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vendredi 29 mai 2009

Le chômage, le nombre de travailleurs pauvres et l’emploi vulnérable vont considérablement augmenter du fait de la crise économique mondiale

Selon le Bureau International du Travail, « le nombre de chômeurs pourrait augmenter de 18 à 30 millions à travers le monde, et même de 51 millions si la situation continue de se détériorer. » Dans le même temps, le BIT souligne qu’un « énorme potentiel de main-d’œuvre reste inexploité dans le monde ; la croissance économique et le développement pourraient être bien supérieurs si l’on donnait à chacun la chance d’avoir un emploi décent grâce à l’investissement productif et des politiques actives sur le marché du travail. » En deux phrases tout est dit. Le monde dispose des ressources immenses de l’énergie des hommes, de l’excellence technologique et des savoirs qui permettraient d’envisager la maitrise d’un développement partagé et soutenable de l’humanité. Mais les règles du jeu qui ont été révérées jusqu’alors dans la mesure de l’effort, la définition de son objet et l’établissement des règles de répartitions de ses fruits, confortant le règne sans partage et l’aveuglement égotique des détenteurs du pouvoir économique et financier au détriment du travail, c’est à dire de la collectivité, de la société et de son futur, nous ont conduit dans cette passe dangereuse où la récession - voire la dépression - menacent la stabilité des sociétés et ressuscite le spectre de conflits mondiaux.

OIT, 28 janvier 2009

La crise économique mondiale devrait conduire à accroître considérablement les rangs des chômeurs, des travailleurs pauvres et en situation d’emploi vulnérable, indique le Bureau international du Travail (BIT) dans son rapport annuel sur les Tendances mondiales de l’emploi (GET).

S’appuyant sur les nouvelles données du marché du travail, et en fonction de la rapidité de mise en œuvre et de l’efficacité des mesures pour faire face à la crise, le rapport affirme que, par rapport à 2007, le nombre de chômeurs pourrait augmenter de 18 à 30 millions à travers le monde, et même de 51 millions si la situation continue de se détériorer.

Si ce dernier scénario devait se réaliser, le rapport du BIT indique également que plus de 200 millions de personnes, la plupart dans les économies en développement, pourraient venir grossir les rangs des travailleurs extrêmement pauvres.

« Le message du BIT est réaliste, non alarmiste. Nous affrontons une crise mondiale de l’emploi. Beaucoup de gouvernements en ont conscience et agissent en conséquence, cependant, pour éviter une récession sociale mondiale, il est nécessaire d’agir au niveau international de façon plus décisive et coordonnée. Les progrès réalisés pour réduire la pauvreté sont ébranlés et les classes moyennes sont fragilisées partout dans le monde. Les implications en matière de politique et de sécurité sont considérables », a déclaré le Directeur général du BIT Juan Somavia.

« La crise fait ressortir la pertinence de l’Agenda pour le travail décent de l’OIT. Beaucoup d’éléments de cet agenda font partie des mesures en cours pour promouvoir la création d’emplois, l’extension de la protection sociale et le recours accru au dialogue social », a indiqué M. Somavia. Le Directeur général du BIT a lancé un appel aux membres du G20 qui doivent se réunir à Londres le 2 avril prochain, à s’accorder, outre les mesures financières, sur des mesures urgentes à prendre pour promouvoir l’investissement productif, les objectifs de travail décent et de protection sociale, et la coordination politique.

Principales projections du rapport GET

Le nouveau rapport met à jour l’estimation préliminaire publiée en octobre dernier qui indiquait que la crise financière mondiale pourrait générer une hausse du nombre de chômeurs de 15 à 20 millions en 2009. Ses principaux enseignements sont les suivants :

En s’appuyant sur les prévisions du FMI de novembre 2008, le taux de chômage mondial passerait de 5,7 pour cent en 2007 à 6,1 pour cent en 2009, ce qui se traduirait par une hausse du nombre de chômeurs de 18 millions par rapport à 2007.

Si la conjoncture économique se détériore au-delà de ce qui avait été envisagé en novembre 2008, le taux de chômage mondial pourrait grimper à 6,5 pour cent, correspondant à une hausse du nombre de chômeurs dans le monde de 30 millions comparé à 2007.

Dans le scénario actuellement le plus sombre, le taux de chômage mondial pourrait atteindre 7,1 pour cent et entraîner plus de 50 millions de chômeurs supplémentaires dans le monde.

Le nombre de travailleurs pauvres - les personnes qui ne gagnent pas de quoi se hisser eux et leurs familles au-dessus du seuil de 2 $ par personne et par jour pourrait atteindre 1,4 milliard, soit près de 45 pour cent de la population active mondiale ayant un emploi.

En 2009, la proportion de travailleurs en situation d’emploi vulnérable - travaillant soit à leur propre compte, soit comme travailleurs familiaux non rémunérés, avec un risque plus élevé de se retrouver sans protection en période de difficultés économiques - augmenterait considérablement pour atteindre près de 53 pour cent de la population active ayant un emploi.

Autres enseignements

Le rapport du BIT relève qu’en 2008 l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient détenaient toujours les plus hauts taux de chômage avec respectivement 10,3 et 9,4 pour cent, suivis par l’Europe centrale et du sud-est (hors UE) et la Communauté des Etats indépendants (CEI) à 8,8 pour cent, l’Afrique subsaharienne à 7,9 pour cent et l’Amérique latine à 7,3 pour cent.

Le plus bas taux de chômage a été à nouveau constaté en Asie de l’Est à 3,8 pour cent, suivie par l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est et le Pacifique où, respectivement, 5,4 et 5,7 pour cent de la main-d’œuvre étaient au chômage en 2008.

Le rapport montre que les trois régions asiatiques - Asie du Sud, du Sud-Est et du Pacifique, et Asie de l’Est - ont contribué pour 57 pour cent à la création mondiale d’emplois en 2008. Dans les économies développées et l’Union européenne, d’un autre côté, la création nette d’emplois en 2008 a été négative, moins 900 000 emplois, ce qui explique pour partie la faible création d’emplois à l’échelle mondiale enregistrée cette année.

En comparaison avec 2007, la plus forte hausse du taux de chômage a été observée dans les économies développées et l’Union européenne (UE) passant de 5,7 à 6,4 pour cent. Le nombre de chômeurs a fait un bond de 3,5 millions en un an pour atteindre 32,3 millions en 2008.

Selon l’étude, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud se distinguent comme étant des régions dotées de conditions extrêmement difficiles sur le marché du travail, ayant les plus fortes proportions de travailleurs pauvres de toute la planète. Bien que la tendance soit en recul ces dix dernières années, environ quatre cinquièmes des employés étaient encore classés comme travailleurs pauvres dans ces régions en 2007.

Préoccupations politiques

La crise économique de 2008 a élevé le niveau d’inquiétude quant à la question des répercussions sociales de la mondialisation que le BIT avait déjà soulevée auparavant. Soulignant la nécessité de prendre des mesures pour soutenir les groupes les plus vulnérables sur le marché du travail, comme les jeunes et les femmes, le rapport du BIT remarque qu’un énorme potentiel de main-d’œuvre reste inexploité dans le monde ; la croissance économique et le développement pourraient être bien supérieurs si l’on donnait à chacun la chance d’avoir un emploi décent grâce à l’investissement productif et des politiques actives sur le marché du travail.

« L’Agenda pour le travail décent est un cadre stratégique approprié pour affronter la crise. Il contient un puissant message : le dialogue tripartite avec les organisations d’employeurs et de travailleurs devrait jouer un rôle central pour lutter contre la crise économique et élaborer des réponses politiques », a déclaré Juan Somavia.

Le rapport dresse une liste des mesures politiques à prendre d’urgence, à savoir :

i) des systèmes d’assurance et d’indemnisation du chômage qui offrent une couverture plus développée, permettant de donner de nouvelles qualifications aux travailleurs licenciés et de protéger les retraites de l’effet dévastateur de la baisse des marchés financiers ;

ii) des investissements publics dans les infrastructures et le logement, les infrastructures communautaires et les emplois verts, y compris à travers des travaux publics d’urgence ;

iii) un soutien aux petites et moyennes entreprises ;

iv) le dialogue social au niveau de l’entreprise, du secteur d’activité et du pays.

Si un grand nombre de pays, utilisant leurs propres réserves accumulées, les prêts d’urgence du FMI et des mécanismes d’aide plus forts, mettent en place des politiques dans la lignée de l’Agenda de l’OIT pour le travail décent, alors les effets de la récession économique sur les entreprises, les travailleurs et leurs familles pourront être atténués, et la reprise économique mieux préparée.

jeudi 28 mai 2009

DEPECHEZ-VOUS !!! Plus que quelques jours pour élire votre Président.


Aujourd’hui, le Web est un espace de liberté où chacun est libre d’exprimer sa pensée, de faire passer ses idées.

Mais les blogs, les sites, ne plaisent pas forcément à tout le monde, certains aimeraient bien remédier à cela, y mettre un peu plus d’ordre et ainsi brider notre liberté de penser, notre liberté de parole.

Le Web libre, est de plus en plus menacé. La loi Hadopi est un commencement vers une législation du réseau et des internautes, plus répressive.

Alors, "Les Robins du Web" !! Oui, c’est ainsi que l'association s'appelle, ont eu une idée !!!!

Et si l’on se protégeait, si l’on se défendait, nous même, ne serait-ce pas mieux ?

Ils se présentent, comme une association française, fondée dans le cadre et l’esprit de la défense des droits des internautes.

Mais pas seulement, ils interviennent dans les écoles pour sensibiliser les jeunes sur les dangers liés à l'usage d'Internet et par la remise d'un permis de surfer, le "Navi'Web".

Ils proposent sur leur site, l'élection d'un Webprésident.

Oui, celle qui permettrait à tous les surfeurs d'avoir un Président du Web.

Notre Président, et ce afin de représenter les 32.4 millions d’internautes que nous sommes.

Celui-ci, serait chargé de défendre nos droits, mais doit être prêt à mener des actions pour faire d’Internet, un environnement répondant à toutes nos attentes, surtout à l’heure où des mesures vont être prises, sans consultations des utilisateurs.

Ils désirent que les bloggeurs, ne soient plus isolés et soient représentés, pour faire entendre leur voix.

Pour "Les Robins du Web", l’élection d’un Webprésident, est essentielle.

- "Nous voulons être une sorte de syndicat et un espace de discussion" précisent-ils.

Il reste 69 jours, pour vous présenter à l'élection ou voter.

- "Le Webprésident est un internaute qui souhaite défendre les droits des autres surfeurs du Web et être prêt à mener des actions pour faire d’Internet, un environnement répondant aux attentes de chacun".

Les cinq personnes, ayant reçus le plus de voix seront ensuite présentées, pour un ultime vote. Et c’est ainsi, que fin mai, le Web aura son Président.

Si vous désirez, vous présenter à l’élection Présidentielle, ou bien voter (être âgé de plus de 21 ans) pour élire votre Président du Web, rendez-vous sur le site des Robins du Web. Pour vous inscrire, cliquez ICI .

mercredi 27 mai 2009

la dépénalisation de l'homosexualité au Sénégal

À l’heure actuelle, au Sénégal, l’homosexualité est encore considérée comme étant criminelle. Cependant, certaines agitations provenant de la France exercent des pressions pour dépénaliser l’homosexualité. En tant qu’occidentaux, la plupart d’entre nous serions portés à croire que la dépénalisation serait un grand pas en avant pour la population sénégalaise, mais ce n’est pas l’avis de tout le monde, les sénégalais en particulier. Le fait que ce soit la France qui ait apporté l’idée et non le Sénégal lui-même démontre bien qu’ils ne sont pas en accord avec ce monde de vie. Peut-être aussi est-ce une question d’orgueil, puisque le Sénégal est une ancienne colonie française. Plusieurs voient en l’acte de la France une indiscrétion, une volonté à se mêler de choses qui ne la regarde pas. Montesquieu disait « Les mœurs gouvernent l’homme. Les mœurs des Nations doivent être laissées aux nationaux, aux discussions et aux controverses internes à chaque Nation. » Je ressens cependant un certain malaise face à cette situation. Pour moi, voir l’homosexualité comme un crime est tout à fait illogique. Mais d’un autre côté, je me demande si c’est en s’ingérant dans les lois d’un autre pays qu’on l’aide vraiment. Comme le dit le proverbe « Donnez du poisson à un affamé c’est le tuer. Montrez lui plutôt à pêcher. » Ce ne serait donc pas aider les Sénégalais que de leur imposer un idéal qui n’est pas le leur. Le sociologue Malik NDiaye voit en cette situation une volonté occidentale de déconstruire les cultures dans les pays non Européens. Donc que devrait-on faire? Imposer une loi pour faire avancer les droits de l’homme ou laisser les pays diriger les leurs comme bon leur semble, même si cela restreint la liberté de leurs citoyens? Y a-t-il vraiment une culture qui détient la vérité?

mardi 26 mai 2009

Eté 2009 : cessation de paiement des Etats-Unis ; rupture du système monétaire mondial.


En 2007, LEAP/E2020 avait annoncé que les banques américaines et le consommateur américain étaient tous deux insolvables. Il y a plus d’un an, notre équipe avait estimé à 10.000 milliards USD le montant d’ « actifs-fantômes » qui allait disparaître du fait de la crise. Ces deux annonces étaient en complet décalage avec les analyses dominantes du moment ; la suite a montré qu’elles étaient pourtant parfaitement justifiées. En fonction de la même logique d’anticipation, LEAP/E2020 estime aujourd’hui que le monde est entré dans une nouvelle séquence de la phase IV de la crise systémique mondiale (la phase dite de « décantation »), à savoir la séquence d’insolvabilité globale.

Les graves conséquences de cette insolvabilité globale sont anticipées dans ce GEAB N°31, dont ce communiqué présente un extrait qui permet de bien poser l’enjeu que représente cette nouvelle séquence de la crise. Par ailleurs le GEAB N°31 présente les 29 « hausses et baisses » de l’année 2009 selon l’équipe de LEAP/E2020 : quinze tendances en hausse et quatorze en baisse qui constituent autant d’outils d’aide à la décision et à l’analyse pour ceux que l’année à venir inquiète ou intrigue.

Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée, n’est pas une cause mais une conséquence de la crise actuelle. C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques [1], endettements des ménages [2], faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards USD [3], notre équipe considère que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et/ou très dépendants des services financiers.

Evolution des capitalisations boursières mondiales en 2008 (en milliers de milliards de Dollars US) - Source : Thomson financial Datastream, 01/2009

A quoi reconnaît-on une crise de solvabilité d’une crise de liquidité ?

Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.

Un exemple simple permet de bien saisir l’enjeu. Si vous avez un problème transitoire de trésorerie et que votre banque ou votre famille accepte de vous prêter les fonds nécessaires pour que vous traversiez la passe difficile, leur effort est bénéfique pour tout le monde. En effet, vous continuez votre activité, vous pouvez payer vos employés ou vous-même, votre banque ou votre famille est remboursée (avec un intérêt sans aucun doute pour ce qui est de votre banque), et l’économie en général a bénéficié d’une contribution positive. En revanche, si votre problème n’est pas du à un problème de trésorerie mais au fait que votre activité n’est pas rentable et ne peut pas le devenir dans les conditions économiques du moment, alors l’effort de votre banque ou de votre famille devient d’autant plus dangereux pour tout le monde qu’il a été important. En effet, selon toute probabilité, votre premier appel de fonds sera suivi par d’autres toujours assortis de promesses (honnêtes supposons-le) que la mauvaise passe est bientôt terminée. Votre banque ou votre famille seront d’autant plus incités à continuer à vous aider qu’ils risquent de perdre ce qu’ils vous ont déjà prêtés au cas où vous cesseriez votre activité. Mais si la situation continue à empirer, ce qui est le cas si c’est bien un problème de rentabilité, alors arrive un moment où certaines limites sont atteintes : d’une part, votre banque va décider qu’elle a plus à perdre à continuer de vous soutenir qu’à vous laisser tomber ; et d’autre part, votre famille n’a simplement plus d’argent disponible, car vous lui avez siphonné toute son épargne. Il apparaît à tout le monde que non seulement vous êtes en faillite et insolvable, mais que vous avez probablement entraîné votre famille dans la même situation ou affaibli votre banque [4]. Vous avez porté ainsi un coup terrible à l’économie autour de vous, y compris à vos proches [5]. Il est important de souligner que tout cela a pu se dérouler en toute bonne foi si un changement brutal d’environnement économique a bouleversé les conditions de rentabilité de votre activité sans que vous ayez pris conscience de l’ampleur des conséquences pour votre activité.

Nombre de faillites quotidiennes aux Etats-Unis (01/2006 – 11/2008) - Source : CreditSlips, 01/2009

Selon LEAP/E2020, cet exemple simple illustre parfaitement la situation qui prévaut en ce début d’année 2009 pour l’ensemble du système financier mondial, une part importante de l’économie de la planète et tous les acteurs économiques (Etats compris) qui ont fondé leur croissance de ces dernières années sur l’endettement. La crise a traduit et amplifié un problème de solvabilité globale. Le monde est en train de prendre conscience qu’il est beaucoup plus pauvre que la dernière décennie le lui avait laissé croire. Et 2009 est l’année qui va obliger tous les acteurs économiques à tenter d’évaluer concrètement l’état de leur solvabilité, sachant que nombre d’actifs continuent encore à perdre de la valeur. La difficulté est qu’un nombre croissant d’opérateurs ne font plus confiance aux indicateurs et instruments de mesure traditionnels. Les agences de notation ont perdu toute crédibilité. Le Dollar US n’est plus qu’une fiction d’unité de mesure monétaire mondiale dont nombre d’Etats tentent de se dégager au plus vite [6]. Donc toute la sphère financière est à juste titre suspectée de n’être plus qu’un immense trou noir. Pour les entreprises, plus personne ne sait si les carnets de commande sont fiables [7] puisque, tous secteurs confondus, les clients annulent massivement les commandes [8] ou n’achètent plus, même quand les prix sont cassés, comme le confirme la forte baisse des ventes de détail de ces dernières semaines [9]. Et pour les Etats (et autres collectivités publiques), c’est dorénavant l’effondrement des recettes fiscales qui fait craindre une envolée des déficits pouvant entraîner là aussi des faillites. D’ailleurs, des milliardaires russes [10] aux pétromonarchies du Golfe arabique en passant par l’Eldorado commercial chinois [11], ce sont toutes les « poules aux œufs d’or » des entreprises et des établissements financiers de la planète (et notamment européennes, japonaises et nord-américaines [12]) qui s’avèrent désormais insolvables ou tout juste solvables. La question de la solvabilité de l’état fédéral et des états fédérés américains [13] (comme de celle de la Russie ou du Royaume-Uni) commence d’ailleurs également à être posée dans les grands médias internationaux ; tout comme d’ailleurs celle des grands fonds de pension par capitalisation, grands acteurs de l’économie globalisée de ces vingt dernières années.

Pour LEAP/E2020, la tendance est donc claire : la séquence qui commence en ce début d’année 2009, c’est bien celle de l’insolvabilité globale.


[1] Voici d’ailleurs une liste très utile des banques américaines sur le point de faire faillite présentée sur le site LewRockwell.com, réalisée à partir du Texas Ratio qui permet de mesurer leur exposition au risque.

[2] Cette carte dynamique des impayés de cartes de crédit et de prêts immobiliers aux Etats-Unis (au 2° trimestre 2008), réalisée par la Reserve fédérale de New-York, permet de juger de l’étendue de la crise affectant les revenus des ménages et leur niveau d’endettement. Source : NewYorkFed, 12/2008

[3] L’évolution des valeurs boursières mondiales est un bon indicateur de cette disparition des « actifs-fantômes », même si il faut lui ajouter toutes les pertes de valeur dans l’immobilier et dans d’autres gammes d’actifs ; et probablement lui retrancher des reprises de valeurs qui ont été emportées par la tourmente actuelle et se rétabliront une fois le pire de la crise derrière nous.

[4] Nous ne parlons même pas ici des employés, fournisseurs, clients, …

[5] Et, une telle situation, répétée à l’échelle d’un pays tout entier conduit à un chaos social. D’ailleurs, l’armée américaine elle-même envisage que l’instabilité sociale créée par la crise puisse conduire à une intervention militaire. Source : ElPasoTimes, 29/12/2008

[6] A ce propos, LEAP/E2020 émet une recommandation à destination des institutions financières internationales, et surtout à leurs responsables des services statistiques : il est urgent de mettre en place une comptabilité internationale alternative, fondée sur un panier de devises (par exemple : 25% USD, 25% Euro, 25% Yen et 25% Yuan en attendant un panier global décidé par les dirigeants politiques) car la cessation de paiement des Etats-Unis et la rupture du système monétaire mondial que nous anticipons à l’été 2009 va immédiatement entraîné une catastrophe en matière de comptabilisation des valeurs et des flux financiers mondiaux. Il est donc urgent, même si cela résulte de discussions officieuses et de comptabilité « au noir » de doubler les statistiques actuelles faites essentiellement en Dollars Us par une version de « sauvegarde » effectuée dans un panier de devises. Cela permettra d’assurer une continuité des statistiques le temps d’une reconstruction du système monétaire mondial.

[7] Une série d’articles du Spiegel (18/12/2008), intitulée « Le calme avant la récession mondiale », illustre très bien la crise vue d’Allemagne. Et la chute généralisée du transport de marchandises en zone Euro illustre bien ce fait. Source : Libération, 12/01/2009

[8] L’un des indicateurs avancés de l’économie mondiale est indéniablement le marché des machines-outils, car ce sont elles qui servent à produire les objets manufacturés. Les commandes de machines-outils permettent d’anticiper 6 mois à 1 an à l’avance l’état de l’industrie manufacturière mondiale. Les deux grands fabricants et exportateurs mondiaux de machines-outils étant l’Allemagne et le Japon, l’évolution de leur production et exportation dans ce secteur est donc un indice très fiable de l’avenir de l’industrie manufacturière mondiale. En l’occurrence, il s’avère très sombre pour 2009 puisqu’à l’image de l’Allemagne, le Japon a enregistré en Novembre 2008 une chute vertigineuse de 16,2% de ses commandes par rapport à Octobre 2008, soit la pire baisse depuis 1987 quand ces statistiques ont commencé à être disponibles. Source : MarketWatch, 15/01/2009

lundi 25 mai 2009

Le passeport biométrique au coeur de la polémique


fingerprint
Hier, les membres du Parlement Européen ont adopté une loi concernant le passeport biométrique, lequel regroupera non seulement la photo d'une personne mais aussi ses empreintes digitales.

L'intégration des empreintes digitales fut largement prisée par les autorités au lendemain des attaques du 11 septembre, et ce, malgré les critiques des défenseurs de la vie privée. En France, la CNIL par exemple, s'est exprimée à ce sujet en 2007. La commission nationale de l'informatique et des libertés explique qu'elle considère comme légitime le recours, pour s'assurer de l'identité d'une personne, à des dispositifs de reconnaissance biométrique dès lors que les données biométriques sont conservées sur un support dont la personne a l'usage exclusif. De leur côté, les autorités européennes affirme que la collecte des empreintes digitales au sein d'une base de données peut se révéler très efficace dans le cas d'un vol d'identité. Face à cet argument, la CNIL explique que si légitimes soient-elles, les finalités invoquées ne justifient pas la conservation, au plan national, de données biométriques telles que les empreintes digitales et que les traitements ainsi mis en œuvre seraient de nature à porter une atteinte excessive à la liberté individuelle.

En 2006, les associations européennes de défense de liberté individuelle se sont regroupées afin d'analyser les conséquences éventuelles de la mise en place des passeports biométriques au sein de l'Union. Baptisé le G29, ce groupe affirme que cette mesure pourrait avoir de « lourdes conséquences sur la vie privée pour les titulaires de ces documents, dans la mesure où ces données peuvent être stockées dans des bases de données et mises à disposition à des fins non prévisibles. »

Enfin, pour certains experts, la collecte des empreintes digitales ne permettra pas forcément d'obtenir de meilleurs résultats dans l'arrestation de crimininels. Ainsi, Richard Clayton, un chercheur au laboratoire de sécurité de l'université de Cambridge, explique qu'il y a un risque pour que les douaniers et la police finissent par n'utiliser que cette méthode au détriment des autres outils traditionnels d'identification.

« Avec les passeports actuels les douaniers regardent attentivement le visage des gens. S'ils venaient à n'utiliser que les empreintes digitales, ils pourraient ne plus utiliser des méthodes plus humaines comme mesurer la nervosité d'une personne lorsqu'elle tente de passer la frontière. », affirme-t-il au magazine PC World.

A titre d'exemple en 1997, Shirley McKie, un enquêteur de la police écossaise fut accusée d'avoir commis un meutre parce que ses empreintes digitales ont été faussement identifées sur la scène du crime. Pourtant, elle ne s'y était jamais rendue. Le fin mot de l'histoire : ses empreintes était quasiment identiques à celles du meutrier.

Ces nouveaux passeports devraient voir le jour à partir du 29 juin prochain

vendredi 22 mai 2009

CORÉE DU SUD Minerve, prophète ou irresponsable ?

L'internaute qui publiait des prévisions économiques gênantes pour le gouvernement a été arrêté. Son interpellation suscite de très nombreuses réactions dans un pays où l'information en ligne joue un rôle de plus en important.
http://hdelboy.club.fr/minerve.jpg
Les autorités sud-coréennes ont incarcéré, le 10 janvier, Minerve, cet internaute devenu célèbre grâce aux analyses économiques qu'il publiait notamment sur le forum de discussion de Daum, un des plus importants portails du pays. L'homme, un chômeur de 31 ans, est accusé d'avoir diffusé des informations fausses, déclarant notamment que le gouvernement coréen avait exercé des pressions discutables sur les établissements bancaires, ayant entraîné des effets regrettables sur la monnaie coréenne, le won. Dans un contexte de crise économique, Minerve avait fait parler de lui en raison de la pertinence de ses pronostics. Il avait notamment prédit l'effondrement de Lehman Brothers et la chute du won. Les internautes, qui lui avaient décerné le titre de "président de l'économie sur Internet", s'interrogeaient avec passion sur l'identité de celui qui se cachait derrière ce pseudonyme.

Leurs réactions à la suite de cette arrestation n'ont pas tardé et sont très nombreuses sur le site du quotidien en ligne OhmyNews dont le rédacteur en chef, O Yon-ho, a publié une lettre adressée à l'inculpé. "Je voudrais vous embaucher comme journaliste permanent et vous demander de vous exprimer sur l'économie en votre propre nom, au lieu d'avoir recours à l'anonymat", lui a-t-il notamment écrit. L'indignation est d'autant plus forte que des révélations se succèdent pour prouver que la mise en cause du gouvernement par Minerve avait quelques fondements. Le quotidien Hankyoreh remarque que "le gouvernement va avoir du mal à échapper au soupçon d'avoir procédé à cette arrestation pour se venger des accusations que
Minerve a portées contre lui en le taxant d'incompétent dans la gestion de la crise."

Beaucoup de questions demeurent sans réponse à propos de celui (ou de ceux) qui utilise(nt) ce pseudo. Certains internautes prétendent que celui qui a été arrêté n'est pas le vrai Minerve. Et ce dernier lui-même, tout en reconnaissant les faits, nie avoir donné l'interview parue sous son nom, il y a quelques mois, dans un mensuel. L'affaire suscite aussi des polémiques au sujet d'Internet et de la liberté d'expression. "Une actrice s'est suicidée il y a quelques mois à cause d'une rumeur qui circulaient sur Internet relative à sa vie privée. (…) Vu sa célébrité, Minerve aurait dû adopter une attitude plus responsable dans ses écrits", a notamment estime Son Tong-gyu, un universitaire, dans les colonnes du quotidien Donga Ilbo.
Eun-jing Jeong

jeudi 21 mai 2009

5 et 10 ans de prison pour avoir sectionné des cables télé !


par Varg Veum (son site) mardi 6 janvier 2009 - 18:20:45

Un jugement du tribunal de Millau le 14 janvier décidera si Rémi et Guilhem, ayant commis l’acte symbolique de sectionner des câbles de relais télé pendant le premier tour de l’élection présidentielle en 2007 méritent... 5 et 10 ans de prison !

Pour un poids, combien de mesures ?

Il s’agit d’un jugement qui sera prononcé le 14 janvier à Millau, à l’encontre de deux "malfaiteurs" ayant commis le "crime" de sectionner des câbles de relais télé pendant le premier tour de l’élection présidentielle en 2007.

Si le message est clair, pacifiste et parfaitement indolore pour la plupart d’entre nous, il ne l’est pas pour la justice millavoise : 5 et 10 ans de prison sont requis à leur encontre pour "association de malfaiteurs" !

Un comité de soutien a été créé pour venir en aide aux inculpés (à moins que ce ne soient les victimes ?), toutes les infos et contacts sont disponibles ici :
http://www.soutien-inculpes-relaistv.fr/

Si toute faute mérite sanction, il est évident que celle disproportionnée qui risque de s’abattre sur Guilhem et Rémi a valeur d’exemple pour avoir osé s’opposer à la grand-messe médiatique.

Et pendant ce temps là, des fraudeurs de haut vol sont graciés, et les responsables du krach boursier se refont une santé au Monopoly...

Tout relais de cette affaire, ainsi que de l’existence du comité de soutien et de ses actions peut aider à une prise de conscience collective des dangereuses dérives que subit notre société depuis ce mois de mai 2007 !

mercredi 20 mai 2009

ATTENTION A L'UMPS

Posted by Picasa

Où sont les vraies causes de la permanence du conflit en Palestine ?

par Léon mercredi 7 janvier 2009 - 09:30:00

Le sionisme, inventé par Theodore Hertzl au XIXe siècle avait pour but de doter les juifs d’une protection que, croyait-il, seule l’autorité et les prérogatives d’un Etat souverain était en mesure de leur accorder. L’idée était de créer un foyer de peuplement où les juifs seraient à l’abri des persécutions dont ils ont été victimes depuis le Moyen Age en Europe.

Soixante ans après le partage de la Palestine et la création d’Israël, où en est-on ? Dix conflits majeurs,(le onzième est en cours), plus de 100 000 morts de part et d’autre, et l’un des endroits au monde sans doute le moins sûr pour les juifs est Israël.

Il y a nécessairement des explications à ce paradoxe. Il ne sert à rien de se jeter mutuellement à la figure les morts et les victimes innocentes. Ce sont deux populations en guerre l’une contre l’autre qui luttent avec les moyens dont elles disposent. Et la guerre est toujours atroce et n’a pas de limite.
Le conflit ne peut se comprendre et donc avoir des chances de se résoudre qu’en revenant aux sources mêmes du sionisme.
La revendication nationaliste juive à laquelle la communauté internationale a donné suite en 1948 se heurte, en réalité, à plusieurs problèmes.

  1. Contrairement aux Kurdes ou aux Irlandais il ne s’agit pas ici de doter d’un Etat un peuple déjà majoritairement présent sur un territoire, mais de créer un Etat qui a vocation à être peuplé de juifs essentiellement dispersés un peu partout dans le monde. Il y a donc, dès les prémisses, une concurrence en termes de peuplement et non une simple juxtaposition de souverainetés juridiques sur la base d’un partage de territoires. Il y a une petite diaspora Kurde, mais si un Kurdistan devait être créé il serait possible de déterminer les zones de cet Etat par la présence des Kurdes, ce qui n’est pas opérationnel pour Israël ; ou alors de la manière suivante : au fur et à mesure que des juifs deviennent Israéliens et s’installent, c’est leur installation qui détermine la frontière, ce qui serait jugé comme totalement inacceptable n’importe où ailleurs dans le monde…
  2. Si l’Etat d’Israël n’a pas de frontières définies par un peuplement existant, il n’a pas, non plus, de frontières historiques auxquelles on pourrait se référer. Celles qui ont été établies en 1948 ne sont absolument pas viables militairement parlant, quant à celles qui s’appuieraient sur la Bible ou d’autres écrits traditionnels, elles sont éminemment confuses et les Israéliens eux-mêmes sont dans l’incapacité de se mettre d’accord sur leurs délimitations. A priori, donc, n’importe quelle partie de la Palestine peut devenir territoire Israélien. On se doute bien qu’il y aurait des limites, mais où les mettre : le Sinaï, par exemple, n’est-ce pas là que Moïse a reçu les tables de la loi ? Quant à Jérusalem, si l’on doit, là encore, se référer à cette tradition, comment imaginer qu’elle ne soit pas partie intégrante d’Israël et même sa capitale ? Et ne faudrait-il pas y inclure également la Jordanie ?
  3. L’attachement des juifs à Israël est totalement culturel pour ne pas dire artificiel : il repose en quelque sorte sur des titres de propriété non seulement mythiques, mais vieux de 2800 ans, délai totalement déraisonnable pour les revendiquer surtout lorsque, depuis, des populations autres s’y sont installées. Il ne s’explique que par le maintien admirable de la culture juive à travers le monde et les siècles, parfois dans les pires conditions. Mais cette tradition a transmis ce qui, ailleurs, pourrait s’appeler de la manipulation des esprits, comme : « L’an prochain à Jérusalem » et toutes les autres allusions rituelles à cette terre perdue. Les mêmes qui considèrent cette revendication avec sympathie, me trouveraient sans doute complètement insensé de venir réclamer à St Petersbourg l’ancienne maison de mon grand-père, Russe blanc, devenue une annexe du ministère de la marine à la faveur de la révolution d’Octobre… On est en présence ici de quelque chose d’irrationnel, mystique, non négociable, non critiquable, au nom de quoi les Israéliens, forts de leur statut initial de victimes, se croient autorisés à tout, dédouanés de tout, de l’accaparement des terres, de l’eau, de l’implantation de colonies, du « spaciocide » cisjordanien, de l’usage à leur bon vouloir de la force, du non-respect des décisions de l’ONU (envers laquelle ils devraient pourtant avoir de la reconnaissance…)
  4. La constitution de la population israélienne repose sur un principe qu’il faut bien qualifier « d’ethnique » pour éviter d’utiliser le terme de « racial » qui a, surtout concernant les juifs, une connotation historique lourde. En lui-même ce principe n’est pas spécifique, ( on peut en dire autant de tout « peuple ») mais dans le cas présent, il pose problème. Partant du principe que cet Etat est destiné aux juifs, non pas à ceux qui, (comme c’est généralement le cas au cours d’une revendication nationale) sont présents sur le territoire, mais aussi et fondamentalement à ceux qui viendront ou viendraient s’y installer, il est absolument nécessaire de définir qui est juif et qui ne l’est pas, sinon l’entreprise n’a pas de sens. Sans même faire état de la tradition qui attribue la qualité de juif d’une manière objective par filiation maternelle, la loi sur le retour, impose d’avoir un grand-parent juif, au moins, pour pouvoir prétendre de plein droit à la nationalité israélienne par immigration. Or, premier problème, ce sont des autorités religieuses seules qui sont en mesure d’apporter cette preuve. Et, deuxième problème, depuis le début de ce judaïsme dit « rabbinique » les conversions ne sont pas encouragées, la religion juive est la religion du peuple juif à l’exclusion de tout autre. Même s’il y a des courants différents au sein du judaïsme, y compris en Israël, il faut bien avoir en tête que très majoritairement on ne peut être juif que par la naissance. Il y a donc une confusion à propos d’Israël, entre citoyenneté, religion et peuple. Les trois étant intimement liés, cela explique que ce ne soit pas un Etat laïc et que l’assimilation et l’agrégation aux populations présentes sur ce territoire ne soit ni pratiquée, ni même souhaitée ! Le fantasme de la société israélienne est de rester « entre juifs », et au fond, on ne peut l’en blâmer vraiment, puisque c’était le principe même qui a présidé à la constitution de cet Etat. Sauf qu’il est contraire à l’universalisme des Lumières, et que l’accepter c’est revenir en deçà du XVIIIè siècle européen. Et sauf qu’ il aboutit à ce fait hautement symbolique : ce sont cette fois des juifs qui construisent volontairement un mur pour ce qu’il faut bien appeler leur propre ghetto…

Plus encore que l’attitude des Israéliens vis à vis des Palestiniens, l’observation de la manière dont ils traitent « leurs » arabes permet de comprendre la véritable source de ce conflit, car, après tout, un Gazaoui logique ne devrait avoir qu’un seul souhait : qu’Israël l’envahisse. Au moins aurait-il peut-être un peu d’eau potable et des services publics qui fonctionnent…

La propagande israélienne a de plus en plus de mal à masquer l’opposition et l’hostilité de cette forte minorité arabe (20 %) qui pourrait devenir majoritaire dès les années 2040-2050, alors que leur sort serait supposé « nettement plus enviable » que celui des autres Palestiniens.
La raison en est pourtant simple, il suffit de lire ces articles de la FIDH. Si l’Etat d’Israël avait fait, par exemple, vis à vis d’eux le dixième de l’effort consenti à l’intégration des juifs éthiopiens on n’en serait pas là. Ils feraient leur service militaire, seraient fiers de servir un pays qu’ils admettraient comme le leur, reconnaissants envers lui de pouvoir y vivre en paix à égalité de droits et de devoirs avec les autres citoyens israéliens, libres d’y pratiquer ou pas une religion de leur choix ; ils seraient les premiers à vouloir combattre le Hamas, son fanatisme,son extrémisme religieux et antidémocratique.
Au lieu de cela ils subissent mépris et discriminations, jusque dans les offres d’emploi qui mentionnent que le candidat doit « avoir accompli son service militaire ». Au mieux se sentent-ils juste « tolérés » et destinés à constituer le prolétariat de ce pays.

Lorsque l’on s’interroge sur l’issue possible du conflit, il faut parfois garder les idées claires : le conflit ne s’arrêtera que lorsque ses causes disparaîtront. Or sa cause principale est, non pas, comme la propagande anti-israélienne le prétend, l’existence de l’Etat d’Israël, mais l’existence de l’Etat d’Israël avec cette caractéristique-là, celle d’être un Etat juif, (et plus l’Etat des Juifs) ontologiquement incapable d’assimiler ni même d’intégrer des populations non-juives dans un espace qui serait laïc, démocratique, fondé sur les droits de l’homme, et non sur des lois d’inspiration religieuse et vaguement racistes.

La victoire militaire sur le Hamas, en supposant qu’elle soit possible, ne résoudra rien : les Israéliens devront méditer l’expérience de la mafia italienne qui, lorsqu’elle exécutait un homme, tuait également ses enfants mâles pour éviter qu’ils vengent leur père. L’engrenage de la guerre conduira nécessairement Israël à abandonner ses exigences morales et à y perdre son âme. En faisant croire au monde entier, en particulier aux arabes, que la modernité, la puissance militaire, l’instruction et le niveau scientifiques n’exigent pas la démocratie et la laïcité, elle donne un exemple déplorable. En pratiquant cette sorte de loi du talion déséquilibrée où, en gros, un Israélien « vaut » mille Palestiniens, jamais les mouvements extrémistes palestiniens, avec l’appui massif de leur population, n’accepteront de négocier. Pas avant qu’un gigantesque bain de sang du côté israélien ne vienne équilibrer, laver la honte de l’humiliation subie par l’écrasement perpétuel de la révolte arabe.

mardi 19 mai 2009

Juge d'instruction: la mort d'un symbole annoncée

Par Gilles Gaetner, publié le 06/01/2009 13:01 - mis à jour le 08/01/2009 14:50

Nicolas Sarkozy envisagerait de supprimer le juge d'instruction. Il devrait en faire l'annonce mercredi lors de la rentrée de la Cour de cassation. C'est tout un symbole de la justice française qui risque de disparaître.

La mort de celui considéré par Balzac comme l'homme le plus puissant de France. Ainsi donc, comme Lemonde.fr l'a révélé, le président de la République s'apprête à annoncer, lors de la rentrée solennelle de la Cour de Cassation de demain, la disparition du juge d'instruction, clé de voute de notre système judiciaire depuis des lustres. En clair, le parquet conduirait désormais les enquêtes, qui sur le terrain seraient confiées à un juge de l'Instruction et non plus à un juge d'instruction.

Juge d'instruction: la mort d'un symbole annoncée

afp

Est-ce à dire que la France s'apprête à instituer dans notre procédure pénale un système accusatoire de type anglo-saxon qui se susbtituerait à notre système inquisitoire? Une chose est certaine: la notion de juge d'instruction, qui travaille dans la solitude de son cabinet, multiplie à sa guise les perquisitions, parfois se hâte trop lentement (des instructions durent parfois six voir sept ans), eh bien, cette conception a vécu.

Dans la pratique du reste, les parquets ont pris l'habitude de diligenter des enquêtes préliminaires de préférence à l'ouverture d'informations judiciaires confiées à un juge. Une façon de mieux contrôler les dites enquêtes et d'éviter des instructions longues à l'issue incertaine. Lequelles rejaillissent sur la crédibilité du juge d'instruction. Personne n'a oublié la relaxe de Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire de la MNEF en 1999 et le non-lieu en faveur de Robert Hue dans le dossier du financement présumé du Parti communiste.

Bien évidemment, cette dérive vers un système de type accusatoire, avec un rôle clé confié au Parquet, recèle quelques questions: quelle sera la marge de manoeuvre du ministère public dont les membres sont nommés par le pouvoir politique? Autrement dit, les affaires sensibles ne risquent-elles d'être, soit freinées soit accélérées, au gré des circonstances? Un seul moyen pour éviter tout procès d'intention: que les avocats des mis en cause aient accès dès les premières investigations à leur dossier.

Descente du piédestal

Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour l'heure, aucun projet de loi ne semble être dans les cartons de la Chancellerie. Il faudra attendre les conclusions de la commission chargée de plancher sur le sujet et présidée par Philippe Léger, ancien directeur du cabinet de Pierre Méhaignerie au ministère de la Justice.

Elle devrait rendre public son prérapport à la mi-février et son rapport définitif au milieu de l'année 2009. Au stade actuel de ses travaux, un consensus semble se dégager pour la suppression du juge d'instruction.

Dans les années 80-95, au temps des scandales politico-financiers atteignant la gauche et la droite, les juges se sont, bon gré mal gré, transformés en justiciers, en chevaliers blancs de la lutte anti-corruption. La réputation des Renaud Van Ruymbeke, Eva Joly et autres Laurence Vichnievski se trouvait au zénith. L'opinion en faisait des héros. Jusqu'à ce qu'en 2000, en raison des excès de certains magistrats, une loi-la fameuse loi sur la présomption d'innocence- leur a dénié le droit de placer un mis en examen sous mandat de dépôt. Les juges d'instruction descendaient de leur piédestal. Définitivement avec le drame de l'affaire d'Outreau découvert par des millions de Français lors des travaux de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale.

Et puis, il y eut ,il y a quelques semaines, le recours à des méthodes musclées d'un juge dans une affaire de diffamation qui visait l'ancien directeur de la publication de Libération. Là, c'était trop. Le chef de l' Etat s'était promis de réagir. Ce sera fait demain à l'audience solennelle de la Cour de Cassation.

lundi 18 mai 2009

Manif à poil - les modèles des Beaux Arts protestent

En grève, les modèles des Beaux Arts ont posé nus lundi devant la direction des Affaires culturelles à Paris, pour protester contre la perte d’un quart de leur salaire. La Mairie de Paris, qui les emploie comme vacataires, vient en effet d’interdire le "cornet", cette petite feuille pliée qui permet de collecter un pourboire en fin de cours de dessin. Petite obole allouée par les élèves ou les peintres contents de la prestation du modèle.

Cette pratique, illégale dans tout bâtiment public relevant de la fonction territoriale, est une tradition, qui permet aux modèles vacataires d’arrondir considérablement un salaire de 36,60 net pour 4 heures de travail : «On nous ampute d’un quart de nos revenus déjà bien maigres puisque nous n’avons pas le statut d’agent municipal», déplore l’une d’elles.

http://www.lefigaro.fr/actualite-fr...

Paris : des modèles des ateliers municipaux de dessin se déshabillent pour exposer leurs revendications

Les modèles des ateliers de la ville de Paris ne veulent plus se dénuder pour un salaire qu’ils jugent dérisoire. Et pourtant, certains ont bravé le froid lundi pour poser dans le plus simple appareil devant la Direction des affaires culturelles (DAC) de la ville, afin de réclamer une reconnaissance de leur métier et une augmentation salariale.

Une soixantaine de personnes, selon la police, modèles et artistes qui les dessinaient, ont participé à cette manifestation d’un genre peu ordinaire devant la DAC, à l’appel du "Comité des modèles de Paris". Le rassemblement était soutenu par la CGT et FO, qui avait également exhorté ses sympathisants à faire grève toute la journée.

Les modèles, des vacataires qui posent pour environ 11 euros de l’heure dans les ateliers de dessin municipaux, demandent principalement la "reconnaissance du métier de modèle comme un corps de métier à part entière", une "revalorisation salariale", et la "sortie de la précarité d’emploi".

La suppression du "cornet", qui permettait un complément salarial (allant de 100 à 200 euros, selon le Comité) sous forme de pourboires donnés en fin de séance, a été l’élément déclencheur du mouvement de grogne en octobre, une note de la mairie de Paris ayant rappelé que la loi interdit ce genre de pratique dans des établissements publics.

La mairie de Paris s’est déclarée prête lundi à revoir la rémunération horaire des modèles, à condition de le faire conjointement avec le ministère de la Culture. "Je suis tout à fait d’accord pour qu’on étudie le taux horaire à la hausse, puisque aujourd’hui ils sont payés comme des femmes ou des hommes de ménage", a déclaré à l’Associated Press Christophe Girard, adjoint à la culture de la mairie de Paris, qui emploie "une centaine" de modèles.

"Mais je veux qu’on le fasse avec le ministère de la Culture car cela concerne aussi les modèles dans les écoles des Beaux-Arts de l’Etat, dans toute la France", a-t-il ajouté.

Sur Internet : http://modelesdeparis.blogvie.com

http://tempsreel.nouvelobs.com/depe...

Les modèles posent nus dans Paris

© Anaëlle Verzaux dans BACKCHICH

vendredi 15 mai 2009

Le Conseil constitutionnel valide le départ à la retraite à 70 ans

Le Conseil constitutionnel valide le départ à la retraite à 70 ans

Le Conseil constitutionnel valide le départ à la retraite à 70 ans

(Afp, 11/12/2008, 20h25)

Le Conseil constitutionnel a validé jeudi la quasi-totalité de la loi de financement 2009 pour la Sécurité sociale, notamment sa mesure la plus controversée qui autorise les salariés à travailler jusqu'à 70 ans, a annoncé la haute juridiction.

Les "Sages" ont estimé que cette disposition "ne porte atteinte ni au principe d'égalité, ni au droit au repos et à la protection de la santé énoncé dans le préambule de la Constitution de 1946", indique le Conseil constitutionnel, dans un communiqué.

"Il s'agit en effet d'un mécanisme volontaire d'activité, ne pouvant opérer au-delà de 70 ans et laissant inchangé l'âge légal de la retraite", ajoute la haute juridiction.

Les parlementaires socialistes avaient déposé le 1er décembre un recours auprès du Conseil constitutionnel, concentrant leurs attaques sur la possibilité de travailler jusqu'à 70 ans au lieu de 65 aujourd'hui.

Ils estimaient que cette mesure, "par sa nature et ses conséquences" était "étrangère au domaine des lois de financement de la Sécurité sociale" et violait "le préambule de la Constitution de 1946 et le principe d'égalité".

Le Conseil constitutionnel a en revanche censuré 19 des 120 articles de la loi, estimant qu'ils ne trouvaient "pas leur place dans une loi de financement de la Sécurité sociale". L'an dernier, 17 articles sur 118 avaient été retoqués.

Ces articles ne concernaient pas directement le financement de la Sécu, a précisé le Conseil constitutionnel à l'AFP. L'un d'eux portait sur la certification des comptes dans les hôpitaux.

La haute juridiction a pour cette même raison supprimé l'article 96 qui réforme les surpensions versées aux retraités d'Etat originaires de métropole et travaillant dans certains territoires d'outre-mer, en les plafonnant puis en les supprimant en 2028.

Quelques centaines de fonctionnaires d'outre-mer ont manifesté jeudi à Paris pour "conserver leurs droits", protestant notamment contre cette modification.

jeudi 14 mai 2009

De la formule incantatoire à l’action concrète

La formule incantatoire est devenue le trait caractéristique de la culture moderne. La rhétorique et la puissance du récit ont remplacé l’action concrète et la production de réel permettant à une grande majorité de politiques, de faiseurs d’opinions et de maîtres à penser de s’en tenir à la construction et au polissage de discours pleins de sens mais dépourvus de mise en œuvre. Cette domination du langage s’explique en partie par l’hégémonie sans conditions de l’image sur tous les autres vecteurs, soutenue par les technologies de l’audiovisuel et de l’information permettant désormais de s’adresser à tous partout dans le monde à n’importe quel moment du jour ou de la nuit.

Lire implique un effort : déchiffrer, puis comprendre, puis assimiler et réfléchir pour finalement faire sien ou rejeter ce qui a été lu. Lire sans comprendre revient à regarder les alignements de lettres et l’enchaînement des lignes. Et regarder ne comporte aucun effort. Observer et comprendre ce qui est perçu requiert culture et pertinence, mais regarder est à la portée de toutes les créatures vivantes dotées de capteurs oculaires. Les moutons regardent passer le train comme le chien et le berger qui les guident vers les alpages. Tous ont des yeux et si le train explose en marche, il ne fait aucun doute que homme, chien et moutons seront tous stupéfiés puis pris de panique.

L’image, à la différence de la lettre, a cette particularité de frapper l’esprit immédiatement. Elle est comme la parole dite. L’image frappe l’œil, la parole frappe l’oreille. Ensemble, elles forment un couple performant qui a permis à des générations entières de saltimbanques de divertir les foules, aux hommes de pouvoir de les influencer et aux hommes d’église de diffuser leurs dogmes. il n’est donc pas étonnant à ce que les technologies aient autant développé les moyens de diffuser l’image et le son au détriment de la nécessaire évolution du livre.

Le livre a toujours été le territoire des élites. Durant un court moment de l’histoire des êtres humains, il a été accessible au plus grand nombre au travers d’expériences telles que la presse, le livre de poche ou l’encyclopédie. La vocation, prenant sa source dans l’esprit des Lumières, était de diffuser les connaissances à tous et permettre l’émancipation vis-à-vis de la religion et de l’obscurantisme dogmatique. Deux siècles plus tard, pourtant inventeurs de l’édition et de la paperasse, les peuples arabes font aujourd’hui une démonstration terrifiante de l’aveuglement religieux. En Chine, inventeurs du papier et de l’académisme, on avait fait cette même démonstration de l’aveuglement idéologique dès les années 1960. A présent, le prix du papier, la désaffection considérable des jeunes générations pour l’écrit, la domination de la rentabilité et de la performance sur l’industrie du livre sont autant de facteurs destructeurs qui ruinent les efforts des esprits éclairés du 18e siècle.

Depuis les années 60, avec la « démocratisation » de la télévision, amplifiée par la révolution de la société de l’information à la fin des années 90, ce sont les médias audiovisuels qui tiennent le haut du pavé et qui dictent leur loi à toute forme de diffusion du savoir ou tout simplement de l’information. Grâce à ces nouvelles technologies, les individus se réinventent une société orale, personnalisée, où la communication passe moins par la relation épistolaire que l’on entretient avec les autres mais par les images et les sons que l’on partage, que l’on transmet, que l’on reçoit massivement à l’échelle de la planète. Car l’image, la musique et d’une certaine manière la gestuelle sont des langages internationaux compréhensibles au-delà des mots et de la langue. Mais ce miracle de la communication qui met en réseau la totalité d’un monde sur un même niveau de transmission des informations cache des décalages dans les réalités de chacun, gomme les différences sous le vernis de la dématérialisation et fait miroiter l’illusion du pouvoir des individus sur les grands systèmes.

Dans cette civilisation des images et des bruits, ceux qui manient avec compétence et habileté la langue et les symboles sont capable de produire des effets bien plus efficaces et bien plus durables que ceux produit par le tribun au sénat de Rome de l’Antiquité. Et bien que les orateurs grecs et romains soient encore les modèles des « parleurs » contemporains, la tribune a changé radicalement et le public ne se limite pas à des aristocrates policés et érudits. Car si les mots et les images ne sont que des arguments et des idées pour ceux qui les ont apprivoisés, ils deviennent des armes et des leviers envers ceux qui les méconnaissent et manquent à les maîtriser.

Ainsi l’avènement de la civilisation de l’image a vu s’établir la suprématie des figures publiques, devenus les idoles modernes du monde du spectacle comme de la culture ou de la politique. On ne vénère plus des statues dans des alcôves de temples à colonnades. On scotche devant la télé en regardant qui la chanteuse milliardaire, qui l’acteur phare, qui l’intellectuel en vogue, qui la personnalité de pouvoir. Dallas et Dynastie sont devenus réalité tout comme par le passé des Jules César ou des Louis XIV avaient fait du divin leur ordinaire. Les écrans de notre vie quotidienne sont devenus les fabriques de la mythologie moderne et des symboles de la puissance, tout comme les cours et les temples l’avaient été autrefois.

On ne compte plus les études, les essais, les pamphlets sur la question des médias et de l’obsession de contrôle dont ils font l’objet. Tous s’accordent à dire que les tentatives de contrôle sont plus fortes que jamais et tous persistent dans l’illusion que ces derniers sont encore un espace de liberté. Le mythe du libre arbitre à la peau dure.

Mais en même temps que s’est développé une rhétorique médiatique, l’individu a été progressivement et rapidement submergé par un flot d’informations. Dans ce flux incessant et en expansion constante, l’individu a découvert l’état de dégradation de son environnement, les rouages trop souvent infâmes de la politique, les décalages effrayants de conditions entre les peuples... Devant ce raz-de-marée, les élites politiques, religieuses, industrielles et même intellectuelles ont développé de nouvelles stratégies et une culture médiatique spécifique. Cette nouvelle culture repose sur les principes anciens mais efficaces de la narration, de l’évocation symbolique, de la mise en scène. Ces principes qui ont constitué le théâtre, l’art du conte, de la dramaturgie, profanes ou sacrés, sont maintenant au service d’une rhétorique nouvelle et incantatoire.

Pendant des siècles, le contrôle sur les populations s’est exercé en occultant et en restreignant le savoir et l’information. Mais l’explosion des écrans et des réseaux sur fibre optique a complètement transformé les anciens systèmes d’exercice du pouvoir. Tenter, comme le font les potentats chinois, russes ou les monarques du Moyen-Orient, de contrôler et de museler les médias reste une démarche vaine. En plus d’être relativement inefficace, cette stratégie ne fait qu’accroître le sentiment d’injustice et d’oppression qui finit toujours par coûter le pouvoir aux mêmes autorités à plus ou moins long terme. Et même ainsi, ces régimes totalitaires sont forcés de forger un discours, de raconter des histoires qui doivent sembler les plus plausibles afin d’atténuer l’opprobre dont ils feront l’objet.

Désormais, les politiques, qu’elles soient gouvernementales, sociales, culturelles, religieuses ou industrielles, sont menées par des professionnels qui savent mettre en scène les événements, puis les mettre en perspective afin de faire valoir un point de vue parfois entièrement contradictoire mais complètement acceptable. Les OGM sont une expérience biologique à l’échelle de la planète dont personne ne connaît les répercussions à long terme, mais les firmes qui les développent n’hésitent pas à faire valoir qu’elles contribuent de manière décisive à lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde. La France est la championne du monde de l’utilisation des pesticides dans son agriculture intensive mais elle fait valoir qu’elle est aussi la deuxième exportatrice mondiale de céréales, véritable et lucratif grenier de la communauté européenne. Les compagnies d’aviation sont proportionnellement les plus gros pollueurs de l’atmosphère par les rejets de gaz à effets de serre issus de la combustion du kerosène, mais elles sont aussi les garantes de la fluidité des échanges de marchandises dans des délais imbattables. Les exemples de ce discours paradoxal sont légion. Tout le monde voit midi à sa porte et personne n’est vraiment prêt à faire des concessions surtout s’il s’agit de réduire les profits annuels et de réduire son niveau de vie.

Alors devant ce double discours et l’aggravation quotidienne de la situation, que dire et que faire pour ne pas sombrer dans le désespoir et le pessimisme ? C’est là qu’entrent en scène les nouveaux maîtres de la rhétorique incantatoire. Leurs verbes de prédilection sont : devoir, falloir et pouvoir, leurs temps de conjugaison : le présent et le futur simple, leur personne préférée : nous. Leurs analyses sont fines, détaillées, documentées et leurs conclusions sont souvent justes. Leurs styles sont inégaux et l’intérêt qu’ils suscitent est divers. Politiques, journalistes, intellectuels, artistes, penseurs, philosophes, experts, spécialistes, responsables, chercheurs, ils exercent des fonctions reconnues, sont régulièrement invités à s’exprimer sur tous les sujets (y compris ceux qui dépassent leurs compétences) et constituent une sorte de tissu vivant de l’intelligence qui sait ce qu’il en est et ce qui doit être fait. La force de ce tissu : sa capacité d’évocation. « Nous sommes ici, mais nous pourrions être là-bas... Nous voulons changer et nous en avons les moyens... Nous ne pouvons continuer ainsi et il nous faut l’accepter... ». Les déclarations d’intentions et les incantations creuses ne manquent pas.

Force est de constater que ce tissu intelligent produit une littérature considérable qui, pour les raisons que j’ai évoquées, n’est écrite qu’à l’attention des autres membres de ce tissu. Et si elle reçoit une forte promotion, elle sera achetée par ceux qui croient la comprendre ou ceux qui finiront par faire partie de ce même tissu intelligent. Cette authentique élite de la communication constitue également une formidable forge du discours éthique et moral ambiant. En la lisant, ou tout simplement en l’écoutant, à la radio, à la télé, sur Internet, en conférence, on a un aperçu assez précis de l’ensemble de principes auxquels il faut adhérer pour être du bon côté : celui de la raison, de la sagesse, de la bonté, de la bienveillance et du respect d’autrui. Le discours est fort, sensé, exemplaire, indiscutable. Les arguments font mouche et s’imposent comme vérité face aux bassesses de la politique politicienne, aux insolences des marginaux, à l’arrogance de l’argent roi et aux ignominies du pouvoir totalitaire... Mais le résultat en termes d’actions concrètes est généralement nul.

Ceux qui parlent et qui construisent le discours ne sont pas vraiment ceux qui agissent. Alors pourquoi sont-ils ceux que l’on voit le plus sur les écrans ? Pourquoi occupent-ils et elles tout l’espace de dialogue ? Et ce malgré l’atomisation de la presse et des organes d’information... Comment se fait-il que tout le monde, c’est-à-dire la majorité des gens disposant d’une télé ou d’un poste de radio, continuent-ils à écouter et à regarder toujours les mêmes qui répètent toujours la même chose ? Ces questions peuvent trouver réponse que dans la religion. Si je croyais en Dieu, je dirais que c’est l’œuvre du Diable. Mais je pratique le bouddhisme, alors ce doit être l’œuvre de l’obscurité fondamentale... une autre sorte de Diable mais moins symbolique, moins iconoclaste et beaucoup moins amusant.

Mais la vérité est que les gens sont pour la plupart allergiques au changement et n’aiment écouter ou regarder que ce qui les conforte et les rassure. Ils savent bien en leur for intérieur que cette attitude les conduit fatalement dans une voie sans issue au bout de laquelle ils seront confrontés, bien trop tard, à ce qu’évoque le vieil adversaire de Cyrano, le comte de Guiche (devenu Duc de Gramont). Il décrit en ces termes cette pente fatale :
« On sent,—n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal !—
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure... »
(Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand)
Alors on recherche dans la voix et la figure de ces sages, hommes et femmes de qualité et de renom, la certitude d’être sur le bon chemin, la bonne route, le bon côté, sans avoir besoin de faire, de produire, de créer. Ce qui permet de rester tel que l’on est, de se conformer à ce qu’on a fait de nous et de ne pas en bouger.

Tout en atténuant et en masquant partiellement les horreurs du monde, notre civilisation de l’image nous noient dans un océan de conformisme et de tranquillité qui nous anesthésie. Et pour ainsi dire, c’est ce que nous voulons. Car nous savons tous ce que signifie de ne pas adhérer à ce modèle complexe et séduisant du conformisme moderne. L’alternative nous place en dehors du système, hors de la société, du salaire, de la carte bleu, des congés payés, de la sécu, du prêt à taux zéro et du crédit d’impôt... L’alternative n’est même pas de devenir marginal, car il ne s’agit là que d’une autre forme de conformisme. L’alternative sera plutôt de résister à l’envie de se soumettre, de lutter contre notre propre indigence, notre fainéantise, notre chère et confortable inertie, de travailler à défaire les habitudes et les hébétudes, de combattre le système sous toutes ses formes et de ne pas tomber pour autant dans le chaos et la sauvagerie. L’alternative est humainement surhumaine. Et personne ne souhaite être surhumain de son propre gré et surtout seul...

Alors ce soir encore, nous rentrerons en écoutant les incantations de la radio pour retrouver le pouvoir d’achat, ou pour lutter contre les injustices, ou encore se remettre au travail. Puis après avoir couché les gosses, nous irons accomplir le rituel de la télé, les uns en étant pollués par les chaînes dites populaires et les autres en croyant échapper à la pollution sur des chaînes dites thématiques. Mais peut-être que ce soir, on n’allumera pas la télé. On ne parlera pas des non-événements survenus au sein de l’entreprise qui nous exploite sans le dire. On ne fera pas le tour des bobos des gosses ni de leurs notes à l’école.

Ce soir, il se pourrait que l’on décide de briser le cours de l’habitude et d’en parler, d’évoquer d’autres futurs possibles, une autre façon de vivre et d’envisager très concrètement comment le faire sans pour autant donner un coup de pied dans la fourmilière. Il ne tient qu’à chacun de nous de laisser le monde poursuivre sur sa trajectoire d’auto-destruction. De même, il ne tient qu’à nous, individuellement et collectivement, de nous organiser et de nous mettre en action pour remettre notre monde sur un chemin moins délétère, moins nocif pour nos enfants, moins difficile pour nous tous.

Je peux invoquer la paix dans le monde comme principal moteur de mon engagement philosophique. Je peux aussi invoquer la culture comme passerelle entre les peuples. Je peux en appeler à une réforme de l’éducation pour permettre l’émergence d’individus autonomes et responsables plutôt que des zombis sans buts et sans âmes. Enfin, je peux dire tout le bien que le bouddhisme peut amener à la société française en particulier et à l’humanité en général. Mais ce qui compte, ce qui restera ce ne sont pas les discours, les appels, les allocutions, les articles ou les livres, mais les actes. Qu’est-ce que j’aurais accompli en tant qu’être humain parmi les autres êtres humains ? Que vais-je laisser derrière moi qui restera pour les autres un encouragement à aller de l’avant, à se dépasser et à choisir l’alternative plutôt que le confort ? Cela, je ne l’ai pas encore accompli et c’est dans cette voie que je continue de m’exercer. C’est cela la pratique du bouddhisme. Alors que perpétuer la rhétorique dominante, redire ce que d’autres ont déjà dit même en mieux, faire l’apologie de personnalités remarquables pour s’attribuer une part si faible de leur mérite ou de leur renom, tout cela n’est en rien la pratique du bouddhisme ni le développement de l’humanité.

L’éveil représente une alternative notable et efficace à l’inertie du modèle conforme. Rechercher l’éveil aussi bien par une pratique rituelle que par l’étude philosophique et surtout par une mise en application des principes dans le quotidien le plus trivial est certainement un des engagements les plus difficiles. La discipline personnelle et intérieure qui est requise est mise à l’épreuve des forces prodigieuses qui écrasent chacune de nos journées. Mais cette dynamique représente une authentique révolution intérieure qui permet de se forger une identité dans le réel et d’entretenir avec ce dernier des rapports essentiellement basés sur l’expérience concrète, c’est-à-dire le résultat de l’action manifeste. Ainsi il est possible de vivre l’illumination, en tant que prise de conscience aiguë de la réalité qui nous entoure, dans notre vie quotidienne et de trouver des solutions à nos problèmes personnels et collectifs. Car croire que l’illumination est une expérience que l’on fait à l’ombre d’un arbre dans un cadre bucolique ou exotique, c’est ne rien connaître du bouddhisme.

Le temps n’est plus aux discours et aux déclarations d’intentions. Partout dans le monde, des voix s’élèvent pour dire les injustices et les décalages inacceptables dans une planète rétrécie par la révolution technologique. Difficile désormais d’ignorer ou de feindre d’ignorer le pauvre ou l’affamé à l’autre bout de la planète. Internet et la fibre optique l’ont transformé en voisin de pallier. Difficile aussi de se mettre la tête dans le sable pendant que des firmes transnationales sulfatent les champs, empoisonnent les eaux et les terres et tuent à petit feu la population pour le plus gros paquet de fric. Impossible de ne pas entendre les cris des victimes de cataclysmes, de conflits « régionaux », de régimes totalitaires... Il est temps que chacun de nous prenne ses responsabilités et commence à agir qui localement, qui plus largement, pour en finir avec le monde des trois poisons (violence, rapacité et aveuglement) et tenter de bâtir un monde nouveau qui ne reste pas au stade de l’utopie littéraire.

mercredi 13 mai 2009

Les bénéficiaires des aides sociales au Royaume Uni passés au détecteur de mensonge

Selon la proposition de Gordon Brown, les personnes qui touchent des aides sociales pourront être soumises à des détecteurs de mensonge et, si elles fraudent, perdre un mois d'aide.
Le gouvernement britannique a déjà testé le système à Harrow, dans le nord-ouest de Londres l'an dernier. Pendant les trois premiers mois de sa mise en vigueur, il a fait économiser 350.000 euros.

mardi 12 mai 2009

Déclaration universelle des droits de l'homme - 60e anniversaire

par Roland Bernard - 671 hitsflux de ce reporter Flux de ce reporter flux de ce theme Flux de Société

Eleaonor Roosevelt présentant la Déclaration Universelle des Droits de l'HommeLe 10 décembre 1948 à Paris, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la Déclaration universelle des droits de l'homme. Un texte précisant les droits humains fondamentaux, sans véritable portée juridique et dont John Peters Humphrey, Eleanor Roosevelt et René Cassin furent les principaux auteurs. Précisions

La Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’ONU en 1948, inspirée de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 est la conséquence directe du second conflit mondial. Composé de trente articles, elle énonce les droits fondamentaux de l’individu et leur reconnaissance et leur respect par la loi.

Le texte comprend aussi un préambule de huit considérations reconnaissant la nécessité du respect inaliénable de droits fondamentaux de l'homme par tous les pays, nations et régimes politiques.

Historique

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme prend ses racines dans la deuxième guerre mondiale et « la révulsion universelle face aux crimes du national-socialisme hitlérien ». La Charte de l’Atlantique proclamée par Roosevelt et Churchill en 1941 qui définissait le programme de paix des Alliés face aux Puissances de l’Axe en reprenant les "quatre libertés" définies par le président Roosevelt (individuelle, pensée et de religion, économique, et sécurité) a servi de fondation à son élaboration. Dès cette année, René Cassin, commissaire national de la France Libre déclara que "la consécration pratique des libertés essentielles de l’homme était indispensable à l’établissement d’une paix internationale véritable ».

A l'origine, 48 États sur les 56 participants adoptent cette charte universelle. Aucun État ne se prononce contre et seuls huit se s’abstiennent. Parmi ceux-ci, l'Afrique du Sud de l’apartheid refuse l'affirmation au droit à l'égalité sans distinction de naissance ou de race ; l’Arabie saoudite conteste l’égalité homme- femme. La Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et l'Union soviétique (Russie, Ukraine, Biélorussie), s'abstiennent, quant à eux, prenant prétexte d’un désaccord concernant la définition du principe fondamental d’universalité tel qu'il est énoncé. Enfin, 2 États, le Yémen et le Honduras n’ont pas pris part au vote.

Sans portée juridique, mais…

Après avoir voté la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui n'a qu'une valeur déclarative, et ne crée donc pas d'obligations juridiques, l'Assemblée générale a souhaité une Charte des droits de l'homme qui aurait force obligatoire.

Après la création d'une Commission des droits de l'homme chargée de la rédiger, le projet a abouti après de longues négociations dans le contexte de la guerre froide avec deux textes complémentaires qui sont le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Mais la grande innovation réside dans le fait d’avoir introduit le principe du recours individuel contre un Etat en cas de violation des droits fondamentaux. On dispose ainsi en à Strasbourg, depuis 1998, d’une Cour européenne des droits de l’homme permanente qui garantit un droit de recours individuel à plus de 800 millions d’Européens.

Un idéal

Mireille Delmas-Marty, Professeur à l’université de Paris I, Panthéon-Sorbonne, analyse la portée et l’avenir de la DUDH. Si, affirme-t-elle, l’universalité des droits de l’Homme est encore pour l’essentiel à construire ; le processus ne se fera pas d’une manière homogène, car plutôt que l’unification, elle suggère l’harmonisation des systèmes de droit, dans la mesure où des différences sont admises […] à condition d’être compatibles avec les principes fondateurs communs. Admettre des différences, c’est reconnaître que la perception des droits de l’Homme peut être conditionnée par l’Histoire et par divers facteurs d’ordre politique.

Cependant des risques d’éclatement apparaissent en particulier « lorsqu’un Etat, qui paraît jouer le jeu en ratifiant le texte international, utilise de façon abusive la technique des « réserves » pour en réalité nationaliser le texte. Façon de refuser l’internationalisation et de revenir au traditionnel « chacun chez soi ».

La différence dans l’utilisation (ou non) de la DUDH tient sans doute aux mécanismes de contrôle, car cest le véritable test de la volonté politique des Etats d’assurer, par-delà l’effet d’affichage d’une liste de droits, l’efficacité d’un système de protection.

Il n’y aura pas de paix sur cette planète
tant que les droits de l’Homme
seront violés en quelque partie du monde

René Cassin

Commémorations et symboles

Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangère souligne qu’ « A l’heure où nous célébrons son soixantième anniversaire, nous sommes partagés entre l’envie de nous réjouir des immenses progrès réalisés sur la base de la Déclaration, et de louer leurs auteurs, et la conscience lucide et inquiète de l’ampleur des efforts encore à accomplir. Les mots justes doivent célébrer le bilan, mais aussi rassembler les volontés, toutes les volontés, pour les combats à venir.»

A l'occasion du 60ème anniversaire de la déclaration, plusieurs pays européens ont ou vont sortir une pièce commémorative de 2 euros. De plus, une copie de la Déclaration a été envoyée, le 14 novembre 2008, à la Station Spatiale Internationale, dans le module européen Colombus. "Au moment où l'universalité des droits est remise en cause sur Terre, quel meilleur symbole que cette Déclaration placée au-dessus de l'humanité ?" a déclaré à cette occasion François Zimeray, ambassadeur pour les Droits de l’Homme.

A noter

Le 6 décembre, le gouvernement français célèbre le 60ème anniversaire de la DUDH en présence des prix Nobel Desmond Tutu, Jimmy Carter et Kofi Annan. Duplex en liaison avec la Station spatiale internationale pour visualiser la Déclaration à bord.

Le 10 décembre, journée portes ouvertes au Quai d’Orsay, avec exposition d’archives et table-rondes sur les droits de l’Homme, regroupant historiens et diplomates: « 1948 : Quand la diplomatie rejoint l’idéal ».

Les événements en France

La Déclaration

La Déclaration a été traduite dans environ 360 langues. Elle a été la première reconnaissance internationale des libertés et des droits fondamentaux de tous les êtres humains

Si la Déclaration de 1948 s’inscrit dans la ligne de celle de 1789, dont les principes les plus universels (liberté, égalité, fraternité) se trouvent dans l’article premier du texte de 1948 qui déclare que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité, l’article 29 souligne en contrepoids évident les « devoirs de l’individu envers la communauté ».

lundi 4 mai 2009

Sarkozy lance la réforme l'hospitalisation psychiatrique

Sarkozy lance la réforme l'hospitalisation psychiatrique

Entrée de l'hôpital psychiatrique Erasme d'Antony © AFP PHOTO FRANCOIS GUILLOT

Des moyens supplémentaires et une réforme. Trois semaines après la mort d'un étudiant, poignardé dans une rue du centre de Grenoble par un malade mental échappé d'un hôpital psychiatrique, Nicolas Sarkozy décide de frapper fort pour sécuriser ces établissements. Lors d'un déplacement dans une unité de soins spécialisée à Antony, dans les Hauts-de-Seine, le chef de l'État annonce un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques d'un montant de 30 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 40 millions pour la création de quatre unités pour malades difficiles (UMD), portant à neuf leur nombre sur le territoire français. Le plan comprend notamment une sécurisation des établissements psychiatriques, une réforme de l'internement d'office et l'instauration d'une obligation de soins "effective".

Le Président a ainsi promis "le dépôt d'un projet de loi réformant l'hospitalisation psychiatrique d'office en réservant aux préfets ou à la justice les autorisations de sortie". La décision de laisser sortir un patient, "ce doit être l'État ou, dans certains cas, la justice, pas l'expert", a déclaré le chef de l'État, ajoutant : "Il y a un État, une justice qui doivent trouver l'équilibre entre des intérêts et des points de vue contradictoires (...) C'est de la rencontre de ces points de vue - celui qui a la charge du patient et celui qui a la charge de l'ordre public - que l'on peut trouver le bon équilibre." Après le drame de Grenoble, le président de la République avait demandé aux ministres de l'Intérieur, de la Justice et de la Santé de lancer une "réforme en profondeur" de l'hospitalisation psychiatrique . Parmi les pistes étudiées par ces ministères figure justement un encadrement des "sorties d'essai" d'établissements psychiatriques, prises par les préfets après deux doubles avis de psychiatres et de deux procureurs de la République.

"Instaurer une obligation de soins"

Nicolas Sarkozy a aussi évoqué un partage d'informations sur les hospitalisations d'office, sans mentionner explicitement la création d'un fichier national, comme il l'avait fait après le drame de Grenoble, suscitant aussitôt l'inquiétude des professionnels. "Le gouvernement s'assurera que les informations administratives sur les hospitalisations d'office soient partagées dans tous les départements avec un secret médical respecté de la façon la plus stricte. Nous allons d'abord instaurer une obligation de soins en milieu psychiatrique (...) elle doit être effective, même en cas d'absence de la famille", a-t-il dit.

En 2004, un précédent drame s'était joué dans un établissement de Pau, où une infirmière et une aide-soignante avaient été tuées à l'arme blanche par un malade.

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