mettent en place ont des conséquences désastreuses pour eux et les plongent dans la catastrophe. En effet, l'encouragement à privatiser toute une série de secteurs rentables, de dévaluer sa monnaie pour se rendre compétitif sur la scène internationale, et d'ouvrir son marché à la concurrence mondiale détruisent tout à fait les pays qui les acceptent sans même être suffisamment fort pour ne pas être déstabilisé par les différentes concurrences qui régnaient à l'intérieur de leur pays. Il est donc évident que leurs agriculteurs, entreprises et autres n'en mènent pas large face à la concurrence des multinationales. Ces pays alors détruits économiquement ne servent plus qu'à fournir des matières premières aux multinationales venues les piller sur leur propre sol, selon le concept de néocolonialisme. Certains pays ont toujours eu la sagesse de refuser ces « aides », d'autres se sont relevés des effets destructeurs qu'eurent chez eux les conseils américano-européens, et nourrissent un certain mépris pour ces derniers. D'autres ne s'en sont jamais sortis ou ne se hissent pas bien haut dans leur niveau de développement même sans être troublé par de quelconques malveillances extérieures... Il est donc probable qu'une certaine partie du Tiers-Monde ne se développe tout simplement jamais significativement, comme si une certaine proportion sur la scène internationale de pays riches, de pays moyennement riches et de pays pauvres devait être une fatalité. Pour ce qui est d'une éventuelle surconsommation de nourriture, elle n'aura sans doute pas lieu et tous les pays pourront avoir de quoi alimenter leurs habitants pour peu qu'ils aient de l'argent. Mais des solutions seront sans doute trouvées si besoin, et de nouvelles « révolutions vertes » comme celle de l'Inde ne sont pas à exclure.

Reprise de chiffres intéressants postés par un lecteur (aladin):
Le rapport World Food de la FAO donne ces chiffres et affirme que l’agriculture mondiale, dans l’état actuel de développement de ses forces de productions, pourrait normalement (soit à raison de 2700 calories par jour et par adulte) nourrir 12 milliards d’êtres humains. Nous sommes aujourd’hui 6,7 milliards sur Terre. Conclusion: Il n’existe aucune fatalité. Un humain qui meurt de faim est un humain assassiné.

Pour ce qui est de la pollution, d'ici à ce qu'elle soit produite dans des proportions significatives par les pays pauvres actuels, le pétrole et le gaz auront probablement disparus et nous aurons recours à de nouvelles énergies, à espérer qu'elles soient vertes et renouvelables. Je parle là de pollution dans le sens de destruction et de mortification de l'environnement, notamment par l'utilisation d'hydrocarbures et le rejet de déchets toxiques, et non pas dans l'optique d'un rejet excessif de CO2 dont je doute sincèrement de l'impact significatif sur le réchauffement du climat, bien que le réchauffement existe effectivement.

Bref, on se demande bien ce qu'une limitation de population pourrait bien changer dans tout ça, d'autant plus que se contenter de prendre des mesures pour la limiter est inefficace et causera sûrement des effets négatifs à long terme dans le pays qui les met en application. On se demande donc où Sustainable Population Australia veut en venir. Ce dont nous pouvons être sûr, c'est que cette ONG n'a pas rédigé ce rapport par pure intention altruiste. Le fait de prétexter que la limitation de la population aura un impact positif sur la diminution des effets de serre est tout à fait stratégique, puisque nous disions à propos de l'instrumentalisation de l'écologie et de la situation énergétique de nos sociétés dans « Qui a peur de Claude Allègre ? » :

« Alors que le chemin devrait être tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intérêts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachètent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort à leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les événements les dépassent et qu'ils puissent perdre leur mainmise sur l'énergie à cause de l'une ou l'autre invention permise par le progrès, mais ils seront forcés, un jour ou l'autre, de se convertir à d'autres types d'énergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pétrole et du gaz est bel et bien inéluctable. C'est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tôt : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prêts à faire migrer leurs intérêts vers les nouvelles énergies, de sorte à ne pas disparaître ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent émerger sur le marché. Mais, étant donné qu'ils iront sans doute jusqu'au bout de leurs moyens, c'est-à-dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longévité des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu être évité sera fait à la planète. Malgré tout, l'hypocrisie et le manque de scrupules sont poussés jusqu'à ce que certains fonds d'investissement tentent de faire de l'écologie un business lucratif ; ces fonds se spécialisent dans l'achat et la vente de droits à polluer dans l'objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pétrole, avec les produits alimentaires, avec les crédits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant échec, puisque outre le fait qu'ils n'ont même pas été ratifiés par la première puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l'émission des gaz à effet de serre a augmenté de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complètement à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces derniers ont d'ailleurs été si généreux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d'un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante."

L'hypocrisie consiste donc à donner l'illusion aux citoyens qu'ils ont le pouvoir d'avoir un impact sur la situation environnementale alors qu'en fait, ils ne l'auront que lorsque nos sociétés seront décidées à le lui donner. Pour l'instant, on semble préparer lentement la transition entre modes d'énergie basés sur les hydrocarbures et le nucléaire à des énergies vertes dans les mentalités. Mais tout laisse à penser que ce délai, qui s'annonce long, permet aussi aux magnats de l'énergie de se convertir petit à petit de sorte à conserver en définitive leur monopole, ne laissant la recherche s'effectuer qu'au rythme qu'ils veulent bien lui accorder.

L'idée est aussi de rejeter systématiquement la responsabilité des pires tragédies sur le pauvre citoyen. Ainsi, pense-t-on, si on arrive à faire en sorte qu'il croie sincèrement être celui qui doit faire changer les choses, on pourra instrumentaliser la façon dont il agira aux façons que l'on choisira, puisqu'il suit le chemin tout tracé par la propagande de masse. On pourra alors, entre autre, leur faire accepter plus facilement leur propre asservissement s'ils sont convaincus que c'est pour le bien de la planète. Joseph Goebbels, ministre du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande sous le Troisième Reich (1933-1945), indissolublement lié à l'emploi des techniques modernes de la manipulation des masses et de la démagogie, disait que la meilleure façon de persuader le public de la véracité de quelque chose, c'était de le lui répéter ce quelque chose de façon massivement répétitive. Continuellement. Et finalement, le public croit que ce quelque chose est vrai, même s'il n'est appuyé par rien de tangible. Le sujet du réchauffement climatique répond à ses critères, et sa diffusion est largement permise par des lobbys tels que le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat). Á noter également que les fonds investis dans la recherche pour l'écologie et le climat sont passés de 170 millions de dollars par an avant Bush père à 2 milliards de dollars par an. D'où de nouveaux investissements et des créations d'emplois qui en ont fait un secteur rentable. »

La façon dont l'écologie est instrumentalisée, telle une religion obscurantiste qui repose sur des bases pseudo-scientifiques, permet, comme il est dit dans l'extrait ci-dessus, de faire plus facilement accepter des choses démentielles à la population à laquelle on s'adresse, comme leur proposer leur propre esclavage ou une réduction (je dis bien maintenant réduction et non plus limitation) de la population mondiale, si cela permet de « sauver la planète » et leurs conditions de vie. Ils n'auront pas beaucoup de scrupules à accepter que des millions de gens périssent si toutes les voix qui ont un poids d'influence sur eux (gouvernement, scientifiques, médias) leur assurent que la situation ne serait plus tenable sans ce « sacrifice ». En effet, puisque toutes les méthodes imaginables de limitation de la population ne sont pas suffisamment efficaces, il faudra se faire plus radicale et passer à l'étape suivante : la réduire. Parler de la limiter en usant d'arguments écologiques n'est qu'un premier pas dans la préparation des mentalités visant l'acceptation de mesures de réduction de population, bien que beaucoup de personnes s'estimeraient d'ores et déjà heureux de la voir réduite.

Rappelons que la CIA et des membres du CFR avaient déjà invoqué, il y a deux ans, la nécessité d'une réduction drastique de la population, considérant l'accroissement de cette dernière comme « le plus grand danger à l'horizon d'ici 2050 ». Il est donc logique que ceci s'appuie progressivement sur une base populaire pour en arriver à une réalisation on ne peut plus concrète et soutenue par l'opinion publique, plus ou moins directement. Or, il semblerait que nous soyons au début d'une propagande en ce sens sur une base écologique, donc « morale » en aspect, bien que cela fasse déjà quelques temps que le débat porté sur la surpopulation aille bon train et qu'il ait déjà fait de nombreux adeptes de la réduction de la population, que ceux-là considèrent comme seul remède. Pourquoi le gouvernement et la CIA se gêneraient-ils alors d'exécuter ce qu'un nombre croissant de gens demande avec de plus en plus d'insistance ; réduire la population ? Certes, on ne dira sans doute pas clairement à l'opinion publique que l'on est en pleine préparation de plans pour une réduction efficace de la population mondiale, mais on les habituera à l'idée que c'est une nécessité. Voyons... Qu'est-ce qui peut faire baisser significativement le nombre d'êtres humains sur Terre ? Les guerres, les grandes famines, les maladies... Hmmmm... Il me semble bien qu'une pandémie s'est déclarée il y a peu de temps. Quelle étrange coïncidence.

Mais quels seraient les avantages de réduire la population mondiale pour les gouvernements américain et européens, voire japonais, si l'Europe et le Japon sont en manque de relance démographique et qu'une future surpopulation causée par le Tiers-Monde ne les menace pas ? Et bien, peut-être tout simplement parce qu'un virus est un tueur aveugle et qu'il est facile d'en faire dégénérer les effets à l'échelle mondiale, servant ainsi des intérêts nationaux en éliminant certains types de personnes à l'intérieur de nos pays, à l'insu des citoyens qui n'auront toujours pas conscience que la pandémie a en fait été volontairement provoquée. Mais quel genre de citoyen pourrait-on vouloir supprimer ? Ceux qui, globalement, coûtent plus qu'ils ne rapportent à l'État tout au long de leur vie et ne contribuent pas non plus à contribuer à fournir à cet État une production abondante de ressources ? La classe moyenne, autrement dit ? Possible...

jeudi 30 juillet 2009

Des députés cherchent à interdire la burqa

« Atteinte à la laïcité », « à la féminité » : un député communiste soutenu par 43 UMPréclame une commission d'enquête parlementaire.
Le député communiste de Vénissieux (Rhône), André Gérin, souhaite faire interdire le port de la burqa dans l'espace public. Soutenu par une soixantaine de députés, il demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur ce qu'il considère comme « une atteinte à la laïcité. »

Le but de la commission proposée est de « lutter contre des méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national, affirme la résolution signée par 43 députés UMP, 3 PCF, 3 MPF, 2 Nouveau Centre et 7 socialistes. Parmi eux, dans l'Ouest, Loïc Bouvard (UMP, Morbihan), Gilles Bourdouleix (NC, Maine-et-Loire), Véronique Besse, Dominique Caillaud et Dominique Souchet (MPF, Vendée).

Le port du niqab (qui voile le visage en ne laissant apparaître que les yeux) et de la burqa, qui voile même les yeux, est « une atteinte à la dignité de la femme et à l'affirmation de sa féminité », juge André Gérin. Il s'appuie sur une décision du Conseil d'État qui avait refusé le mariage à une femme portant le voile intégral et vivant recluse. Et sur une décision de la Haute autorité contre les discriminations (Halde) qui a approuvé l'obligation faite à une stagiaire de l'Agence d'accueil des étrangers (Anaem) de quitter la burqa. « Il s'agit d'un signe de soumission aux hommes de sa famille, une négation de sa citoyenneté, inacceptable sur le sol de la République française », affirme André Gérin.

Faut-il pour autant prêcher l'intolérance à l'égard des femmes qui portent la burqa ? Au risque de favoriser une réaction inverse ? « Il ne faut pas avoir peur d'en parler », réagit « Ni putes ni soumises ». D'autres élus, tel Claude Bartolone, président (PS) du conseil général de Seine-Saint-Denis, est prudent : « Je ne voudrais pas qu'en se saisissant de manière spectaculaire de ce dossier, on fasse reculer l'intégration que je souhaite ». Le dossier a été transmis au Premier ministre. Reste à trouver qui serait prêt à l'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée.

Didier EUGÈNE.

lundi 27 juillet 2009

Revenu de solidarité active : taxez plutôt vos parents

Les allocataires du Revenu de solidarité active (RSA) sont invités à intenter des actions en justice à leurs proches (père, mère, ex-conjoint) pour obtenir une aide financière s’ils affrontent des difficultés. C’est ce qu’ont découvert les futurs allocataires en remplissant leurs dossiers de demande de ce minima social entré en vigueur début juin.

Inacceptable. Le formulaire retiré à la CAF (Caisse d’allocations familiales) ou téléchargé sur son site Internet questionne sur cinq pages les postulants au RSA et les encourage à entreprendre des démarches devant les tribunaux. Comme si l’Etat leur demandait de faire jouer la solidarité familiale avant de solliciter la solidarité nationale.

A la rubrique «Vous êtes célibataire et vous vivez seul», le document interroge les futurs allocataires : «Percevez-vous une pension alimentaire ?» Si le demandeur répond «non», le document lui précise qu’il est «susceptible d’engager une action envers (ses) parents [père, mère, ndlr] pour obtenir une pension alimentaire».

Une idée inacceptable pour la plupart de ces grands adultes de 30, 40 ou 50 ans qui ont touché le fond et pour lesquels le RMI d’hier et le RSA d’aujourd’hui constituent le dernier filet de sécurité.

Là, ils se voient proposer par l’administration d’emmener leurs parents âgés parfois de 60, 70 ou 80 ans, devant les tribunaux. «Si vous souhaitez être dispensé de cette démarche, précisez le motif», stipule le formulaire.

Même chose pour les personnes séparées de leurs conjoints et ayant des enfants à charge. Le dossier les invite à «engager une action envers [l’autre] parent pour obtenir la fixation ou le versement d’une pension alimentaire pour chaque enfant concerné». Là encore, pour «être dispensé de cette démarche» il faut «préciser le motif».

Pour certains demandeurs, ces questions réveillent des histoires douloureuses. «Je travaille en emploi précaire depuis plusieurs années. Je gagne 808 euros par mois. J’ai entendu parler du RSA. Je pensais que cela allait m’aider», raconte une femme venue, formulaire en main, à Libération, pour dire son «indignation». La cinquantaine, une fille lycéenne à charge, elle a fait une simulation de sa situation sur le site de la CAF. Elle a droit à une allocation RSA de 180 euros par mois, qui s’ajoute à son salaire. Un vrai bonus. «J’en ai besoin parce que je n’y arrive pas.»Mais elle dit s’être «sentie trahie» lorsqu’elle s’est penchée sur le formulaire. «Le père de ma fille a disparu dans la nature à sa naissance. Depuis, je me débrouille. Je trouve ça cruel qu’on me demande d’aller voir les tribunaux au motif que je demande à bénéficier d’un dispositif de solidarité nationale», souligne cette femme.

Au-delà de sa situation, elle «juge inhumain et indigne d’une société soi-disant civilisée» qu’un Etat incite des enfants à attaquer leurs parents en justice «pour leur prendre de l’argent». L’aide parentale pourquoi pas. Mais pas sous la contrainte judiciaire. Ces réactions sont nombreuses car, outre les actuels allocataires du RMI (1,13 million de personnes qui ont basculé au RSA), plus de 2,5 millions de travailleurs pauvres doivent remplir ce dossier pour bénéficier du RSA.

Choc. La découverte de ces questions constitue un choc. Contacté par Libération, le cabinet de Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives entré au gouvernement pour mettre en place le RSA, est très gêné. Sa réponse se fera attendre trois jours (lire ici). En guise d’explication, ses services invoquent un problème d’«articulation entre la solidarité familiale telle que l’organise le code civil, et la solidarité nationale telle que l’organise le code de l’action sociale». Sous-entendu : le code civil non-toiletté de longue date a un temps de retard sur l’action sociale et notamment les dispositifs de solidarité nationale comme le défunt RMI et le nouveau RSA. Le communiqué précise que la loi du 1er décembre 2008 relative au RSA reprend «les mêmes dispositions» que le RMI.

Pas tout à fait vrai. Le Haut-Commissariat reconnaît que l’incitation faite aux enfants de 30, 40 ou 50 ans d’engager une action contre leurs parents «ne figurait pas dans le formulaire national du RMI».

Pourquoi l’avoir rajouté alors ? Parce que cette question «était posée par certains départements au travers de formulaires complémentaires»,argumente le cabinet, qui avance «un souci d’harmonisation».Mais au lieu d’harmoniser par le haut, en éliminant dans tout l’Hexagone cette formule contestable, les services de Martin Hirsch ont harmonisé par le bas, en la généralisant partout et auprès des 3,7 millions de personnes éligibles au RSA. Pour finir, après bien des contorsions, le communiqué du Haut-Commissariat souligne que «le formulaire sera modifié sur ce point pour éviter les troubles inutiles». Une façon très indirecte de reconnaître qu’il y a un malaise auquel il convient de répondre.

vendredi 24 juillet 2009

Et British Airways créa le travail gratuit



Suivez mon exemple. C'est le message envoyé par le PDG de British Airways (BA) à ses employés. La compagnie aérienne britannique a appelé ses employés à emboîter le pas de leur patron Willie Walsh et à travailler gratuitement d'une semaine à un mois. Objectif: aider leur entreprise «à survivre».

Selon le site Internet de la BBC, le groupe a lancé cet appel par courrier électronique adressé à plus de 30.000 salariés au Royaume-Uni.

Cette proposition s'ajoute à une batterie de mesures d'économies déjà proposées par BA à ses employés. Depuis le mois dernier, le groupe leur propose, là aussi sur une base volontaire, de prendre des congés non payés ou de travailler à temps partiel, afin d'aider à réduire la masse salariale.

Le directeur général du groupe et le directeur financier avaient annoncé en mai qu'ils travailleraient pour rien pendant un mois.

BA a essuyé une perte nette part du groupe de 375 millions de livres (425 millions d'euros) sur l'année achevée le 31 mars, contre un bénéfice de 712 millions un an plus tôt. La compagnie a vu le trafic de ses très lucratives classes supérieures s'effondrer (-17,2% en mai sur un an).

(Source AFP)

jeudi 23 juillet 2009

La politique économique de Barack Obama inquiète les Américains



Les Américains sont de plus en plus préoccupés par la politique économique de Barack Obama, notamment par l'ampleur du déficit public et l'interventionnisme de l'Etat, selon deux sondages rendus publics mercredi.

Cinq mois après son arrivée à la Maison blanche, la cote de popularité d'Obama demeure élevée mais chute de cinq points par rapport à avril, à 56%, selon une étude NBC News/Wall Street Journal.

Mais les questions économiques mettent en exergue l'inquiétude des Américains. Ainsi 58% des personnes interrogées lors de ce sondage estiment que le président et le Congrès devraient veiller à ne pas creuser le déficit public fédéral.

Le Bureau du budget du Congrès estime que le déficit atteindra 1800 milliards de dollars cette année, un record.

Selon cette même étude, près de 70% des Américains voient d'un mauvais oeil l'intervention de l'administration dans l'économie, notamment la prise de contrôle du géant de l'automobile General Motors et le projet de réforme de la sécurité sociale.

Si 37% des sondés jugent que Barack Obama s'occupe de trop de sujets à la fois, 60% estiment que c'est la conséquence des nombreux problèmes auxquels sont confrontés les Etats-Unis.

Un autre sondage réalisé pour CBS et le New York Times fait apparaître un décalage équivalent entre la popularité élevée du président démocrate et la perception de ses décisions, notamment en matière économique.

Les deux études montrent en outre qu'une majorité d'Américains sont hostiles à sa volonté de fermer d'ici janvier la prison militaire de Guantanamo, symbole de la "guerre contre le terrorisme" que menait son prédécesseur George Bush.

Le sondage NBC/Wall Street Journal a été réalisé entre vendredi et lundi auprès de 1008 adultes. Celui de CBS/NYT a été conduit de vendredi à mardi auprès de 895 adultes.

mercredi 22 juillet 2009

Alliot-Marie veut équiper les policiers de caméras miniatures

Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, a annoncé son intention de « développer » l'usage de caméras miniatures insérées dans l'uniforme des policiers, lors de leurs interventions. Selon la ministre, il est « indispensable de contrôler a posteriori les conditions dans lesquelles se sont déroulées les interventions ».

Ce système est actuellement expérimenté par une unité territoriale de quartier, en Seine-Saint-Denis. Ces appareils miniatures, appelées « caméras boutons », sont fixés au revers des vestes des policiers en tenue, et filment les scènes d'intervention telles que les voient les fonctionnaires.

La ministre estime que cela « atténuera les tentations de certains de mettre en cause systématiquement les forces de l'ordre ». « Cela vous protégera des attaques injustes et injustifiées », a-t-elle aussi lancé aux policiers.

« Pour couper court aux fantasmes », la ministre de l'Intérieur a aussi décidé « de rendre publics, dès cette année, les rapports des inspections générales de la police (...) et de la gendarmerie nationale(s) sur l'activité disciplinaire des services ».

mardi 21 juillet 2009

"Nos marges, ce sont nos emplois"

Après les manifestations d'agriculteurs, le week-end du 12 juin, pour dénoncer les marges abusives de la grande distribution, Jérôme Bédier, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), fait le bilan de ces actions qu'il juge "intolérables".

Refusant d'être un "bouc émissaire", il appelle le gouvernement à prendre ses responsabilités pour aborder le vrai problème, selon lui, celui de la régulation du marché de certains produits agricoles.

Quel bilan faites-vous des manifestations agricoles ?

Le coût pour nos magasins se monte à plusieurs dizaines de millions d'euros. Mais le plus dommageable, au-delà des pertes et des manques à gagner pour la profession, ce sont les vols, les destructions de produits et les déversements de purin. Tout cela est traumatisant pour nos salariés et nos clients, nous ne pouvons ni le banaliser ni le tolérer.

Comment aborderez-vous la réunion, prévue mercredi 17 juin au ministère de l'agriculture, consacrée à la transparence des prix et des marges ?

Nous voulons que les vrais problèmes soient abordés. Nous comprenons les difficultés des producteurs, dont les revenus ont été pris en ciseaux en raison de la baisse des cours.

Mais ce n'est pas en partant de la question des marges qu'on trouvera les solutions. Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités, face à des problèmes structurels et d'organisation de l'agriculture.

Que voulez-vous dire ?

Le sujet est différent selon la nature des produits. Pour le lait, il s'agit de régulation. Nous n'arriverons pas à gérer une situation où les prix sont en dents de scie.

Pour l'éviter, on peut imaginer, par exemple, de fixer une sorte de prix directeur entre les producteurs et les industriels, de reconstituer des stocks régulateurs ou d'instituer un système d'assurance des revenus des producteurs.

Pour le porc, le prix du marché au cadran ne permet plus de rémunérer les producteurs. Il faut aller vers un marché à terme. On peut aussi prendre des mesures plus structurelles, comme étiqueter l'origine des produits. Il ne s'agit pas de protectionnisme mais d'informer le consommateur.

Des prix directeurs, plus de régulation… Remettez-vous en question la loi de modernisation de l'économie ?

Nous ne demandons pas d'aller dans cette direction. Cette loi a contribué à faire baisser les prix. Mais si les pouvoirs publics décident de mesures à prendre, voire de bloquer les marges, c'est leur responsabilité, pas la nôtre.

Nous travaillons mieux avec des cours stables et des producteurs qui gagnent bien leur vie. Nous avons besoin d'une agriculture forte et organisée.

Sur les marges, toute la transparence a-t-elle été faite ?

Depuis le gouvernement Jospin, les distributeurs sont attaqués sur leurs marges. Nous sommes prêts à donner toutes les informations, mais nos marges, ce sont nos emplois, on est en train de remettre en cause la légitimité même de notre métier de commerçant !

Nous sommes la seule profession aussi attaquée. C'est paradoxal alors que les résultats 2008 des distributeurs sont en baisse de 20% à 30%.
Propos recueillis par Claire Gatinois

lundi 20 juillet 2009

Hadopi : La porte du filtrage ouverte, mais sous verrous

par Astrid Girardeau
« L’article 10 qui ouvrait une porte très grande au filtrage des contenus a été sacrément encadré par le Conseil », se réjouissait Jérémie Zimmerman, porte-parole de la Quadrature du Net, vendredi dernier. S’ils ne l’ont pas censuré, les Sages ont en effet mise une bonne cale à cette porte ouverte, limitant ainsi une trop large interprétation.

Pour rappel, l’article 10 (anciennement 5) indique :

« En présence d’une atteinte à un droit d’auteur ou à un droit voisin occasionnée par le contenu d’un service de communication au public en ligne, le tribunal de grande instance, statuant le cas échéant en la forme des référés, peut ordonner à la demande des titulaires de droits sur les œuvres et objets protégés, de leurs ayants droit, des sociétés de perception et de répartition des droits visées à l’article L. 321-1 ou des organismes de défense professionnelle visés à l’article L. 331-1, toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser une telle atteinte à un droit d’auteur ou un droit voisin, à l’encontre de toute personne susceptible de contribuer à y remédier. »

Lors de l’élaboration du texte, le mot filtrage a été évacué. « Toute mesure de suspension ou de filtrage des contenus » était ainsi transformé en « toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser ». Cela n’ôtait en rien sa portée, le « toutes mesures » pouvant couvrir à peu près tout et n’importe quoi.

Aussi, les débats parlementaires sur le sujet furent particulièrement enflammés. « Vous êtes en train de faire quelque chose de très grave ! », alertait Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre) s’adressant à Christine Albanel, ministre de la Culture. A coup de sous-amendements les opposants à l’article ont tenté de l’encadrer. Patrick Bloche (PS) qualifiant une telle mesure d’« atteinte à la neutralité du net et aux libertés », alors que Lionel Tardy (UMP) rappelait son incompatibilité avec le droit européen.

Dans leur recours (pdf), soulignant le caractère flou de « toutes mesures » et de « toute personne », les députés socialistes ont expliqué que l’article pourrait « freiner la liberté d’expression ». D’une part en privant « beaucoup d’utilisateurs d’Internet du droit de recevoir des informations ou des idées », de l’autre en poussant ces « personnes » à « prendre des mesures restrictives de l’accès (par exemple, un filtrage automatique pour un certain protocole) fondées sur de pures conjectures quant à leur responsabilité potentielle. » Par exemple, pousser un FAI à interdire le p2p dans ses tuyaux.

En réponse à la saisine, dans ses observations, le gouvernement a indiqué que « la généralité » des termes « toute personne » visait à « éviter de dresser une liste limitative des personnes - par exemple, les hébergeurs et les fournisseurs d’accès à Internet - à l’encontre desquelles le président du tribunal de grande instance serait susceptible d’ordonner les mesures en question, compte tenu de la nécessité de ne pas préjuger des évolutions technologiques qui pourraient être mises à profit par les pirates. »

Finalement, le Conseil Constitutionnel a indiqué : « Considérant qu’en permettant aux titulaires du droit d’auteur ou de droits voisins, ainsi qu’aux personnes habilitées à les représenter pour la défense de ces droits, de demander que le tribunal de grande instance ordonne, à l’issue d’une procédure contradictoire, les mesures nécessaires pour prévenir ou faire cesser une atteinte à leurs droits, le législateur n’a pas méconnu la liberté de d’expression et de communication ; qu’il appartiendra à la juridiction saisie de ne prononcer, dans le respect de cette liberté, que les mesures strictement nécessaires à la préservation des droits en cause ; que, sous cette réserve, l’article 10 n’est pas contraire à la Constitution ; »

Deux choses sont à retenir dans cette décision. D’une part, il rétablit la procédure contradictoire, c’est-à-dire le fait que chacune des parties sera en mesure de discuter l’énoncé des faits et les moyens juridiques que ses adversaires lui ont opposés. D’autre part, elle spécifie « mesures strictement nécessaires à la préservation des droits en cause », termes qui limitent sérieusement les mesures pouvant être mises en place. Le tout, on le rappelle, placé en regard de la définition, par le Conseil, d’Internet comme un accessoire du droit fondamental qu’est la liberté d’expression.

vendredi 17 juillet 2009

Buffet et Melenchon chez Sarkozy

Inadmissible !!!

Je viens de voir au 20h Melenchon et Buffet sur le perron de l’elysee !

Comment le Front de Gauche peut il accepter l’invitation de Sarko au moment ou il pratique une politique anti-ouvrière sans précédent, c’est faire croire qu’il est pour le dialogue social ou peut être "républicain " ?

C’est un pied de nez a ceux qui ont voté Front de Gauche en pensant qu il était (comme le NPA) indépendant du ps et du système !!

Quand au camarades de la gauche unitaire ( qui par parenthésé n ont jamais été vraiment au NPA) ils vont aller de déconvenue en déconvenue !!

En attendant tous dans la rue ensemble toute la gauche et le mouvement syndical demain contre la politique de sarko !!!

jeudi 16 juillet 2009

Notre pain quotidien de Nikolaus Geyrhalter, à voir absoluement (video)

Au coeur des grands groupes européen de l’agroalimentaire :

Nikolaus Geyrhalter, cinéaste Autrichien a placé sa caméra, pendant 2 ans au coeur de cette industrie et nous livre un documentaire de 1h 30, sans parole, qui nous glace d’effroi par moment .

On voit des hommes et des femmes qui sont là bien sur pour gagner de quoi vivre, et qui sont surexploités, mais à la vue de ces images, on se demande si ce sont des hommes ou des robots .

Le bizness n’a que faire du respect de la vie animale, et tout cela pour mettre dans nos assiettes, sommes nous encore humains ? Sans oublier l’emploi de pesticide à outrance, pour la production agricole (légumes et fruits)

mercredi 15 juillet 2009

Hadopi : le gouvernement décide de promulguer la loi

par Jérôme G.
Malgré la censure partielle du Conseil constitutionnel, la loi Création et Internet sera bel et bien promulguée, et complétée ultérieurement sur le registre des sanctions dont l'application sera confié à un juge.

Christine AlbanelLa censure partielle du Conseil constitutionnel s'est attaquée à la disposition phare de la loi Création et Internet voulue pour lutter contre le téléchargement illégal, et favoriser le développement de l'offre légale sur Internet. Les Sages ont clairement fait de l'accès à Internet un droit fondamental ( une décision saluée par la Commission européenne ), et ont mis fin à la présomption de culpabilité qu'instaurait le texte voté par le Parlement le 13 mai dernier. En conséquence, l'autorité administrative Hadopi a été démise de tout pouvoir de sanction.

Comme l'ont souhaité les industries du disque et du cinéma, le gouvernement a décidé de " promulguer dans les jours qui viennent " ladite loi, à savoir sa partie non censurée par le Conseil constitutionnel, rapporte l'AFP, évoquant une source proche du dossier. Une décision prise à l'issue d'une réunion à l'Elysée qui s'est tenue hier.

L'autorité Hadopi sera donc mise en place, et aura notamment la charge de la riposte " graduée " qui se cantonnera dès lors à l'envoi de lettres d'avertissement via les FAI, aux abonnés Internet dont la connexion aura été utilisée pour du télécharger illégalement du contenu régi par des droits d'auteur ( sur foi de collecte d'adresses IP par des agents assermentés ). Ces avertissements prépareront le terrain à une action en justice.

Puisqu'en vertu de la censure du Conseil constitutionnel, seul un juge est à même de prononcer une sanction aussi grave que celle pouvant porter atteinte à un droit fondamental, la loi sera complétée. On parle déjà de " juges spécialisés " qui décideront éventuellement de couper l'accès à Internet, tandis que la ministre de la Culture a évoqué la " création de neuf Tribunaux de Grande Instance en région ".

Pour l'abonné, c'est en tout cas l'assurance d'avoir droit à un véritable procès avec une enquête de police en amont. Une perspective qui fait craindre à l'Union Syndicale des Magistrats un engorgement, en plus d'un coût considérable. Interrogé par Le Figaro, Laurent Bédouet, secrétaire général de l'USM, a estimé que la justice ne pourrait faire face aux centaines de milliers de suspensions de l'accès à Internet par an qui découleraient de la loi Hadopi complétée.

" Chistine Albanel a dit que le Conseil constitutionnel avait validé 90 % du texte de loi, c'est peut-être vrai si on ne compte que les articles censurés, mais on pourrait dire aussi qu'il a censuré 90 % de l'esprit de ce projet. Christine Albanel fait de l'affichage. Le Conseil a censuré la base de son architecture, et le texte s'est effondré "

, a déclaré Laurent Bédouet.

Reste toutefois à savoir comment la loi Création et Internet sera effectivement complétée.

samedi 11 juillet 2009

Le gouvernement relance le débat sur l'âge de la retraite

Marc Landré.
Reporter l'âge du départ à la retraite est toujours l'une des trois pistes pour combler les déficits abyssaux des régimes français.

Certains considéreront que le ministre du Travail a fait une gaffe. D'autres qu'il s'est fait piéger. Qu'importe, le résultat est le même : le ministre du Travail a remis involontairement sur le tapis le débat récurrent sur un report de l'âge de départ en retraite (aujourd'hui fixé à 60 ans) pour résoudre le problème des déficits abyssaux à venir des régimes français. Invité dimanche de l'émission « Dimanche soir Politique » (I-Télé-France Inter-Le Monde), le ministre du Travail a simplement rappelé que le relèvement de l'âge de la retraite est « l'une des trois pistes généralement présentées » pour combler les besoins de financement, reconnaissant ironiquement qu'il n'y avait d'ailleurs pas « 36 solutions » pour venir à bout du mal quasi-incurable des déficits du régime d'assurance-vieillesse. « Si on ne fait rien, on va dans le mur », a-t-il même insisté.

Le ministre a également cité les deux autres pistes de réforme communément admises . Primo, « diminuer les pensions », un effort supplémentaire auquel les Français ne sont pas prêts, surtout en cette période de crise et de tension en matière de pouvoir d'achat, et que le ministre à mots couverts rejette ; secundo, « augmenter la durée de cotisation », solution privilégiée lors des réformes de 1993 (passage de 37,5 à 40 ans de cotisation dans le privé), 2003 (alignement de la durée de cotisation du public sur le privé à 40 annuités pour toucher une retraite à taux plein) et 2008 (passage progressif à 41 ans de cotisation d'ici à 2012 dans le privé).

L'exemple allemand

Pour démontrer que la France n'est pas le seul pays à avoir ce genre de problèmes, Brice Hortefeux a cité en exemple la réforme allemande des retraites qui a vu les pouvoirs publics décider outre-Rhin un recul progressif, « sur une trentaine d'années », de l'âge de départ à la retraite « jusqu'à 67 ans ». Conscient de la tempête que sa réponse risquait de provoquer, il a précisé dans la foulée de l'émission que ni la piste d'un relèvement de l'âge de départ ni l'exemple allemand n'engageaient le gouvernement. Le ministre a d'ailleurs relevé au cours de l'émission qu'il était « possible qu'il y ait d'autres pistes » et que « les partenaires sociaux ont aussi un rôle à jouer ».

Bernard Thibault a aussitôt accusé le ministre d'épouser les thèses du patronat qui n'a de cesse, selon le secrétaire général de la CGT, que d'obtenir un recul de l'âge de départ en retraite. « C'est la position du Medef, une mesure qui n'aurait comme conséquence que de diminuer le montant des pensions », a-t-il asséné sur LCI. « Il va être très difficile de dire aux jeunes : désolé, il n'y a pas de places pour vous, ceux qui sont déjà au travail vont devoir rester », a-t-il encore ironisé.

Lundi matin, sur BFM, le locataire de l'hôtel du Chatelet a tenté d'éteindre le début de polémique suscité par ses propos. « On ne pourra pas rester sans rien faire face au défi des retraites, mais il n'est pas possible de mettre la charrue avant les bœufs, d'indiquer la solution avant d'avoir eu le débat, a-t-il rassuré. Il n'y a aujourd'hui aucune amorce de décision pour la bonne et simple raison que le débat n'a pas encore été engagé. »

«Ce n'est plus une question taboue»

Cependant, dès lundi après-midi, François Fillon a estimé que le report de l'âge de la retraite n'est désormais «pas une question taboue». Beaucoup, à l'UMP, se sont aussi félicités que le débat ait lieu. «Les déficits s'aggravent. Il faut regarder si on peut apporter des remèdes à cette dérive», a plaidé le deuxième porte-parole Dominique Paillé. «Qu'on en débatte. On doit aux Français des débats de vérité sur ces questions, celle là comme les autres», a réclamé Frédéric Lefebvre, porte-parole et secrétaire national en charge de l'Economie.

Qu'il le veuille ou non, Brice Hortefeux a relancé le débat « permanent sur la question des retraites ». Un débat qui reviendra de toute façon sur le tapis en 2010 puisque le conseil d'orientation des retraites (COR) doit rendre un rapport très attendu en février sur les réformes structurelles possibles du régime et notamment sur le basculement du système dans un régime par points intégral. Un rapport, selon le ministre, « qui donnera un certain nombre d'indications, d'orientation, de suggestions ».

jeudi 9 juillet 2009

Sarkozy défend la vision d'un «nouvel ordre social» mondial

Marc Landré

Nicolas Sarkozy, en mai 2009, à l'Élysée. Il est le seul chef d'État des pays du G8 à avoir accepté l'invitation de l'OIT. Crédits photo : Le Figaro
Le président entame lundi à Genève devant l'Organisation internationale du travail une nouvelle «séquence politique» de son quinquennat .

Un discours «fondateur». C'est ce que prononcera lundi Nicolas Sarkozy à Genève devant l'Organisation internationale du travail (OIT). L'institution tripartite de l'ONU, créée en 1919 pour promouvoir le travail décent, travaille sur un «pacte mondial pour l'emploi». Nicolas Sarkozy, qui entame une nouvelle «séquence politique» de son quinquennat , est le seul chef d'État des pays du G8 à avoir accepté l'invitation de l'OIT et va défendre la vision d'un «nouvel ordre social» mondial.

«Le président dira comment il voit l'avenir de la mondialisation», dévoile Henri Guaino, son conseiller spécial. «Il va décrire le modèle social qui doit sortir de la crise, révèle un autre de ses collaborateurs. Pour lui, les sujets sociaux doivent être traités avec la même importance que les questions économiques et financières.»

Une demande des syndicats

Nicolas Sarkozy, qui sera accompagné de ses ministres Bernard Kouchner et Brice Hortefeux, veut que l'OIT occupe une place plus importante dans le processus de sortie de crise. C'est une demande des syndicats français que le chef de l'État a reçue il y a une semaine à l'Élysée. «Il faut renverser les conditionnalités budgétaires, financières et commerciales qui ont prévalu jusqu'alors pour que la justice sociale et les droits sociaux l'emportent», indique Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière. «La France doit obliger le fonds monétaire international à conditionner ses aides aussi sur la base de résultats sociaux et non plus seulement économiques», précise Bernard Thibault, son homologue de la CGT.

Message reçu cinq sur cinq. «Ce que va dire le président de la République sera très bien accueilli par les syndicats, promet un proche. Nicolas Sarkozy veut poursuivre la dynamique du G20 de Londres où il avait convaincu ses homologues d'inviter l'OIT à faire des propositions au sujet du nouvel ordre mondial qui doit sortir de la crise.» Le chef de l'État devrait exiger que l'OIT siège le 24 septembre au G20 de Pittsburgh, au même titre que le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale.

Nicolas Sarkozy entend aussi demander que les 182 pays membres ratifient les normes promulguées par l'institution. La France est le deuxième pays après l'Espagne à avoir le plus transposé de conventions : 123 sur 188. Une cinquantaine de pays - parmi lesquels les États-Unis, le Japon ou la Chine - n'ont en revanche agréé aucune des huit normes «fondamentales» sur la liberté syndicale, le travail forcé ou celui des enfants.

«Il est dommage que l'on demande aux pays qui ont ratifié le plus de conventions d'en faire toujours plus alors que certains pays, et non des moindres, n'en ont transposé aucune fondamentale», confirme un proche du chef de l'État qui aimerait maintenant doter l'OIT d'un pouvoir de sanction. Histoire de montrer l'exemple, Nicolas Sarkozy pourrait enfin demander à François Fillon de ratifier les dernières conventions de l'OIT (sur la santé, les services publics…) non transposées en droit français.

vendredi 3 juillet 2009

Le retour en force de l’idéologie libérale dans les années 1970

Eric Toussain
la 2e partie est parue le 5 juin sous le titre : « L’idéologie néolibérale a la peau dure » ; la 3e partie est parue le 7 juin sous le titre : « L’éclipse libérale des années 1930 aux années 1970 ».]]

Le retour en force de l’idéologie libérale |2| accompagne la crise économique dans les principaux pays capitalistes industrialisés à partir des années 1970 |3| (onde longue de croissance lente, voire dépressive), la crise de la dette des pays du Tiers Monde dans les années 1980 et l’implosion des régimes bureaucratiques de l’Est européen à la fin de la décennie 1980 accompagnée de la restauration du capitalisme dans l’ex-bloc soviétique et en Chine.

La vague (néo)libérale sous-tend et justifie la puissante offensive du Capital contre le Travail à l’échelle de la planète initiée :

1) dans la deuxième moitié des années 1970 dans les pays capitalistes industrialisés ;

2) à travers la restauration progressive du capitalisme résultant de l’échec des régimes bureaucratiques de l’Est à la fin des années 1980 ;

3) par la crise des modèles “développementistes” du Sud amplifiée par la crise de la dette extérieure débouchant sur un nouveau cycle de dépendance accrue pour des pays qui avaient connu une industrialisation partiellement autonome comme le Mexique, l’Argentine, le Brésil, l’Inde, l’Algérie... Quant aux pays les plus dépendants et les moins industrialisés (l’Amérique centrale, la Caraïbe - sauf Cuba -, l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud - sauf l’Inde...), ils ne sont jamais sortis véritablement de la dépendance par rapport aux puissances capitalistes du Nord et ils se trouvent aujourd’hui sous le diktat des institutions financières internationales (y compris le Nicaragua et le Vietnam qui avaient pourtant connu d’authentiques révolutions).

Des institutions comme la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL) et la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) ont progressivement entonné, certes avec des bémols, le chant de sirène néolibéral (ce qui n’exclut pas certains sursauts critiques). Le Mouvement des Non Alignés, lui-même, n’a pas survécu à l’implosion de la Yougoslavie, à la crise de la dette du Tiers Monde, au virage pro-Washington du gouvernement indien et à l’offensive néolibérale en général.

L’idéologie néolibérale s’est renforcée avec la crise

L’idéologie (néo)libérale n’est pas le produit de la crise des années 1970-début 1980, elle lui a préexisté. Des économistes et des hommes politiques ont continué de se revendiquer des postulats libéraux malgré la diffusion massive des politiques keynésiennes ou “socialisantes”. Certains d’entre eux fourbissaient leurs armes théoriques de longue date. Ils avaient engagé une bataille idéologique de grande ampleur à l’encontre des positions keynésiennes du Nord, des positions “développementistes” du Sud (représentées notamment par Raul Prebisch qui a dirigé la CEPAL pendant plusieurs décades), des positions socialistes et/ou marxistes, dans leurs différentes variantes, aux différents points de la planète.

Les fondements théoriques des différents courants néolibéraux

A propos de méthode, il n’est pas facile de délimiter clairement la pensée néolibérale. La même difficulté vaut pour la pensée keynésienne ou la pensée marxiste. Plusieurs courants traversent ces écoles de pensée. Les courants libéraux ont de profondes divergences entre eux, tout comme les courants keynésiens ou marxistes. De plus, il y a des tentatives de synthèse entre libéraux et post-keynésiens par exemple, entre libéraux et post-marxistes également.

D’une manière générale, l’école (néo)libérale s’appuie sur un vaste et éclectique corpus théorique comprenant la théorie néoclassique qui se base à la fois sur la théorie quantitative de la monnaie, la loi de Say, la théorie de la détermination des prix par l’interaction de l’offre et de la demande, la théorie des avantages comparatifs…

L’idéologie néolibérale puise son inspiration dans des thèses économiques, politiques et philosophiques qui remontent à David Hume (1711-1776), Adam Smith (1723-1790), Jean-Baptiste Say (1767-1832), David Ricardo (1772-1823), voire Emmanuel Kant (1724-1804).

Deux exemples de la difficulté de délimiter l’école (néo)libérale : Friedrich von Hayek (1899-1992) qui a exercé une grande influence à la fin du XXe siècle, rejetait plusieurs hypothèses fondamentales de la pensée néoclassique tout en défendant un ultralibéralisme ; Paul Sammuelson (1905), qui n’appartient pas à l’école libérale, a appelé dans les années 1950 à la réalisation d’une synthèse néo-classique.

Les prédécesseurs des néolibéraux

A) Adam Smith

Adam Smith (Enquête sur l’origine de la richesse des Nations, 1776) réalise une synthèse des apports de plusieurs écoles économiques dont celle des physiocrates français. Il s’oppose au mercantilisme qui, durant deux siècles, a défendu le protectionnisme et l’interventionnisme des Etats-Nations (notamment le colbertisme en France, le bullionisme en Espagne, la politique de Cromwell et de Petty en Angleterre). D’Adam Smith, on retient souvent l’allégorie de la “main invisible”. Selon lui, chaque capitaliste (et non chaque individu comme la vulgate le prétend) remplit “une fin qui n’entre nullement dans ses intentions (...). Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler.” |4|

Voici le passage dans lequel se trouve la citation d’Adam Smith sur la main invisible : « Par conséquent, puisque chaque individu (c’est-à-dire chaque capitaliste comme l’indique clairement la suite du texte) tâche le plus qu’il peut, 1° d’employer son capital à faire valoir l’industrie nationale, et 2° de diriger cette industrie de manière à lui faire produire la plus grande valeur possible, chaque individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la société. A la vérité, son intention en général n’est pas en cela de servir l’intérêt public, et il ne sait même pas jusqu’à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme en beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre en rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler. Je n’ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bonnes choses. Il est vrai que cette belle passion n’est pas très commune parmi les marchands, et qu’il ne faudrait pas de longs discours pour les en guérir. » |5|

La main invisible s’oppose dans le discours de Smith à la main tangible du gouvernement qui prétend réglementer le commerce, l’industrie, etc. Smith cherche à démontrer que l’intervention de la main tangible de l’Etat a généralement des effets néfastes. Pour Smith, les dépenses publiques doivent se limiter à la défense, à la justice et aux travaux publics au cas où les entrepreneurs ne sont pas prêts à les prendre en charge, “attendu que, pour ceux-ci, le profit ne saurait jamais leur en rembourser la dépense” |6|.

Les conceptions d’Adam Smith correspondent au puissant développement du capitalisme britannique du XVIIIe siècle et constituent en partie les fondements du “libéralisme économique”.

Remarquons que Smith n’est pas seulement une source d’inspiration pour les (néo)libéraux ; certains aspects de son analyse (comme celle des mercantilistes qu’il combattait) ont été intégrés par Karl Marx dans sa critique de l’économie politique. En effet, pour Smith, « le travail est donc la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise » |7|. David Ricardo développera cette notion et Marx y apportera une définition spécifique tout en reconnaissant l’apport de Smith et de Ricardo. Par ailleurs, Marx, à l’opposé de Smith, reprendra à son compte certains apports des mercantilistes |8|.

B) Jean-Baptiste Say

La loi que Jean-Baptiste Say énonce en 1803 est la suivante : (postulant que le rôle de la monnaie est neutre dans l’économie), l’offre globale crée sa demande ; il ne saurait donc y avoir de crise de surproduction dans une économie de marché libre.

La loi de Say, qui constitue un des référents essentiels des économistes (néo)libéraux, a été contredite dans les faits dès l’époque où elle a été énoncée, ce qu’ont relevé des économistes aussi différents que Malthus (1820, Principes d’économie politique considérés sous le rapport de leur application pratique, Calman-Lévy, 1969), Sismondi (1819, Nouveaux principes d’économie politique ou de la richesse dans ses rapports avec la population, Calman-Lévy, 1971) ou Marx.

C) David Ricardo

David Ricardo a notamment développé la théorie des avantages comparatifs (1817, chapitre VII sur le Commerce extérieur). Il reprend de manière critique et développe à sa façon la position de Smith favorable au libre-échange et à la division internationale du travail. Pour Ricardo, un pays a intérêt à se spécialiser dans les productions dont les coûts relatifs sont les plus bas, autrement dit pour lesquelles son avantage comparatif est le plus grand. Il ajoute, à la différence de Smith, qu’un pays qui dispose d’avantages comparatifs dans toutes les productions, aurait néanmoins intérêt à se spécialiser : “Dans un exemple fameux, Ricardo montre que si le Portugal est plus efficace que l’Angleterre dans la production de vin comme dans la production de drap, il n’en a pas moins intérêt à délaisser cette dernière si son avantage de coût est plus grand dans la production de vin. Inversement, l’Angleterre a intérêt à se spécialiser dans la production de drap, pour laquelle son handicap relatif est le moins grand” |9| (chapitre VII).

D) Apports d’autres économistes

Au-delà de Smith, Say et Ricardo, les néolibéraux actuels adoptent les apports d’autres économistes : Jevons (The Theory of political Economy, 1871), Menger (Grundsätze des Volkwirtschaftlehre, 1871) et Walras (Eléments d’économie politique pure ou théorie de la richesse sociale, 1874-1877).

Ceux-ci remettent en cause tant l’analyse de la valeur de Smith, de Ricardo et de Marx que celle de la répartition de Ricardo. Ils développent une théorie des prix fondée sur le principe de l’utilité marginale décroissante que la pensée économique dominante a appelée la “ révolution marginaliste ”.

Walras développe aussi dans ce cadre une théorie sur le système d’équilibre général qui est repris par les néolibéraux de la fin du XXe et du début du XXIe siècle. Selon ce système, la société est définie comme un mécanisme naturel (tel un organisme biologique ou encore le système solaire) au sein duquel les individus assurent librement la meilleure allocation des ressources et atteignent des résultats économiques optimums.

Pour compléter les références des économistes néo-libéraux contemporains, il faut ajouter la théorie quantitative de la monnaie (présente chez Smith et Ricardo) qui explique le mouvement des prix par la quantité de monnaie en circulation (cette théorie remonte au moins au XVIe siècle).

L’ensemble de ces référents fonde selon certains économistes la synthèse “néo-classique”. Comme le font remarquer Michel Beaud et Gilles Dostaler : “Pendant tous ces développements, la réalité n’a cessé de contredire la vision, partagée par plusieurs économistes classiques et néo-classiques, selon laquelle le fonctionnement libre des marchés suffit à assurer le plein emploi des ressources et leur allocation optimale” |10|.

Les différents éléments de cet ensemble théorique assez hétéroclite ont été réfutés par les auteurs marxistes, à commencer par Marx et Engels, le marxisme influençant une aile très importante du mouvement ouvrier sur le plan international.

Trois quarts de siècle plus tard, Keynes, après avoir adhéré aux fondements précités néoclassiques et les avoir professés, comme il l’a expliqué lui-même, a produit une critique radicale d’un certain nombre de fondateurs de l’économie classique (libérale), notamment Smith et Say |11|. Par contre, il en a conservé des éléments : notamment, le salaire réel comme égal à la productivité marginale du travail |12|.

jeudi 2 juillet 2009

La France a repris sa place dans l'Otan

De notre correspondant à Bruxelles, Jean-Jacques Mével Au-delà du symbole, la présence d'Hervé Morin veut illustrer le souci français de peser sur l'avenir de l'Alliance. (AFP/THYS) Crédits photo : AFP
Hervé Morin a siégé jeudi au comité des plans de défense qui a décidé la diminution progressive de la force de maintien de la paix au Kosovo.

La France retrouve son siège dans le commandement militaire intégré de l'Otan. Hervé Morin a pris jeudi après-midi la place du ministre français - laissée vide depuis 1966 - au comité des plans de défense (CPD), une enceinte où se dessinent la modernisation et la doctrine militaire de l'Alliance.

Quarante-trois ans après la rupture décidée par le général de Gaulle, le retour au CPD consacre la normalisation annoncée à la fin de l'hiver par Nicolas Sarkozy. Paris a, ces derniers jours, officiellement désigné les deux généraux qui incarneront le retour des couleurs françaises au sommet de la hiérarchie de l'Otan. Le groupe des plans nucléaires reste la seule instance alliée dont la France restera à l'écart, au nom de l'indépendance de sa force de dissuasion.

Le général Stéphane Abrial, chef d'état-major de l'armée de l'air, s'installera le 10 septembre à la tête du commandement suprême allié transformation (ACT), à Norfolk, aux États-Unis. Le 20 juillet à Lisbonne, le général Philippe Stoltz prendra l'un des commandements opérationnels de l'Alliance. Les deux fauteuils étaient jusqu'ici réservés à des Américains. Avec le retour de la France, l'Europe croît aussi en influence. «C'est au cœur de notre démarche», insistait récemment l'Élysée.

Au-delà du symbole, la présence d'Hervé Morin veut illustrer le souci français de peser sur l'avenir de l'Alliance et, parallèlement, de favoriser l'Europe de la défense. C'est au CPD, à Bruxelles, qu'est arrêtée la doctrine de l'Otan. Mais c'est au ACT, laboratoire d'idées en Virginie, qu'elle s'ébauche. Pour finir, c'est à Lisbonne qu'elle devrait trouver un point d'application : le commandement a autorité sur la force de réaction de l'Otan, l'un des grands chantiers des alliés. Mais faute d'accord sur le mode d'emploi, elle n'a jamais été déployée et n'atteint toujours pas l'effectif escompté (25 000 hommes).

Pénurie de troupes

Pour les 28 ministres réunis jusqu'à aujourd'hui à Bruxelles, l'Afghanistan reste l'urgence qui sous-tend toutes les décisions. La pénurie de troupes est, en filigrane, derrière la principale décision politique prise jeudi : la diminution progressive de la force de maintien de la paix au Kosovo (KFOR). Dotée de 14 000 hommes, cette mission de l'Otan est désormais jugée excessive pour une partie du monde où les tensions s'apaisent.

Les ministres ont arrêté la réduction de voilure sans préciser ni les chiffres, ni le calendrier, ni les pays concernés au-delà de la première étape. La KFOR pourrait être réduite à 10 000 hommes d'ici à janvier, selon le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer. La barre pourrait ensuite tomber à 6500, puis 2 500 hommes d'ici un à deux ans, d'après les scénarios dessinés par le Commandement suprême allié. À chaque palier, les 28 pays de l'Otan devraient donner leur feu vert. Du côté français, on insistait hier sur la nécessité de ne garder au Kosovo «que ce qui est nécessaire». Un peu plus de 1 300 soldats français servent aujourd'hui sous l'insigne de la KFOR.

Entre les coupes budgétaires qui frappent les enveloppes de défense et les besoins accrus en Afghanistan, la mission au Kosovo semblait en sursis. La Grande-Bretagne prévoit d'y réduire considérablement ses effectifs, pour les reverser, dit-on à Londres, au sud de l'Afghanistan. L'Espagne a de son côté annoncé à la mi-mars un retrait unilatéral et sans contrepartie, à la colère de l'Administration Obama. La décision prise hier à 28 vise essentiellement à encadrer la décrue. «Le problème est de le faire de manière organisée et cohérente, comme une alliance, plutôt que chacun pour soi», reconnaissait hier Robert Gates, le chef du Pentagone.

mercredi 1 juillet 2009

Le texte qui mène une journaliste devant le Tribunal de La Haye

Florence Hartmann, journaliste et ancienne porte-parole de la procureure du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie, va être jugée du 15 au 17 juin prochains par ce même tribunal pour « outrage à la cour », c'est-à-dire pour avoir entravé le cours de la justice. Elle encourt une peine de sept ans de prison ou 100 000 euros d'amende, une situation ubuesque et scandaleuse.

Le tribunal lui reproche trois pages d'un livre, « Paix et Châtiment », paru en septembre 2007, dans lesquelles elle rapporte les circonstances dans lesquelles le tribunal a délibérément effacé les passages impliquant le plus clairement l'Etat serbe dans les massacres de civils en Bosnie-Herzégovine durant les années 92-95.

Rue89 publie ces trois pages qui montrent comment des archives éclairant le rôle de la Serbie de Milosevic dans le génocide en BH ont été soustraites à la connaissance du public. Au lecteur de juger avant que ces trois pages ne disparaissent du domaine public en cas de condamnation de Florence Hartmann.

Hartmann.jpgLes juges du TPIY ont soustrait à la connaissance du public des documents cruciaux dans le seul but d'empêcher une éventuelle condamnation de la Serbie devant une autre cour de justice des Nations unies, la Cour internationale de justice (CIJ).

Plusieurs décisions des juges du TPIY montrent clairement que l'ordre de non divulgation a été concédé pour ne pas porter préjudice à la Serbie dans le litige l'opposant à la Bosnie-Herzégovine devant la CIJ.

Les juges du TPIY y admettent que la divulgation des passages les plus compromettants des archives du Conseil suprême de défense (CSD) pouvait avoir « un impact négatif » sur l'issue de la procédure engagée devant la CIJ. Ils reconnaissent vouloir par leur décision éviter à la Serbie d'être condamnée pour génocide et contrainte de payer des réparations aux victimes. Belgrade a obtenu gain de cause en arguant de « l'intérêt vital national » de l'Etat serbe.

Les juges en charge de l'affaire Milosevic, le Britannique Richard May, le Jamaïcain Patrick Robinson et le Sud-Coréen O-Gon Kwon, ont préféré à l'intérêt de la justice et de la vérité la stabilité supposée d'un pays. Ils se sont ainsi faits complices d'un mensonge. Ils vont cependant faire marche arrière en 2005.

Mi 2005, ils refusent d'accorder à la Serbie une nouvelle demande de non-divulgation qui concernait cette-fois des dossiers personnels militaires. Ces documents montraient explicitement que Ratko Mladic ainsi que d'autres généraux de l'armée serbe de Bosnie (VRS) étaient membres de l'armée de Serbie (VJ) et relevaient de l'autorité suprême de Belgrade. Opposée à ce que ces documents deviennent publics, la Serbie avait fait appel de la décision.

La chambre d'appel considéra en septembre 2005 que toutes les décisions relatives à la confidentialité des documents du CSD, rendues jusqu'ici par les juges en charge de l'affaire Milosevic, au motif que leur divulgation pouvait nuire à « l'intérêt vital national » de la Serbie relevait d'« une erreur de droit » puisqu'il ne s'agissait pas strictement de raisons de « sécurité nationale ». Mais, plutôt que de corriger l'erreur qu'elle venait de constater et de lever le secret sur tous ces documents, la chambre d'appel jugea que les décisions rendues jusqu'à présent avaient crée « une attente légitime » de la Serbie de voir toutes ses requêtes similaires ultérieures satisfaites sur la même base. Les juges d'appel considéraient par conséquent « injuste » de refuser à la Serbie les mesures de confidentialité réclamées pour les dossiers militaires.

Choqués par cette décision, Carla Del Ponte et son équipe du parquet conviennent de saisir les juges dans l'affaire Milosevic et de faire valoir l'invalidation de l'« intérêt vital national » pour demander immédiatement la levée des mesures de confidentialité sur les archives du CSD.

Le 6 décembre 2005, les juges Iain Bonomy, le remplaçant de Richard May, et Robinson acceptent, malgré l'opposition du juge Kwon, d'annuler les mesures de protection en vigueur depuis 2003, comprenant que Belgrade ne cherche pas à protéger sa sécurité nationale mais bien à entraver la justice dans sa recherche de la vérité. Belgrade fait aussitôt appel et obtient une suspension provisoire de la décision, empêchant ainsi la Bosnie de soumettre les archives du CSD à la CIJ, avant l'ouverture des audiences consacrées à sa plainte fin février 2006.

Le 6 avril 2006, après avoir examiné les arguments du parquet, les cinq juges de la Chambre d'appel, toujours présidée par l'Italien Fausto Pocar, décident de casser la décision du 6 décembre 2005. Les informations impliquant directement l'Etat serbe dans la guerre en Bosnie et dans les massacres de Srebrenica restent ainsi inaccessibles à la CIJ et au public. Le parquet n'est pas en mesure de dénoncer le scandale publiquement, les juges ayant rendu chacune de leurs décisions avec la mention « confidentielle ».

► Paix et Châtiment - de Florence Hartmann - Flammarion, 2007. 319 p., 19,90€.

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